‹ Les deux héritages;Chapitre 49 sur 138 · SCENE VI · texte numérisé non relu

SCENE VI

KHLESTAKOF, OSIP, puis LE GARÇON DE L'HOTEL.

KHLESTAKOF.

Eh bien ?

OSIP

On apporte le dîner.

KHLESTAKOF frappe des mains et tambourine doucencent sur la table.

Le dîner ! le dîner l le dîner !

LE GARÇON, portant quelques assiettes.

Monsieur dit que c'est pour la dernière fois qu'il vous fait servir à dîner.

KHLESTAKOF.

Monsieur, monsieur... Je me moque pas mal de ton monsieur. Qu'est-ce que tu as là?

LE GARÇON

De la soupe et du rôti.

KHLESTAKOF.

«iwflmmtitj dlêUX plats seulement!

162 L'INSPECTEUR GENERAI..

LE GARÇON

Oui,

KHLESTAKOF.

Mais quelle infamie I Je n'en reviens pas. Dis-lui... que jamais on n'a vu... Comme il y en a peu !

LE GARÇON

Non, le maître dit qu'il y en a beaucoup.

KHLESTAKOF.

Et des légumes, pourquoi n'y en a-t-il pas ?

LE GARÇON

Il n'y en a pas.

KHLESTAKOF.

Pourquoi donc ? En passant près de la cuisine, j'ai vu qu'on en faisait à force. Et aujourd'hui, dans le salon du restaurant, il y avait deux petits messieurs qui mangeaient du saumon et beaucoup de toutes sortes de choses.

LE GARÇON

De cela, il y en a, et il n'y en a pas, s*il vous piatu

Comment, il n'y en a pas i

LE GARÇON

Mon Dieu, non, il n'y en a pas.

KHLESTAKOF.

Il n'y a pas du saumon , du poisson , des côtelettes î

LE GARÇON

Ah ! oui, mais pour ceux qui paient.

KHLESTAKOF.

Quel imbécile tu fais !

LE GARÇON

Je ne dis pas.

KHLESTAKOF.

Tu es un vilain maroufle... Qu'est-ce à dire ? Je ne mangerai pas de ce que les autres mangent? Pour-

quoi pas moi, de par tous les diables ! Ne suis-je pas un voyageur comme eux ?

LE GARÇON

Pardonnez-moi, ce n'est pas la même chose.

KHLESTAKOF.

Pourquoi donc?

LE GARÇON

Mais la différence... Eux, Monsieur... les autres voyageurs paient.

KHLESTAKOF.

Imbécile, je ne veux pas disputer avec toi. (n se ma i manger la soupe.) Qu'cst-ce Quo Cela ? De la soupe ! C'est de Peau que tu as versée dans la soupière... ça ne sent rien... c'est de la lavasse infecte... Je ne mange pas de cela, donne-moi d'autre soupe.

LE GARÇON

Je vais l'emporter. Dame, monsieur dit que si vous n'en voulez pas, vous la laissiez.

KHLESTAKOF, retenant la soupière que le garçon veut emporter.

Laisse... laisse cela, imbécile... Tu es habitué à faire aller le monde ici... mais moi je n'aime pas les plaisanteries... ne t'y frotte pas... (n mange.) Ah ! grand Dieu I quelle soupe! (u mange toujours.) Je suis sûr qu'il n'y a pas un homme au monde qui en ait mangé de pareille... De la graisse... et des plumes à la nage* (u dccoupe une poule.) Ah ! qucllc poule!... donne-moi le rôti. Osip, il reste un peu de soupe, c'est pour toi. (n coupe u rôti.) Ça du rôti 1 Ça n'est pas du rôti

LE GARÇON

Qu'est-ce donc que c'est ?

KHLESTAKOF.

Le diable le sait, mais je vois bien que ce n'est pas du rôti. C'est une savate brûlée au lieu de rôti, (u mange.) Cauaille ! drôles ! voilà comme ils vous nourrissent. On s'abîme la mâchoire à en manger une bou-

Chée. (il se cure les dents avec le doigt.) FaqUÏnS ! c'eSt COîTime

une écorce, impossible d'avaler cela, et cela vous noircit les dents. (U s'essuie la bouche avec la serviette.) ESt-CB QU'il

n'y a plus rien ?

LE GARÇON

Rien.

KHLESTAKOF.

Canaille! drôles! comment, pas un légume, pas de pâtisserie ! Gredins ! Voilà comme on traite les voyageurs 1 (Le garçon et Osip emportent les assiettes.)

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