PLUSIEURS PERSONNES DE LA COMPAGNIE
Vraiment ! Est-il possible !
LE JUGE
Quel caractère !
LE RECTEUR
En vérité, c'est la destinée qui a fait cela. l'administrateur.
Ne dites donc pas la destinée, petit père. La destinée n'est qu'une dinde. C'est le mérite qui est récompensé. (a part.) Des perles qui tombent aux pourceaux !
LE JUGE
Dites donc, Anton Antonovitch, je vous vendrai cette petite chienne dont nous étions en marché.
Merci. J'ai autre chose à penser T/dà votre chienne.
LE JUGE
Eh bien, si vous n'en voulez pas, faisons aflaire pour un autre chien.
LA FEMME DE KOROBKINE
Ah ! comme je suis contente du bonheur qui vous arrive, Anna Andreïevna. Vous ne pouvez pas vous le figurer.
KOROBKINE.
Et maintenant, où est donc cet hôte illustre? On m'a dit qu'il était parti pour quelque affaire...
LE GOUVERNEUR
Oui , il est parti pour un jour, à cause d'une affaire fort importante.
ANNA
Jl est allé chez son oncle, lui demander sa bénédiction.
LE GOUVERNEUR
Oui , lui demander sa bénédiction ; mais demain
pour... (il éternue.)
TOUS, s'écrient à la fois :
A vos souhaits I
Bien des remerciements ! Mais demain pour sûr il.*, (a éternue.) Il reviendra.
TOUS, s'ëcrient de nouveau :
A vos souhaits !
l'inspecteur.
Bonne santé, monsieur le gouverneur l
BOBTCHINSKI.
Cent ans de vie et un muids de ducats l
DOBTCHINSKL
Dieu vous en donne quarante quarantaines!
l'administrateur, à part.
De fièvres quartaines !
la femme de KOROBKINE, à part.
Le diable te torde le cou I
LE GOUVERNEUR
Très-humbles remerciements. Je vous en souhaite autant à tous.
ANNA
INous nous sommes décidés à nous fixer à Petersbourg. Il y a ici un air!... C'est trop la campagne... J'ai, je l'avoue, une aversion extrême... Voici mon mari... qui va recevoir le grade de général.
LE GOUVERNEUR
C'est vrai, Messieurs, je l'avoue, le diable m'emporte, mais j'ai fort envie d'être général.
LE RECTEUR
Dieu fasse que vous le soyez.
ROSTAKOFSKL
L'homme ne peut rien : Dieu peut tout.
LE JUGE
P . T) Au grand vaisseau, la grande mer.
l'administrateur.
Le mérite est toujours récompensé.
le juge, à part.
Les poules auront des dents quand tu seras général. —■9 Cela lui irait comme des manchettes à un cochon. Tu fais le fanfaron trop tôt. Tu as ton affaire, mais tu n'es pas encore général.
l'a D M I N 1 s T R A T E U R , à part.
Le voilà général, le diable emporte ! Lui, général, et à quoi bon ! Ce n'est pas l'embarras, il a un aplomb que le diable ne l'emporterait pas volontiers. (Haut, au gouverneur.) Alors , Autou Antouovitch , vous ne nous oublierez pas.
le juge.
S'il arrivait quelque chose, par exemple, une mauvaise affaire, vous nous serviriez de protecteur.
KOROBKINE.
L'année prochaine, je dois envoyer mon fils dans la
capitale pour qu'il soit utile au gouvernement. Vous aurez la bonté , n'est-ce pas , de lui accorder votre protection? Vous servirez de père à ce pauvre orphelin.
LE GOUVERNEUR
Oui, je VOUS promets de m'employer pour lui.
ANNA
Mon Dieu, Antoncha, tu es toujours à faire des promesses. D'abord, tu n'auras pas le temps de penser à cela. Et comment est-ce possible, et à propos de quoi se charger de ces engagements-là ?
LE GOUVERNEUR
Mais, ma chère, quand c'est possible.
ANNA
Possible ! possible î Enfin pourquoi se faire le protecteur de tous les pauvres hères?...
LA FEMME DE KOROBKINE
Entendez-vous comme elle nous traite ?