‹ Les deux imitations de Jésus-Christ: le De imitatione Christi, et L'imitation, de Corneille, comparées dans leurs parties principalesChapitre 23 sur 30 · QUOD OIKINIA GRAVIA PRO /ETERNA VITA SUNT TOLERANDA · texte numérisé non relu

QUOD OIKINIA GRAVIA PRO /ETERNA VITA SUNT TOLERANDA

Qno pour la vie éternelle il faut endurer les choses les plus fâcheuses.

Tout est bon, tout est beau, tout est d'apropos dans ce saint livre de Vlmitatio Christi. Il n'est pas de situation sociale, que dis-je? pas d'état de l'âme, de cette âme « ondoyante et diverse, » inquiète, abattue, ou vaine et infatuée, qui ne soit spécifié, décrit, développé et mis en son vrai jour par ce psychologue à l'œil perçant, au cœur candide et miséricordieux. Je n'apprends rien à personne, si je dis que chacun de nous ne peut ouvrir ce divin livre à telle page qu'il voudra et comme au petit bonheur, qu'il n'y trouve ce qu'il y cherche et souvent ce qu'il n'y cherche pas, et ne tombe sur la raison de morale ou sur l'exemple le plus approprié à ses dispositions actuelles, à son humeur, voir même aux affaires qui l'occupent. Celui qui touche, n'importe l'endroit, à ce petit latin de si peu d'art et d'une limpidité à s'y mirer, et qui ne s'écrie pas: « Oh, que c'est moi, que c'est moi ! » a une taie sur les yeux ; ou bien il appréhende de se voir tel qu'il est. 11 fait pis que cela ; il met toute l'épaisseur de son sens propre

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et de son orgueil entre lui et le regard de Dieu. Il a horreur, comme notre premier père après sa désobéissance, de paraître nu devant celui qui Ta fait d'un peu de boue, et qui lui a insufflé son esprit.

11 y a entre les quatre livres de Vlmitalio Christi une connexité de doctrine et d'enseignements théologiques, métai)liysiques et de morale, qui s'empare de toute notre attention en ce chapitre-ci non moins qu'en cet autre, et qui ramasse tout le particulier de nos affections, de nos pensées, de nos sentiments, de nos afïaires contentieuses elles-mêmes, sous ce titre principal Dieu et l'homme, le créateur et la créature, l'àme et le corps, la loi religieuse et la concupiscence : en sorte que celui qui s'administre chaque jour, matin et soir (l'hygiène en est souveraine), un chapitre de Vliiiitatio Christi, s'administre par cela même tout le suc de la sagesse révélée, sans préjudice des lumières de la raison naturelle. Je comparerais volontiers le saint homme de VLnitalio Chrisli, tant au courant du train journalier de notre vie, au médecin de la famille qui, venant voir un malade de chez nous, et, après qu'il l'a vu, demeurant un peu avec nous, tàte le pouls de l'un, le pouls de l'autre, afin de se rendre compte de l'état de chacun, et d'y aviser, s'il y a matière. Après quoi" le- bon docteur prend congé de son monde. Il a bien examiné son malade; il l'a palpé et ausculté ; il a mis le doigt sur le mal ; le cas est élucidé pour lui ; et, entre temps, il s'est enquis des santés de tous ceux de la maison. Ainsi fait le médecin de nos âmes. Il s'attache à la plus malade, à quelque vice capital dont elle est dominée; et, sans quitter la place, il scrute et il interroge les moins atteintes, celles d'alentour qui n'ont pas moins besoin d'une médecine api^ropriée (1). Tant ce divin livre, presque frère germain de l'Évangile, descend aisément du général au particulier, du premier principe aux causes secondes, de Dieu à l'iiomme, de la

(1) Tu scis uinnia et singula. Tu sais tout et chaque chose en particulier. (L'im. deJ.-C.)

l'»i l.FS niîUX IMITATIONS DK .lÉSlJS-CIIHIST

nature humaine en son universalilé aux individus travaillés de passions diverses, et empêchés dans leur libre arbitre 1 Chacun de ces ciiapitres représente par son titre un traité ou somme des Vertus et des vices dans laquelle chacun de nous retrouve l'aiïection, qui lui est propre, dépeinte ad vivuni, et le remède spirituel qui lui convient. On lui dit son mal tellement au vrai qu'il en est tout saisi, et que lui le malade il admire la bonté du diagnostic et les précisions frappantes de ce médecin consommé des âmes.

Veillas ad me, cam libi non fnerilbeuè, (Liv.!!!, c.xxx).

Viens à moi, mon enfant, lorsque tn n'es pns bien... Les délicieuses paroles !

Celte connexité des choses et du discours se fait remarquer plus particulièrement dans certains chapitres ; ce qui nous permet, passant de l'un à l'autre des quatre livres, d'établir un lien naturel entre ces chapitres, quoique fort distants les uns des autres. Ainsi le chapitre xii du livre II {De rcgiâ via sanclce Cruels), le dernier de ce livre, a un rapport, on peut dire nécessaire, avec les chapitres (xlvii du livre III). *

Qiiôd omnla gravla pro œternâ vllâ sunt toleranda.

Que pour la vie éternelle il faut endurer les choses les plus fâcheuses.

Ch. XLur. De die œternltatls et hfijus vltœ angusliis.

Du jour de l'éternité et des angoisses de cette vie.

Ch. XLix. De deslderio œternœ vltœ, et quanta sint certanllbus hona prouiissa.

Du désir de la vie éternelle, et combien d'avantages . sont promis à ceux qui combattent.

Ce Chemin roijal de la croix aboutit à l'éternité. L'Eter-

(l) V^?nez à moi quand vous ne serez pas bien. {L'Im. de J.-C liv. 111, c.hap. XXX.)

coMi'AHKi':s n.vNs I i:i lis iwitriics I'iuncip.vi.I'S. 193

nité est la borne du slado où courent les bons coureurs du Christ, ceux qui ont l'haleine longue et même ceux qui font courte, pourvu que ces derniers ne tombent pas au milieu de ce champ de labeurs et de larmes. Il n'y a lieu pour aucun de nous à la désespérance du côté du ciel et des béatitudes promises. Comme Dieu n'a pas donné la même vigueur de muscles à tous ces corps pétris de la même boue, il ne nous a pas équipés tous de la même manière pour la vertu et pour les épreuves de la vie. Pour quelques âmes sublimes qu'il a faites, combien de petites et de médiocres ! Encore n'a-t-il dispensé aucune de ces dernières des devoirs courants et de la peine qu'on a en ce monde à vivre en homme de bien. Il a gradué les mérites d'après la trempe des caractères et l'effort dont il a rendu chacun de nous capable. D'où cette conséquence rationnelle et rassurante pour la foule des combattants de cette vie qu'il ne tient fermées pour personne « les portes des cieux. »

Dans les temps de foi populaire et robuste, comme était le moyen âge, vivre et croire c'était la même chose; c'était, comme nous dirions aujourd'hui, le même fait physiologique. Grands et petits, seigneurs et gens de la glèbe, oppresseurs et opprimés, tous croyaient de cette foi qui fînit par abattre l'orgueil et la dureté sous la crainte de Dieu, et qui fait prendre patience aux souffrants de ce monde. Certes les petits étaient lors fort à plaindre ; encore qu'il soit de mode parmi les contempteurs de partipris du moyen âge, historiens ou philosophes, d'exagérer le» misères de la plèbe de ces temps-là et de voir dans notre France des xr-', xn" et xnr^ siècles une sorte de géhenne de fer et de feu. Les pauvres avaient pour compagnon de peine le Christ, le Dieu des pauvres. Ils le regardaient à la croix; ils le priaient; ils le tenaient pour l'un des leurs, et pour le plus misérable d'entr'eux ; ils se plaignaient à lui dans ces Litanies où il est si souvent appelé par son nom. Ils lui recommandaient leur

19Ô LES DEUX IMITATIONS !)!• .IKSUS-CIUUST

âme au moment de mourir, et ils mouraient, baisant la croix, dans la foi en une meilleure et éternelle vie. Depuis de grands et de plaisants philosophes ont imaginé de leur arracher la croix des lèvres, et les laissant à leur misère incurable, ils ont trouvé charmant de leur faire savourer les amertumes d'une agonie sans espérance et les derniers épouvantements des impies. La belle affaire politique et

sociale 1

Si telle était la foi des multitudes, que devait être celle des religieux séquestrés du monde et cachés dans la solitude des cloîtres? Sans doute une foi superexcellente comme il est dit au livre IV de Vlmitatio Christi, de sacramento, c'est à savoir de la qualité la plus simple, intuitive autant que cela est donné à l'esprit humain, dominant tout le sensible, exempte même « des saillies » (Corneille) de l'imagination, et qui tonche par ses rares extases à la claire vision. N'est-ce pas la foi de notre saint de Vlmitatio Christi telle que ces trois chapitres sur le désir de l'Éternité bienheureuse nous la dénoncent; et, chose cent et cent fois à répéter, une foi de cloître, laquelle n'a pas d'éblouissements proprement dits, mais demeure ferme, lucide, présente à tout ce qui se passe infiniment au-dessous d'elle, dans ces basses régions de la vie humaine? Tant le génie pratique, l'àme et la vie de ce beau livre, ne se dément en aucun endroit, pas même sur les cimes du dogme et des vérités théologales I

La grande affaire de l'Éternité, à laquelle se rattache le plus terrible des événements futurs, la fin du monde, agitait ces hommes du moyen-àge d'une manière extraordinaire, et venait à la traverse de leurs occupations terrestres les plus violentes. Au cloître on en faisait l'objet unique de ses méditations; on y abîmait son âme; c'était

COMPAHÉES DANS LKUKS PAIlTdvS PRINCIPALES. 197

une pâture perpétuelle à l'oraison, un désir insatiable des choses invisibles, des seules permanentes, et d'ores et déjà une imagination si forte des biens éternels qu'elle ressemble à une jouissance actuelle, à un état consommé de béatitude. Tant la foi, assurée et comme nantie de son objet le plus cher, ne remettait pas à l'attendre, et s'emportait jusqu'à usurper sur le futur ! Je ne dis rien d'exagéré. Le saint de Vlinitatio Chrisli va nous donner raison, et Corneille de sou côté corroborer plutôt qu'énerver nos preuves. Nous puiserons celles-ci aux endroits les plus profonds et les plus limpides de cette fontaine de vie. Aqiue salientis ad vilani œternam. Écoutons notre Saint dans ses raisons. En effet nulle part il ne se paie uniquement d'enthousiasme et « d'amour affectif » (Bossuet;. Il reste démonstratif jusqu'en ses impressions du divin les plus immédiates et les plus transportantes.

La vie éternelle! Dieu ne la donne pas de la main à la main et par pure profusion; il veut qu'on la mérite, qu'on s'y avance avec effort, par des démarches ardues, par des saillies et des redoublements de courage, par des coups de vigueur, comme les intrépides ont coutume de faire, par la patience douce et tenace, comme il arrive aux vertueux du commun, aux éprouvés d'aujourd'hui, à ceux de demain, de chaque jour, aux combattants de la vie séculière. Et certes il en est de ces derniers qu'on pourrait bien appeler les saints de ce monde, et cela sans porter préjudice à la hiérarchie des bienheureux en possession de la gloire. L'Éternité est donc la couronne décernée aux athlètes qui ont le mieux fait dan^ le stade. L'espérer et l'attendre sans agir, avec une quiétude présomptueuse et béate, ne suffit pas. Il la faut emporter par la vive force. Qu'est-ce à dire! Le nombre est petit des martyrs et. des confesseurs. Peu résistent jusqu'au sang, iisquè ad sanfjuiiiem ! — Mais tous nous militons, nous endurons, nous sommes exercés. Et combien de fois nous défaillons auxsimplesœuvres de la vie ! Le monde ne nous

198 LES Di:UX IMITATIONS DE JÉSUS-CFIRIST

est-il pas une vraie Géhenne terrestre laquelle pourraiton dire prend jour sur le ciel et ses félicités éternelles? Qui vit ici-bas, pàtit; et cela seul peut lui donner droit à un grand dédommagement en un lieu meilleur que celle terre. D'où ces mâles exhortations à la patience au-dessus desquelles les saints se sont portés d'emblée, mais qui sont bonnes à relever et ragaillardir nos faibles cœurs.

FUI, non le frangant Jabores quos assiimpsisti proptcr me,nec tribiilationes dejiciaiit usqKequaquc ; sed mea promissio in omni eventii te roboret et consoletur. Ego sufjiciens sum ad reddendum sapin omiiem modum et mensuram (1).

Ne te rebute point, mon fils, de ces travaux

Que l'ardeur de ton zèle entreprend pour ma gloire ;

Ne te laisse jamais abattre sous les maux

Qui te veulent des mains enlever la victoire :

En quelque triste état que leur rigueur t'ait mis

Songe à ce que je t'ai promis ; Reprends cœur \h. dessus, espère et te console ; Je rendrai tes désirs pleinement satisfaits, Et j'ai toujours de quoi dégager ma parole Par l'abondance des effets.

Ce nec dejiciant nsqurquaqne, outre qu'il est d'un beau latin, remplit-il pas toute l'idée d'un cœur dispersé parmi les soucis de cette vie, blessé coup sur coup, et qui ne se i^etrouve plus dans ses abattements lâches et multiples! Lequel de nous ne se reconnaît pas dans cet homme qui se manque à lui-méiue cent et cent fois dans l'an et à qui le gouvernail échappe des mains au plus fort de la tempête? Et combien il y a de cordialité chrétienne dans ces paroles à la fois énergiques et tendres ! Ce sont presque les paroles du divin Maître reprenant ses disciples de leur peu de foi, et les secouant de la bonne sorte, hommes

(i) Mon lilSj ne vous découragez pas dans les travaux entrepris pour moi et ue vous laissez jamais abattre daos les tribulatious^ mais que mes promesses vous fortifient et « vous consolent " dans tous les accident?, (hlm. deJ.-C, liv. III. f.hap. xlvii.)

COMPAUKKS DANS LKI ItS l'AUTIES PIU.NCII'ALKS. 109

inodica' ftdci ! Mais le « reprends cœnr là-dessus » et la suite, c'est du Corneille sans défaut et venu de l'abondance de la veine. Et le Dieu de Vlmilano Cliristi, support de nos âmes, le Dieu personnel et maître de nos cœurs, n'est pas diminué, je pense, par ces deux vers de la fin : (1)

Et j'ai toujours Je quoi dégager ma parole Par l'abondance des effets. (1)

Les fortifiantes [)aroles!

Les deux définitions théologales se valent ici et là ; et même il me semble que le Dieu de Corneille se déclare avec une majesté d'indépendance et de Toute-Puissance qu'il n'a pas dans la Théologie élémentaire de l'original latin. Corneille, qu'on ne s'y trompe pas, n'est pas un théologien subordonné et qui vit d'emprunt ; il vit sur un fond spirituel et d'ontologie transcendante qui est bien à lui, que sa poésie soutient, mais qu'elle ne fait pas. On ne parle pas de Dieu, du grand opérateur, avec celte propriété sublime des choses et des mots par cela seul qu'on croit en lui de toutes les forces de son esprit, mais parce qu'on l'aime et espère en lui de toute l'abondance de son cœur. Écoulons ces accents de foi et d'amour du grand chrétien; et voyons si cela sent son emprunt, toutes divines que soient les mêmes choses chez notre théologien latin.

J'ouvrirai devant toi le pré des Ecritures ("prafa Scripttirannu). Afin qu'à cœur ouvert tes saints ravissements Y courent le sentier de mes commandements

Avec des intentions pures ; Alors perçant de l'œil toute l'éternité Pour voir de ton bonheur la haute immensité, Tu t'écrieras soudain < Ah ! qu'il est inellable ! Seigneur, quelques tourments qu'il nous faille sentir. Tout ce qu'on souffre ici n'a rien de comparable A la gloire qu'un jour tu dois nous départir.

(l) Saiut François de Sales, avant Corneille, avait .lit, pariant à son propre co'ur : « Mou ca:ur, mon ami, au nom de Dieu, repreuils couraue. •

Ce qui rend par les paroles enflammées qu'on vient de lire ces deux versets du latin :

Expandani coràm te prata scripturarum ul dilatato corde ciirras viam mandatorum meorum ; cl dices: non simt condignœ passiones hujtis temporis ad fiitiiram gloriam qiiœ revelabilur innobis.iSi PaulXl)

Revenons à notre Eternité, à la palme promise aux vaillants d'ici-bas, au braiiim de l'Athlète chrétien, comme il est dit aux Epitres de saint Paul en ce pauvre latin.

C'est la philosophie chrétienne qui a vu le plus clairement et fixé du regard le plus ferme le rapport, disons plutôt les infinis de durée qu'il y a entre l'Eternité et la brièveté de cette vie. Celle-ci est mathématiquement un point auprès de celle-là. Ce qu'il nous faut souffrir icibas, « étant des hommes et non pas des anges», a dit Pascal, n'est donc rien en réalité, et ne compte pas eu égard à l'immense compensation que la foi nous met en demeure d'attendre. Donc patienter, endurer qui dit la même chose et le dit plus crûment.

Espère, endure^ attends,

est pour le chrétien d'un bon raisonnement et d'un non moins bon calcul : il joue en effet le transitoire contre « le perdurable » , le temps contre l'éternité. C'est ce que nous propose le saint de Vlmitatio Christi, non pas en joueur adroit et qui se connaît aux bons coups, mais en homme touché dans son humanité, et qui a sa part de nos maux. Aussi me dit-il avec une tendresse réconfortante :

(1) J'ouvrirai devant vous « le champ des Écritures, afin que vous puissiez, le cœur dilaté de joie, courir dans la voie de mes commandements.» {L'Im. deJ.-C, liv. III, chap.ij. Prov. XXVII, 2S.Ps. CA7U,32.)

COMPARKKS DANS LEUUS PAIITIES PRINCIPALKS. 201

Non il in li'ic Inhorabis, nec seniper gravaberis doloribus (1).

Tu n'auras pas ici longtemps à te lasser...

Tes douleurs n'y sont pas d'une éternelle suite...

a A te lasser ! » Que de choses contenues en ce seul mot ! C'est bien là le cliemin abrupt et pierreux de la vie où tous nous haletons, chacun portant sa charge, à l'exemple du bûcheron de la fable.

Un pauvre bûcheron tout couvert de ramée Sous le faix du fagot aussi bien que des ans Gémissant et courbé marchait à pas pesants, Et tâchait de gagner sa chaumine enfumée. Enfin n'en pouvant plus d'efTort et de douleur...

Moâicuw est et brève omne quod transit cum tempore.

Cependant souviens- toi que les maux les plus grands Ne sont que peu de chose, et de peu de durée, Quand ils passent avec le temps.

L'abîme de l'éternité est au bout de ces « six vingt ans » et au delà que nous pouvons vivre; et ils courent s'y engloutir. C'est vraiment n'être pas sous ce soleil qu'y être pour si peu de temps ; et rien n'est trop fort, rien n'est trop poussé à l'image par les poètes, « par ces bouches d'or, » quand ils nous parlent de la brièveté de nos jours, et qu'ils nous signifient notre congé.

Tu murmures, vieillard, vois ces jeuneî mourir...

L'éternité absorbe en un bien petit moment, le temps d'exhaler notre dernier souffle, ces morts indistinctes des vieux et des jeunes, enfants à la mamelle,

Infantdnique aniniœ fiantes in Umine primo (2). jeunes filles pour qui no luira point le jour de Thyménée

(1) Vous ne travuillerez pas longtemps ici bas, el vous no serez pas toujours (laus les douleurs. (L'Im. de J.-C.) (-2) Kl ces âuie^ li'eufaiits pleurautes au seuil de ces demeures. ij^

202 LES DEUX IMITATIONS DK JÉSUS CIIUIST

Ptieriintmplœ que purllœ (1).

Par l'éternité toute mort cesse, et toute vie recommence pour ne plus finir. Arrivés au seuil de la cité permanente une seule chose nous importe ; c'est que nous y entrions avec le nom et la qualité de gens de bien. Jusque-là travaillons et prenons de la peine; souffrons ce qu'il plaît à Dieu que nous souffrions ; et ne nous imaginons pas, ce qui est faux en fait et qui mêle à nos peines le venin des envies sociales, qu'aucun de nous soit exempt de la nécessité d'endurer.

Age qtiod agis ; fideliter lahora in vineâ meâ ; ego ero mer ces tua.

Scribe, lego, canta, geine, lace, ora ; sustine ririliter contraria; cligna est his omnibus et majoribus prœliis vita œterna (2).

Cela est écrit pour les mortifiés du cloître, qui ne le voit? C'est la règle du lieu article par article. D'où vient que cette règle est aussi, article par article, la règle de ma maison et de la vôtre, de la mienne où je suis à la gêne, de la vôtre où vous êtes au large et dans les grandes aises, mais point exempt du ver intérieur qui ronge icibas tout cœur d'homme, et ne pouvant vous retenir de gémir au sein même de votre abondance etdevos délices? Celte divine éthique s'étend jusqu'aux choses de notre profession qu'elle règle et qu'elle ordonne eu égard à Dieu et à l'éternité.

Le saint de Ylinitatio Clirisii me regarde faire ce que j'ai à faire dans le siècle, et de quoi je m'acquitte tant bien que mal. 11 me donne cœur à ma tâche ; il m'y anime par la grandeur et la magnificence du salaire.

(1) Des enfants et des jeunes filles qu'allendait l'iiynieû. (Virgile, Enéide, liv. VI.)

(-2) Faites bien ce que vous faites, travaillez liilôlement à nia vipne, je serai votr3 récompense. Ecrivez, lisez, cliantez, gémissez, soyez dans le silence, priez, souffrez courageusement les contrariétés; la vie éternelle niériie tous ces combats et de beaucoup plus crands. (L'Im. de J.-C. liv. m. chap. xlvii. Math. XXI, 28, et Geii. XV, 1.)

COMP.VRKKS DANS l.i: l KS PARUES PRINCIPALES- 203

Travaille dans ma vigne avec fidélité,

Et je serai moi-même enfin ta récompense.

Ecris, lis, chante, prie et gémis tout le jour,

Garde le silence à Ion tour.

Supporte avec grand cœur tous les succès contraires; Leur plus longue amertume aura de doux reQux, Et la vie éternelle a d'assez grands salaires

Pour être digne encor de plus.

Oii le poète sait se maintenir dans le littéral latin, il l'égale en brièveté et en précision. Aux endroits oii il l'excède, c'est avec un accroissement de splendeur des vérités révélées et des certitudes futures. Je suis en peine des exemples; je choisis les plus beaux chez nos deux auteurs.

Veniet pa.r in die nuâ, qiiœ nota est domino : et erit non dies neque no.r hnjus scilicet temporis, sed In.r perpetua, rhirilas in/inila, pax jirma, et requies seciira (i).

Oui tu verras un jour Unir tous ces ennuis; Dieu connaît ce grand jour qu'autre ne peut connaître ; Tu ne verras plus lors ni les jours, ni les nuils. Comme ici tu les vois, s'augmenter et décroître. D'une clarté céleste un long épanchement

Fera briller incessamment D'un rayon infini la splendeur ineffable, Et d'une ferme paix le repos assuré Versera dans ton cœur le calme invariable

Que ces maux t'auront procuré.

Qui reprendi^a ici notre poète de redondance ? Qui osera prononcer le mot pédantesque de pléonasme ? A ce compte, il y a autant de l'un et de l'autre chez notre saint que chez notre poète; si non que le latin joint de plus prés les uns aux autres ces termes pareils et qu'il en ramasse mieux tout le sens théologal. Mais qui n'est frappé

(l) La paix arrivera dan.; un jour qui est connu du Sei^neui , ce ne sera pas un jour de ce mon le, auquel succèile la nuit, mais une lumière sans fin, une clarté infini.^ une paix stable et un repos assuré. {L'Im. de J.-C.)

de cette plénitude de foi des deux croyants et de cette imagination des félicités futures, laquelle va jusqu'à leur donner une réalité intelligible à nos entendements et presque perceptible à nos yeux mortels 1 Ce sont les deux ouverts, comme ils l'ont été à un Etienne, aux martyrs témoignant sous la hache et sous le glaive, à un Polyeiicte s'enflammant pour « d'adorables idées. » Notre Corneille pouvait-il écrire autrement, ayant à faire effort pour égaler au pur divin les vocables des hommes, et élever notre langue française à ces hauteurs, lumineuses seulement pour la foi? Ecoutons le reste :

Non dices tune : quis me liberahit corpore wortis hii- JHS? Neqiie clamahis : Heu milii, quia incolatus meus prolongatus est! Quoniam prœcipitabitnr mors, et sains erit indefecliva : anxietas nulla, jucanditas heata, societas diilcis et décora (1).

Tu ne diras plus lors : « Qui pourra m'affranchir De la mort que je traîne, et des fers que je porte ? » Tune crieras plus lors : « Faut-il ainsi blanchir ? Faut-il voir prolonger son exil de la sorte? » La Mort précipitée aux gouffres du néant,

jN'aura plus ce gosier béant Dont tout ce qui respire est l'infaillible proie ; El la santé, sans trouble et sans anxiété, N'y laissera goûter que la parfaite joie

D'une heureuse société.

Est-ce amplifier par le procédé des traductions qu'étendre ainsi les choses? N'est-ce pas au contraire y aller de sa veine propre et, pour ainsi dire, inventer à profusion? Tel est le poète toujours concevant et donnant vie et corps à ses conceptions, amoureux des images et des figures, par intempérance de génie, et parce qu'il a des

(1) Vous ne direz plus alors : « qui est-ce qui uie délivrera de ce corps uiortei? Et vous ue crierez plus : « iMalheur à. moi, mou séjour daus le monde est long 1 » « La mort sera abîmée " et le salut ne pourra plus manquer; plus de tristesse^ une joie parfaite, et une société douce et honorable. (Rom. VU, 24. Ps. LXIX, .o.)

COMPARÉES DANS LEURS PARTIES PRINCIPALES. 20b

visions du vrai, du beau et du divin dont nos yeux ne sont pas capables. Celte mort « au gosier béant » et « précipitant aux gouffres du néant » n'est pas, hélas ! un monstre autre que celui des imaginations païennes, et qui causait à ces idolâtres de si grands épouvantements. C'est " le même qui dévorait indistinctement à la guerre leur belle et fière jeunesse, au foyer domestique les vieillards, les pères, les épouses, les jeunes filles et les tendres enfants :

Qiios ilulcis rilœ crsortes et ab ubere niptos Abstitlit atradies et fiinerc mersit acerbo (1).

C'est l'avare Achéron,

Dont tout ce qui respire est Tinfaillible proie.

Mais le poète chrétien n'a pris des païens que cette sombre et affreuse personnificatioa de la mort : il ne leur cède pas non plus en profondeur de mélancolie, en implacables regrets à ce qui était et qui n'est plus, à ce qui voyait le jour et qui ne le voit plus. Qtris desidcrio sit pador cmt modus tàm cari capitis (2)?

Mais pour lui chrétien la mort n'est plus l'avare Achéron. Elle a rencontré son vainqueur, le Christ; à son tour « elle a été précipitée aux gouffres du néant ». Nous n'avons plus raison de pleurer sans fin ceux que l'aveugle faucheuse a retranchés du milieu de nous ; nous n'avons plus à tendre nos bras languissants à des ombres vaines et fugitives comme pour les ressaisir, et rejoindre une chair vivante à des spectres vides de sang, à des songes, enfants légers du ténébreux Erèbe. Ces chers défunts nous seront rendus et nous à eux au jour de la résurrection, les à mes réunies aux corps qu'elles auront habités icibas, chaque homme rétabli en l'intégrité des deux subs-

(i) Privés (le la douce lumière, et ravis eu naissant au sein maternel, un funeste jour les a enlevés à la vie, et plongés daus la uuil prématurée (le la mort. (Viraile, Enéide, liv. VI.)

(â) Où est la honte, où la mesure u regrettei- une tète si chère? (Horace, liv. I, Odes., XXIV, ad Virgilium.)

206 LES DKUX IMITATIO.NS f)E JI'SCS-CHIUST

tances (1), corps pour corps, esprit pour esprit, et la belle et douce société des raclietés du Christ societas dulcis et décora, à jamais exempte de péché, se reformant pour n'êlre plus dissoute.

A vrai dire, la vie éternelle, moyennant la résurrection de la chair, est le tout des chrétiens. Cette vie-ci vécue, ils n'ont plus qu'une partie à jouer, d'être à jamais ou de n'être plus. Le dilemme est pressant, eflroyable en sa simplicité; il n'attend pas à être tranché à l'heure de la mort; il veut l'être avant que les vapeurs épaisses de l'agonie n'offusquent notre intellect, et n'oppriment la foi dans ses lueurs dernières qui sont les plus vives. Remettre tout à fait à cette passe de la mort ta se décider pour ou contre le néant, c'est faire de soi, de quelque chose qu'on était un rien, et le faire avec plus d'étourderie que de constance, plus en espiègle qu'en sceptique déterminé. La lugubre espièglerie !

La foi en la vie éternelle est la même chez le moine que chez le poète, aussi ferme, aussi haute, aussi clairvoyante. Elle a quelque chose d'apocalyptique. C'est plus fort chez l'un que chez l'autre. Le croyant du moyen âge et le croyant du XVII' siècle, pour adhérer au même dogme, ne le portent pas avec une lucidité du sens et une joie intérieure tout à fait égale. C'est pourquoi notre saint de Vlmilatio Christi nous parle de la béatitude de ses pareils en homme qui, dès cette terre et par la vivacité des espérances, goûte à ces délices futures, et, ne sachant nous dire « si c'est avec son corps ou sans son corps », le porte léger comme Saint Paul, et rapide vers les demeures lumineuses. La vision du saint est toute nette. Il voit avec la pureté de son âme et de ses mœurs, et dans ce beau jour de l'oraison mentale qui participe de l'indéfectible lumière du ciel.

0 si vidisses sanctoruni in cœlo coronas perpétuas,

(1) Hominem ex humilie rediiurum queinlibel pro quolibet. (Tertullien).

COMPAlUiKS DANS LIXKS l'AUTlKS PIUNCIPALKS. 207

(jiiantâ quoqw niim exuUanl ylorid, qui haie nuindu ultm conteiiiplibilier, et qtiasivilà ipsà indigni pntnhauhir , jjrofectô te statim Inimiliarcs usque ad terram, et aff'cctares potiàs omnibus s(ibt:s!<e, qiuiin uni preœssc. A>c liKJus citœ lœtos dles concnpisccres, sed magis pro Dca [ribuhiri gaudcres, et pro nihiio iiiter hoiniiics compalari iitariinuni hicriim dticcres (i).

De tels accents ne parlent-ils pas d'un cœur transporté par l'esprit de Dieu et qui fait plus qu'entrevoir les splendeurs éternelles, qui est enlevé jusqu'à elles et qui s'y abîme? C'est un commerce avec les bienheureux qui passe en impétuosité les plus mystiques extases, puisqu'il touche à la jouissance effective. Ce qui est vision distincte chez le saint se rabat chez le poète au bel artifice de la prosopopée. Mais quelle prosopopée ! Un souille de vie éternelle l'emporte presque aussi haut.

Que ne peu.v-tu, mon fils, percer jusques aux deux, Pour y voir de mes saints la couronne éternelle, Les pleins ravissements qui brillent dans leurs yeux. Le glorieux éclat dont leur front étincelle? Voyant ces grands objets d'un injuste mépris Eux qu'à peine le monde a crus dignes de vivre. Ta sainte ambition les voudrait égaler, Te réglerait sur eux, et saurait pour les suivre Jusqu'à terre te ravaler.

Voici que le voile, le rideau {auh'd oppansa, comme parle Tertullien) achève de tomber à la toute puissante '

(l) 0 si vous aviez vu les cuurouues éLcmellos des saints dans le ciel, et " quelle est la pierre dont ils sont présenleiuent revêtus » eux qui autrefois paraissaieut iiiépriçables et même indii-'ues de vivre dans ce monde, assurémenl vous vous humilieriez jusqu'à terre, et vous f.imeriez mieux être soumis à tous les hommes que decommandar à un seul.

Vous ne souliaiteriez pas d'avoir de- jours auréables eu cette vie, vous seriez bien plus content le soutl'rir des peines pour l'aujour de Dieu, et vous croiriez que c'est beaucoup pauner qiio de n'être en aucune considération parmi les hommes. (L'Im. de J.-C, Viv. ill, cliap.XLVIt.)

208 LES DEUX IMITATIOMS DE JÉSUS-CIIUIST

oraison du saint : les cieux se découvrent à lui et tout ce qui s'y passe d'inénarrable. L'apocalypse est consommée. Quel genre de folie est-ce donc que celle qui, séparant, ne fut-ce qu'un moment, l'homme de tout le terrestre, lui fait prendre ainsi les devants sur la mort corporelle, et anticiper par la flamme des désirs sur les biens invisibles? folie de moine, tant qu'on voudrai J'y vois, et je ne suis pas le seul à l'y voir, une vigueur de spiritualité et de contemplation intérieure dont l'esprit humain est redevable au christianisme, et qui l'aide à respirer de temps en temps des ignorances, des vilenies, du mal, toujours vif, toujours actuel, de ces bas lieux. Ce qui est d'accoutumance quotidienne au cloître n'emporte dispense pour aucun de nous, séculiers. Rien ne nous libère ici-bas de la considération de notre mortalité et du reste des misères dont celle-ci est la cause génératrice; rien n'ôte de dessus nos âmes ce poids écrasant; et, si peu qu'il nous arrive de le secouer, nous ne le fesons que par la pensée de l'Eternité. Lequel d'entre nous n'est pas quelque peu de complexion méditative et « ruminante » comme parle Montaigne? Qui n'est pas un moine à ses heures, je veux dire à ses heures de tristesse, d'ennui pesant, de récollection douloureuse et plaintive? « Qaare trislis es, anima mea?y> Qui ne lève, dans les mauvais jours, ses yeux pleins de larmes vers quelque petit coin des cieux ? Malheureux, triste et vide comme le néant celui qui n'est pas atteint quelquefois de la folie de rêver de vie éternelle ! Qu'il aille à l'école de ce maître des maîtres de l'illumination spirituelle ; que dis-je? qu'il écoute Dieu lui-même qui nous parle :

Leva igitar facieni in cœliuti. Ecce ego et omnes sancti mei niectim, qui in hoc sœciilo magnàm habuêre certamen, modo gaadent, mode consolantur, modo seciiri stint, modo

(1) Pourquoi es-tu Iri-ste, uiou âme ? (Ps.)

cOMPAUt:i:s dans li:uks parties principalks. 2l»9

requiesciint, et sine fine niecum in reyiw patris mei periiiancbunt (1). (Liv. III, cli. xlvii.)

Lève donc l'œil au ciel pour m'y considérer ; Vois-y mes saints assis au-dessus du tonnerre; Après tant de tourments soufferts sans murmurer, Après tant de combats qu'ils ont rendus sur terre, Ces illustres vainqueurs des tribulations

Goûtent les consolations D'une joie assurée et d'un repos sincère ; Assis à mes côtés sans trouble et sans effroi, Ils régnent avec moi dans le sein de mon Père,

Jls vivront sans fin avec moi.

Et ailleurs, au chap. lvii du liv. III :

Aplanis-moi la route à monter dans ta gloire.

N'aurions-nous de cette strophe d'un divin essor que ce vers tout séraphique :

Vois y mes saints assis au-dessus du tonnerre,

qu'il nous dirait toute la gloire des saints, et le rang qu'ils occupent au-dessous de Dieu, et à la distance que leur a mesurée cette Majesté immense. Mais rien ne faiblit ici du génie et des croyances de notre poète; rien ne tombe plus bas que la vision et les mystiques réalités du saint. Chacun d'eux y est pour sa foi en la vie et aux félicités éternelles. C'est de la même et basse vallée des travaux et des larmes qu'ils soupirent après un lieu infiniment haut et tranquille, où ils compteront à rien, en comparaison de la récompense, tout ce qu'ils auront dévoré ici-bas de dur et d'amer. « Ils seront avec moi aux siècles des siècles ». Quelle parole, et quelle certitude ! Bossuet ajoute : « Et quelle compagnie! » La langue de Corneille, qui est la langue dramatique

(l'' Élevez (loue vos yeux au ciel ; vous aie verrez avec tous mes saints, qui, après avoir soutenu de rudes combats dans ce monde, se réjouissent présentement, sont consolés, sont en sûreté et en repos, et doivent demeurer éternellement avec moi dans le royaume de mou Père.

par excellence, plonge par ses racines dans le génie romain. Elle a des qualités et des vertus toutes latines. Ce n'est pas pour ne penser point et ne parler pas à leur manière qu'on a ce commerce d'esprit et d'imagination avec les Romains, « ces personnes les plus considérables du monde ». (Bossuet, Sermons.) Il importe donc de bien considérer les airs et l'humeur romaine de cette langue de Corneille, avant de la reprendre de déclamation d'emphase ou d'inanité. Il importe de s'en référer, en bien des cas ambigus, à la descendance latine de ce grand Français. Ainsi, pour nous arrêter au seul vers de cette strophe parfaite qui a l'air de la déparer, à ce vers-ci :

D'une joie assurée et d'un repos sincère,

n'allons pas nous aviser de trouver faible et mis là seulement pour la rime l'épithéte de « sincère » .

Ni Ms sincerum, qiiod cumque infundis acescit.

Si le vase n'est pas net, pur, sans mélange et sans souillure, parfaitement bon, entier en soi. Ainsi d'un « repos sincère, » du seul vrai et bon, du repos en Dieu. Corneille appuie sur le jucunditas heata de son modèle. Il ne l'excède pas. Ainsi (1) veut être jugée cette vigueur de la langue cornélienne par sa consanguinité avec la langue latine.

(1) C'est sans doute afin qu'il n'en soit plus ainsi, que le latin sera dorénavant enseigné peu ou prou à notre belle jeunesse française.

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