DIEU
Quod iii Deo super omnia bona et doua requiesceiidiim est .
Qu'il faut se reposer en Dieu par dessus tous les biens et tous les dons de la nature et de la Grâce.
Dans quelle partie de Vlmitatio Christi ne se rencontre pas l'idée transcendante et absolue de Dieu, que dis-je? Dieu lui-même en son être unique, le Dieu de l'Ancien et du Nouveau Testament, le seul Dieu, « Je suis celui qui est, » comme il l'a dit de lui-même à Moïse, l'Eternel sans commencement ni fin, sans ancêtres ni précession d'aucune sorte, la cause première et le premier moteur, le Père, le Verbe par qui tout a été fait, et sans "lequel rien de ce qui est n'a été fait : Pcr qnem omnia facta simt, sine quo nihil factiim est quod factum est (1), selon la théologie élémentaire de saint Jean, la théologie révélée, celle qui a aidé les plus ignorants de ce monde à se passer des beaux raisonnements des doctes, et à venir eu foule à Dieu. Toutes les théodicées d'invention humaine, celles d'avant le Christ, dépassaient de cent coudées les intelligences des petits de ce monde.
Rien de moins populaire qu'Aristote, Platon et Zenon ; rien de moins élémentaire, de moins catéchisant, dirionsnous aujourd'hui. L'Evangile selon saint Jean — Inprin^ cipio erat verbum — dont la substance et en quelque sorte la moelle théologale pénètre les doctes qui se donnent la peine de le méditer, est devenu pour les multitudes l'abécédéde la connaissance de Dieu. Moyennant un peu de bon
sens, illuminé par la foi, elles s'élèvent, sans se mettre l'esprit à la torture, au premier principe, à la cause des causes. — In principio crat Verhum. Le Verbe, c'est à savoir la parole qui a créé tout de rien, y compris les infinitésimaux générateurs de nos évolutionisles modernes, ne pouvait descendre aux entendements des multitudes que par un initiateur, homme comme nous par la chair et fait à notre image et ressemblance — et Verbum caro factum est, en un mot par un médiateur (■j.izr.r,:) qui reliât le ciel à la terre, et (1) qui abaissât jusqu'aux esprits du commun de telles sommités théologales. Faute des enseignements populaires de ce maître des maîtres et des communications du Fils de Dieu, la science ontologique de Dieu, de la substance par excellence, du premier des esprits, de l'Etre sans commencement ni fin, de l'archétype des choses, serait demeurée la propriété et comme le monopole par trop insolent de quelques génies et de chefs de sectes, sous des dénominations diverses, et cela sans profit aucun pour la morale universelle, sans ouverture à la prière des petits, aux supplications des misérables, sans formule aucune de commandements édictés pour cette vie-ci et en vue de l'autre. Combien ici bas ont le temps et les moyens de se nourrir même de l'abstrait le plus sublime? Combien sont en état de porter un idéal de cette qualité là, et de le surajouter aux vérités courantes ou de sens commun? Où sont parmi les petits de la terre les Platon et les Aristote; combien sont-ils dans la cité, combien aux champs et sous le chaume?
C'est à ceux-ci, à ceux du petit monde qu'il importait que ridée de l'Etre sans commencement ni fin, éternel, indépendant, le maître de toutes choses, descendît des hauteurs de l'Ontologie, et se fît commun et populaire. Sans cela ils n'y entendraient rien encore à présent, et
(1; Il faut que la vérité s'abaisse, se tempère. (Bossuet.) — KmpriiDlaut (;V. S. J-.C) la pa?sibilitiî qu'avait noire chair, lui (lonuant la difiiité iiifliiie qu'elle n'avait pas. (Id.)
432 LES DEUX IMITATIONS Dt: JÉSUS-CHRIST
leur pauvre esprit demeurerait comme noyé dans cet océan de l'infini. Le Christ, l'Homme-Dieu est venu les tirer de là, et, ce n'est pas trop dire, les a relevés de leur ignorance naturelle en se faisant l'un d'eux et leur enseignant les choses d'en haut avec une clarté élémentaire, plus par des exemples, par de simples paraboles, par de vivantes images des cho'ses d'ici bas que par des raisonnements à perte de vue dans lesquels les philosophes seuls ont l'adresse de se mouvoir. Il a donc été pour les ignorants et les misérables d'ici bas non pas seulement un médiateur de miséricorde, mais un médiateur d'ontologie pure, de métaphysique transcendante et de morale courante. Le Christ a été tout cela en outre de la croix et du sacrifice d'universelle propitialion.
Telle est l'idée de Dieu dans sa plénitude doctrinale, dans sa simplicité à tous accessible et toujours afférente aux mœurs, que l'Auteur de Vlmitatio Christi a traitée en maître incomparable, et sur laquelle il nous tient plus particulièrement en méditation dans ces chapitre xl et xxi du