SCÈNE I
GRÉGOinE OTREPIEF, AKOULINA.
GRÉGOIRE, entrant.
Loué soit soit Dieu I Mieux vaut arriver au commencement d'un dîner qu'à la fin d'une bataille. De la rue on sent le parfum de la soupe aux choux, et je te vois le flacon à la main. Bonjour Akoulina Pëtrova, bonjour, ma commère.
AKOULINA
Sois le bienvenu, Grégoire Bogdanovitch. Qui se se-
Les Cosaques, dans leurs chansons, personnifient le Don, et l'appellent, je ne sais pourquoi, fils de Jean.
rait attendu à te voir ici ? Nous te croyions au monar»tère de Saint-Nicolas.
Que veux-tu, ma commère ?... Tantôt je ne puis vivre avec mon abbé, tantôt c'est mon abbé qui ne peut vivre avec moi. Cette fois, c'est d'un commun accord que nous nous séparons. Je suis venu faire un tour par ici, en attendant que mon oncle Smirnoï arrange mon affaire, et me trouve un abbé plus humain. 11 est toutpuissant là-bas. Espion de Boris, ou secrétaire, ou pourvoyeur, je ne sais lequel...
AKODLINA.
Ah I Grégoire, mon petit père, encore des fredaines, je parie. Quand donc te corrigeras-tu?
GRÉGOIRE
Quand Boris distillera de l'eau-de-vie si mauvaise que les honnêtes gens n'en pourront plus boire... Parbleu, je pense que ce sera la semaine prochaîne. Il est honteux, pour des chréliens, d'endurer cela. Dire qu'un gentilhomme ne peut plus avoir un alambic pour lui et ses amis!... Mais vous êtes en fête, à ce que je vois? Est-ce un nouvel enfant que tu as fait, ma commère ?
AKOULINA
Fi donc , Grégoire Bogdanovitch ! Le maître est revenu de voyage. Il a couru de grands dangers, le cher homme, et il serait peut-être à cette heure prisonnier des Tartares sans uh jeune Cosaque zaporogue qui lui a servi de guide et l'a accompagné jusqu'ici. Il est notre hôte. Dieu le bénisse.
GRÉGOIRE
Morbleu I il y a longtemps que je le dis, la fin du monde approche. Voilà les miracles qui commencent. Qui jamais a vu un Cosaque aider un marchand, sinon
pour le débarrasser de son fardeau?,,. Hé mais, c'est
notre brave ChOUbine ! (Entrent Choublne et Yourli.)