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un discours commun dont nous usons pour déclarer nos besoins et nos misères corporelles : celui-ci csL bien vile dépensé ; celui-là surabonde. Chacun y esL iuvenlif à l'infini. L'Iiommc r(iii prie, le pliilosoplie liiimènfie, quand il s'abaisse à cela dans les désolations de l'esprit ou « les tribidations delà chair, » a lafécondilo du Verbe (ii\\n, prolixius orabat (Évangile delà Passion selon saint Jean).
Or, il tombe sous le sens d'un lecteur candide de 1'/mitation que tout est prière dans ce livre ou se soutient sur la prière, religion, morale, science du monde, direction chrétienne, métaphysique, théologie surtout. Aussi, voyez comme cet esprit de prière est créateur do mots répondant à la vérité des choses et pleins de la substance évangélique. Sur les mystères, ce latin a une précision sacramentelle avec les tendres excès d'une foi indéfectible : 0 didcissime Domine Jesu... Non alius dévolue animae cihns mandncandus proponilur, nisi tu super oninia desideria cordis cjus desiderandus (\\\\ IV, ch. vi). Et combien d'autres élans ou épanchemenis de celte fui doctrinale et toute enflammée à laquelle le terme propre ne manque jamais I Est-ce que la création mentale n'apparaît pas en force et en beauté dans le latin que voici, et qui fait effort pour atteindre à l'être du Dieu, et l'exprimer autant que cela est possible ? I/ontologie d'Aristote, avec sesàpriori, est d'une subtilité puissante: « Dieu est la pensée de la pensée; Dieu se pense lui-même. » J'cnlcnds cela avec lapuinLe de muii intellect; et je m'établis dans la nature divine aussi absolument que dans un rapport mathémati(|ue. Mais je n'ai à cela ni joie, ni le [)lus petit élargissement du cœur. C'est bien
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liant et bien sec pour un pauvre homme comme moi. Je voudrais voir un peu clair à aimer Dieu, et je ne peux l'aimer qu'autant que je me sens n'être rien par rapport à lui, et ne subsister que par sa toute-puissance et sa gratuite bonté. Or, AristoLe ne me dit pas un mot de cette dépendance où je suis de Dieu par mon origine, et qui me laisse, moi sa créature, sous sa main et à sa merci. Avec Aristote, je suis un esprit qui en mesure un autre, l'esprit de Dieu. Quelle pitié ! Je ne suis pas le créé qui s'évanouit, pour ainsi dire, dans l'incréé, un néant qui s'abîme dans l'être des êtres. Et c'est précisément cela qui m'est dit ici, à propos des jugements insondables de Dieu... Ubi nihil aliud me esse invenio quam nihiletniliil (ily.lU, ch. xi\) Intonas super me judicia tua ; et les images venant donner corps et couleurs à cette métaphysique aussi humble qu'elle est lumineuse, le penseur chrétien ajoute avec un saint enthousiaste t 0 pondus immensum ! 0 peJngus intransnatahïle, ubi nihil de me reperio quam in toto nihil. (Id.) Quel cicéronien trouverait à redire à ce latin, qui luimême est si peu cicéronien ? Mcwsil part d'un cœur qui s'est rendu familier avec Dieu à force d'épanchemenls alfectueux et d'abaissements du sens propre. Où la tête vaque à la syllogistique, le cœur est sans mouvement.
Dans les mœurs, dans les choses de direction spirituelle, ce latin a une vigueur incomparable. C'est la vigueur requise au combat de la vie. Ah ! combien Sénèque a d'esprit auprès de ce bon dévot ! Il vous en dégoûte. Où nos exégétiques ont-ils donc vu que Vlmitation de Jésus-Christ était une contemplation béate et
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presque de quiétisme? Serait-ce pas dans ce chap. xii : De informatione patientiae et Juctamine adversus conçupiscentiasl Mais c'est la palestre elle-même de l'homme de bien. Je cite ces deux versets du divin dialogue du Christ et de l'âme chrétienne : «... Domine mi.., nam qualiterciimque ordinavero de pace meâ, non potesl esse sine hello et dolore vita mea.y) — « lia est, fili ; sed vola te nonialemquaererepacem quœtentationibus careat^aut contraria non sentiet. » Est-ce ou n'est-ce pas là voire vie et la mienne, et votre incapacité naturelle et la mienne d'ordonner de notre paix? Et ce bon dévot, à peine de la force d'un sixième en latin, ne nous connaîtil pas pour ce que nous sommes? J'ignore s'il a passé sa vie dans un cloître ; la chose est probable. Alors ce cloître avait jour sur le monde par quelque ouverture d'où ce saint homme apercevait tout le train des choses d'ici-bas. Ou bien convenez que ces âmes, toujours en Dieu et priantes, reçoivent de lui des lumières bien extraordinaires.Qu'est-ce donc que connaître ainsi l'homme par intuition, et de surpasser en cela les méthodes déductives les plus déliées ? N'est-ce pas que les âmes des humbles, toutes retirées en elles-mêmes et « cachées en Dieu, dans le sein de la lumière et dans le principe de voir 1) (Bossuet) , ont acquis une telle acuité de vue qu'elles percent au plus renfermé de l'homme. Comme elles participent de la pureté des natures évangéliques, elles ont quelque chose cie la pénétration infinie de ces célestes esprils. Vous leur êtes plus connu que vousmême ne l'êtes à vous-même. Et s'il vous déplaît d'être pénétré, n'allez pas à ces voyants au cœur pur. Ce sont de terribles psychologues. Ni les cieux, ni les enfers ne
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sont trop profonde pour leur vue. « Cor 'puriim pene-^ trnt cœlos et infernum. » (liv. H, ch. iv.)
Que cela est beau et vrai ! Et, pour descendre au particulier de la vie, il n'y a pas de coquin si téiîébreux qu'il puisse se rendre impénétrable à un homme ayant le cœur et les mains nets.
Je reviens à l'action chrétienne. Vous la trouvez partoutdans Vlmilation. Ce mauvais latin est tout aussi plein de l'esprit de force que de l'esprit de douceur du christianisme. Ceci, par exemple, qui regarde la chair, estil écrit pour les ascètes seulement ou pour tout le monde? « Remurmurahit caro, sed fervore spiritus frœnahilur y) (liv. III, ch. xii). La singulière dévotion passive î Comme si nous n'avions pas tous affaire au même ennemi, et n'étions pas tous revêtus de cette chair qui murmure de se sentir réfrénée. Nous n'y pouvons pas ce que peuvent les ascètes. Mais Dieu sait si nous combattons, je parle de ceux qui combattent, pro 'parle virili! Trouvez-vous, chez les Latins et dans l'éthique de leurs philosophes, beaucoup d'expressions d'un aussi grand caractère que celui-ci? « ... Si interior homo non fuerit devastutus & (chap. xui, liv. III). Devastatus e&thediU comme du Pascal. Et de qui entendre cethommeintérieurdévasté,sinon du séculier, de l'homme du monde, qui n'a pas mis, comme le religieux, son àme en lieu sur, mais que les tentations assaillissent à droite et à gauche, et ne laissent pas respirer? Ce devastatus, c'est le malade que nous rencontrons tous les jours dans le monde. C'est vous, c'est moi. Il a un air de frivolité qui imite ou plutôt qui contrefait la santé. Au dedans il est tout gâté, et des humeurs pernicieuses le minent.
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Il languit au travail. Ce qu'il a à faire et qui ressortit à sa conditiou est justement ce qu'il n'aime pas. Il le fait, parce qu'il en subsiste, et parce que murmurer dans le désert contre Dieu et contre son serviteur Moïse n'emplit pas le ventre. Quelle làclieléà l'action î Quelle mutinerie de l'homme intérieur !
Mais on me répond dans ce petit latin de Vlinitalion: « Sta ad benepJacitiiin meum, » à mou bon ])laisir. Ces quatre paroles contiennent en elles la règle et la paix de l'esprit. S'il s'élève en moi un trouble plus grand au sujet de la Providence et de l'apparente confusion des choses humaines, et si l'idée de Dieu s'obscurcit dans mon entendement à ce point que je retire à « ce grand Dieu » le gouvernement du monde pour le donner à l'aveugle fortune; si cette lumière " du bon plaisir » de Dieu me manquant, je ne vois plus où est le bien en moral, où le devoir, où la nécessité dé me conduire eu tout par la religion et de rendre le moins possible la main à a l'homme animal, )> alors j'ai recours, dans les obscurcissements ou lâchetés de ma conscience, à la belle prière au Christ que voici : Clarifica mejesu hone, claritate interni îuminis et educ de liabitaculo cordis met tcnehras universas ))(liv. III, ch. xxiii). Et ailleurs, avec plus d'instance et de confiance chrétienne, a PiiriflcH, hi'lijlca, clarifica et vivifica spirilum mc.um ciim suis polentiis » (liv. III, ch. xxxiv). La métaphysique séculière, la mieux faite et la mieux constituée, a-t-elle beaucoup de termes de cette force et de cette plénitude spirituelles, cu)n potentiis ? C'est bien de « tout moi-même » qu'on me parle ici. L'esprit et le cœur en sont l'un et l'autre, et non pas le premier seulement qui, considéré