‹ Les deux imitations de Jésus-Christ: le De imitatione Christi, et L'imitation, de Corneille, comparées dans leurs parties principalesChapitre 5 sur 30 · PRÉFACE. XXVII · texte numérisé non relu

PRÉFACE. XXVII

la maison, que ces urnes pleines des cendres des leurs : Plenœque sororibus uniœt Tout cela est vrai, humain, universel. Ce l'était avant le Christ. Mais quand je pense que le Christ, la cautio.i de nos unies et de nos corps, a peine à me faire soutenir la vue de ce chrétien qui meurt, de cette cliair qui périt pour renaître ; quand ma foi est tout près de céder à mes sens, trop occupés du travail de la mort naturelle, je me demande quels hommes étaient ces païens au chevet de leurs mourants, et do quel esprit ils voyaient ces personnes chéries passer de la vie supérieure aux sombres demeures des mânes. Tout devait défaillir, que dis-je, défaillir? s'écrouler, chez ces adorateurs de l'implacable Pluton, tout, les entrailles, le cœur et le sens. Eh ! nous-mêmes, sommesnous si forts sous la Croix? Les bonnes gens parmi eux, à qui les destins avaient ravi une épouse, un fils, une fille, belle et toute formée, l'ornement et les délices de la maison, poussaient au ciel leur plainte et appelaient les dieux cruels ; après quoi, ils demeuraient comme abîmés dans l'irréparable. Les poètes, amoureux des formes passagères de la vie et des apparences de l'être, voyant que la mort déshonore et détruit tout cela, déploraient ces corps charmants d'où le sang, les esprits et les couleurs s'étaient retirés, et qui, fermes et pleins de sucs avant que la fièvre ne les eût dévorés, s'en allaient vides et légers, et pour n'en jamais revenir, dans le royaume des ombres.

... Nonvanœ redeat sanguis imagini... (Horace, ode XXIV). Leur poétique génie se jouait avec une tristesse et des agréments infinis autour de cette enveloppe mortelle. Il n'allait pas jusqu'à la personne elle-même, la-

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quelle parnît mourir, et ne meurt pas même en sa chair, que le Christ, en la revotant, a faite capable de ressusciter. Les philosophes, fie leur côté, qu'ils procèdent de Platon, d'Aristote ou d'Épicure, n'entendent qu'à demi la mort, ou ne l'entendent pas du tout; parce que ni la syllogistique ni la mathématique n'ont rien à voir à cette redoutable inconnue. Le sentiment seul nous en découvre quelque chose, et la religion y apporte toute la lumière désirable. Les belles conjectures de ces sages touchant la condition ultérieure de mon être ne manquent pas : elle surabondent; et, si je pouvais m'en contenter, je m'acheminerais assez tranquillement vers cet autre monde. Avec le divin Platon, vous ne mourez pas trop dénué ; vous sauvez quelque chose de la maison, et de l'hôte qui l'a habitée. Avec Épicure, vous n'emportez rien au départ, rien, pas même une vapeur. C'était déjà l'enterrement civil : ce n'est pas nous qui l'avons inventé et mis à la mode. Il me faut du certain dans cette affaire unique, où ma raison ne voit pas à se conduire et à se décider, quoique toute ma personne, « la chair et l'esprit pur, » comme le dit Tertullien {caro et spiritus soins ac punis), y soit embarquée. Or ces philosophes ne me laissent ni l'un ni l'autre, et ils les enveloppent dons la même catastrophe. Ou bien ils me laissent l'un sans l'autre, sauvant l'àme, sans me dire où elle ira, et la séparant du corps, sans trouver par où les deux substances, désunies pour un temj^s, seront de nouveau conjointes et revivront la même et immortelle vie. En un mot, ils ne me disent pas^ « à moi qui veux vivre, qui veux vivre! » dit Bossuet, comment ils me feront subsister tout entier, soit dans

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leur univers vide de Dieu, ou plein de cet Être absorbant et sans amour, soit dans leur monde idéal, fait de premiers principes et de prototypes des ciioses. Ici mon àme, occupée seulement d'abstractions sublimes et d'entités qui la fuient, ne retrouvera plus son corps, « ce cher compagnon de ses travaux et de ses peines, :» ce bon serviteur qui s'est exténué à la servir, toutes les fois qu'elle a su le ranger sous elle et lui commander en souveraine. Gomme je suis tout moi-même dans cette vie-ci, je veux être tout moi-même dans l'autre, et en la manière qu'il plaira à Dieu d'opérer à l'égard de ma personne. Eh ! qu'importe que ma raison soit confondue, si ma foi en Jésus-Christ m'assure ce bien des biens? Or cela m'est dit, dans ce vingt-troisième chapitre, par un homme si rempli de la mort et de la vue du jugemenl, que je n'ai point de paroles pour dispuler contre lui. il me promet ce que ma chair et mon cœur aiment le mieux et désirent avec le plus de véhémence ; et il me le promet de la part du divin Maître, avec une autorité et une douceur d'aflirmalion qui découlent du Verbe lui-même, et qui emportent mes derniers et faibles raisonnements.

Vlmilation de Jésus-Christ est un livre dans lequel nous lisons tous les uns aussi bien que les autres. L'esprit n'y fait rien, ou il y fait si peu! Le bon entendeur dans la science du Christ, c'est le cœur. Faites attention que l'esprit, j'entends le bel esprit, met plus du sien propre dansée livre qu'il ncn lire ce qui s'y trouve. Ainsi,

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