M. KER MOUTON
Oh! Monsieur, je prévois ce que vous allez me dire... Mais permettez-moi de vous demander si vous voulez avoir des bois?
LOUIS
Des bois? — Oui, j'aimerais assez à en avoir.
M. KERMOl'TOX.
Monsieur, elles vous mangeront tout.
LOUIS
C'est juste : c'est une bête si vorace!
Tout, Monsieur!
LOUIS
En effet, mon oncle me parlait à, l'instant de tout ce qu'elles mangent en Algérie. Elles empêchent la colonisation... Mais cette affaire, Monsieur, dont vous vouliez me parler...
M. KERMOCTON.
Monsieur, il y a des lais de mer le long d'une petite terre que j'ai à l'embouchure de notre rivière , j'y fais des clayonnages qui me coûtent peu, et je gagne des prairies qui me rapportent beaucoup.
LOUIS
Bravo !
Dans ces prairies j'ai mis des moutons du bancashiro, que j'ai fait venir avec de grands risques, car ces mau-
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dits Anglais ne veulent pus les laisser sortir de chez eux : peine de sept ans de transportation pour chaque mouton exporté.
LOUIS
C'est odieux !
M. KERMOUTON.
11 m'en a coûté deux cents livres sterling à un smugglcr pour les emmener chez moi ; mais je ne plains pas l'argent qu'ils m'ont coûté. Leur laine, Monsieur, c'est la toison d'orl Je la vends ce que je veux. Bref, mon industrie prospère ; mes prairies s'étendent, mes moutons se multiplient... La viande est excellente, vrai Présalé! On vient de partout m'acheter leur laine. L'année dernière, on m'offrait cinq cent mille francs de mes prairies, sans les moutons. J'ai refusé, car j'aime à faire fleurir l'agriculture, et puis je crois servir mon pays.
LOUIS
L'agriculture est le premier des arts.
M. KERMOUTON.
J'ai aussi Introduit des vaches suisses, qui paraissent des éléphants auprès de nos bretonnes. J'ai une petite manufacture de fromages de Hollande qui rapporte assez, à cause du commerce maritime.
LOUIS
Vous avez de tout.
M. KERMOUTON.
Uu peu de tout. La fromagerie commence ; cependant, j'en ai refusé cent quatre-vingt mille francs.
LOUIS
Vous devez avoir des fermiers électeurs?
M. KERMOUTON.
Quelques-uns, Monsieur, à vos ordres. Vous verrez... J'ai encore une petite tannerie... et puis je pense aux
ouvriers. Je fais bâtir à Morlaix quelques maisons à l'instar de Paris, que je loue assez bien.
LOUIS
Propriétaire, agriculteur, fabricant....
Que voulez-vous, Monsieur? je suis soutenu dans la tâche que je me suis imposée par l'idée que je suis utile à ma ville natale, à mon département, à mon pays.
LOUIS
Qui en doute ?
M. KERMOUTON.
Eh bien! Monsieur, voilà ce que je tenais à vous dire... Vous comprenez...
LOUIS
Mais en quoi pourrais-je...?
IL KE RM OU TON, apris un silence.
Monsieur, ma femme a la fantaisie de faire faire mon portrait pour servir de pendant à celui de son frère, lieutenant de vaisseau ; mais ce ne sera jamais un vrai pendant.
LOUIS
Comment! à cause de l'uniforme?
M. KERMOUTON.
Oh! l'uniforme ne serait rien, je suis capitaine dans la garde nationale... mais mon beau-frère est décoré...
Ct... (il montre sa boutonnière.)
LOUIS
Comment ! Monsieur, vous n'êtes pas décoré !...
Non, Monsieur.
LOUIS
Mais c'est une horreur ! Mais le ministre ne sait donc pas ce que vous avez fait pour votre pays! Un grand citoyen qui n'est pas décorél