‹ Les deux héritages;Chapitre 24 sur 138 · SCÈNE I · texte numérisé non relu

SCÈNE I

L'appartement de Saque ville dans un hôtel garni.

SAQUEVILLE estassisàUre.EntreM.KERMOUTON, décoré. M. KERMOUTON.

Monsieur, je vous demande bien pardon si je vous dérange.

SAQUEVILLE.

Qu'y a-t-il pour votre service, monsieur ?

M. KERMOUTON.

Vous ne me remettez pas, monsieur?... Kermoutonl J'ai eu l'honneur de vous voir chez monsieur votre neveu. Comment se porte cette dame?...

SAQUEVILLE.

Que désirez-vous, monsieur ?

M. KERMOUTON.

Je viens de chez monsieur votre neveu ; on m'a dit qu'il était allé chez vous , et j*ai pris la confiance de

venir ici, tant mon impatience était grande de lui porter l'hommage de ma gratitude. On m'a bien dit qu'un autre monsieur s'était employé pour moi, mais je tiens de monsieur votre neveu lui-même...

SAQUEVILLE.

Quel service ?

M. K E R M 0 U T 0 N , montrant son ruban.

Vous voyez.

SAQUEVILLE.

Ah ! c'est lui qui vous a fait avoir ce ruban rouge?

M. KE RM ou TON.

Oui, monsieur ; il a eu la bonté de m'écrire, le soir même que j'ai eu l'honneur de vous voir, qu'il avait causé avec le ministre, et l'effet n'a pas tardé à suivre la promesse. Il peut compter qu'il a gagné un ami dévoué.

SAQUEVILLE.

Je ne lui savais pas tant de crédit.

Monsieur, il connaît tous les ministres. Ils font tout ce qu'il leur demande, et il est l'obligeance même. Aussi, aux prochaines élections, il verra si je m'épargne pour lui.

SAQUEVILLE.

Ah ! ah ! affaire électorale.

M. KERMOUTON.

Oui, monsieur; mais ce n'est pas la seule dont j'avais à l'entretenir, — à vous entretenir aussi, vous surtout, monsieur, si vous le permettez... Je suis père, monsieur ; j'ai une fille... une fille à marier...

SAQUEVILLE.

Je ne suis point à marier, monsieur.

M. KERMOUTON.

Permettez-moi d'achever. La Providence m'a toujours soutenu dans les moments les plus difficiles, et

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j*ose dire que, par mon industrie, j'ai fait une fortune assez honnête...

SAQUEVILLE.

Tant mieux pour vous.

M. KERMOUTON.

Considérable, monsieur. Aussi la fille de Kermouton a-t-elle une dot comme n'en ont pas bien des filles de pairs de France ou d'agents de change. Je n'ai rien épargné pour son éducation, je lui ai donné les meilleurs maîtres de Morlaix. Elle touche du piano, elle chante la Isormandie de manière à mériter les suffrages de tous les connaisseurs.

OÙ voulez-vous en venir ?

M. KERMOUTON.

^lonsieur, monsieur votre neveu est votre héritier, je pense...

SAQUEVILLE.

Oui ; mais après ?

M. KERMOUTON.

Et vous, héritier de madame de Ponthieu, qui avait la terre de Plouhely. Nous sommes donc voisins; il ne tient qu'à vous que nous soyons alliés. Je suis franc comme un Breton, vous le voyez, monsieur.

SAQUEVILLE.

Alliés !

M. KERMOUTON.

Oui, monsieur. Je cherche ici un parti pour ma fille, qui veut habiter la capitale. Votre neveu a un beau nom, il a des espérances; il va être député, ec je n'y nuirai pas. 11 connaît les ministres : une belle place ne peut lui manquer, quand il voudra... Souffrez que je continue. Voilà pour un côté ; de l'autre, je donne à ma fille huit cent mille francs,— cinq cent mille francs, écus; le reste...

SAQUEVILLE.

Monsieur, je suis forcé de vous interrompre : mon neveu a un engagement. J'en suis désolé, mais mademoiselle votre fille trouvera assurément un bon parti par le temps qui court.

M. KERMOUTON.

Est-ce signé cet engagement, Monsieur? Veuillez considérer, Monsieur, que cinq cent mille francs écus, et trois cent mille en bons effets, ne se rencontrent pas tous les jours. Bien des demoiselles du grand monde...

SA QDEVILLE.

Monsieur, je vous le répète, il n'y faut plus songer : il a un engagement ailleurs.

M. KERMOUTON.

On m'avait pourtant dit qu'avec mademoiselle de Montrichard rien n'était encore conclu. Je ne sais si vous êtes informé que feu M. le marquis de Montrichard a laissé des afifaires... embarrassées, dit-on?

SAQUEVILLE.

Peu importe.

M. KERMOUTON.

Oserai-je vous demander si vous avez l'assurance que monsieur votre neveu désire ce mariage ? une personne que j'avais chargée de le sonder...

SAQUEVILLE.

Eh bien, Monsieur?...

M. KERMOUTON.

Eh bien, Monsieur, monsieur votre neveu n'avrit pas parlé d'un engagement positif.

SAQUEVILLE.

On vous a trompé. Monsieur. Je ne sais quelles gens vous avez chargés de pareilles commissions; on s'est étrangement mépris.

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