XXXVIII PREFACE
coup plus que cette impcrturbabilité de la surface ; il vous veut réduire au dedans, pacifié, entièremeut tourné vers Dieu et à sa discrétion. Serva cor Jibentm et ad Tieum nirsum erectum (liv. I, cliap. xxiii).
Ne diles pas que ceci est l'affaire d'un moine et non pas la vôtre. C'est bien plus la vôtre que celle d'un moine. Lui, il e>t humble par état, et il mange un pain fait de la poussière de la terre. Le monde ne connaît plus, ne blesse plus cet homme mort et déjà enseveli ; sa chair ne lui est plus tien. Ne voyez-vous pas qu'elle repose en paix ou qu'il s'en faut de peu ; mais la vôtre est toute vive et toute sensible. Par quoi n'est-elle pas chatouillée ou percée? Quelles choses*ne l'enflent ou ne la crèvent? Une parole tombée des lèvres d'un homme puissant vous porte au septième ciel; une parole désagréable de ce même homme vous est un coup de massue. Ici on vous déprime, là on vous joue. Ailleurs vous êtes traversé et supplanté par moins capable et moins méritant que vous. Ce bon ami vous manque le jour même où vous vous réclamez de lui. Hier il vous disait : « Je suis tout à voi's, disposez de moi. » La bonne parole, et comme cela vous remue, quand on est soi-même un peu bonhomme et capable de sauter au cou des gens pour les remercier ! S'offrir à autrui est divin ; avoir à remercier quelqu'un est deux fois divin. Quand ni l'un ni l'autre n'ont lieu, ce monde-ci n'est plus qu'un effroyable désert ; et vous n'avez plus commerce qu'avec des fantômes creux, semblables à ceux de l'antique Elysée, ou avec des mimes. Tiens ton cœur élevé « vers le Dieu qui est aux cieux, » me dit mon maître dans la science des choses divines et humaines ; et tout ce mauvais chagrin.
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qui procède d'orgueil, ira s'abîmer dans la bienheureuse volonté de Dieu, comme ces ruisseaux chargés de matières impures qui vont se perdre dans les eaiix d'un grand fleuve, et qui s'y déchargent de leurs souillures. En ceci, fais-je acte de myslicilé? Non pas; je cherche la vérité sur moi-même, et je la cherche où elle est, en Dieu.
Ce discours de rimilation n'en veut ni à ma littérature, si j'ai beaucoup de celle-ci, ni à ma finesse d'esprit, si j'en ai quelque peu, ni à ma science, à supposer qu'elle égale celle des plus savants, et que par elle j'embrasse et possède toute l'économie des mondes. A quoi donc en veut-il de ma personne? A mon cœur. Et c'est le tout de Tliomme. Omnis homo cor, a dit l'Écriture. Aucune philosophie, ni l'académique, ni la péripalétique, ni la sloïque, ni l'épicurique, n'est tombée sur ce fonds de notre être, ne s'est arrèiée à ce vrai substratum. Toutes ont passé outre; ou bien elles se sont jouées à l'entour, circùm prœcordia j\)ven^nt l'être métaphysique 'pour l'homme, pour le sujet vivant. En effet, par oij, si ce n'est par le cœur, ai-je ouverture à ces choses de Vlmitntion? C'est un art de persuader « d'un autre ordre » que celui des rhéteurs et tout autrement puissant. Il ne procède point par les raisonnements; non pas qu'il les méprise, et V^u'il ne les trouve d'un bon nsage pour le gouvernement ordinaire de la vie; mais comme les choses qu'il entreprend de nous persuader ne comportent pas plus ou moins de probabilité, et qu'elles doivent être certaines ou n'être pas du tout, il ne s'évertue pas à disputer. Il se dispense du syllogisme et des enchaînements ingénieux du sorite. Et c'est du