‹ Les deux JéhovistesChapitre 5 sur 8 · HOL/IN, 68041, 28, SX LE · texte numérisé non relu

HOL/IN, 68041, 28, SX LE

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retourne en Egypte, car tous les hommes qui cherchaient ta vie sont morts. » En effet, ils ont répété le premier de ces textes devant le second.

[l y a aussi un rapport fort intime entre le récit du mariage de Moïse avec Tsippora et de la naissance de son premier fils (I, 15-22) et celui de son départ pour l'Egypte avec Tsippora et son fils ([V, 19-26). Enfin la mention de la mort du roi d'Egypte (IT, 23%), à la suite de laquelle Moïse revient en Egypte avec sa famille, appartient évidemment au même récit que celle des tentatives de Pharaon pour faire périr Moïse, après qu’il eut tué l’Egyptien (v. 15).

Il en résulte que IL, 15-%3x et IV, 19-26 se suivaient primitivement !.

Cet auteur jéhoviste racontait donc que Moïse dut s’enfuir à la suite du meurtre d’un Egyptien, qu’il épousa une des filles du prêtre de Madian Reouël, nommée Tsippora, qui lui donna un fils qu’il nomma Guershôm ; mais à la suite de la mort de Pharaon (If, 15-%3x), Jéhovah lui commanda de retourner en Egypte, et il y retourna avec sa femme et son fils (LV, 19-26).

C’est donc l’autre récit jéhoviste, — celui qui, au chapitre III, a été intimement mêlé au récit du second élohiste, — qui nommait le beau-père de Moïse Hobab. Il racontait naturellement aussi que Moïse avait quitté l'Egypte, quoique cette portion du récit ne se soit pas conservée, que l’ange de l'Eternel lui apparut à la montagne de Dieu, en Horeb, et lui ordonna d'aller délivrer son peuple (IT, 2-4a, 5, 7, 8, 16-18). Comme Moïse craint qu’on ne le croie pas, Jéhovah le rassure par deux

miracles, qu’il pourra répéter devant le peuple. Moïse s’excuse encore en disant qu’il ne sait pas parler ; Jéhovah lui répond que son frère Aharon parlera pour lui et qu’il vient à sa rencontre (IV, 1-17). En effet, Aharon, averti par Jéhovah, va au désert à la rencontre de Moïse et il le trouve à la montagne de Dieu. Ils reviennent ensemble et font les miracles devant le peuple, qui croit ([V, 27-31).

1 IV, 18 est du second élohiste, comme l'indique le nom de Jéthro.

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La principale divergence de ces deux récits parallèles, c’est que d’après l’un Moïse part pour l'Egypte avec sa femme et son fils !, tandis que d’après l’autre il revient seul, avec Aharon.

Lequel de ces deux récits est du premier, et lequel du second jéhoviste, c’est ce que rien encore ne nous autorise à décider. Mais il est clair que ce sont deux récits différents et jéhovistes l’un et l’autre.

20 Les chapitres XI et XII.

Le récit jéhoviste de la sortie d'Egypte est aussi interrompu deux fois d’une manière fort étonnante par des fragments d’un récit parallèle, dont le second est la suite naturelle du premier (XI, 153 ; XII, 35, 36). Il n’est pas naturel que le dernier discours de Moïse à Pharaon (X, 29 ; XI, 4-8) soit interrompu par une observation d’une tout autre nature. Or le nom de Jéhovah se trouve dans les versets intercalés aussi bien que dans les précédents et les suivants. Nous en concluons qu'il y a là aussi deux récits jéhovistes.

Or le récit principal (chap. V; VI,1; VII-X, fragments; XI, 4-8; XII, 21-34, 37-40) est la continuation de celui des chap. IIT et IV, 1-17, 27-31 ; car Moïse et Aharon vont trouver le roi d'Egypte et parlent et agissent conformément aux ordres qu’ils ont reçus au chap. IT et dans ces fragments du chap. IV. Il en résulte que ces deux fragments, XI, 1, 22; XII, 35, 36, sont la continuation de IV, 19-96, c’est-à-dire qu’ils proviennent de l’auteur qui nommait le beau-père de Moïse Reouëél.

Mais ils n’en sont pas la continuation directe, car XI, 1

1 1V, 25 (son fils) montre que le texte primitif du vers. 20 devait porter aussi le singulier, au lieu du pluriel (ses fils). — Le vers. 20b, qui fait allusion à l’autre récit, doit être une addition du rédacteur, ou un fragment de l’autre récit. — Le vers. 21 doit aussi avoir été légèrement modifié par le rédacteur pour le faire cadrer avec l’autre récit; je suppose que l'auteur primitif avait écrit : Jéhovah dit à Moïse pendant qu’? marchaït pour retourner en Egypte: Vois, tous les prodiges que je mettrai dans ta main, tu les feras devant Pharaon, etc.

? XI, 3 nous paraît être une addition du rédacteur, d’après IIL, 21 et XII, 56.

montre que cet auteur racontait les plaies d'Egypte aussi bien que l’autre.

Dans ces deux fragments Jéhovah ordonne à Moïse de dire au peuple d'emprunter aux Egyptiens des objets précieux (XI, 1, 2). Les Israélites le firent et dépouillèrent ainsi les Egyptiens (XII, 35, 36).

3° Les chapitres XV à XVIII.

À la fin de notre étude sur les quatre sources des lois de l’Exode nous avons établi qu’un fragment du chap. XV (v. 23-26) et un fragment du chap. XVII (v. 8-16) devaient provenir du second jéhoviste.

L'épreuve à laquelle Jéhovah soumit le peuple d'Israël après la sortie d'Egypte (XV, 25) et qui n’est pas autrement expliquée en cet endroit, est sans doute identique à celle qui est racontée peu après dans les fragments jéhovistes du chap. XVI (v. 4, 5, 15a, 19-21, 25-30), où Jéhovah met en effet le peuple à l'épreuve (v. 4) en lui défendant de garder de la manne jusqu’au lendemain et d’en ramasser le septième jour. S’il en est ainsi, les fragments jéhovistes du chap. XVI étant la continuation de XV, 23-26 sont donc aussi du second jéhoviste.

Ce qui le montre encore, c’est qu’un peu plus loin (XVII, 46-71) il est de nouveau question d’une épreuve ou tentation. Il est vrai qu'ici c’est le peuple qui met à l'épreuve ou tente Jéhovah, tandis que dans le récit précédent c’est Jéhovah qui met son peuple à l’épreuve. Malgré cette différence, il est peu vraisemblable que le même auteur ait placé presque au même endroit ces deux épreuves ou tentations. Or le second de ces

récits est jéhoviste aussi bien que le premier, et la mention du bâton de Moïse, avec lequel il a frappé le Nil (XVIL, 5), montre qu’il appartient en majeure partie au jéhoviste principal, à l’auteur de IV, 1-17, 27-31 et du récit des plaies d'Egypte (cf. VII, 44-18, 20b, 21a, 23, 24). Le premier appartient donc au jéhoviste secondaire, à celui auquel nous avons attribué quelques fragments des chap. IT, IV, XI et XII. Ces fragments (IL, 15-23x ; IV, 19-26; XI, 1,2 ; XII, 35, 36; XV, 23-26 ; XVI, 4, 5, 15x, 19-21, 25-30) sont donc du second jéhoviste. C’est donc le second

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jéhoviste qui nommait le beau-père de Moïse Reouël, et le premier qui le nommait Hobab.

Une autre considération va nous conduire au même résultat. Moïse, d’après le premier jéhoviste, a demandé à Pharaon la permission d’aller avec son peuple au désert jusqu’à trois jours de marche pour offrir des sacrifices à l'Eternel (II, 18; V, 3; VIII, 23). Et nous voyons en effet qu’après le passage de la mer Rouge les Hébreux marchèrent pendant trois jours sans trouver d’eau (XV, 22). Il est clair que ce verset provient du même auteur que les auires, c’est-à-dire du premier Jéhoviste !. Mais il est clair aussi qu’au bout de ces trois jours de marche les Hébreux, d’après cet auteur, sont parvenus à destination, c’està-dire tout près du mont Horeb (cf. III, 12), à moins que Moïse n’ait menti en. assurant au roi qu’il voulait aller sacrifier à trois jours de marche !.. Le premier jéhoviste n’a donc conduit les Hébreux ni à Mara (XV, 23: second jéhoviste) mi à Elim (v. 27) ni au désert de Sin (XVI, 1: premier élohiste), ni à Raphidim (XVII, 1, 8: second jéhoviste), mais directement au mont Horeb (XVII, 6). Il en résulte que X VIT, 2-7 est la continuation directe de XV, 22 et que par conséquent tous les fragments jéhovistes intermédiaires ne sont pas du premier, mais du second jéhoviste.

Au bout de ces trois jours de marche dans le désert, sans trouver d’eau (XV, 22), le peuple se révolte contre Moïse, mais sur l’ordre de Jéhovah Moïse frappe le rocher en Horeb avec le bâton, et l’eau coule (XVII, 2-7). C’est là aussi qu’il offrira un peu plus tard les sacrifices dont il a parlé à Pharaon (XXIV, 4-8).

Une dernière raison pour attribuer au second jéhoviste les fragments du chap. XVI, c’est que lorsque plus tard le premier jéhoviste parle de la manne (Nomb. XI, 4-35), il est manifeste qu’il en parle pour la première fois. Cf. les vers. 6-9. Les fragments jéhovistes d'Exode XVI où il en est question ne sont donc pas de lui.

Si l’on examine avec un peu d'attention ce récit de l’eau jaillissant du rocher (XVII, 2-7), il est facile de voir quelles versets

1 Cf. aussi Nomb. X, 33, qui est du même auteur.

8 et 4 interrompent la marche du récit et font double emploi avec le précédent. Les vers. 2 ei 5-7 doivent seuls, à mon avis, être attribués au premier jéhoviste. Les vers. 1b, 8 et 4 sont le début d’un récit analogue, dont le second jéhoviste plaçait la scène à Raphidim (cf. v. 8).

C’est à lui aussi qu’appartient le récit de la victoire de Josué sur les Amalékites (XVII, 8-16), comme nous l’avons montré dans notre première étude. Nous en verrons plus tard une autre preuve, quand nous montrerons que À Samuel XV est du même auteur.

Mais le récit jéhoviste de la venue du beau-père de Moïse (X VII, 1b, 8-11), dont il nous reste quelques fragments, mêlés au récit plus complet du second élohiste, doit être du premier jéhoviste, car il est indispensable dans cet écrit: pour pouvoir accompagner les Israélites à travers le désert (Nomb. X, 29ss.) il fallait qu'il fût d’abord venu les rejoindre. D’après le fragment Jéhoviste du chap. XVIII de l’Exode, ron seulement il vient les rejoindre, mais il reconnaît la grandeur de Jéhovah, c’est-à-dire qu’il se convertit à son culte. Il est donc tout naturel qu’il accompagne ensuite les Hébreux et que 5a famille entre avec eux dans la terre promise (Jug. I, 16).

De plus, le second jéhoviste, qui a fait partir pour l'Egypte la femme et le fils de Moïse ({V, 19-20), ne pouvait pas raconter que son beau-père vint les lui amener au désert. Pour pouvoir attribuer à cet auteur les fragments jéhovistes du chap. XVIIT, il faudrait donc supposer que, d’après lui, le beau-père de Moïse était venu seul et statuer ainsi gratuitement une divergence entre son récit et celui du second élohiste.

Il y a cependant ici une difficulté : c’est que le beau-père de Moïse est nommé Jéthro dans les fragments jéhovistes du chap. XVII (v. 9, 10) aussi bien que dans le récit du second élohiste, tandis que plus tard le premier jéhoviste le nommera Hobab. Cette difficulté ne serait pas moins grande si l’on attribuait ces fragments au second jéhoviste, puisque celui-ci la nommé Reouël. Pour l’écarter il faut supposer que le premier jéhoviste avait écrit Hobab au chap. XVIII de l'Exode aussi bien qu’au chap. X des Nombres. Seulement le rédacteur qui

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a combiné son récit avec celui du second élohiste ne pouvait pas dans le même endroit donner deux noms différents au même personnage. Il a naturellement choisi entre les deux celui de Jéthro, qu’il avait déjà employé et qui était celui du récit principal.

4 Les chapitres XIX à XXXIV.

Pour le reste de l’Exode nous renvoyons à étude.

notre première

Les deux jéhovistes dans les Nombres.

Le Lévitique renferme quelques fragments du livre du premier jéhoviste, comme nous l’avons montré dans le même travail. Nous retrouvons nos deux jéhovistes l’un à côté de l’autre dans le livre des Nombres.

Le départ des Israélites du Sinaï, sous la conduite de Hobab (X, 29-36), provient du premier jéhoviste, comme nous lavons déjà dit !, parce que le second à déjà nommé le même personnage Reouël, et aussi parce qu'il y a un rapport intime entre ce départ et l’ordre donné aux Israélites dans Exod. XXXIII 2.

Mais la double révolte et le double châtiment racontés au chapitre suivant (XI, 1-3 et 4-35) ne peuvent guère être attribués à un même auteur. Or ces deux récits sont jéhovistes l’un et l’autre, et le second est certainement du premier jéhoviste, comme le montre en particulier la mention de Josué, fils de Noun, serviteur de Moïse (v. 28) et le rôle qu’il joue dans cette circonstance, rôle qui concorde fort bien avec Exode XXXIIT, 7-11, et nullement avec le second jéhoviste, qui représente toujours Josué comme un guerrier. Le premier récit est donc probablement du second jéhoviste.

Le premier jéhoviste raconte ensuite la révolte de Marie et d’Aharon contre l’autorité de leur frère (ch. XIT). Puis par une

1 Les mots «fils de Reouël le madianite » (v. 29) doivent être une addition du rédacteur, d'après le second jéhoviste; car Jug. 1, 16 et IV, 11 montrent que Hobab était in le beau-père de Moïse, et qu'il était Kénien, et non Madianite.

? Remarquez aussi le chemin de trois jours (Nomb. X, 33).

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série de stations, dont un fragment semble s’être conservé dans le Deutéronome (X, 6-8), il conduisait le peuple d'Israël à Kadesh, où eut lieu l’envoi des espions. On sait que ce récit (Nomb. XIII et XIV) et celui de la révolte de Coré, de Dathan et d’Abiram (ch. XVI) ont été formés dela combinaison de deux récits différents et à peu près complets l’un et l’autre, l’un provenant de l’auteur sacerdotal ou premier élohiste et l'autre d’un auteur jéhoviste. Il serait facile de montrer que ce jéhoviste est bien le premier. Comparez, par exemple, Nomb. XIV, 17 ss. à Ex. XXXIV, 6 s. On sait aussi que, d’après le récit jéhoviste, Josué n’était pas au nombre des espions ; cela est tout naturel dans le premier jéhoviste, puisque, d’après cet auteur, il ne quittait pas le Tabernacle (Ex. XXXIIT, 11).

Cet auteur raconte qu'à la suite du retour des espions, le peuple, découragé par eux, veut se donner un chef et retourner en Egypte. L’Eternel s’irrite ; cependant, à la prière de Moïse, il pardonne, mais il déclare en même temps que Caleb seul entrera en Canaan et il ordonne de partir dès le lendemain dans la direction de la mer Rouge, c’est-à-dire sans doute du golfe élanitique. Quand Moïse fait cette déclaration au peuple, celui-ci se repent et veut marcher contre les ennemis, malgré Moïse, qui maintenant l’en dissuade ; mais ÿ est battu par les Amalékites et les Cananéens jusqu'à Horma (XIV, 4, 11-95, 39-45). C’est à la suite de cette défaite qu’eurent lieu la révolte et le châtiment de Dathan et d’Abiram (ch. XVI, fragments jéhovistes.).

Or, malgré l’ordre de partir pour la mer Rouge (XIV, 25), nous trouvons encore le peuple à Kadesh, au chap. XX, dans quelques fragments jéhovistes mêlés au récit sacerdotal de l’eau coulant du rocher. « Pourquoi nous as-tu fait monter d'Egypte dans ce lieu stérile ?... » demande le peuple à Moïse (XX, 1 6 b, 3 à, »). Et Moïse, au lieu de le faire partir pour la mer Rouge, comme l’a commandé Jéhovah, envoie demander au roi d’Edom la permission de traverser son pays, permission qui lui est refusée (v. 14-21). Va-t-il au moins maintenant se conformer à l’ordre reçu ? Non. Israël ne pouvant traverser le pays d’'Edom essaie de pénétrer dans le midi (de Canaan) par le chemin

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d’Atârim. Les Cananéens, sous la conduite du roi d’Arad, s’y opposent et lui font des captifs. Israël fait vœu d’exterminer leurs villes, s’il est vainqueur. Ce qui eut lieu. De là le nom de Horma (extermination) : XXI, 1-3.

Qui ne voit que tout cela ne peut pas provenir du premier jéhoviste, qui a rapporté l’ordre de partir pour la mer Rouge et qui a déjà raconté une bataille des Hébreux contre les Amalékites et les Cananéens à Horma, sans expliquer l’origine de ce nom (XIV, 45)? La défaite, suivie de victoire, d'Israël à Horma (XXI, 1-3) est manifestement parallèle à la défaite d'Israël au même endroit, racontée précédemment. Il est donc clair que nous retrouvons ici notre second jéhoviste.

Cet auteur ne nomme que les Cananéens comme ayant pris part à la bataille de Horma, tandis que le premier jéhoviste a mentionné les Amalékites et les Cananéens (XIV, 25, 43, 45). Cela est tout naturel : il a déjà fait battre Amalek par Josué à Raphidim, près du Sinaï (Ex. X VIL, 8-16).

Dans le texte actuel, il est bien étonnant que les Hébreux ne profitent pas de cette grande victoire, et qu’au lieu de pénétrer en Canaan, ils partent enfin, au contraire, pour la mer Rouge (KXI, 4). Mais tout s'explique dès l'instant que ce qui précède appartient à une autre source.

Nous trouvons donc ici (XXI, 4- 9) laccomplissement de l’ordre donné plus haut dans le premier jéhoviste. Les Israélites partent, non du mont Hor, où les a conduits l’auteur sacerdotal, mais de Kadesh, où cet ordre leur a été donné !; en route ils sont décimés par les serpents.

Ainsi donc, au point où nous sommes arrivés, les Israélites sont, d’après le second jéhoviste, au sud du pays de Canaan, victorieux et prêts à profiter de leur victoire ; d’après le premier, au contraire, ils ont été vaincus et ils marchent dans la direction de la mer Rouge. Ils ont quitté Kadesh pour marcher, suivant l’un, vers le nord, suivant l’autre, vers le sud.

Si maintenant nous faisons abstraction, comme il est naturel, des versets 10 et 11, qui sont du premier élohiste (cf. XXXIII,

1 Les mots « pour faire Le tour du pays d'Edom (v. 4) » doivent être une addition du rédacteur, d’après le second jéhoviste.

43 s.) et qui conduisent en quelques stations les Israélites tout près du pays de Moab, nous voyons aux versets 12 et suivants qu'ils arrivent aussi très promptement « de là au torrent de Zared (au sud de la mer Morte) et de là à l’Arnon. » Or il n’est pas admissible que le prernier jéhoviste, qui vient de faire partir les Israélites dans la direction de la mer Rouge, les fasse arriver tout à coup à la mer Morte. Les versets 12-15 sont donc la continuation des versets 1-3 : après la victoire de Horma, les Hébreux (n’osant pénétrer dans la montagne) se dirigent à l’est vers le sud de la mer Morte, campent d’abord dans la vallée du Zared, puis sur les bords de l’Arnon, près de la frontière des Amorrhéens. Et l’auteur cite un fragment poétique pour prouver que l’Arnon formait en effet la limite entre les Moabites et les Amorrhéens.

Que vont faire maintenant les Israélites ? Passer l’Arnon sans doute et s’avancer sur le territoire amorrhéen ? C’est en effet ce qu’ils feront un peu plus loin au verset 21. Mais auparavant, d’après le texte actuel, ils vont d’abord à une station nommée Beer (puits) parce qu’ils y creusèrent un puits, qui leur causa une telle joie qu’ils le célébrèrent par une chanson; après quoi ils parcourent encore quatre ou cinq stations pour se retrouver en définitive à peu près au même endroit qu'auparavant (v. 16-20), puisque c’est alors qu'ils envoient des messagers à Sihon, roi des Amorrhéens. Qui ne sent que la découverte du puits eut lieu dans le désert et non dans le voisinage de l’Arnon (au reste, cela résulte très clairement du v. 18), et que toutes ces stations proviennent d’une autre source que celle qui a conduit déjà les Israélites sur la frontière des Amorrhéens ? Autant elles cadrent mal avec le récit du second jéhoviste, autant elles s'expliquent naturellement dans celui du premier. Celui-ci a conduit précédemment les Israélites dans le désert, du côté du golfe élanitique (v. 4-9) : il est tout naturel qu’il leur fasse parcourir plusieurs stations avant d’arriver sur le territoire de Moab. Les versets 16-20 sont donc la continuation des versets 4-9 et proviennent comme eux du premier jéboviste.

Les versets 21-35, au contraire, sont la continuation du récit

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du second jéhoviste. Arrivés sur la rive méridionale de l’Arnon (v. 12-15), les Israélites envoient demander au roi des Amorrhéens, Sihon, la permission de traverser son pays, exactement comme ils avaient fait, d’après le même auteur, à l’égard du roi d'Edom. Sihon refuse, il est battu à Jahats et les Israélites s'emparent de son pays depuis l’Arnon jusqu’au Jabboq. Après quoi, s’avançant toujours vers le nord, ils battent encore Og, roi de Bashan.

Les Israélites ont donc conquis tout le territoire à l’est du Jourdain. La victoire sur les Cananéens à Horma leur a permis de pénétrer jusqu’à l’Arnon, le long de la mer Morte, à travers le pays des Moabites. Les deux victoires suivantes sur les deux rois amorrhéens les ont conduits bien au delà du Jabboq, à la hauteur de la partie supérieure du cours du Jourdain, à l’est.

C’est dire que tous les fragments jéhovistes qui suivent dans les livres des Nombres, du Deutéronome et de Josué, qui nous montrent les Israélites campés dans le voisinage de Moab, puis traversant le Jourdain près de son embouchure et subjuguant les Cananéens du sud, ne sauraient être attribués au second jéhoviste, mais appartiennent au premier !. On pourrait en donner d’autres preuves. Ainsi,d’après les fragments jéhovistes du chap. XXXII des Nombres, les tribus de Gad et de Ruben obtiennent la possession du pays de Jaézer qui vient d’être conquis ; après quoi il est dit que les enfants de Makir, fils de Manassé, s’emparèrent de Galaad et en chassèrent les Amorrhéens (!) et que d’autres s’emparèrent de divers territoires voisins. Mais les Amorrhéens avaient été déjà vaincus et dispersés dans deux grandes batailles (XXI, 21-35)! IL est donc clair que cette notice ne provient pas du second jéhoviste, mais du premier,

Les deux jéhovistes dans le livre de Josué.

Nous ne retrouvons le second jéhoviste qu’au milieu du livre de Josué, dans un récit dont les nombreuses incohérences avec 1 Il faut en excepter l'épisode de Balaam, qui pour des raisons que nous

indiquerons plus loin, ne nous paraît avoir fait partie d'aucune des quatre sources.

ce qui précède et ce qui suit ne semblent pas avoir encore été remarquées (XI, 1-15). Il est raconté là qu'après la défaite des Cananéens du sud et le retour de l’armée israélite à Guilgal, près de Jéricho, le roi de Hatsor, ville située dans le nord de la Palestine, près du lac Houlé ou Samochonitis, dans la future tribu de Nephtali (cf. XIX, 36), effrayé des victoires des Hébreux, se ligua avec les rois voisins pour leur résister et que tous ensemble ils vinrent camper près des eaux de Mérom (lac Houlé) pour leur livrer bataille. Il est déjà assez étonnant que ce soient les rois du nord plutôt que ceux du centre qui prennent l'initiative de la résistance. Mais ce qui ne s’explique absolument. pas, c’est que pour livrer bataille aux Hébreux, qui sont à Guilgal, près de l’embouchure du Jourdain, ils se réunissent au-dessus du lac de Génésareth !... Ce n’est pas tout: l'Eternel promet à Josué qu’ils seront battus le lendemain (v. 6) ; et en effet Josué vient à l’improviste, les bat et les poursuit jusqu’à la côte de la Méditerranée. Quoi donc ! les Hébreux n’ont mis qu'un jour pour monter de Guilgal au lac Houlé, et immédiatement après une telle marche forcée ils ont encore attaqué, mis en fuite et poursuivi leurs ennemis! On suppose assurément que Jéhovah ne parla ainsi à Josué que lorsqu'il avait déjà quitté Guilgal et qu'il approchait du théâtre de la bataille ; mais le texte ne dit rien de pareil. Remarquez aussi que si Josué avait marché de Guilgal contre les Cananéens du nord, il aurait fallu dire : à monta contre eux, tandis que le texte porte : il vint contre eux à l’improviste. Ce dernier mot (à l’improviste) n’aurait pas de sens si Josué était parti de Guilgal. Enfin on ne voit pas comment, à la suite de cette bataille contre les Cananéens du nord, l’armée israélite se trou- ve de nouveau à Guilgal (XIV, 6, cf. XVIII, 9) sans y être revenue.

Toutes ces incohérences disparaissent si nous supposons que ce récit provient du second jéhoviste, qui a conduit les Hébreux, à l’est du Jourdain, jusque dans la Batanée, en face des deux lacs que ce fleuve traverse dans la partie supérieure

1 Cf. Jug. I, 1-4, 22; IL, 1, etc.

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de son cours. Il est tout naturel alors que le roi de Hatsor et ses voisins s'émeuvent, qu'ils viennent leur barrer le passage, entre les deux lacs, que Josué marche contre eux sans monter, qu’il tombe sur eux à l’improviste et les batte dès le lendemain. La direction de la fuite des alliés vers l’ouest et le nord-ouest s'explique aussi beaucoup mieux par une attaque venant de l’est que du sud. Enfin les Israélites battirent les Cananéens du nord comme ils avaient battu le roi de Bashan, « jusqu’à ne leur laisser aucun réchappé » (v. 8, cf. Nomb. XXI, 35); et Jéhovah avait dit à Josué dans ces deux circonstances: Ne crains point ! (v. 6, cf. Nomb. XXI, 34).

D’après le premier jéhoviste (et le premier élohiste), les Hébreux traversèrent donc le Jourdain vers le sud, d’après le second jéhoviste, vers le nord, entre les deux lacs. D’après le premier, ils vainquirent d’abord les Cananéens du sud, d’après le second, ceux du nord.

On pourrait objecter à notre division des sources que certains textes attribués par nous à l’une d’entre elles font allusion à des passages que nous attribuons à une autre. Par exemple, dans le second chap. du livre de Josué, qui ne peut être, à notre avis, que du premier jéhoviste, il y a (au v. 10) une allusion aux victoires des Hébreux sur les deux rois amorrhéens Sihon et Og, qui n'étaient racontées, selon nous, que par le second jéhoviste. Mais nous croyons que c’est là une addition d’un compilateur. Dans ce cas particulier, nous pensons qu’elle provient du dernier compilateur, de celui qui à réuni aux quatre documents antérieurs le Deutéronome primitift. Ce qui le montre, c’est que Sihon et Og sont appelés

1 Nous appelons Deutéronome primitif la plus grande partie du livre du Deutéronome (I-XXXI, 13, 23-80, en lisant /a Loi (v. 30) au lieu du cantique, X XXII, 45-47; XXXIV) et les fragments deutéronomiques du livre de Josué (I, IIT et IV, 1-18 en majeure partie, V, 1; VILLE, 30-35; XI, 21-23 ; XXII, 1-8; XXII; XXIV,26, 29,31), qui, à notre avis, en étaient primitivement la continuation naturelle et nécessaire. On sait que le style de ces fragments est tout à fait identique à celui du Deutéronome. On les considère généralement comme des additions du dernier rédacteur, mais les mêmes raisons qui ont fait rejeter cette hypothèse dans les quatre premiers livres du Pentateuque doivent la faire rejeter aussi dans le livre

« les deux rois des Amorrhéens qui étaient au delà du Jourdan » et qu'il est dit que les Hébreux les exterminèrent, comme dans le Deutéronome (II, 34; IIL, 6, 8, 21 ; XXXI, 4), tandis que ces termes ne se lisent pas dans le livre des Nombres (XXI). On sait qu'il y a dans tout le livre de Josué un assez bon nombre d’additions du même genre, provenant du dernier rédacteur et empruntées à divers textes du Deutéronome.

Il faut en dire autant de Jos. IX, 10, où se retrouve la même allusion. Ici la mention de la ville d’Ashtarôth, dont il n’est pas question dans Nomb. XXI, tandis qu’elle est nommée dans le Deutéronome comme une des capitales du roi de Bashan (Deut. 1, 4), montre bien que c’est une addition et d’où elle provient.

De même le dernier discours de Josué, qui nous paraît provenir, au moins en grande partie, du second jéhoviste (ch. XXIV), renferme une allusion à Balaq et à Balaam, au passage du Jourdain et à la prise de Jéricho (v. 9-11), que nous sommes obligé de considérer comme une addition de compilateur, probablement du premier compilateur, je veux dire de celui qui a réuni les quatre documents principaux avant la composition du Deutéronome primitif. Nous savons en effet que ce compilateur a fait en divers endroits des additions plus ou moins importantes destinées à relier plus intimement entre eux les documents qu'il juxtaposait.

Débarrassé des fragments du second jéhoviste que nous avons signalés, de l'épisode de Balaam et, dans le livre de Josué, des fragments deutéronomiques depuis longtemps reconnus, le document premier jéhoviste offre désormais un récit continu, suivi et parfaitement cohérent en toutes ses parties, depuis la vocation de Moïse jusqu’à la conquête du pays de Canaan, Il y a seulement quelques lacunes, que nous indiquerons par des crochets. Il est facile de comprendre, en effet, que le compilateur qui a réuni en un récit unique quatre documents, qui racontaient essentiellement les mêmes choses, ait été obligé de Josué. Il y à là un récit distinct, indépendant et à peu près complet

de l'établissement des Hébreux en Canaan. C’est un cinquième document, qui à été combiné plus tard avec les quatre premiers.

18 C. BRUSTON

plus d’une fois, pour éviter des répétitions fastidieuses, de supprimer certaines portions tantôt d’un document tantôt de l’autre et souvent de plusieurs à la fois.

Mais avant de résumer les deux documents jéhovistes pour la période que nous avons étudiée, nous résumerons d’abord brièvement les deux documents élohistes pour la même période, sans essayer de justifier notre division, ce qui nous entrainerait beaucoup trop loin, et en renvoyant le lecteur aux commentaires et aux ouvrages récents sur la matière.

Résumé des sources, de la naissance de Moïse à la mort de Josué.

Premier élohiste.

Les enfants d'Israël s’accrurent et se multiplièrent beaucoup en Egypte, et les Egyptiens les opprimèrent (Ex. I, 7, 13 et 14). Alors les enfants d'Israël crièrent à Dieu, qui se souvint de son alliance avec Abraham, Isaac et Jacob (IL, 2368-25), et qui se révéla à Moïse sous le nom de JÉHOVAH!, en lui ordonnant de dire aux enfants d'Israël qu'il allait les délivrer. Mais ceuxci n’écoutèrent pas. Alors Jéhovah ordonne à Moïse de se présenter devant Pharaon et de lui demander de relâcher les enfants d'Israël. Moïse se récuse (VI, 2-12, 29 et 30). Jéhovah lui adjoint son frère Aharon. Ils se présentent devant Pharaon ; Aharon accomplit à ses yeux le prodige du bâton changé en dragon. Toutefois le cœur de Pharaon s’endurcit (VII, 1-13).

Suit le récit des sept plaies : eau changée en sang (WII, 19, 20a, 21b, 22); grenouilles (VIIL, 1-3, 118b); moustiques (VII, 12-15) ; ulcère (IX, 8-12) ; grêle (IX, 22, %3xb, 25, 31, 32, 35); sauterelles (X, 12, 13x, 144, 158b, 20) ; ténèbres (X, 21, 22 (93 ?), 27a)?. Malgré tous ces prodiges, Pharaon ne relâche pas les enfants d'Israël (XI, 10).

1 A partir d'ici, cet auteur emploie constamment le nom de Jéhovah, au lieu d'Elohîm.

2Sur cette division des sources, ici et ailleurs, voyez notre premier article sur le document élohiste ( Revue théologique, 1882).

h., LE

Institution de la Pâque et des pains sans levain (XIT, 1-20, 28). Mort des premiers-nés (v. 29). Le même jour les armées de l’Eternel sortent d'Egypte. Dispositions relatives à la célébration de la Pâque (v. 41b-50). Ordre de consacrer à Jéhovah les premiers-nés (v. 51 ; XII, 1 et 2). Passage de la mer Rouge (XIII, 18b, 20, XIV, 1-4, 8 et 9, 15-18, 21-93, 26-29, excepté divers fragments qu’il serait trop long d’indiquer ici). Arrivée à Elim, où l’on campe près des eaux (XV. 27). On en repart pour le désert de Sin, où l’on arrive le quinzième jour du second mois (XVI, 1). De là, par plusieurs stations (énumérées Nomb. XXXIIT), on arrive au désert de Sinaï, au troisième mois (XVII, ADRNEX, D).

Là Moïse reçoit l’ordre de monter à la montagne avec Aharon et ses fils Nadab et Abihou, mais de s'approcher seul de Jéhovah. L’Eternel lui donne la description du Tabernacle, l’ordre d’observer le sabbat et lui remet les deux tables du témoignage (XXIV, Lx, 2a, Jay, 15b-18a ; XXV-XXXI, 18a). Moïse redescend (XXXIL, 19a ; XXXIV, 29-35) et accomplit tout ce qui lui a été ordonné (XXXV-XL).

Presque tout le Lévitique appartient au même document (XVI XVIIT, 1-3, 29, 30, XIX, 1-8, 19-22, 35, 36 ; XX - XXV, XX VI).

Ici devait se trouver primitivement le récit de l’envoi des cailles et de la manne (Ex. XVI, 2, 3, 6-18, 22-24, 31-35), car il suppose l'institution de la loi du sabbat et ia construction du Tabernacle (v. 34).

Le dénombrement, les lois diverses et le récit du départ qui remplissent les premiers chapitres du livre des Nombres appartiennent aussi au même auteur. Le vingtième jour du second mois de la seconde année après la sortie d'Egypte, les enfants d'Israël partent du désert de Sinaï et ne s'arrêtent qu’au désert de Paran (Nomb. I-X, 28; XII, 16b). Là Moïse envoie douze chefs, un par tribu. pour explorer le pays de Canaan (XIII, 1- 17a, 21, 25-267, 32; XIV, 1a, 2, (?), 5-8a, 10,26-38). Suivent diverses lois et le récit de la lapidation d’un homme qui avait ramassé du bois le jour du sabbat (ch. XV). Révolte du lévite Coré et de deux cent cinquante chefs contre Moïse et Aharon

20 GC, BRUSTON

(XVI, La, 287, 3-11, 158, 16-247, 264, 2Ta, 32, 33b, 35). Eléazar, fils d’Aharon, relève les encensoirs des complices de Coré. Le privilège d’Aharon et de ses descendants est confirmé par deux miracles. Lois relatives au sacerdoce (XVII-XIX). Les enfants d'Israël arrivent au désert de Tsin au premier mois [de la quarantième année, cf. XXXIII, 38]. Le manque d’eau les pousse à se révolter contre Moïse et Aharon ; sur l’ordre de Jéhovah Moïse fait couler l’eau du rocher, mais en le frappant deux fois dans son impatience. Jéhovah leur déclare que, puisqu'ils ont manqué de foi, ils n’entreront pas en Canaan (XX, 1x, 2, 3b-4, 6-13). Les enfants d'Israël viennent ensuite au mont Hor, sur la frontière du pays d’Edom ; Aharon meurt et son fils Eléazar lui succède (XX, 22-29).

Les Israélites partent ensuite du mont Hor (XXI, 4x), parcourent quelques stations (v. 10 et 11) et arrivent aux plaines de Moab, près du Jourdain (XXII, 1, cf. XXXIII). Les Moabites s’effraient ; de concert avec les anciens de Madian ils font venir - Balaam (XXII, 3b, 4a, ‘Ta...), [qui conseille de faire tomber les Israélites dans la fornication et l’idolâtrie ; ce qui eutlieuetattira sur eux une grande mortalité. Cf. XXXI, 16; Apoc. I, 14.] Au moment où tout le monde pleure à la porte du Tabernacle, un Israélite a l'audace d'amener la Madianite (dont il avait été question précédemment dans le fragment supprimé). Phinehas, indigné, les perce tous deux d’un coup de lance et reçoit en récompense la promesse d’une sacrificature éternelle. Ordre de faire la guerre aux Madianites. Nouveau recensement, Loi sur les successions. Jéhovah ordonne à Moïse de monter sur le montAbarîm avant de mourir; institution de Josué. Lois diverses. Récit de la victoire sur les Madianites, où périt Balaam (XXV, 6-XXXI).

Les tribus de Ruben et de Gad demandent le pays conquisau delà du Jourdain ; Moïse le leur accorde, à la condition queles guerriers de ces deux tribus passeront le Jourdain avec leurs frères et les aideront à conquérir le pays de Canaan (XXXII, La, 2b-4, 56, 6, 16-38). at

Liste des stations des Israélites dans le désert! Ordre de

1 Le chiffre de 42 stations est en soi peu vraisemblable. La tradition, pour des époques si éloignées, procède toujours par chiffres ronds. Mais

partager plus tard par la voie du sort le pays de Canaan (XXXIIT, 1-39 (excepté 8b, JW, 14b, 15a, additions du compilateur d'après les autres sources), 41-51, 53, 54). Délimitation des frontières du pays de Canaan; liste des hommes chargés de faire le partage; villes des Lévites et villes de refuge. Disposition relative aux filles de Tselophkhad (XXXIV-XXX VI).

La quarantième année, le premier jour du onzième mois (Deut. I, 3), Moïse monte sur le mont Abarim et meurt. On le pleure trente jours (XXXII, 48-52 ; XXXIV, le, 5, 7-9).

Le peuple traverse le Jourdain, les enfants de Ruben et de Gad en tête. C'était le dix du premier mois [de la quarante et unième année] (Jos. III, 18, 15, 16 (?), IV, 38, 7b, 8x, Ju, 12, 13, 198). Israël campe à Guilgal et y célèbre la Pâque le soir du quatorzième jour. À partir de ce moment la manne cessa (V, 10-12). [Prise de Jérikho.]| Punition d’Akan (VII 1, 18b, 25... cf. XXII, 20). Ruse des Gabaonites (IX, 15b, 17-21, 27a...). [Après la conquête] les enfants d'Israël se réunissent à Shilo et y établissent le Tabernacle (XVI, 1 1).

Répartition du pays entre les tribus (XIII, 15-32; XIV , 1-5 ; XV (sauf les vers. 14-19 et 63) ; XVI (sauf le vers. 10) ; XVII, 1-10 ; XVIII, 10-28 ; XIX, XX (sauf les vers. 4 et 5); XXI, 1-40 (sauf quelques additions du compilateur).

En retournant au delà du Jourdain, les enfants de Ruben et de Gad bâtirent un grand autel ; les autres tribus s’en émurent et leur déléguèrent Phinehas fils d’Eléazar et dix chefs d'Israël ; mais les tribus transjordaniennes se justifièrent en assurant que cet autel n’était pas destiné à un usage religieux, mais avait seulement pour but de maintenir dans l’avenir la communauté religieuse qui existait entre les Israélites des deux rives du Jourdain (XXII, 9-32, en majeure partie).

en retranchant Mara et Raphîdîm (v. 8b et 14b), qui sont accompagnés de membres de phrase étrangers au style du premier élohiste et empruntés au récit second jéhoviste, on obtient le chiffre 40, qui est certainement * beaucoup plus naturel : 10 stations jusqu’au Sinaï, 20 jusqu’à Etsionguéber et encore 10 jusqu'aux plaines de Moab.

1 Ce verset devait, dans le document primitif, précéder la répartition du territoire.

LR. C. BRUSTON

L’écrit sacerdotal se terminait par la mention de la mort de Josué et peut-être aussi par celle de la mort d’'Eléazar (XXIV, 298-30, 334.)

Second élohiste.

Les Egyptiens accablent Israël de corvees, mais sans résultat | (Ex. I, 6, 11 et 12.) Alors le roi d'Egypte ordonne aux sagesfemmes hébreues de tuer les garçons au moment de leur naissance (vers. 15-21). Moïse, exposé sur le Nil, est sauvé par la fille de Pharaon. Devenu grand, il voit les corvées de ses frères et tue un Egyptien. Le lendemain il s’aperçoit que la chose est connue (II, 1-14) [et s’enfuit au désert, où il épouse la fille de Jéthro, Tsippora. Cf. XVIII, 2]. Dieu se révèle à lui dans le buisson ardent (III, 1, 2», 4b, 5a, 6, 9-15, 18-221): Moïse retourne auprès de Jéthro, prend congé de lui et part pour l'Egypte (IV, 18). [laissant auprès de lui sa femme et ses deux fils]. Le roi d'Egypte refuse de relâcher les Hébreux (chap. V, quelques fragments)...

Quand il ÿ consent enfin, Dieu conduit son peuple vers la mer Rouge. Moïse avait eu soin de prendre les os de Joseph (XI, 17-19, cf. Gen. L, 25).

Après le passage de la mer Rouge, Jéthro amène à Moïse, au désert, sa femme et ses deux fils, Guershôm et Eliézer. Il lui conseille d'établir des chefs pour l’aider à juger le peuple, puis il retourne chez lui (X VIII, Aa, 2a, 3-7, 12-27).

Les Israélites arrivent au désert de Sinaï. Moïse monte vers Dieu, qui lui ordonne de rassembler le peuple au pied de la montagne. Il fait sortir le peuple à la rencontre de Dieu. Moïse parle et Dieu lui répond (XIX, 1b, 2b, 3a, 9a, 11a, 13b, 14, 15-19). Dieu prononce le Décalogue. Sur la demande du peuple, qui est effrayé, Moïse pénètre seul dans les ténèbres où Dieu est enveloppé (XX, 1-21) et reçoit les lois civiles (XXI-XXIIL, 9,13). Dieu lui ordonne aussi de remonter sur la montagne avec

1 Dans IT, 1, les mots prêtre de Madian doivent être une addition du compilateur, d'après le second jéhoviste (II, 16). Cette division des sources n’est qu’approximative. On peut varier sur quelques détails, mais il est incontestable qu'il y a là deux récits distincts, l’un jéhoviste, l’autre second élohiste.

soixante-dix anciens, ce qui a lieu (chap. XXIV, fragments). Enfin il monte seul encore plus haut pour recevoir les deux tables de pierre écrites du doigt de Dieu (XXXI, 184b; XXXII, 45b, 16).

Ici le fil du récit du second élohiste se brise. Quelques fragments minimes du livre des Nombres (XIL, 1 ; XXI, 5-9 en partie) proviennent peut-être de lui. Mais on ne le retrouve avec certitude qu’à la fin du livre de Josué, où Josué rassemble toutes les tribus à Sikem devant Dieu (XXIV, 1) et leur adresse un discours dont une partie provient peut-être du second élohiste. La notice sur l'enterrement des os de Joseph à Sikem (XXIV, 32) ne peut en tout cas être attribuée qu’à ce document.

Premier jéhoviste.

Un roi nouveau, qui n'avait pas connu Joseph, use de ruse à l’égard du peuple d'Israël pour laffaiblir et ordonne à tout son peuple de jeter les garçons dans le Nil au moment de leur naissance (Ex. I, 8-10, 22). [ Moïse se retire au désert, où il épouse la fille de Hobab le Kénien. Cf. Nomb. X, 29; Jug. I, 16.] L'ange de Jéhovah lui apparaît en Horeb et lui ordonne d'aller délivrer son peuple (Ex. ITT, 2-4a, 5, 7, 8, 16-18).

Moïse craignant que les [sraélites ne l’écoutent pas, Jéhovah le rassure par deux miracles (IV, 1-17). Aharon, averti par Jéhovah, va au désert à la rencontre de son frère ; ils reviennent ensemble et font les miracles devant le peuple, qui croit (27-31). Alors ils vont demander à Pharaon la permission d’aller avec leur peuple célébrer une fête à leur Dieu dans le désert, à trois jours de marche. Pharaon refuse (chap. V; VI, 1). Suit le récit des sept plaies: eau changée en sang (VII, 14-18, 200, 21a, 23, 24), grenouilles (25-29 ; VIIT, 4-11a), mouches (16-27), peste (IX, 1-7), grêle (13-21, 238, 24, 26-30, 33, 34), sauterelles (X, 1-11, 138-154 [excepté 144], 16-19), ténèbres (... 21b, 295,

1 Le vers. 22 nous paraît être la continuation des vers. 8-10 ; car la ruse de Pharaon (v. 10) ne peut consister ni dans les corvées imposées aux Hébreux (v. 11 ss.) ni dans l’ordre cruel donné aux sages-femmes (v.15-21), mais bien dans l’ordre donné par Pharaon à tout son peuple de jeter les garçons dans le Nil, ordre qui n'aurait été naturellement appliqué qu'aux Hébreux.

24 C. BRUSTON

93-99). Pharaon persistant toujours dans son refus, Moïse lui annonce la mort des premiers-nés, au milieu de la nuit prochaine (XI, 4-8). Institution de la Pâque (XIT, 21-27). La menace s’accomplit ; les Egyptiens épouvantés pressent le peuple hébreu de partir et il part; ce fut l’origine des pains sans levain (29-34, 37-40). Ordre de célébrer la fête des pains sans levain et de consacrer les premiers-nés à l'Eternel. (XILEF, 3-16.) Passage de la mer Rouge (20-22, XIV en partie; XV, 418, 20, 21).

Les Israélites marchent trois jours dans le désert sans trouver d’eau (v. 22) ; ils murmurent ; sur l’ordre de Jéhovah, Moïse fait jaillir l’eau du rocher en Horeb (XVII, 2, 5-7). Le beaupère de Moïse vient le voir et reconnait la grandeur suprême de Jéhovah (XVIII, 1b, 8-11).

Jéhovah appelle ensuite Moïse de la montagne et lui ordonne de dire aux Israélites que, s'ils lui sont fidèles, ils seront pour lui une nation sainte.

Moïse rapporte au peuple les paroles de Jéhovah, puis il monte sur la montagne et reçoit une série de couze lois religieuses (le Dodécalogue), redescend, les écrit sur un livre, offre les sacrifices (dont il avait parlé à Pharaon) et traite alliance avec le peuple d'Israël au nom de Jéhovah (chap. XIX en partie; XX. 22a, 93-96; XXIII, 10-12, 14-33 ; XXIV, 3-8, 115).

[Après cela, le peuple se révolte contre Moïse et Aharon.] Jéhovah veut détruire ce peuple au col roide, mais Moïse intercède pour lui (XXXII, 9-14). A son appel, les Lévites s’assemblent près de lui et tuent 3000 hommes (25-29). Le lendemain (304), Moïse intercède de nouveau pour les Israélites dans le tabernacle hors du camp, et Jéhovah consent à conduire son peuple en Canaan. Moïse demande alors la faveur de voir la gloire de Jéhovah; elle lui est accordée (chap. XXXIHID). Il monte encore sur la montagne, Jéhovah passe devant lui etlui donne encore d’autres lois, surtout des lois morales, de bienfaisance et d'humanité (XX XIV, 2, 3, 48, 58-16; Lév. XVIIE, 4-28; XIX, 9-18, 23-34, 37; XX VI, 1, 2, [3-45], 46 !).

1 Pour toute cette portion de l'Exode et du Lévitique, voyez notre premier article. (Revue de théol. et de phil. 1883, pag. 329-869).

Au moment du départ, Moïse invite son beau-père Hobab à les accompagner ; il y consent et l’on part, l’arche en avant, à une distance de trois jours de marche (Nomb. X, 19-36). Bientôt le peuple, fatigué de ne voir que de la manne, murmure et demande de la viande : envoi des cailles et châtiment des Israélites. Institution de soixante-dix anciens pour aider Moïse. Des tombeaux de la convoitise on va à Hatsérôth (XI, 4-fin). Là, Marie et Aharon se révoltent contre l'autorité de leur frère (XIE, 1x, 2-16a). De là, par une série de stations (Deut. X, 6-89?) on arrive à Kadesh, d’où Moïse envoie des espions en Canaan; à leur retour, tous, excepté Caleb, découragent le peuple, qui refuse de marcher en avant. Alors Jéhovah ordonne de partir dans la direction de la mer Rouge. Quand Moïse lui communique cet ordre, le peuple se repent de sa lâcheté et veut attaquer l'ennemi ; il l’attaque malgré l’opposition de Moïse, mais il est battu par les Amalékites et les Cananéens jusqu’à Horma (Nomb. XIIT et XIV en partie). Là-dessus les Rubénites Dathan et Abiram se révoltent contre Moïse et périssent avec leurs partisans (chap. XVI en partie).

Les Israéliles partent ensuite dans la direction de la mer Rouge, comme ils en ont reçu l’ordre. Serpents brûlants (XXI, 4-9). Par une série de stations ils arrivent sur le territoire de Moab (16-204 1). Là Moïse envoie explorer Jaézer et chasse les Amorrhéens qui y habitaient (v. 32xb ?).

Les tribus de Gad et de Ruben demandent la possession du pays de Jaëézer, qui vient d’être conquis ; Moïse la leur accorde à la condition que les guerriers de ces deux tribus passeront le Jourdain et aideront leurs frères à se rendre maîtres du pays de Canaan. Makir, fils de Manassé, s'empare du pays de Galaad ; Jair, fils de Manassé, et Nobakh s'emparent d’autres portions du territoire à l’est du Jourdain (chap. XX XII en partie) $.

1 La fin du vers. 20 me paraît être une addition du rédacteur, d’après XXII, 14 et 28.

2 La plus grande partie de ce verset doit provenir du premier jéhoviste, à cause de XXXII, 1ss.

3 L'origine de l'épisode de Balaam (XXII, 2-XX1V) est fort difficile à déterminer. Ce récit ne me paraît se rattacher naturellement à aucune des sources du Pentateuque. Je suis porté à le considérer comme un petit

26 C. BRUSTON

Israël habita (ensuite) à Shittim. Là, le peuple se livra à . limpureté et à l’idolàtrie avec les femmes moabites; punition des principaux coupables (XXV, 1-5 !). Ordre de détruire, lors de la conquête, tous les objets de culte des Cananéens (XXXIIT, 59, 55, 56). Jéhovah révèle à Moïse que les Israélites se livreront un jour à l’idolâtrie et lui ordonne d'écrire un cantique destiné à témoigner alors contre eux (Deut. XXXI, 16-23; XXXII, 1-44a). Moïse bénit ensuite chacune des tribus (XXXIIE, 4, 6-24 ?), puis il meurt sur le mont Nebo, en face de Jéricho (XXXIV, 1x).

Après la mort de Moïse, Josué envoie de Shittim deux espions à Jéricho (Jos. IT). Passage du Jourdain à pied sec (chap.

poème comparativement récent, quoique antérieur à Michée (cf. Mich. VI, à), et. qui à été inséré là par le compilateur des quatre principaux documents. Le vers. XXII, 2, qui fait allusion au récit second jéhoviste antérieur (XXI, 21-35) doit être une addition par laquelle il a essayé de relier artificiellement ce poème à ce qui précède. En effet, ce verset tait double emploi avec le vers. 4, et il donne d2 l'effroi de Balaq un motif différent de celui qui est exprimé immédiatement après (v. 3a). Or la suite montre que ce dernier est le véritable (cf. v. 5 ss.), tandis qu'on ne trouve plus aucune allusion aux victoires sur les Amorrhéens. Au reste XXI, 32 devait être suivi immédiatement de XXXII, 1, ss.: arrivé sur le territoire de Moab, Israël s'empare du pays de Jaézer et le donne aux tribus de Gad et Ruben; puis il s'établit à Shittim, près du Jourdain (XXV, 1-5). Il n'y a pas place dans le premier jéhoviste pour l'épisode de Balaam. Quant au second, qui a déjà conduit les Israélites en Bashan, bien loin du pays de Moab, on peut encore moins songer à lui. «

Mais l'écrit sacerdotal contenait un récit relatif à Balaam dont quelques fragments paraissent s'être conservés au début de cet épisode (XXIP 1, 5b, 4a, Ta...) La mention des anciens de Madian, en particulier, ne peut guère provenir que de ce document. (Cf. XX V, 6 ss.) Le récit principal ne connaît que les chefs de Moab (+. 5, 8 ss.) |

1 Nous pensons qu'il y à là une interversion : XX V, 1-5 devait être suivi immédiatement de XX XIII, 52, 55, 56 et de Deut. XXXI, 16-23; XXXII, 1-Ma, ces divers fragments se rapportant tous à l’idolâtrie. Cette interversion provient de ce que le rédacteur a voulu combiner le récit jéhoviste XXV, 1-5 avec le récit analogue de l'auteur sacerdotal (XXV, 6 $s.) — De même XXXII, 1 ss. devait suivre immédiatement XXI, 32, auquel il fait allusion.

? Le reste de la bénédiction de Moïse est en réalité un cantique sur les bienfaits de Jéhovah à l'égard de son peuple.

III en partie); on arrive à Guilgal (1V, 4-7a, 88, 10b, 19b, 20-24), où Josué circoncit les Israélites (V, 2, 3,9). Apparition du chef de l’armée de Jéhovah et prise de Jéricho (V, 13-VT). Prise d’Aï (VII-VIII, 29). Les Gabaonites font la paix avec Israël (chap. IX). Les rois de Jérusalem et de quatre autres villes du sud viennent attaquer Gabaon, mais ils sont battus par les [sraélites, qui tuent ces cinq rois et s'emparent de toute la région du sud, puis reviennent au camp à Guilgal (chap. X).

Josué s’empare de tout le reste du pays (XI, 16-19). Liste des rois vaincus (XII, 7-24).

Répartition du territoire entre les neuf tribus et demie restantes (XIII, 1-7). Caleb réclame à Josué, à Guilgal, la possession d'Hébron, au nom de la promesse qui lui avait été faite par Moïse (XIV, 6-15a, cf. Nomb. XIII et XIV). [Lot de la tribu de Juda et des enfants de Joseph.] Ces derniers se plaignent de leur lot. Josué leur répond (XVII, 14-18). Le reste du territoire est divisé en sept parts, qu'on tire au sort entre les sept tribus restantes (XVIII, 2-10 !).

Cette répartition eut lieu à Guilgal (non à Shilô), car c’est de là que les tribus partent, au début du livre des Juges, pour aller s’établir dans leurs lots respectifs (Jug. T-IT, 5 ?).

Second jéhoviste.

Pour la même période, le second jéhoviste offre un récit moins complet, mais dont, malgré quelques lacunes, il est facile de suivre le fil :

Moïse [tue un égyptien et] s'enfuit auprès du prêtre de Madian Reouël, dont il épouse la fille Tsippora (Exod. IT, 15-22).

4 I] faut retrancher, aux vers. 8-10, les mots devant Jéhovah, à Shilô, qui sont des additions du rédacteur, d’après le récit parallèle de l’auteur sacerdotal. La preuve, c'est que: 1° la répartition a commencé, d’après le premier jéhoviste, à Guilgal (XIV, 6) et non à Shîlô; 2° les répartiteurs reviennent au camp (XVIII, 9), qui était à Guilgal (cf. X, 43) et non à Shilô; 3° enfin l’armée est encore à Guilgal au commencement du livre des Juges. .

2 Les allusions à des textes premier jéhovistes sont si nombreuses dans ce fragment que son origine premier jéhoviste ne me semble pas pouvoir être mise en doute.

28 CG. BRUSTON

A la mort du roi d'Egypte, il retourne en Egypte avec sa femme et son fils (II, 23x; IV, 19, 20a, 21-26).

[Ici devait se trouver un récit des plaies d'Egypte plus ou moins semblable à celui des autres sources.] Jéhovah annonce à Moïse encore une plaie et ordonne aux Hébreux d'emprunter avant leur départ des objets précieux (XI, 1, 2; XIT, 35, 36). [Cet auteur devait donc raconter ensuite la mort des premiersnés et le passage de la mer Rouge. | Moïse conduit ensuite Israël à Mara, où il le met à l’épreuve à propos de la manne (XV, 22c, 23-26 ; XVI, fragment jéhov.). De là ils vont à Raphidim, où le peuple murmure à cause du manque d’eau (X VIE, 15, 3, 4...) etoù Josué bat Amaleq pendant qu’Aharon et Hour tiennent levées les mains de Moïse (8-16). Arrivé au Sinaï, Moise monte avec Josué sur la montagne, laissant en bas Aharon et Hour. | Là il reçoit certaines lois et les écrit sur deux tables de pierre.] Pendant son absence le peuple fait le veau d’or. Moïse redescend avec Josué, brise les tables à la vue du veau d’or, etc.; puis il intercède pour le peuple ; mais Jéhovah refuse de pardonner et punit les Israélites. Cependant il ordonne à Moïse de remonter au Sinaï avec deux autres tables de pierre semblables aux premières, sur lesquelles Moïse écrit pendant quarante jours et quarante nuits une série de dix lois, qu’on peut nommer le second Décalogue ou le Dodécalogue abrégé (XIX, 2; XXIV, 12a, 13a, 14, 15a, 18b ; XXXII, 1-8, 15x, 17-24, 8308-35 ; XXXIV, 1, 2, 4, Bab, 10x, 11a, 17-28).

[Après être partis du Sinaï] les Israélites murmurent et sont punis à Tabeéra (Nomb. XI, 1-3). [Arrivés à Kadesh] ils se plaignent à Moïse de ce qu’il les a amenés dans un pays stérile. Moïse envoie demander au roi d’Edom la permission de traverser son pays; mais il refuse (XX, 1, 3a,5,14-21). Alors Israël essaie de pénétrer en Canaan par le sud; les Cananéens se défendent énergiquement et font des prisonniers ; mais Israël prend bien-. tôt sa revanche et extermine les habitants de leurs villes. De là le nom de Horma, extermination (XXI, 1-3). Après quoi il va camper près du torrent Zared, puis près de l’Arnon (12-15). Là il demande à Sihon, roi des Amorrhéens, la permission de traverser son pays; celui-ci refuse (comme le roi d’Edom),

mais il est battu à Jahats. Og, roi de Bashan, est vaincu aussi (21-35, excepté 32xb).

A l’approche de sa mort, Moïse se rend avec Josué dans le Tabernacle, où Josué est institué par Jéhovah comme son successeur (Deut. XXXI, 14, 15...?). Cantique de Moïse sur les bienfaits de Jéhovah à l’égard de son peuple (XXXIII, 2-5, 25-29). [Mort de Moïse.]

Les rois du nord de la Palestine, à l’ouest du Jourdain, se liguent contre Israël ; ils sont battus par Josué près des eaux de Mérom (Jos. XI, 1-14).

Plus tard Josué rassemble toutes les tribus (à Sikem ?), leur rappelle les bienfaits de l'Eternel et les exhorte à la fidélité (chap. XXIV en grande partie).

Deutéronome primitif.

On sait que le Deutéronome renferme d’abord un résumé historique de la marche des Hébreux dans le dèsert, puis un ensemble d’exhortations et de lois dans le détail desquelles 1l est inutile d'entrer ici (Deut. I-XXVI). Après cela, Moïse ordonne que, lorsqu'on aura traversé le Jourdain, on dresse de grandes pierres sur le mont Hébal et qu’on y grave la loi qu’il vient de donner. Il recommande encore solennellement son observation, sous peine des plus terribles châtiments (XX VII- XXX). Il institue Josué ; il écrit cette loi, la remet aux Lévites, mais en fait auparavant la lecture à tous les [sraélites (XXXI, 1-13, 23-301), et les conjure encore de l’observer (XXXII, 45- 47). Puis il monte au sommet du Pisga (comme il en avait reçu l’ordre, If, 27) et meurt (XXXIV, 1-6, 10-12).

Les Hébreux passent le Jourdain sous la conduite de Josué (Jos. I, III et IV, 1-18 en majeure partie). À cette nouvelle, les rois des Amorrhéens à l’ouest du Jourdain et ceux des Cananéens le long de la mer sont épouvantés (V, 1). Josué construit un autel sur le mont Hébal et se conforme aux ordres reçus Deut. XXVII (Jos. VIIT, 30-35). Il extirpe les Anakim et s’empare de tout le pays (XI, 21-23). Puis il renvoie au delà du

1 Au verset 30, le texte primitif devait porter la loi et non Le cantique. Ce changement provient du rédacteur définitif.

30 C. BRUSTON

Jourdain les Rubénites, les Gadites et ceux de la demi-tribu de Manassé en leur recommandant encore d’aimer Jéhovah et de le servir de tout leur cœur (XXII, 1-8). Longtemps après, il rassembla tous les Israélites et leur adressa des exhortations analogues (ch. XXII), qu’il écrivit dans le livre de la loi de Dieu (XXIV, 26). Après quoi il mourut (v. 29, 31 ?).

Comparaison des sources.

On ne saurait méconnaître les nombreuses et assez graves divergences qui existent entre ces différentes sources. Nous avons relevé précédemment celles qui se rapportent à la promulgation de la loi au Sinaï; nous n’y reviendrons pas. Mais il est utile de signaler les autres, du moins les plus importantes.

Que le beau-père de Moïse soit appelé Reouël (ami de Dieu) par le second jéhoviste, Jéthro (prééminence) par le second élohiste et Hobab aimé [de Dieu?], par le premier jéhoviste, cela est assez peu important, parce que ces divers noms peuvent être, au moins en partie, des appellations honorifiques. Mais ce qui est beaucoup plus grave, c’est que, d’après le $econd jéhoviste, il était prêtre de Madian, tandis que, d’après le premier, il était Kénien, c’est-à-dire qu’il appartenait à la tribu de Kaïn !. Cette divergence pourrait-elle être écartée, en supposant, par exemple, qu’une famille d’origine kénienne se serait établie au milieu des Madianites ? Cela me paraît douteux, car un autre auteur. probablement le second élohiste, faisait de la femme de Moïse une Koushite (Nomb. XII, 1). Ces trois sources s'accordent sur l’origine étrangère de la femme de

1 Kaïn alla demeurer, non à l’orient, mais devant l'Eden par rapport aux habitants de la Palestine (Gen. IV, 16), comme le Tigre coule devant l’Assyrie (11, 14) et comme Micmas était devant Beth-aven (1 Sam. XIII, 5) par rapport à Saül et son armée, et non à l’orient ! Il en résulte qu'il faut chercher les descendants de Kaïn, non à l’orient du Tigre, comme on le fait généralement, mais au contraire à l’ouest de l'Euphrate. Quoi de plus naturel, dès lors, que de les retrouver précisément dans cette tribu de Kaïn (Nomb. XXIV, 22) qui errait dans le désert d'Arabie (= le pays. de Nod) ?

Moïse, mais elles diffèrent sur sa nationalité. L'auteur sacerdotal n’en parle pas.

Il ne parle pas non plus du séjour de Moïse au désert qui occupe une si grande place dans les autres sources. D’après le premier jéhoviste, et le second élohiste, Moïse revint seul en Egypte et laissa sa femme et ses enfants auprès de son beaupère. D’après le second jéhoviste, il emmena avec lui en Egypte sa femme et son fils.

La marche des Hébreux, de la mer Rouge au Sinaï, est indiquée différemment dans les différentes sources. D’après le premier jéhoviste elle ne dura que trois jours; d’après le premier élohiste, au contraire, larrivée au Sinaï n’eut lieu qu’au troisième mois (XIX, 1). -— D'après le second jéhoviste, les Hébreux passèrent par Mara et Raphidim ; suivant le premier élohiste, après avoir traversé la mer Rouge, ils s’arrêtèrent à Elim, puis près de la mer, puis au désert de Sin, puis à Dophqa. puis à Aloush, etarrivèrent ainsi au désert de Sinaï. Nous ignorons si ces deux itinéraires différents s’accordent ou diffèrent en réalité.

Le premier élohiste et le second jéhoviste ne disent rien de la venue du beau-père de Moïse au camp des Hébreux. D’après le second élohiste, il retourna dans son pays (Ex. XVIIT, 27). D’après le premier jéhoviste, il accompagna les Hébreux à travers le désert (Nomb. X, 29) et ses descendants entrèrent avec eux en Canaan (Jug. I, 16).

D’après le premier jéhoviste, les Israélites essayèrent à Kadesh de pénétrer en Canaan par le sud, mais ils furent battus, reculèrent du côté du golfe élanitique, puis avancèrent par l’est jusque sur la frontière de Moab, s'emparèrent du pays de Jaé- | zer, vinrent à Shittim, traversèrent le Jourdain en face de Guilgal et s’emparèrent de tout le sud de la Palestine. D’après le second, ils furent, il est vrai, battus près de Kadesh par les Cananéens, mais ils les battirent ensuite, s’avancèrent le long de la mer Morte jusqu’à l’Arnon, s’emparèrent' de tout le pays à l’est du Jourdain, puis battirent les rois du nord de la Palestine entre le lac de Génésareth et celui de Houlé et pénétrèrent ainsi dans la région à l’ouest du Jourdain.

32 C. BRUSTON

Ce sont là deux traditions sensiblement différentes. Le premier élohiste s’accorde à peu près avec le second jéhoviste sur la marche des Hébreux de Kadesh à l’est de la mer Morte; mais il s’accorde avec le premier sur le passage du Jourdain et les événements qui le suivirent. Nous ignorons quelle était à cet égard la tradition adoptée par le second élohiste, car depuis le moment où Moïse reçoit les deux tables jusqu’à la mort de Josué il n’y a, comme nous l’avons dit, presque rien qu'on puisse avec quelque vraisemblance attribuer à cet auteur.

On pourrait certainement relever d’autres divergences plus ou moins importantes, surtout si l’on voulait tenir compte du Deutéronome. Mais celles-là suffisent, pensons-nous, à montrer la réalité de la distinction de quatre sources dans le Pentateuque et le livre de Josué, sans compter le Deutéronome.

L’écrit sacerdotal et le Deutéronome primitif ne s'étendent pas au delà de la mort de Josué. Mais nous retrouverons les trois autres sources : les deux jéhovistes et le second élohiste, dans les livres suivants.

1 Cf. Nomb. XX, 1-4, 6-13, 22-29 ; XXI, 4x, 10, 11; XXII, 1; XXXIIT, 85- 39, 41-49.

Les deux jéhovistes dans le livre des Juges.

Le livre des Juges — en faisant abstraction des deux récits qui le terminent (chap. XVII et XVIII et chap. XIX et XX) — nous paraît provenir de la combinaison de trois sources distinctes, dont deux emploient le nom de Jéhovah et la troisième celui d'Elohîim. Nous identifions naturellement les deux premières avec nos deux jéhovistes, et la troisième avec le second élohiste.

Déjà nos prédécesseurs ont constaté en divers endroits l’existence de deux récits différents d’un même fait. Nous essaierons de montrer que si la supposition de deux sources suftit en certains endroits, elle ne suffit pas en certains autres, en particulier dans l’histoire de Gédéon.

Nous avons dit précédemment que le début du livre (I-IT, o) doit être attribué au prernier jéhoviste. Les quatre versets suivants ne sont guère que la répétition de la fin du livre de Josué ; ils proviennent donc sans doute ici du rédacteur. Dans le reste du chapitre, Bertheau a reconnu deux auteurs différents disant l’un et l’autre que les enfants d'Israël furent infidèles à

9/4 C. BRUSTON

Jéhovah. À l’un il faut probablement attribuer les versets 10, 12, 20-93 et le début du chapitre suivant (III, 1-6) ; à l’autre les versets 11 et 13-19, qui étaient suivis sans doute de Phistoire des juges Othniel et Ehoud (III, 7-30). Comme Othniel joue ici un rôle assez différent de celui qui lui est donné au chap. I1(v.13), il en résulte que cette seconde série de versets doit être attribuée au second jéhoviste. Ce qui confirme ce résultat, c’est qu'on y remarque plusieurs locutions que nous avons déjà rencontrées ou que nous retrouverons plus tard chez le même auteur : cf. II, 17 à Ex. XXXII, 8 (ils se sont détournés bien vite de la voie, etc.) ; ILE, 9, 15 à Ex. XV, 25, XVII, 4, Jug. IV, 3, VI, 6, 7, X, 10, 12, 1 Sam. VIT, 8 et 9 (crier a Jet

Il est facile de remarquer que lhistoire des principaux juges est accompagnée, au commencement et à la fin, des formules suivantes : « Les enfants d'Israël firent ce qui est mal aux yeux de Jéhovah... ; ils servirent les Baals et les Ashères. Et la colère de l'Eternel s’enflamma contre Israël, et il les livra aux mains de tel roi ou de tel peuple pendant tant d'années. Et les enfants d'Israël crièrent à l’Eternel, qui leur suscita un libérateur. Suit le nom et l’histoire de ce libérateur ou juge. Il jugea Israël pendant tant d'années, ou bien, le pays fut en repos pendant tant d'années. » Ces formules se lisent dans l’histoire d’Othniel, d'Ehoud, de Baraq, de Gédéon et de Jephté !, qu’elles encadrent en quelque sorte.

Plusieurs critiques, Bertheau, Wellhausen, M. Reuss, attribuent ce cadre au compilateur du livre des Juges, à celui qui a réuni en un seul récit les différentes sources. Je ne saurais adopter cette opinion, et cela pour plusieurs raisons . Le plus souvent ces formules font corps avec le récit et ne peuvent en être séparées sans le mutiler. Que resterait-il, par exemple, de l’histoire d’Othniel si on les retranchait? Elles ne se trouvent pas dans le livre des Juges seulement, mais aussi dans celui de Samuel (1 Sam. VIT). À supposer que le compilateur se fût permis d’ajouter aux sources qu’il réunissait telle ou telle de ces formules, comme : « Les enfants d'Israël firent encore ce qui

* I, 7-11; 12-30; 1V,1,3; V,31; VI, 1-7; VIII, 28; X, 6-16; XII 7; XIII, 1.

est mal aux yeux de l'Eternel, » etc., comment admettre qu’il y ait ajouté tout un système chronologique ? N’est-il pas infiniment plus naturel d'admettre que ce système chronologique faisait partie de l’une de ses sources ?

Cette source est l’un des deux jéhovistes, puisqu’elle emploie constamment le nom de Jéhovah. Et c’est le second, parce que l’histoire d’Othniel (IL, 7-11) ne peut être du premier jéhoviste, qui a déjà parlé de ce personnage et dans des termes assez différents ([, 13). |

Le second jéhoviste a donc raconté la délivrance des Israélites par Othniel, Ehoud, Baraq, Gédéon et Jephté.

19 Baragq et Debora.

L'histoire des deux premiers (III, 7-30) doit lui être attribuée en entier, parce qu’elle est parfaitement homogène et ne renferme aucune de ces divergences ou de ces obscurités qui trahissent le mélange de sources différentes. Peut-être faut-il lui attribuer aussi la courte notice sur le juge Shamgar (vers. 31).

Mais dans l’histoire de Baraq son récit a certainement été mélangé avec celui d’une autre source, car il y règne la plus grande confusion. On ne sait, en particulier, où eut lieu la bataille contre les Cananéens. Baraq réunit son armée à Kédesh de Nephtali, tout au nord de la Palestine (IV, 9-11). Debora, qui demeurait près de Béthel, s’y rend elle-même (vers. 9); après quoi elle monte avec l’armée au mont Tabor (vers. 11), c’est-à-dire qu’elle revient sur ses pas, du tiers de la distance qui sépare Béthel de Kédesh. La bataille a lieu au pied du Tabor, sur les bords du Kishôn (vers. 12-14); ce qui n’empêche pas que Sisera périt près de Kédesh, beaucoup plus au nord (vers. 17-24, cf. vers. 11). Comment méconnaître l’existence de deux sources, dont l’une plaçait la bataille à Kédesh et l’autre au pied du Tabor”? |

L'un des deux récits se terminait évidemment au verset 16, et le chant de victoire (chap. V) devait venir immédiatement après. Les versets 17-24, qui racontent le meurtre de Sisera, appartiennent donc à l’autre. Or ils le placent près de Kédesh,

36 C. BRUSTON

et ils appellent Sisera le général de l’armée de Jabin, roi de Hatsor (au nord de la Palestine). C’est donc le premier qui, en parfaite conformité avec le chant de victoire, place la bataille près du Tabor et du Kishôn.

Les formules habituelles du second jéhoviste nous montrent que c’est lui qui appelle Sisera le général de Jabin roi de Hatsor (cf. vers. 1 et 2). C’est donc à lui qu’appartiennent les versets 17-24. Essayons, avec ces données, de reconstituer son récit : |

Les enfants d'Israël firent de nouveau ce qui est mal aux yeux de l'Eternel ; et il les livra à Jabin, roi de Hatsor, dont le chef d'armée était Sisera (IV, 1, 2ay), et qui les opprima pendant vingt ans (39). Mais ils crièrent à l'Eternel (3a), [et il leur suscita un libérateur, Baraq, fils d’Abinoham, de Kédesh de Nephtali; cf. IT, 9, 15]. Baraq rassemble les guerriers de Zabulon et de Nephtali à Kédesh (104). Notice sur les Kéniens qui habitaient près de Kédesh (vers. 11) ; elle a pour but de préparer le récit du meurtre de Sisera par une femme kénienne, aux vers. 17-24, et appartient par conséquent à la même source. | Défaite des Cananéens. Elle est racontée d’après l’autre source et ne pouvait être racontée deux fois.] Fuite et meurtre de Sisera (15b,17-24). Et le pays fut en repos pendant quarante ans (V, 31b).

Le récit parallèle du premier jéhoviste est assez différent ; il ne parle pas de Jabin, roi de Hatsor, mais seulement de Sisera, et il place, comme nous l'avons dit, le théâtre de la lutte près du Tabor :

Sisera, qui habitait à Haroshet-ha-Goïm et qui avait neuf cents chars de fer, opprima les Israélites (IV, 20, 3b). La prophétesse Debora ordonne à Baraq, au nom de Jéhovah, de réunir au mont Tabor dix mille guerriers de Nephtali et de Zabulon, en lui promettant que l'Eternel attirera au torrent de Kishôn Sisera et tous ses chars et le livrera entre ses mains. Baraq veut que Debora l’accompagne; celle-ci y consent (vers. 4-9, excepté « chef de l’armée de Jabin » (vers. 7) et « à Kédesh » (vers. 9), additions du rédacteur, destinées à fondre ce récit avec le précédent). Baraq monte [au Tabor] avec dix mille hommes

et Debora (vers. 108b). Sisera, informé du soulèvement, rassemble tous ses chars (non ceux de Jabin!) et s’avance de Haroshet-ha-Goim vers le torrent de Kishôn. Sur l’ordre de Debora. Baraq descend du Tabor avec les dix mille hommes. L’Eternel met en fuite l’armée ennemie (12-15a). Baraq la poursuit jusqu’à Haroshet-ha-Goïm et les tue tous jusqu’au dernier (vers. 16). Suit le chant de victoire (V, 1-51a).

Ce récit est à peu près complet et parfaitement cohérent en toutes ses parties. En conformité avec le chant de victoire, il ne parle que de Sisera (non de Jabin), place la bataille près du Kishôn et donne un rôle prépondérant à Debora, dont l’autre récit ne parle pas.

Nous ne prétendons nullement que ces deux récits d’un même événement soient absolument inconciliables. Il est clair que Baraq a pu livrer deux combats, l’un à Kédesh, l’autre au Kishôn. Que l'historien cherche à combiner ces deux récits de façon à les faire concorder l’un avec l’autre dans les traits essentiels et en sacrifiant seulement des détails secondaires, cela nous paraît tout ensemble légitime et possible, mais que l’on commence par reconnaitre qu'il y a là deux récits distincts et qu'un seul et même auteur n'aurait jamais raconté les choses de deux manières si différentes.

90 (rédéon.

Si l’histoire du quatrième juge s'explique par la supposition de deux sources, celle du cinquième, Gédéon, en exige trois Déjà Wellhausen et M. Reuss en ont reconnu deux : l’une qui place la bataille contre les Madianites à l’ouest, et l’autre à l’est du Jourdain. Bertheau, de son côté, a constaté que la bataille à l’ouest du Jourdain est racontée elle-même d’après deux sources différentes (VII, 19 ss.). Il y en a donc trois, qui ne sont autres que nos deux jéhovistes et le second élohiste.

Le second jéhoviste se reconnaît facilement à ses formules habituelles (VI, 1-7 ; VIIL, 28), le premier à l'apparition de l’ange de Jéhovah (VI, 11 ss. ; cf. IT, 1-5), et le second élohiste à l’emploi fréquent du nom ÆElohim dans ce récit et dans l'histoire

38 C. BRUSTON

d’'Abimélek, fils de Gédéon (chap. IX), qui en est la suite et qui ne peut être attribuée qu’à cet auteur (VI, 20, 36-40 ; VIT, 14 ; VIIL, 3; IX, 7, 29, 56, 57. C£. aussi v. 18: mé, servante). Le songe (VII, 9-15) ne peut guère non plus provenir que de luif. Mais ce qui me paraît surtout étonnant, c’est qu’on n’ait pas encore reconnu le second élohiste dans l’histoire d’Abimélek. Cela provient sans doute de ce qu’on lui attribue, dans le Pentateuque et le livre de Josué, un si grand nombre de récits où se trouve le nom de Jéhovah qu’il n’y a plus, en effet, aucune raison de lui attribuer ceux qui se distinguent par celui d’Elohim. Pour nous, qui croyons que le second élohiste disait toujours Elohim et qui ne lui avons attribué jusqu'ici que des textes où ne se trouve pas le nom de Jéhovah, nous ne pouvons hésiter à le reconnaître dans les chapitres VI (v. 36-40), VII (v. 9-15) et IX.

Ces trois sources se voient clairement l’une à côté de l’autre au chapitre VI. Les formules habituelles montrent que les dix premiers versets sont du second jéhoviste. L'apparition de l'ange de Jéhovah à Gédéon montre que ce qui suit est du premier jéhoviste, au moins en grande partie ; et comme les versets 11-24 et 25-35 racontent également la construction d’un autel à Jéhovah par Gédéon, il est clair qu'ils sont parallèles et que ces derniers sont de nouveau du second jéhoviste; ce qui est confirmé par la mention de Baal et de l’Ashéra. Enfin les derniers versets (36-40), qui interrompent d’une manière si étonnante le fil du récit, sont, nous l’avons déjà dit, caractérisés par la répétition du mot Elohîm et appartiennent au second élohiste.

Dans les chapitres VIT et VIII le double récit de la défaite des Madianites suppose au moins deux sources différentes. D’après l’une, les deux chefs de Madian se nommaient Oreb et Zeeb, et ils furent battus en deçà du Jourdain (chap. VII-VIIL, 3); d’après l’autre, les deux rois de Madian se nommaient Zèbakh et Tsalmounna ; ils furent surpris et battus par Gédéon fort loin au delà du Jourdain (VIIL, 4-21). L'image de la vendange

! On sait que tous les récits de songes dans la Genèse appartiennent à ce document.

LEÉS DEUX JÉHOVISTES 99

et du grappillage (VIIT, 2) montre bien que la défaite des Madianites est complète à la fin du premier récit. Et ce qui prouve que, d’après l’autre, Gédéon allait bien, dès le début, attaquer les Madianites au delà du Jourdain, c’est 1° qu’il ordonne aux timides de se détourner de la montagne de Galaad (VII, 3); 20 qu'après le passage du Jourdain par sa petite armée les habitants de Succôth et de Penouel, doutant du succès de son entreprise, lui refusent du pain pour ses soldats (VIII, 4 ss.) ; 3: enfin, qu'il tombe sur les ennemis à l’improviste (VII, 11) : 1l est bien évident que s'ils avaient été battus précédemment, ils n’auraient pas été surpris en pleine sécurité.

L'existence de trois sources étant ainsi bien établie, essayons de reconstituer le récit de chacune sous sa forme primitive.

Dégageons d’abord le récit du second jéhoviste :

Les enfants d'Israël firent ce qui est mal aux yeux de l'Eternel, qui les livra à Madian pendant sept ans. Description des invasions des peuples orientaux. Zls crièrent à l'Eternel, qui leur envoya un prophète pour leur reprocher d’avoir adoré les dieux des Amorrhéens (VI, 1-10). La nuit suivante Jéhovah ordonne à Gédéon de démolir l'autel de Baal, de couper l’ashère (arbre sacré) qui le dominait, et de construire un autel à Jéhovah (v. 25-32). Là-dessus, les Orientaux font invasion dans la plaine de Jizreel ; Gédéon convoque son clan et envoie des messagers tout à l’entour (v. 33-35).— Le récit de la défaite des Madianites est très difficile à reconstituer sûrement, parce qu’il est intimement mêlé à celui du second élohiste (VII, 15-29) ; mais il est clair, en tout cas, qu’ils furent battus dans la plaine de Jizreel. — Tous les Israélites des tribus du nord poursuivirent les Madianites (v. 23) et rapportèrent à Gédéon les têtes d'Oreb et de Zeeb, d’au delà du Jourdain (v. 25b). Ainsi Madian fut abaissé et le pays fut en repos pendant 40 ans (VIIT, 28).

Le début du récit du premier jéhoviste manque, mais il est facile de le restituer, d’après ila suite (cf. VIII, 18 s.). Il racontait que les Madianites, sous la conduite de leurs deux rois, Zèbakh et Tsalmounna, avaient fait un massacre au Tabor et tué les propres frères de Gédéon, puis s’étaient retirés au delà du Jourdain. — L'ange de l'Eternel apparaît à Gédéon, qui lui

40 C. BRUSTON

demande : Pourquoi tout cela nous est-il arrivé ? (VI, 11-14 &.) Jéhovah lui ordonne d’aller battre les Madianites. Gédéon lui offre un sacrifice et lui construit un autel (v. 16-19, 21-24). — Cet autel est naturellement identique à celui du récit précédent. — Puis il rassemble une grande armée (v. 34, 35) et se meten marche (VII, 1a). Mais de peur qu’Israël ne se glorifie! d’avoir remporté la victoire par sa propre force, Jéhovah ordonne à Gédéon d'inviter tous ceux qui ont peur à se détourner de la montagne de Galaad ; la plupart s’en vont, le reste est réduit à 300 par une épreuve aussi connue que difficile à bien comprendre (v. 2-7). Ils passent le Jourdain ; les gens de Succôth et de Penouel refusent de leur donner du pain. Malgré cela, Gédéon poursuit sa route et surprend les deux rois madianites ; à son retour, il punit les habitants des deux villages qui lui avaient refusé du pain et tue Zèbakh et Tsalmounna (VII, 4-21). On veut le faire roi, mais il refuse ; il demande seulement les anneaux d’or du butin, dont il fit un éphod, qui fut un piège (cf. Il, 8) pour lui et sa maison (v. 22-27).

Le récit du second élohiste est plus difficile à reconstituer, tant il est intimement mêlé aux deux autres. Comme le premier jéhoviste, il racontait une apparition de l’ange de Dieu à Gédéon ; mais, comme le second, il plaçait la défaite des Madianites dans la plaine de Jizreel et nommait leurs deux chefs Oreb et Zeeb.|L’ange de Dieu (cf. VI, 20) apparaît à Gédéon] et lui ordonne de délivrer Israël. Gédéon objecte la faiblesse de son clan et demande un signe (VI, 14 8-15, 17 b,20). — Le miracle est raconté d’après le premier jéhoviste. — Gédéon demande et obtient un second miracle (v. 36-40). [Il marche contre tes Madianites. | Il descend pendant la nuit près du camp ennemi et entend un soldat madianite raconter un songe prophétique (VIF, 40-14). Il revient au camp, donneses ordres pour lPattaque et disperse les ennemis (v. 15-22 en partie). Les gens de la montagne d’Ephraim avertis descendent au Jourdain et tuent les deux chefs, Oreb et Zeeb, qui fuyaient (v. 24, 95 a). Les Ephraïmites reprochent à (Gédéon de ne les avoir pas convoqués dès le début ; mais il sait les calmer par une habile flatterie (VII, 1-3).

1 Cf. Ex. VII, 5 (Premier jéhoviste).

LES DEUX JÉHOVISTES 2 À

Les versets 29-32 sont à la fois la conclusion de l'histoire de Gédéon et la transition à celle de son fils (chap. IX), qui appartient certainement, comme nous l’avons dit, au second élohiste {.

Nous faisons observer encore une fois (ce sera la dernière) que chacun de ces récits peut avoir sa part de vérité historique ; mais ce sont certainement trois récits parallèles et distincts.

La notice relative aux deux juges suivants (X, 1-5) provient du second jéhoviste, comme l’indiquent les chiffres qui s’y trouvent. Il en est de même de XII, 8-15, pour la même raison. — Seulement, comme le second jéhoviste n’a pas parlé d’Abimélek, 1l faut supposer que les mots « après Abimélek » (X, 1) sont du compilateur. — On aura plus loin la preuve que tous ces chiffres appartiennent bien au même document.

90 Jephté.

L'histoire de Jephté provient de deux sources, jéhovistes Pune et l’autre. En effet, Jephté est représenté tantôt comme un exilé rappelé par ses compatriotes pour les commander dans la guerre contre les Ammonites (XI, 3 ss.), tantôt comme ayant une maison et une fille à Mitspa de Galaad (v. 34). — Au chapitre X, le verset 17 fait double emploi avec les versets 7-9 et avec XI, 4; et le verset 18, avec XI, 1-11. Au chapitre XI, la première partie du verset À fait aussi double emploi avec la seconde. — Le verset 29 du même chapitre est incompréhensible dans le contexte : Jephté ne peut venir à Mitspa où il se trouvait déjà (cf. v. 11). Enfin la querelle et le massacre des Ephraïmites (XIE, 1 ss.) sont bien mal placés, à la suite du sacrifice de la fille de Jephté.

Au début et à la fin, il est facile de reconnaitre le second jéhoviste à ses formules habituelles. Voici son récit:

Les enfants d’Israël abandonnèrent de nouveau l'Eternel, qui les livra aux Ammonites pendant dix-huit ans. Alors ils

1 Cf. VIII, 32 (il mourut dans une heureuse vieillesse) à Gen. XV, 15, qui est aussi du second élohiste. — Les versets 33-35 sont saus doute une addition du rédacteur, d’après le contenu du chapitre IX.

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crièrent à l'Eternel, qui eut pitié d’eux (X, 6-16). Or Galaad avait eu d’une concubine un fils nommé Jephté, que ses frères avaient chassé et qui s'était refugié au pays de Tob. Les anciens de Galaad allèrent lui offrir le commandement de l’armée dans la guerre contre les Ammonites. Jephté l’accepta, à la condition que, s’il était vainqueur, il demeurerait leur chef, ce qui fut convenu devant l'Eternel à Mitspa. Alors il envoie demander au roi des Ammonites pourquoi 1l a envahi son territoire. Nous verrons tout à l’heure quelle fut la réponse du roi des Ammonites et la réplique de Jephté. Inutile de dire que ni l’un ni l’autre ne fut convaincu (XI, 1b-28). Alors Jephté attaque et bat les ennemis (v. 294 [ cf. IL, 10], 324, 33b). Mais les Ephraïmites viennent lui faire une mauvaise querelle; ils sont battus et massacrés aux gués du Jourdain. Et Jephté jugea Israël six ans (XII, 1-7).

Ce récit est complet ; celui du premier jéhoviste ne l’est pas moins, mais il est plus court :

Les Ammonites viennent camper en Galaad; les Israélites se rassemblent à Mitspa et conviennent de prendre pour chef celui qui attaquera le premier les ennemis (X, 17 et 18). Jephté le galaadite, homme vaillant, mais fils d’une courtisane (XI, a), parcourt Galaad et Manassé (pour réunir des soldats?) et va attaquer les Ammonites; avant la bataille il fait le vœu que lon connaît (v. 2968-31). Il bat les Ammonites (v. 32b, 33a). A son retour, sa fille vient à sa rencontre; il déchire ses vêtements, de douleur, mais il accomplit son serment (v. 34-40).

Nous avons ici la preuve, dans le récit du second jéhoviste, que la plupart des chiffres du livre des Juges appartiennent au même document et que ce document est celui qui a raconté dans le livre des Nombres la défaite des Amorrhéens, c’est-àdire notre second jéhoviste. En effet, Jephté dit, dans sa réponse au roi des Ammonites, qu'israël habite depuis trois cents ans le pays situé à l’orient du Jourdain (XI, 26); et les chiffres qui font partie du cadre donnent effectivement un total de trois cent seize ans jusqu’à Jephté!. D'autre part, le

1 8 + 40 + 18 + 80 + 20 + 40 + 7 + 40 + 923 + 929 + 18 — 316. Jug. IT, 8, 11, 14, 30, IV, 3, V, 31, V1, 1, VIIL 28, X, 1-5, 8.

roi des Ammonites se plaint qu'Israël a conquis son territoire lors de la sortie d'Egypte (v. 13), c’est-à-dire qu'il fait allusion à un texte du livre des Nombres que nous avons attribué précédemment au second jéhoviste (XXI, 21 ss.). De même Jephté, dans sa réponse, en rétablissant les faits dénaturés par le roi, rappelle encore d’autres événements dont nous avons aussi attribué le récit au même document : l’envoi de messagers au roi d'Edom (v. 17, cf. Nombr. XX. 14-21), l'envoi de messagers à Sihon, roi des Amorrhéens, la victoire de Jahats et la conquête qui en fut la conséquence (v.19-92, cf. Nombr. XXI, 21 ss.). Les rapports du texte des Juges avec les deux passages des Nombres que nous venons de citer sont si nombreux qu'on ne peut guère douter qu'ils ne soient du même auteur.

Nous devons avouer cependant que le message de Jephté renferme quelques détails qui font allusion à des textes du Pentateuque que nous ne pouvons attribuer au second jéhoviste. C’est d’abord la notice que les Israélites arrivèrent par l’orient sur les bords de l’Arnon (v. 18), ensuite celle relative à Balaq (v. 25). Seulement, nous avons vu plus haut que le rédacteur a quelquefois ajouté dans un texte premier jéhoviste des allusions à quelque texte second Jéhoviste antérieur. Il a pu de même ici insérer dans un récit second jéhoviste des allusions à un texte premier jéhoviste et à l’épisode de Balaam. Ces détails ne se rattachent pas très intimement au récit et peuvent facilement en être détachés. Notre supposition est singulièrement moins hardie que celle de Bertheau et de Wellhausen, qui, supposant que le cadre provient partout du rédacteur et remarquant avec raison que les trois cents ans dont parle Jephté (XI, 26) s’accordent fort bien avec le total des chiffres mentionnés dans le cadre, se croient obligés de considérer les versets 12-28 tout entiers comme une addition du compilateur. Il nous suffit, quant à nous, de supposer ici de légères retouches, analogues à celles qu’on a constatées en plusieurs autres endroits.

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49 Samson.

Un seul fragment de l’histoire de Samson peut être attribué avec certitude au second jéhoviste, c’est le début : Les enfants d'Israël firent encore le mal aux yeux de l'Eternel, et il les livra aux Philistins pendant quarante ans (XIII, 1). Peut-être cet auteur ne parlait-il pas de Samson f.

Le premier jéhoviste devait raconter son histoire plus ou moins longuement, car l’ange qui apparait à ses parents, à sa naissance, est appelé tantôt l’ange de Jéhovah, tantôt l'ange de Dieu. Mais le corps de cette histoire me paraît provenir du second élohiste, car on y remarque, outre le nom d’Elohim (XV, 19; XVI, 28), des expressions familières à cet auteur, comme lappid, torche (XV, 4ss., cf. Gen. XV, 17 ; Ex. XX, 18), et « l'esprit de Dieu se jeta sur lui. »

Il est vrai qu’on y trouve aussi le nom de Jéhovah?, mais cela s'explique quand on pense que le premier jéhoviste racontait aussi une histoire de Samson, à laquelle le compilateur avait emprunté une partie du récit de la naissance du héros: Elohim a pu être changé en Jéhovah, soit par le compilateur, soit plus tard par un copiste. Ce qui me porte à penser qu'il en est ainsi, c’est que le nom de Jéhovah se trouve trois fois dans une locution qui se présente ailleurs avec Elohim, dans un récit second élohiste (C£. XIV,6, 19; XV, 14 à 1 Sam. X, 10; XI, 6; XVIIT, 10). On sait que le même changement a eu lieu dans Gen. XVII, 1. Mais il a eu lieu pour cette locution ellemême dans 1 Sam. X, 6, comme le montrent les textes du même livre et du même récit que nous venons de citer (X, 10; XI, 6; XVII, 10).

Nous considérons donc une partie du chapitre XIIL et les chapitres XIV-XVI du livre des Juges comme provenant du second élohiste, sauf quelques fragments ou quelques modifications de peu d’importance.

1 Le fait est qu’il n’est pas mentionné dans 1 Sam. XII, 11, qui est du même auteur.

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