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à part, ressemble tant h une abstraction fastueuse et inanimée. La métaphysique me divise d'avec moi-même. C'est un procédé propre à elle ; il lui est commode pour opérer sur l'être; je ne le lui reproche pas. J'aime mieux me retrouver tout entier, non pas dans mes principes ontologiques (hélas, leur ténuité est cause qu'ils me fuient!), mais dans mes états vrais et naturels, dans l'ensemble de ma personne vivante, laquelle, je le sens bien, ne pense juste et n'agit raisonnablement que sous l'empire et par la grâce de Dieu : je ne dis pas « en Dieu, » à la manière de Malebranche. Pesez bien chacun des termes de cette prière (piirifica, lœtifica, darifica, etc.) au Père des lumières ; il n'y a pas en eux un grain d'illuminisme ; et ils satisferaient un grammairien.
Que celui qui n'entend pas ou qui ne veut pas entendre « la vigueur de l'Évangile, » Vigorem EvangeUi, dit saint Cyprien, aille aux endroits de Vlmitation où cette vigueur chrétienne s'accuse dans un latin singulièrement expressif. Ces endroits sont nombreux. Je ne peux pas m'occuper de tous. Or tous se rapportent aux deux principales affaires du chrétien ou de l'homme de bien qui a accepté le joug du maître sans prétendre l'alléger d'un fétu. Ces deux affaires sont, d'une part, d'avancer chaque jour un peu plus dans la perfection, et d'autre part, les défaillances survenant et l'haleine manquant au coureur, de se ranimer par la bonne honte et de réparer ses forces par la pénitence. En cela consiste bien
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l'exercice ordinaire de la milice chrétienne, et ce que l'Église, dès sa prise de possession desàmes, avait a ppelé a le combat spirituel. » La cliose et le nom étaient nouveaux pour les moralistes païens. Oinnia nova ! Non pas que les plus éclairés parmi eux, et les plus savants dans la science de l'homme, n'aient conçu et même égalé à Jupiter le parfait honnête homme, le juste irréprochable, le saint. Oui, ils ont imaginé et peut-être pressenti le Saint; ils l'ont certainement figuré; et Platon a donné de lui des traits qu'on dirait empruntés h Isaïe. Socrate et Epiclète, l'un, quoique prodigieusement subtil, l'autre, nonobstant l'ostentation stoïcienne, ont été les parfaits du monde païen, nous ne disons pas les saints. Il s'en manquait de tout le sang répandu sur le Calvaire. Qui dédaignerait la perfection païenne, je le trouverais bien diflTicile. Laissons-la en son temps et en son rang; ce n'est pas la déprécier. Ce sont les voies de cette perfection socratique qui diffèrent singulièrement des nôtres.
Expliquons ceci, comme nous avons entrepris de le faire, au moyen de notre texte de Imitatione Chmti,ei par les beautés elles-mêmes de ce latin succulent. Je lis, au chap. XIII du liv. III, ces paroles d'une vigueur évangélique étonnante : a Exanlesce contra te, nec fatiaris tumorem in te vivere. » 11 s'agit de s'humilier devant Dieu, et de se faire si petit devant cette Majesté suprême que les hommes puissent marcher sur vous comme sur la boue des rues. « Ut omnes super te ambulare possint et sicut hitiimplatearumconculcare. .i> CQr[es,\oi\k qineslf^ovt, ne manquent pas de nous dire les délicats de l'exégèse, qui n'aiment pas eux cette boue des anéantis et des désap-
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propriés, et encore moins y salir leur blanc plumage. Si cela ne pue pas uniquement le froc et les sandales, qu'estce pue cela fait donc? Ce triste latin les dégoûte. Ils n'y ont pas même touché du bout du doigt. Comment songeraient—ils à y enfoncer. Voyons à le faire pour eux. D'abord ils errent totalement sur la vertu d'humilité. Elle est si peu leur fait ! Ils n'entendent pas que la fin derhum,ilité etle terme des abaissements volontaires de la créature, c'est Dieu, et non pas l'homme ou le monde. Cela ne marque pas peu la disproportion entre celui qui s'anéantit et celui devant lequel on s'anéantit. Et qui osera dire qu'il se fait trop bas pour Dieu? Cette « boue des rues 3> est donc une image, à peine proportionnée, de notre petitesse par rapport à l'immensité de Dieu. C'est ce que les charnels ne voient pas, et qui éclate aux yeux des spirituels. Telle est l'humilité, rapportée à so'^ principe, et contemplée en quelque sorte dans sa belle et douce lumière théologique. Qu'il y a loin de là à cet abêtissement monacal sous lequel on la veut écraser et déshonorer 1 Regardez agir ces humbles. Sont-ils assez vifs, assez fermes, assez perspicaces dans leur bassesse et dans ce rien du touc qu'ils se vantent d'être devant Dieu ! Qu'est-ce qu'ils ne supportent pas qui nous ferait tomber en faiblesse, nous les fanfarons de la métaphysique, et les commençants du devoir? Qu'est-ce qu'ils n'expédient pas avec célérité et droiture de leurs propres affaires ou des nôtres, quand nous les prions de s'occuper des nôtres? lis ont la crainte de Dieu dans la moelle des os, medidlitus {\\\ . IV). Ces bonnes gens, à la face ouverte, au regard direct et simple (il s'en rencontre de tout habit dans le monde), vous ont vite pénétré et
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mesuré. Le pharisaïsme ou la sophistique enfarinée ne les embarrasse guère. Ils ont le toucher exquis et un art à eux de débarbouiller les visages, et d'en ôter tout le plâtre et tous les enduits. Pourquoi? Parce qu'ils ont coutume de se mettre pour ainsi dire nus devant Dieu. Mais où ils laissent infiniment au-dessous d'eux les plus sages et les plus bommes de bien parmi les païens, c'est dans l'elTort vertueux ; c'est dans le travail qui enfante la perfection, dans le combat spirituel ou « le bon combat » do l'apôtre des Gentils. Je vois et j'admire chez les païens, dans les beaux temps de leurs républiques, des sages effectifs, des bommes tempérants, désintéressés, assez mailres, quelques-uns, nous dit-on^ tout à fait maîtres de l'appétit, et si peu infatués du souverain pouvoir, quand il leur est échu, que volontiers vous prendriez ces polythéistes pour des humbles de cœur. Je lis aussi et je n'admii^e pas moins chez leurs moralistes, poètes et philosophes, et même chez leurs rbéteurs, d'incomparables maximes pour le gouvernement de la vie, des accents de vertu et d'honneur qui vous transportent, et des notions de la conscience, du Dieu intérieur, si nettes et si fortes, qu'on a pu se demander si le Christ avait apporté mieux que cela aux enfants de la. loi de grâce. Horace, l'Horace grisonnant des Epîtres^ me fait souvenir, entre autres lieux communs de morale vraiment beaux, d'un Te ipsum concute, qui confine à notre examen de conscience, et où il y a, si peu que ce soit, du meâ cuJpâ de la confession auriculaire. C'étaient les soliloques d'Horace à jeun, impransus, comme il l'a dit lui-même. Je sais encore du même Horace un Sapare aude (jui a bien de la vivacité. Tout le monde