LXII PRÉFACE
connaît le ISil conscire sibi de Jiivénal, qui esl bien fort aussi dans sa brièveté. Le nuUâ pallescere cuJpâ, qui vient après pour renforcer la chose, est de trop. C'est de la clameur d'école. Certes, la conscience, ce moi que je ne peux pas ne pas être, comme dit Sosie, est assez attestée par les païens, poètes^, philosophes, rhéteurs ou simples gens de bien. Socrate a mieux aimé mourir que dire ce qu'il ne pensait pas, et, le disant, déshonorer son âme immortelle. Eh! bien, si de l'éthique païenne, belle en soi, et à laquelle il ne déplaît pas de s'élaler devant le monde, je reviens aux bassesses évangéliques du de Imitatione Chrisli et à cette vie et conduites cachées en Dieu, )) j'aperçois là seulement le combat intérieur, ou la difficulté toutenlière de vivre en homme de bien. Là seulement j'aperçois aux prises l'un avec l'autre les deux hommes que je porte en moi, Tun qui met l'autre sous lui, et qui y est mis à son tour.
Là seulement m'est distinctement montrée « la loi des membres » qui, le plus souvent, quand ce n'est pas toujours, prévaut contre l'esprit. Voilà bien la guerre ap portée au milieu de nous, à la place de la paix, par l'Homme-Dieu, et que les sages païens, les plus instruits de la nature de rhomme,ne soupçonnaient pas être si vio lente et si implacable. C'est une guerre que les Saints ne sont pas les seuls à soutenir ; et j'ajoute, ils ne sont pas les seuls à y être aidés d'une manière qui passela nature. Qui ne connaît quelques-unes de ces saintes personnes dutiècle ? Aucun signe extérieur, froc ousoutane,ne les distingue des autres hommes. Leur habit a la coupe du vôtre et du mien. Ils vaquent tous les jours à lei rs peiilesaffaires : petites en effet ! ils n'y ont mis que du leur, e
PUÉFACE. LXIII
rien de celui d'autrui. Ils en vivent bien ou mal eux et leurs familles; ils ont bien de l'occupalion chez eux, et bien de la peine à y ordonner les choses conformément à la bonne arithmétique, à la raison, à l'honneur et à la bienséance. Ils en viennent à boni. Comment font-ils pour cela ? Le monde ne le sait pas ; mais Dieu le sait, et il leur donne aide et courage. Satan, à cequ'ilsemble, n'a que faire de venir visiter des gens qui ont si peu le temps d'être à lui. 11 y vient néanmoins. En combien de manières et sous combien de figures, ce n'est pas à moi à vous le dire. Il est certain qu'il leur donne de la tablature autant qu'à un ermile,je veux dire toute celle qu'ils sont en état de supporter. Il sait bien, le malin esprit, introduire chez eux toute la séquelle des mauvaises bêtes, istas malus bestius. Ce n'est pas moi qui les nomme ainsi, c'est le bon disciple au chap.xxiii du liv. III, toutes les concupiscences enchanteresses, illecebvosas concupicentias,q\.n lui arrachent, au fort du combat, ce grand cri de l'àme en perdition: Non me vincat,Deiis meus, non vineut caro et scnicjiiis (liv. III, cli. xxvi). Je n'entends pas Épiclète lui-même, le plus semblable à nos chrétiens^ pousser à Dieu ce cri de l'homme.
On s'examine soi-même chez les païens^ et même on le fait avec sévérité et scrupule. Pylhagore prescrivait à ses disciples ce salutaire exercice, et il le voulait d'eux quotidien. Nous ne pouvons guère juger de la manière dont ils se traitaient en qualité de pécheurs, ni de laviva. cité de leur contrition, n'ayant d'eux aucun acte qui en témoigne. Il faut croire qu'ils y allaient en toute candeur. Us s'examinaient, cela est certain^ en présence de leurs dieux, qui devaient se montrer bien indulgents. Ils se-