‹ Les deux JéhovistesChapitre 6 sur 8 · XIV, 46,19; -XV · texte numérisé non relu

XIV, 46,19; -XV

Les deux jéhovistes dans le premier livre de Samuel.

Nous arrivons aux livres de Samuel. Il y a longtemps qu'Eichhorn a établi qu’ils sont le résultat de la combinaison de plusieurs sources. Thenius (1842), M. Reuss, Wellhausen, etc., en distinguent deux principales. [ls ont montré qu’il y a deux récits différents de l'élévation de Saül à la royauté (1 Sam. IX-X, 6 et X, 17-27), de sa rejection (XIII, 8-14 et XV, 10-26), de la venue de David à la cour de Saül (XVI,14-21 et XVII, 55-X VIII, 2), de l’origine du même proverbe (X, 10-12 et XIX, 22-24), de la manière dont David épargna la vie de Saül (XXIV et XX VI) et dont il passa chez les Philistins (XXI, 1146 et XXVII, 1-4), de la mort de Saül (XXXI et 2 Sam. D), des guerres de David (2 Sam. VIIL et X et suivants), etc.

Ils ont reconstitué l’une de ces sources de la manière suivante : À Sam. VIIL, X, 17-27, XI en partie, XII, XV, XVI, etc. Wellhausen a reconnu que cette histoire de Saül est la continuation du chapitre VII, et il relève la ressemblance d’idées qui existe entre ces fragments et ceux du livre des Juges qu’il attribue au compilateur, mais dans lesquels nous avons reconnu le second jéhoviste. C’est dire que nous allons retrouver ici notre second jéhoviste. Et en effet, outre la ressemblance d'idées, nous constatons dans ces chapitres plusieurs expressions que nous avons déjà signalées comme caractéristiques de cet auteur: les Baals et les Ashères (VIE, 3 et 4 ; XII, 10), crier à l'Eternel (VII, 8 et 9; XIT, 8, 10; RONA 18), 122 (VIT, 13).

Nous pensons qu’il faut ajouter aussi à cette série de textes Il, 12-18 et 27-36, qui font double emploi avec Il, 22-25 et avec le chapitre III. La corruption des enfants d'El est décrite deux fois et d’une manière assez différente ; mais surtout la prédiction de l’homme de Dieu (IL, 27-36) est au fond la même que celle de Samuel (chap. III). Nous verrons plus loin qu'il existe un rapport très intime entre cette prédiction et 2 Sam. VIT, qui est aussi du second jéhoviste.

ÂG C. BRUSTON

19 Samuel et Saül d’après le second jéhoviste.

Cet auteur a raconté qu’'Israël était tombé pour quarante ans sous le joug des Philistins (Juges XIIL, 1). Il devait poursuivre son récit en disant qu’à la même époque le sacerdoce, dont le siège était à Silo, fut rejeté par l'Eternel, à cause des péchés des deux fils d'Eli (4 Sam. IT, 12-18; 27-36). IL racontait sans doute ensuite l’accomplissement de la menace de l’homme de Dieu, et la naissance de Samuel; mais cette portion de son récit a dû être supprimée, parce qu'elle n’aurait fait que répéter ce qui avait été déjà ou allait être raconté d’après les deux autres sources.

Quoi qu’il en soit, au bout des quarante ans de la domination philistine, le centre du culte n’est plus à Silo, mais à Mitspa, et c’est Samuel qui y exerce les fonctions sacerdotales. Le peuple d'Israël tout entier se tourne vers Jéhovah en gémissant. Samuel l’exhorte à extirper l’idolâtrie et à servir Jéhovah seul, pour qu’il les délivre des Philistins ; ce qui fut fait. Puis il convoqua tout le peuple à Mitspa : là on répand de l’eau devant Jéhovah, on jeûne et l’on confesse les péchés du peuple. Les Philistins, informés de ce qui se passe, viennent attaquer Israël ; mais Samuel crie à l'Eternel et les Philistins sont défaits. Samuel dresse une pierre sur le champ de bataille et lui donne le nom d’Eben-ézer (pierre du secours). Ainsi les Philistins furent abaissés et ne firent plus d'invasion en Israël pendant toute la vie de Samuel. Description de l’activité de Samuel comme juge (VII, 2 b-17).

Ce qui est dit ici de l’origine du nom d’Eben-ézer prouve que ce fragment provient d’une autre source que les chapitres IV et V, qui mentionnent aussi cette localité ; car si un même auteur avait composé ces deux récits, il n’aurait pas fait mention d’Eben-ézer (IV, 1; V, 1) avant d’avoir raconté l’origine de ce nom.

De même, quand nous rencontrerons plus loin des récits d'invasions de Philistins en Israël et de combats contre eux avant la mort de Samuel, nous en conclurons avec certitude qu’ils

ne sont pas du même auteur que le chapitre VII, puisque, d’après celui-ci, «les Philistins ne revinrent plus sur le territoire d'Israël, pendant toute la vie de Samuel » (VII, 13).

Combien de temps s’écoula-t-il entre le moment où Samuel délivra Israël du joug philistin et celui où les Israélites demandèrent un roi? Notre auteur ne le dit pas. Ce silence est d’autant plus étonnant, au premier abord, que c’est à lui que nous devons presque tous les chiffres du livre des Juges et tout un système chronologique, comme nous le montrerons plus tard, depuis la sortie d'Egypte jusqu’à Salomon. En y réfléchissant, on comprend que s’il ne donne pas de chiffre pour la judicature de Samuel, c’est qu’elle rentre tout entière dans la domination des Philistins et dans le règne de Saül, et que par conséquent la demande des Israélites et l'élection de Saül suivirent de très près la défaite des Philistins.

Et c’est aussi ce que dit très clairement le début du chapitre VIII, si l’on veut bien le traduire correctement et ne pas se laisser égarer par les traductions : « Or comme Samuel était vieux (et non : quand il fut devenu vieux) et qu’il avait établi ses fils juges... et qu’ils ne marchaient pas dans ses voies..., tous les anciens d'Israël s’assemblèrent et vinrent vers Samuel à Rama, » etc. Suit la demande des anciens. Samuel en est affligé et leur fait entrevoir les nombreux inconvénients de la royauté ; mais sur l’ordre de Jéhovah il y consent (chap. VIID) et convoque le peuple à Mitspa. Là, après leur avoir représenté leur ingratitude à l’égard de l'Eternel, il tire au sort, et le sort désigne Saül. Quelques vauriens le méprisent, mais Saül n’y fait pas attention (X, 17-27).

Ici devait se trouver le récit d’un fait d’armes analogue à celui du chapitre XI et dont il reste encore quelques traces (vers. 7b et 8); mais le récit du chapitre XI lui-même ne peut être attribué à notre auteur. Nous verrons tout à l’heure qu’il fait partie intégrante d’une autre source. Quoi qu’il en soit, à la suite d’une victoire remportée par Saül sur les Ammonites, le peuple veut faire un mauvais parti à ceux qui ont méprisé Saül (cf. X, 27), mais Saül s’y oppose ; et à la demande de Samuel tout le peuple va à Guilgal renouveler la royauté (XI, 12-15). Ce renouvel-

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lement de la royauté n’était pas inutile, puisqu’à Mitspa Saül n’avait pas été accepté par tout le peuple.

A cette occasion, Samuel fait un discours au peuple, dans lequel il rappelle les bienfaits de Jéhovah et les infidéhités des Israélites pendant la période des juges (chap. XII); ce qui concorde fort bien avec la manière dont le second jéhoviste a raconté cette période. Les termes mêmes sont semblables : les Israélites oublient l'Eternel leur Dieu, ils servent les Baals et les Astartés, Jéhovah les livre aux mains de leurs ennemis, ils crient à l'Eternel, etc. ; Sisera est appelé le chef de l’armée de Hatsor, comme dans le récit du second jéhoviste, tel que nous l'avons reconstitué; Gédéon est désigné sous le nom de Jeroubbaal, dont le second jéhoviste a seui raconté l’origine (Jug. VI, 32), et Bedân est sans doute une faute de copiste pour Abdôn, dont le mème document nous a seul conservé le nom (Juges XII, 13).

Au bout de deux ans (XIIE, 1)!, Samuel ordonne à Saül d’attaquer Amaleq et de l’exterminer, parce qu'il a été hostile à à Israël lors de la sortie d'Egypte (chap. XV). |

Remarquons encore ici comme cet ordre et ce récitrentrent bien dans le document historique auquel nous avons attribué le récit de la défaite des Amalékites par Josué (Ex. XVII, 8-16) et la promesse, faite à cette occasion par Jéhovah, de la destruction complète de ce peuple (vers. 14-16). Voilà la troisième fois que cet auteur fait allusion à des faits antérieurs, et toujours nous en avions déjà attribué le récit au second jéhoviste, d’une manière indépendante et sans savoir qu’il y ferait allusion plus tard. De telles coïncidences sont bien de nature à confirmer notre division des sources.

Saül bat les Amalékites, mais il épargne leur roi et ce qu’il y avait de meilleur dans le butin. Samuel irrité va le trouver à Guilgal (où il avait été proclamé roi définitivement, XI, 145.) et lui déclare (au lieu même où il avait été proclamé roi) que Jéhovah l’a rejeté; puis il met le roi Agag en pièces devant l'Eternel.

1 Ce chiffre fait partie intégrante du système chronologique du second jéhoviste, comme nous le montrerons plus loin.

Peu après, il remplit sa corne d'huile, sur l’ordre de Jéhovah, et va oindre David à Bethléhem (XVI, 1-13).

Voilà un récit à peu près complet de l’histoire de Samuel et de Saül jusqu’à l’onction de David ; il y manque bien peu de chose. Les idées et le style sont bien les mêmes que dans les portions du livre des Juges que nous avons attribuées au second jéhoviste ; et les allusions de Jephté à des fragments du livre des Nombres, et de Samuel à un récit de l’Exode, que nous avions aussi attribués au second jéhoviste, nous montrent que ce document racontait l’histoire des Hébreux au moins depuis la sortie d'Egypte jusqu’à David.

Nous verrons qu’en réalité il remontait plus haut et descendait plus bas, mais il nous faut auparavant étudier les chapitres du premier livre de Samuel que nous avons provisoirement laissés de côté.

20 Samuel et Saul d’après le premier jéhoviste

et Le second élohiste.

Dans ces chapitres nous remarquons deux groupes, dont l’un se distingue par l’emploi constant du nom de Jéhovah (c’est l’histoire de l’enfance de Samuel, chap. I-IIT), et l’autre par l’emploi non moins constant du nom d’Elohîim (c’est le second récit de l'avènement de Saül, chapitres IX-XI, 11. Il faut en retrancher naturellement les fragments que nous avons attribués au second jéhoviste). Le premier (I-If, 11, 19-96 et chap. IIT) appartient, suivant toute vraisemblance, au premier jéhoviste. Quant au second, j'ai quelque peine à me figurer qu’on n’y ait pas reconnu depuis longtemps le second élohiste. Le nom distinctif ÆElohim y est pourtant assez fréquent. Il est vrai que celui de Jéhovah s'y lit aussi quelquefois (IX, 15-17 ; X, 1), mais dans des fragments qui rentrent si mal dans le récit principal qu'il serait facile de reconnaitre leur origine étrangère quand

11X,9, 27; X, 8, 5, 7, 9, 10; XI, 6. Cf. aussi X, 7 à Jug. IX, 83: Fais ce que ta main trouvera.

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même l'emploi de ce nom divin ne les signalerait pas à notre attention. :

Ce second récit de l’avènement de Saül à la royauté se compose en réalité des fragments suivants : IX, 1-14, 18-27; X, 2-7, 9-16; XI, 1-11 :

Saül, à la recherche des ânesses de son père, va trouver Samuel, qui l'envoie à Guibeat-Elohim (coteau de Dieu), où dans la compagnie des prophètes il est saisi par l'esprit de Dieu ; puis il rentre chez lui, mais il ne dit rien à sa famille. Peu après, les gens de Jabès de Galaad assiégés par les Ammonites envoient demander du secours aux Israélites de l'ouest du Jourdain. Leurs messagers arrivent à Guibea de Saül. Saül, qui revenait des champs, accomplit (comme un prophète) une action symbolique, qui a pour effet de rassembler autour de lui une armée, avec laquelle il délivre la ville de Jabès.

Tout ce récit ne présente que deux fois Jéhovah (X, 6 et XI, 7), tandis qu’on y lit huit fois Elohim ; et la comparaison de X, 10, XI, 6 et XVIII, 10 montre clairement que dans le premier de ces deux passages le texte primitif devait porter Elohîm. Quant au second, nous avons dit plus haut qu’il peut provenir du récit second jéhoviste du même événement ; ou bien on peut admettre une seconde erreur de copiste. Quoi qu'il en soit, les signes du second élohiste sont si nombreux, non seulement dans ce récit, mais aussi dans les chapitres XIIT et XIV, et ailleurs encore, que nous n’hésitons pas à le lui attribuer.

Il en résulte que le récit de la prise et de la restitution de l'arche par les Philistins (chap. IV-VIT, 1), où ces deux noms divins alternent fréquemment, doit provenir de la combinaison du second élohiste avec un jéhoviste, probablement avec le premier. Nous ne voulons pas essayer ici la distinction de ces deux récits, qui offre les plus grandes difficultés; nous nous bornons à constater qu’ils racontaient l’un et l’autre à peu près la même chose, que, d’après l’un et l’autre, l'arche fut établie à Guibea, après qu’elle eut été rendue par les Philistins, car c’est un texte jéhoviste qui nous le dit (VII, 1), et nous

21X, 18. Lisez 9192; à la maison, au lieu de 7/27 au haut lieu.

avons vu que, dans le récit second élohiste de l'avènement de Saül, le centre du culte est en effet à Guibeat-Elohîim (au coteau de Dieu) (X, 5, 10) 1.

Mais le premier jéhoviste raconte, lui aussi, comment Saül parvint à la royauté, et son récit tranche tellement sur celui du second élohiste, dans lequel il est dispersé, qu’il est étonnant qu'on ne l'ait pas clairement aperçu. Il y manque quelque chose au début, mais il est facile d’en restituer le sens d’après IX, 15-17. Le voici :

Vingt ans après la restitution de l’arche [les Israélites sont de nouveau attaqués par les Philistins] (VII, 2 a). L’Eternel révèle à Samuel que le lendémain un homme du pays de Benjamin viendra vers lui, et il lui ordonne de l’oindre pour chef sur son peuple. C'est lui qui délivrera le peuple de l'Eternel de la main des Philistins. Quand Samuel voit Saül, l'Eternel lui fait connaître que c’est l’homme dont il lui a parlé (IX, 15-17, excepté « un jour avant que Saül vint, » qui doit être une addition du compilateur). Samuel prend la fiole d'huile, oint Saül pour chef (X, 1) et lui ordonne de descendre à Guilgal et de attendre là pendant sept jours, jusqu’à ce qu'il vienne offrir des sacrifices, et lui dire ce qu’il doit faire (v. 8).

S'1l y a quelque chose de clair au monde, c’est que la portion du chap. XII où nous voyons Saül à Guilgal, attendant Samuel pendant sept jours, puis se décidant à offrir les sacrifices parce que les Philistins se rassemblent à Micmas, et où Samuel, survenant tout à coup, lui déclare qu'il a agi d’une manière insensée, que Jéhovah établit à sa place un homme selon son cœur pour être chef sur son peuple (XIII, 5-14), est la conti- nuation des fragments des chap. IX et X que nous venons de résumer.

Seulement, pour pouvoir combiner ce récit avec celui du second élohiste, qui raconte aussi une victoire de Saül sur les Philistins, le compilateur a été obligé d'apporter quelques légères modifications au texte du premier jéhoviste. D'abord il a réservé pour le chap. XIII la description de l’attaque des Phi-

1Ilen résulte que ce Guibea estidentique au Mitspa du second jéhoviste. À peu près comme Genabum-Orléans.

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listins (v. 5-7 a) qui devait, chez cet auteur, motiver le choix de Saül (cf. IX, 15-17). Ensuite le premier jéhoviste, à la suite de X, 8, devait nécessairement dire que Saül descendit à Guilgal, comme Samuel le lui avait commandé; et il n’y descendit pas seul évidemment. Pourquoi ces sept jours d’attente, qui paraissent arbitraires dans le texte actuel? C’est qu’il fallait donner au peuple, aux guerriers le temps de se réunir auprès de Saül à Guilgal, avant d'offrir les sacrifices et de marcher à l’ennemi. Je crois donc qu’à la suite de l’ordre de Samuel (X, 1 et 8) devait venir immédiatement XIIT, 4 b et 7 5-14: « Et le peuple fut convoqué à suivre Saül à Guilgal ; et tout le peuple le suivit avec empressement !. Et il attendit sept jours, » etc.

Voici donc, en résumé, le récit premier jéhoviste de l'élection de Saül, suivie de sa rejection immédiate :

Vingt ans après la restitution de l’arche (VIT, 2 a), les Philistins, nombreux comme le sable qui est au bord de la mer, viennent camper à Micmas, devant ? Beth-aven ; les Israélites fuient épouvantés (XIII, 5 et 6). Mais l'Eternel ordonne à Samuel d’oindre Saül (IX, 15-17). Samuel obéit et dit à Saül de descendre à Guilgal et de l’attendre sept jours (X, 1 et 8). Le peuple, convoqué, y descend à sa suite. On attend sept jours, mais voyant que le peuple se disperse, Saül offre l’holocauste. Samuel arrive et lui dit : Qu'as-tu fait ?.. Saül essaie de se justifier, mais Samuel lui déclare que Jéhovah a choisi à sa place un homme selon son cœur, et il s’en va (XII, 4 b, 7 5-45 «).

Après le départ de Samuel, Saül attaque les Philistins et les met en déroute. Mais cette victoire étant racontée aussi par le second élohiste, le compilateur a réuni les deux récits en un seul.

L'existence de deux sources différentes dans les chap. XIII et XIV résulte de l’alternance des deux noms divins et du fait

1 Et non tremblait derrière lui !.. cf. XVI, 4; XXI, 2; Osée XI, 10 et 11, Cf. IT, 5. Les mots « Et Saül était encore à Guilgal » (v. 7) sont une addition du compilateur ou une modification du texte du premier jéhoviste qui pouvait porter : Et Saül descendit à Guilgal.

? CF. Gen. IT, 14; LV, 16 (premier jéhov.).

3 Cf. Gen. IV, 10; III, 13 (premier jéhov.).

qu’à la suite de la victoire une faute du peuple est racontée avec le nom de Jéhovah et une faute de Jonathan avec le nom d'Elohim. Observons aussi que le poste des Philistins battus par Jonathan est appelé d’abord 2$3 (XII, 3, 4), puis 2XA (v. 93, XIV, 1-15) et que les deux épisodes racontés dans ces deux textes n’en font qu’un en réalité 1.

Comme nous avons attribué les v. 4 b-15 + du chap. XIII au premier jJéhoviste, il en résulte que les versets précédents (2-4 a) sont du second élohiste. Et en effet ils se rattachent fort bien au récit de la délivrance de Jabès de Galaad (XI, 1-11). À la suite de ce brillant fait d'armes, Saül choisit trois mille hommes parmi ceux qui l’avaient accompagné et renvoya le reste. Il s'établit avec deux mille à Micmas et dans la montagne de Béthel, et Jonathan avec mille à Guibea de Benjamin. Jonathan bat le poste (27X5) philistin de Guèba. Saül convoque les Hébreux à son de trompe ; mais les Hébreux effrayés fuient au delà du Jourdain (XIIL, 2-4 a, 7 a).

Nous voyons par là que Saül et Jonathan avaient avec eux trois mille hommes; nous laissons donc au jéhoviste un texte qui ne parle que de six cents hommes réunis autour de Saül (v. 15) ; mais les versets suivants (16-22) où Saül et Jonathan sont à Guèba, c’est-à-dire à l'endroit même où Jonathan a battu les Philistins et où il est encore question des Hébreux, doivent être du second élohiste. — Nous laissons de nouveau Pépisode de la défaite du poste philistin par Jonathan et son écuyer (XIII, 23-XIV, 17), comme parallèle et identique au fait d'armes raconté au début par le second élohiste (XIIL, 3), et nous trouvons immédiatement après des textes caractérisés par l’emploi fréquent d’Elohim (XIV, 18-22, 24-31, 36-46) et où le prêtre Akhiyah joue un grand rôle. Nous en concluons que le v.3 à, qui parle aussi de ce personnage, provient essentiellement du second élohiste, et nous reconstituons ainsi son récit de la victoire sur les Philistins : XIII, 2-4 a, 7 a, 16-22; XIV, 3 a, 18-22 (sauf 20 a), 24 b-31 a, 36-46.

1 Cela est d'autant plus évident que le second est appelé la première défaite que Jonathan infligea aux Philistins (XIV, 14). — Disons cependant que le premier de ces mots peut aussi se traduire par préfet.

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Jonathan bat le poste des Philistins à Guèba. Saül fait proclamer la chose à son de trompe, mais les Hébreux s'enfuient au delà du Jourdain. Les Philistins ravagent la contrée. Les Hébreux étaient sans armes. Akhiyah, fils d’Ahitoub, portait alors léphod. Saül lui ordonne de faire avancer l’arche de Dieu ; mais au moment où il allait le faire, un tumulte s'élève dans le camp des Philistins, qui sont mis en fuite par les Hébreux. Saül maudit quiconque mangera quoi que ce soit jusqu’au soir ; Jonathan, qui ne l’avait pas entendu, goûte un peu de miel en traversant la forêt, et quand il apprend la défense qui a été faite, blâme son père. Les Philistins furent battus de Micmas jusqu’à Ayalon. Saül propose de les poursuivre pendant la nuit; mais, sur la demande du prêtre, on interroge Dieu, qui ne répond pas. On tire au sort pour savoir qui a péché ; Jonathan est désigné, mais le peuple s'oppose à ce qu'il soit mis à mort !.

Voici maintenant le récit parallèle du premier jéhoviste : XIIL, 45 b, 28; XIV, 1, 2, 3 b-17, 20 a, 93, 24 a, 311 b-35%

Après le départ de Samuel, Saül passe en revue ses guerriers, qui étaient au nombre d'environ six cents (tandis qu'il en avait trois mille d’après l’autre source) et se dirige vers un poste de Philistins, vers le défilé de Micmas. Jonathan et son écuyer y jettent l’épouvante. L'absence de ces deux guerriers est remarquée ; tout le peuple s’élance à l’ennemi; Jéhovah délivra Israël en ce jour-là, et l’on poursuivit les Philistins jusqu’au delà de Beth-aven (vers le nord; tandis que, d’après l’autre source, on les poursuivit jusqu’à Ayalon, à l’ouest). Le peuple, fatigué, tua du bétail et mangea la viande avec le sang. Saül s'opposa à ce péché contre Jéhovah et construisit avec une grande pierre un autel à Jéhovah, pareil à ceux dont il est question dans le Dodécalogue (Ex. XX, 25), c’est-à-dire dans un texte de loi unique et que nous avons attribué précédemment au premier Jéhoviste.

Le résumé du règne de Saül, qui vient à la suite de la défaite des Philistins (XIV, 47-52) et qui lui attribue des victoires sur

1 Le nom de Jéhovah, aux v. 3,39, 41 et 45, doit provenir de légères additions du compilateur.

tous les peuples voisins et même sur les rois de Tsoba, est certainement aussi du second élohiste. Les derniers mots : « Tout homme fort et vaillant que Saül voyait, il le prenait près de lui, » ont évidemment pour but de préparer un nouveau récit, celui de la venue de David à la cour de Saül.

30 Saül et David d’après les trois sources.

La venue de David à la cour de Saül est racontée aussi de deux manières fort différentes. D’après la première, Saül, agité par un mauvais esprit de Jéhovah ou de Dieu, ordonna de chercher quelqu'un qui sût bien jouer de la harpe; on lui amena David, homme de guerre, parlant bien, etc. ; Saül l’aima beaucoup et David devint son écuyer (XVI, 14-23). D’après le récit qui vient à la suite de celui-ci, au contraire, David vient un jour apporter des provisions à ses frères, qui combattaient dans l’armée de Saül contre les Philistins ; là il entend dire que le roi donnera sa fille à celui qui tuera Goliat. Il offre de se mesurer avec le Philistin. Saul informé mande ce jeune homme auprès de lui. David tue Goliat et apporte sa tête à Jérusalem. Or à ce moment-là Saül ignorait encore qui était ce jeune homme. Il le demande à Abner, qui ne le sait pas davantage. Abner l’amène au roi. Jonathan et David se lient d’une étroite amitié. (XVII, 12 - XVIIL, 5.) Ces deux récits proviennent manifestement de deux sources différentes.

Mais le premier lui-même provient de deux sources, dont l’une dit Elohim et l’autre Jéhovah. Nous avons vu que le dernier verset du chapitre XIV (second élohiste) a pour but de préparer le récit de la venue de David à la cour de Saül. Quand nous rencontrons un peu plus loin plusieurs fois le nom d’Elohîm dans un récit de l’entrée de David au service de Saül, il est donc tout naturel d’en attribuer une partie au second élohiste, quoique la division ne puisse pas être faite, du moins au début, avec certitude. D'autant plus que divers détails du récit du combat avec Goliat se concilient difficilement avec le récit principal, qui appartient clairement à l’un des deux jéhovistes.

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Voici comment le récit du second élohiste nous paraît devoir être reconstitué : XVI, 15-93 en partie ; XVII, 1-11, 16, 32, 48, 50a, 516-53 ; XVIII, 6-11 ; XXI, 11-16 ; XXII, 3, 4; XXIIT, 14:

Saül, agité par un mauvais esprit de Dieu, fait chercher quelqu'un qui sache jouer de la harpe. On lui amène David, fils d’'Isaï, qui était aussi un vaillant homme de guerre. Quand l'esprit de Dieu était sur Saül, David prenait sa harpe et Saül était soulagé. — Les Philistins attaquent Israël ; Goliat s’avance et provoque les Israélites ; Saül et tout Israël tremblent. Mais David dit à Saül : Qu'on n’ait pas peur de lui. Il court à la rencontre du Philistin et le tue. Les Philistins fuient ei sont poursuivis jusqu'aux portes d’Ekron. Au retour de l’armée, les femmes vont à sa rencontre en chantant : « Saül a tué ses mille et David ses dix mille. » Saül en est irrité. Le lendemain, le mauvais esprit de Dieu s’élance sur lui (XVIIT, 10; cf. X, 6, 40 ; XI, 6); il essaie deux fois de tuer avec sa lance David qui joue de la harpe pour le calmer, mais celui-ci évite le coup, et s'enfuit vers Akis, roi de Gath. — Le fragment XXI, 11-16, est la suite naturelle de XVII, 6-11, auquel il fait allusion. — Chassé par le roi de Gath, David va demander asile pour son père et sa mère au roi de Moab, jusqu’à ce qu'il sache ce que Dieu fera pour lui. Et David demeura au désert; Saül le chercha toute sa vie, mais Dieu ne le livra pas à son pouvoir.

Voilà un récit complet et parfaitement cohérent de l’histoire de David depuis le moment où il entre au service de Saül jusqu’à sa fuite et au delà.

Le second récit (jéhoviste) de l’entrée de David au service de Saül, celui que nous renonçons à dégager nettement du récit second élohiste, mais qui s’en distingue clairement par l'emploi assez fréquent du nom de Jéhovah (XVI, 14-22), est manifestement la continuation du récit second jéhoviste de l’onction de David par Samuel après sa rupture avec Saül à l’occasion de la guerre contre les Amalékites (XVI, 1-13) : |

Après ces événements, l’esprit de Jéhovah se détourna de Saül et un mauvais esprit envoyé par Jéhovah le remplit d’épouvante. Saül ordonne qu’on lui amène un homme jouant bien (de la harpe). On lui amène David (XVI, 14, 17, 2 et 22).

Le second récit (jéhoviste également) de la défaite de Goliat,

au contraire, ne peut en aucune façon être attribué au second jéhoviste, pour bien des raisons, mais en particulier parce qu'il considère David comme le plus jeune de quatre frères (XVII, 13 et 14), tandis que le second jéhoviste a dit précédemment que David était le dernier des huit fils d’Isaï (XVI, 9-19). Le compilateur a essayé naturellement de voiler cette divergence en ajoutant, au chapitre XVII (v. 12), qu'Isaï avait huit fils ; mais il n’est pas parvenu à la cacher.

Nous laissons donc ce récit pour le premier jéhoviste et nous trouvons la continuation du document second jéhoviste au chapitre XVIII, versets 12-30 : Après avoir ainsi fait venir David à sa cour, Saül a bientôt peur de lui, parce que Jéhovah est avec lui, tandis qu'il s’est retiré de Saül. (v. 12; ct. XVI, 14, 18.) Pour l’éloigner de lai, il établit chef de mille. David réussit dans toutes ses entreprises et Jéhovah est avec lui. Pour se débarrasser de lui, Saül lui offre successivement ses deux filles, à la condition qu’il fera la guerre aux Philistins et dans l’espoir qu’il y périra. La première est donnée à un autre, mais il obtient la seconde, Mical, après avoir tué deux cents Philistins ; et Saül voit que Jéhovah est avec David.

Le chapitre XIX est la continuation naturelle de ce récit: Saül parle de faire mourir David ; mais son fils Jonathan, qui l’aimait beaucoup. le prévint et le défendit auprès de son père, qui jura par Jéhovah de ne pas le mettre à mort. Mais à la suite d’une victoire remportée par David sur les Philistins, le mauvais esprit de Jéhovah saisit Saül : il cherche à tuer David avec sa lance pendant qu’il joue (de la harpe) devant lui. David s'enfuit.

Mical facilite sa fuite. Il se retire auprès de Samuel à Rama. Ils vont ensemble à Nâyôth, près de Rama, où il y avait une école de prophètes. Saül y envoie par trois fois des hommes chargés de prendre David, mais l'esprit de Dieu les saisit. Il y va lui-même, l'esprit de Dieu le saisit aussi. De là le proverbe : Saül est-il aussi parmi les prophètes ? auquel le second élohiste a déjà donné une origine un peu différente (X, 12), de sorte que l’emploi accidentel du nom d’Elohim (XIX, 21, 3) ne prouve rien en faveur de cet auteur. — La mention de Mical montre que le chapitre XIX est la suite de XVIII, 17-30 ; et il

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est tout naturel, dans le second jéhoviste, que David se réfugie auprès du prophète qui l'avait oint roi (Chap. XVI).

D’après cet auteur, David resta près de Samuel jusqu’à la mort de celui-ci; puis il descendit au désert de Paran (XX V, 1).

Voilà encore un récit parfaitement cohérent et complet de l’histoire de David pour la même période.

Après avoir ainsi reconstitué ces deux récits, celui du second élohiste et celui du second jéhoviste, nous n’avons qu’à résumer les fragments qui restent et à montrer qu'ils forment, eux aussi, un récit cohérent ; ce sera nécessairement celui du premier jéhoviste. Il y manque probablement quelque chose au début, parce que, s’il amène David en présence de Saül d’une tout autre façon que le second élohiste et le second jéhoviste, il raconte, comme le premier de ces deux auteurs, le duel de David et de Goliat. Après avoir raconté l’un et l’autre la défaite des Philistins à Micmas (chap. XIII et XIV), ils racontaient aussi l'un et l’autre leur défaite près de Jérusalem (chap. XVIT. Vaincus vers le nord, les Philistins essayèrent sans doute de prendre leur revanche en attaquant Saül par le sud. Le second élohiste racontant donc ici essentiellement la même chose que premier jéhoviste, le compilateur a dû omettre le début du récit de ce dernier et y introduire quelques modifications destinées à le fondre en quelque mesure avec les deux autres sources.

[Les Philistins, d’après le premier jéhoviste, étaient donc venus attaquer les Israélites dans le voisinage de Jérusalem.] Le père de David l’envoie porter des provisions à ses trois frères qui sont dans l’armée de Saül. Pendant qu'il est là, Goliat s’avance. David entend dire que le roi donnera sa fille à celui qui le vaincra. Il s'exprime de telle façon au sujet du Philistin que Saül désire le voir. Il le revêt de ses armes, mais David s’en dépouille et va à la rencontre de Goliat avec sa fronde ; il le frappe au front, lui coupe la tête, l’apporte à Jérusalem et met ses armes (non dans sa tente (v. 54) ; il n’en avait pas, mais) dans le Tabernacle (où nous les trouverons plus loin Cf. XXI, 10): XVII, 12-141, 17-31, 33, 37-49, 51a, 54.

1 Je considère comme des additions « celui-ci, » « il avait huit fils »

(v. 12), verset 13b et 15. — Au v. 54 je retranche le suffixe du mot qui signifie tente ou tabernacle.

Saül ignorait encore qui était David. A son retour, Abner le présente au roi. Jonathan s’éprend d’une vive amitié pour David et traite alliance avec lui; et Saül l’établit sur les hommes de guerre : XVII, 55-58 ; XVIII, 1-5. |

Qui ne voit que XVIII, 1-4 (affection de Jonathan pour David) et XVIII, 5 (Saül établit David chef des gens de guerre) sont parallèles aux textes où le second jéhoviste dit la même chose (XIX, 1; XVIIL, 13-16)? Comment David aurait-il pu être établi chef de mille hommes seulement (XVIII, 13) s’il avait été déjà institué chef des gens de guerre en général (v. 5)?

De même, le chapitre XX, qui raconte la fuite de David, est manifestement parallèle au chapitre XIX, où le second jéhoviste, et à XVIII, 6-11, où le second élohiste racontent la même chose. Seulement, pour que David püt s’enfuir une seconde, ou plutôt une troisième fois, il a fallu ajouter au début du chapitre XX qu'il avait quitté l'endroit où il s’était réfugié, d’après le second jéhoviste (cf. chap. XIX). Et pourquoi s’enfuit-il de Nâyôth, où il n’a rien à craindre et où il se trouve encore au moment de la mort de Samuel (XXV, 1)? Pour revenir dans le voisinage de Saül se plaindre à Jonathan des desseins meurtriers de son père !... Mais à part le début du verset 1, tout le reste du chapitre est certainement du premier jéhoviste, : puisque les deux autres sources ont déjà leur récit de la fuite de David.

A la suite de XVII, 1-5, cet auteur devait raconter que Saül donna sa fille à David, puisqu'il l'avait promis (cf. XVII, 25), et dire que Saül ne tarda pas à devenir jaloux de sa popularité et de ses succès. Peut-être les v. 27 b-29 du chap. XVIII pro- viennent-ils autant de lui que du second jéhoviste. En tout cas, au chap. XX le premier jéhoviste raconte la fuite de David.

Dans sa fuite David passe à Nob (?), où se trouvait l’arche, et le sacrificateur Akhimélek (identique à l’Akhivah du second élohiste {chap. XIV), lui donne du pain et l’épée de Goliat (XXI, 4-10), que David, on s’en souvient, avait déposée dans le Tabernacle (cf. XVII, 54). Ces deux textes appartiennent donc bien au même document.

. Mais comment l’arche se trouvait-elle à Nob (au nord de Jérusalem), puisqu'elle avait été rapportée à Guibea, d’après

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notre auteur (VII, 1) aussi bien que d’après le second élohiste (X, 5, 10), et puisque c’est de Guibea que David la transportera plus tard à Jérusalem (2 Sam. VI, 3)? Faut-il croire que dans deux passages perdus il était dit qu’elle avait été transportée à Nob sur l’ordre de Saül, puis de nouveau à Guibea ? Quelle supposition invraisemblable ! Et puis, pourquoi cette double translation, et en si peu de temps”? Le fragment XXI, 1-10 proviendrait-1l d’une autre source ? Mais tout indique qu'il est la continuation du chap. XX et du récit jéhoviste de la défaite de Goliat. Je ne vois qu’un moyen de résoudre la difficulté, c’est d'admettre que le texte primitif portait Guibea où Guèba au lieu de Nob (dans XXI, 1 et dans XXII, 9, 11, 19). La différence entre les deux noms n’est pas très grande, et le texte des livres de Samuel est si altéré qu’une telle correction n’a rien d’invraisemblable. Faisons observer aussi qu’un des frères de David est appelé tantôt Shamma (1 Sam. XVI, 9; XVIL, 13, tantôt Shimea (2 Sam. XIIL, 3, 32) et que la ville de Bala est identique à Baala (Jos. XIX, 3). On voit par là que le ain a pu disparaître ; quant au À, il a pu facilement être confondu avec un j.

En quittant le prêtre Akhimélek David se rendit à lacaverne(?} ou plutôt à la forteresse d’Adoullam (cf. v. 5); ses parents et toute sorte de gens sans aveu l'y rejoignirent, au nombre de quatre cents. Mais le prophète Gad lui ordonne de se rendre sur le territoire de Juda (XXII, 1, 2, 5).

Saül se plant qu’on ne l’ait pas averti de l'alliance qui existait entre son fils et le fils d’Isaï. Doëg l’édomite raconte qu'il a vu David à Nob (Guibea) et qu'Akhimélek lui a donné des provisions de voyage et l’épée de Goliat. Saül irrité fait massacrer les prêtres. Abiathar seul échappe au carnage et rejoint David (XXII, 6-93). Inutile de prouver que ce fragment est la suite de XXI, 1-10 et du récit jéhoviste du combat avec Goliat.

Les chap. XXIII-XX V et le chap. XXVII appartiennent aussi, à notre avis, au même document. Ils contiennent le récit des aventures de David jusqu’au moment où la persécution de Saül le force à se retirer chez le roi de Gath, Akis, fils de Maok. — Il faut seulement en retrancher XXIII, 14 et XXV, 1, que nous

avons attribués, le premier au second élohiste, le second au second jéhoviste.

Le second jéhoviste raconte aussi, mais plus brièvement, les aventures de David, au chap. XXVI, qui est manifestement parallèle à XXIIT, 19 et suiv. Au lieu d’épargner Saül dans une caverne, David l’épargne au milieu de son camp; mais, à part cela, les deux récits sont semblables. Cf. en particulier XXIV,15 à XX VI, 20.

Seulement, tandis que, d’après le premier jéhoviste, David finit par se réfugier chez Akis, qui lui donna la ville de Tsiklag (chap. XX VIT), le second ne dit rien de pareil.

40 Mort de Saül d’après les deux jéhovistes.

Dans le récit de la bataille où périt Saül, les deux jéhovistes sont faciles à distinguer, le premier à la mention d’Akis, roi de Gath, chez qui David s’était réfugié, à celle d’Abiathar, etc., le second à l’allusion à la guerre contre les Amalékites (XX VIIT, 17:55.)

Voici le récit du premier jéhoviste : XX VIII, 1 et 2; XXIX, 1-4 1, 6-11, XXX ; 2 Sam. I-IT, 4 a :

Les Philistins se préparant à attaquer Israël, Akis prévient David qu’il devra marcher avec lui. Les Philistins se réunissent à Apheq (cf. IV, 1, et aussi VII, 12), et les [sraélites près de la source de Jizreel. David arrive avec Akis, mais les autres chefs philistins exigent qu'il s’en aille. Après son départ, les Philistins montent à Jizreel, De retour à Tsiklag, David trouve la ville pillée par les Amalékites, qui ont emmené ses deux jemmes* avec les autres et avec les enfants. Il ordonne à Abiathar de consulter Jéhovah par l’éphod. Il part avec ses six cents hommes à la poursuite des Amalékites, ramène tout ce qu'ils avaient pris et envoie une part du butin à tous ses amis dans la tribu de Juda. Trois jours après, un fuyard lui apprend la mort de Saül et de Jonathan sur la montagne de

1 Je considère le v. 5 comme une addition, empruntée à XXI, 12 et XVIII, 8.

2Cf. XXV, XX VII, 3. — 8 Cf. XXIII, 13, XX VII, 2.

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Guilboa. David le fait mettre à mort, pour avoir ôté la vie à Saül ; puis il prononce la belle élégie que tout le monde connaît et que l’auteur avait empruntée au livre du Juste, comme le fragment poétique cité par lui dans le livre de Josué (X, 12 s.).. David consulte encore Jéhovah pour savoir s’il doit monter en Juda, et sur une réponse affirmative, il va s'établir à Hébron, où les habitants de Juda l’oignent pour roi.

Voici maintenant le récit du second jéhoviste : XXVIII, 3-25, XXXI; 2 Sam. II, 4 b-7 a. On verra qu'il diffère assez sensiblement du premier : |

Les Philistins se rassemblent à Shounem et les Israélites à Guilboa. Saül, effrayé, va consulter la pythonisse d’En-Dor. L'ombre de Samuel lui apparaît et lui déclare que la menace qu’il lui a adressée jadis, à l’occasion de la guerre contre les Amalékites, va s’accomplir : qu’il mourra le lendemain, lui et ses fils. [Le lendemain] les Philistins tuent sur la montagne de Guilboa les trois fils de Saül. Se voyant sur le point d’être pris par les ennemis, Saül se jette sur son épée; son écuyer fait de même et meurt avec lui. Le corps de Saül fut pendu à la muraille de Beth-shan,; mais les habitants de Jabès de Galaad (que Saül avait jadis délivrés, d’après cet auteur, aussi bien que d’après le second élohiste : chap. XI) vinrent de nuit, emportèrent les cadavres de Saül et de ses fils, auxquels ils donnèrent une sépulture honorable. Quand David l’apprit (sans doute dans le sud de Juda, cf. chap. XX VI), il envoya féliciter les habitants de Jabès de Galaad.

Que ce soient là deux récits distincts et jéhovistes l’un et l’autre, c’est ce qu'il serait difficile de contester. L’allusion à la guerre de Saül contre les Amalékites (1 Sam. XV), dont le récit fait lui-même allusion à Ex. XVII, 8-16, montre que le document second jéhoviste s’étendait au moins de la sortie d'Egypte à la mort de Saül. Mais nous allons le retrouver encore dans l’histoire des règnes de David et de Salomon.

Les deux jéhovistes dans le second livre de Samuel.

1° L’'avènement de David, d’après le premier jéhoviste.

Le récit de l'élévation et de la chute d’'Ishboshet (ou plutôt Ishbaal), fils de Saül (2 Sam. IL, 8-IV), ne peut appartenir au second jéhoviste, qui a fait mourir Saül et ses trois fils dans la bataille contre les Philistins (cf. 1 Sam. XXXI, 2, 5, 8, 12). Le premier jéhoviste, qui n’a parlé que de la mort de Saül et de Jonathan, peut au contraire sans difficulté être considéré comme l’auteur de ce récit, qui nous paraît se composer des éléments suivants : Il, 8-10, 12-32 ; II, 1, 6 fin; IV, V, 3. Pour abréger,

nous nous abstenons de le résumer.

Quelques détails le rattachent intimement au document premier jéhoviste. Quand les deux officiers qui ont assassiné Ishboshet apportent sa tête à David à Hébron, David indigné s’écrie : Par la vie de Jéhovah !.. celui qui vint m’annoncer que Saül était mort, je le fis périr à Tsiklag, etc. (1V,10). Il y est question aussi de la mort de Saül et de Jonathan (IV, 4). Ces deux allusions à des textes premier-jéhovistes montrent que ce récit est bien du même auteur.

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Nous devons avouer cependant qu’il y a aussi une allusion à un récit du second jéhoviste (IT, 14; cf. 1 Sam. XVIII, 25 ss.), mais les six derniers mots du verset où se trouve cette allusion peuvent être considérés comme une de ces légères additions du rédacteur que nous avons déjà si souvent constatées.

20 Le règne de David d’après le second jéhoviste.

Le second jéhoviste raconte beaucoup plus brièvement que le premier le règne de David. Il condense les événements politiques, qui ne l’intéressaient pas particulièrement, et passe entièrement sous silence, nous l’avons déjà dit, la royauté d’Ishboshet de l’autre côté du Jourdain. Il se borne à dire que lorsque David eut régné sept ans et demi sur la maison de Juda (IL, 11), toutes les tribus d'Israël vinrent à lui et reconnurent son pouvoir. Il avait alors trente ans et il régna (encore) quarante ans (V, 1, 2 et 4)1. Ainsi reconnu par toutes les tribus, David s'empare de la forteresse de Sion sur les Jébusiens, S'y établit et s’y fait bâtir un palais par des ouvriers phéniciens (V, 6-12). À ce récit se rattache directement le chap. VIT: quand le roi fut établi dans son palais, il voulut bâtir un temple à Jéhovah, mais le prophète Nathan s’y ophosa, en lui promettant toutefois qu’un de ses successeurs le bâtirait et que la dynastie de David serait éternelle. Cet auteur racontera donc plus loin la construction du temple.

Il résume ensuite brièvement, au chap. VIII, l’histoire des guerres de David contre les peuples voisins et termine par quelques indications sur ses officiers. Il est clair que toutes ces guerres sont identiques à celles que le premier jéhoviste a déjà racontées ou va raconter bientôt beaucoup plus en détail. La conclusion de l’histoire du règne de David, dans le premier jéhoviste, ne se trouve qu’au chap. XX,

Nous avons déjà signalé le rapport intime qui existe entre 2 Sam. VIT et la menace de l’homme de Dieu au sacrificateur Eli (4 Sam. II, 27-36), rapport qui prouve que ces deux textes sont du même auteur. Le prophète anonyme avait déclaré qu’à

1 Nous dirons plus loin pourquoi nous ne lui attribuons pas le v. 5.

la place d’'Eli et de sa famille Jéhovah élèverait un sacrificateur fidèle, auquel il ferait une maison (famille) durable, qui marcherait toujours devant son oint et devant lequel les descendants de la maison d’Eli seraient réduits à venir se prosterner pour obtenir quelqu’une des charges sacerdotales. 2 Sam. VIT montre la réalisation définitive de cette prédiction. Ce sacrificateur fidèle substitué à la race sacerdotale issue d’Aharon, ce fut d’abord Samuel, ce fut ensuite et surtout David. C’est à David que Dieu accorde (2 Sam. VIT, 16) la maison durable promise dans 4 Sam. IT, 35. C'est à David et aux rois de sa dynastie que les membres du sacerdoce devront venir demander humblement une charge sacerdotale ; devant quel autre mortel auraientils donc pu se prosterner que devant le roi de Jérusalem ?

Mais, dira-t-on, David pouvait-il être appelé sacrificateur ? IL est appelé ainsi par l’auteur du psaume CX. Lors du transport de l’arche il bénit le peuple et porte l’éphod. Salomon bénit aussi le peuple, à la dédicace du temple. Le roi idéal de l’avenir, le Messie, doit être sacrificateur aussi bien que roi (Zach. VI, 13). Bref, la royauté davidique a un certain caractère sacerdotal qui justifie suffisamment une telle expression.

On nous dira peut-être encore : Mais comment le roi de Jérusalem pourrait-il marcher toujours devant l’oint de l'Eternel (1 Sam. IL, 35), puisque l’oint de l'Eternel désigne habituellement le roi lui-même”? Le roi ne peut pas marcher devant le roi !.. Assurément. Mais nous ferons observer qu’au moment où l’homme de Dieu parlait à Eli, l’oint de l'Eternel ne pouvait désigner un roi qui n’existait pas encore ; avant la royauté cette expression ne pouvait s'appliquer raisonnablement qu’au seul personnage qui reçût l’onction sacrée, c’est-à-dire au sacrificateur (cf. Lév. IV, 3 ss.; Dan. IX, 26). Le prophète anonyme veut donc dire que ce sacrificateur futur marchera devant l’oint actuel de Jéhovah, c’est-à-dire devant ses descendants, que le roi aura le pas, la prééminence (cf. 1 Sam. XII, 2) sur le grand prêtre. En un mot, l’homme de Dieu annonce à Eli l’abaissement du sacerdoce aharonique et l'élévation d’un sacerdoce nouveau, auquel le premier sera subordonné. Le fondateur de ce sacerdoce nouveau ne peut être que David, l’homme selon le cœur

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de l'Eternel; et l’auteur nous donne lui-même dans 2 Sam. VII la meilleure explication de la prédiction si diversement interprétée du prophète inconnu.

3° Le règne de David d’après le premier jéhoviste.

Le premier jéhoviste raconte beaucoup plus au long le règne de David. Quand les Philistins apprirent qu’il avait été oint roi sur Israël (cf. V, 3), ils montèrent pour l’attaquer. David descend lui-même (d'Hébron) à la forteresse ; il s’agit sans doute de Sion (cf. v. 7 et 9) ou Jérusalem, où Saül habitait déjà, d’après cet auteur, lors du combat de David contre Goliat (cf. 1 Sam. X VIT, 54). Il interroge l'Eternel et bat les Philistins deux fois dans la vallée des Rephaïm (V, 17-25).

La seconde fois il les battit depuis Guèba jusqu’à Guézer. Ce Gruèba était sans doute celui où avait été déposée l’arche, près de Kiryat-yeârim, qui se nommait aussi Kiryat-Baal (Jos. XV, 60 ; XVIII, 14) et Baalah (XV, 9ss). Il est donc tout naturel qu’au chapitre suivant David et tout le peuple qui était avec lui partent de Baalé de Juda, c’est-à-dire de l’endroit même où ils venaient de battre les Philistins, pour amener l’arche de Dieu de là à Jérusalem (VI, 2). Il faut supposer seulement que David ne rentra à Jérusalem qu'avec l’arche. On ne voit pas en effet dans quel but il y serait rentré pour repartir aussitôt avec 30 000 hommes à la recherche de l’arche, comme semble le dire le v. 1. Comme le récit dela translation de l’arche présente l’alternance de Jéhovah et d’'Elohim que nous avons souvent remarquée dans des textes mélangés, nous en concluons que ce verset 1 doit être du second élohiste. Mais nous n’essaierons pas de déterminer ce qui revient à chacun des deux auteurs dans le récit de la translation de l'arche. Nous constatons seulement qu'ils devaient raconter essentiellement la même chose ; et nous attribuons au premier jéhoviste les versets 2-12 du chapitre VI en partie et les versets 13-93 en entier. L'épisode de Mical se moquant de David parce qu’il a dansé devant l’arche (v. 13-23) rentre fort bien dans le document qui a raconté le retour de cette fille de Saül auprès de son époux (II, 14-16),

Nous avons vu que les deux chapitres suivants (VII et VIIT) sont du second jéhoviste. Au récit où apparaît la fille de Saül se rattache donc naturellement celui du chapitre IX, où David accorde sa faveur au fils de Jonathan Mephiboshet (Meri-Baal, dans les Chroniques) à cause de son père. Cette allusion à l'alliance de David et de Jonathan convient fort bien au premier jéhoviste, qui en a fait mention si fréquemment.

Les chapitres IX-XX forment un récit continu dont toutes les parties s’enchaînent les unes aux autres. Ils renferment le récit relatif à Mephiboshet dont nous venons de parler (IX), celui de la guerre contre les Ammonites et les Araméens (X), évidemment parallèle à celui du second jéhoviste (VIIL 3 ss.), Padultère de David et le meurtre d’Urie (XI, sauf une légère addition : v. 214, emprunté à Jug. IX, 53), l'intervention du prophète Nathan, la mort de l’enfant de Bathshéba, la naissance de Salomon, la prise de la capitale des Ammonites (XI), toute l’histoire d’Absalom (XIII-XIX), la révolte de Shéba, le meurtre d’Amasa par Joab et la mort de Shéba, et enfin une conclusion (XX), parallèle à celle de la fin du chapitre VIIT et un peu différente. On voit que ces douze chapitres ont nécessairement un autre auteur que le chapitre VIIL Il en est de même du récit des guerres contre les Philistins (V, 17-95), qui est manifestement parallèle à VIII, 1. Le rôle de Joab et de son frère Abishaï, celui d’Abiathar, celui de Mephiboshet, tout rattache les chapitres IX-XX au livre du premier jéhoviste.

La suite naturelle de ces chapitres se trouve au commencement du livre des Rois. David étant devenu vieux, son fils Adoniyah, soutenu par Joab et Abiathar, essaie de s'emparer de la royauté. Mais Tsadoq, Benayah et Nathan font proclamer Salomon. (1 Rois I.) David adresse ses dernières recommandations à Salomon; après sa mort, le nouveau roi fait périr son frère Adoniyah, exile Abiathar à Anathôth, fait périr Joab et Shimeï et affermit ainsi son trône. (IE, 1, 5-fin.) Les versets 9-4 sont sans doute une addition du dernier rédacteur, dans le genre deutéronomique ; mais il n’y a pas les mêmes motifs pour y joindre les versets 5-9,

Dans le premier chapitre la mention de Joab, d’Abiathar, de

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Tsadoq, de Nathan, de Bathshéba, — dans le second celle de Joab, de Barzillaï, de Shimeï, etc., relient intimement ces deux chapitres à 2 Sam. II, 8-IV etIX-XX. L’allusion à la vie errante de David, à laquelle Abiathar avait participé (II, 26), les relie aussi à ceux du premier livre de Samuel où le premier jéhoviste a raconté la fuite et le séjour d’Abiathar auprès de David. Et l’allusion à la prédiction de la ruine de la maison d'Eli (II, 27) s'explique mieux par 4 Sam. IIT (premier jéhoviste) que par 1 Sam. IT, 27-36 (second jéhoviste).

% Le règne de David d’après le second élohiste.

Le second élohiste, qui a fait battre par Saül les Moabites, les Ammonites, les Edomites, les rois de Tsoba (!) et les Philistins (1 Sam. XIV, 47 s.), n’a pas grand’chose, naturellement, à raconter du règne de David. Aussi se borne-t-1l, dans les fragments qui peuvent lui être attribués, à énumérer les fils qui lui naquirent à Hébron et à Jérusalem (2 Sam. III, 2-5; V, 13-16) et au récit du transport de l’arche. (VI, 1-4, 6, 7, 12.) Nous verrons plus loin qu’il raconte un peu plus longuement le règne de Salomon.

o0 La fin du règne de David d’après le second jéhoviste.

Nous avons dit que le second jéhoviste racontait beaucoup plus brièvement que le premier le règne de David. Il faut ajouter cependant, je crois, aux textes que nous lui avons attribués précédemment la plus grande partie des quatre derniers chapitres du livre de Samuel. Ces quatre chapitres renferment six morceaux très distincts, dont le prernier (XXI, 1-14) raconte le supplice des descendants de Saül exigé par les habitants de Gabaon et accordé par David, parce que Saül avait ordonné un massacre dans cette ville. Ce récit fait allusion (v. 12 ss.) à la sépulture donnée à Saül et à ses fils par les habitants de Jabesh de Galaad et au mariage de la fille aînée de Saül, Mérab (le texte, v. 8, porte par erreur Mical), avec Adriel de Mehola, c’est-à-dire à deux événements racontés pré-

cédemment par le second jéhoviste (1 Sam. XXXI ; 2 Sam. IT, 4b-6 ; 1 Sam. XVIII, 19) ; il est donc vraisemblement du même auteur.

Nous ne pensons pas que la liste des quatre géants philistins, — dont l’un est Goliat, — tués par quatre guerriers de David, qui vient immédiatement après (XXI, 15-22), ni celle des trente-sept principaux guerriers de David (XXII, 8-39) puissent être attribuées à l’une ou l’autre de nos trois sources. Mais il nous paraît très vraisemblable que le psaume contenu au chapitre XXII (— Ps. XVIIT), les dernières paroles de David (XXIIE, 4-7) et le récit du dénombrement qui causa une peste, à la suite de laquelle David construisit un autel sur l’emplacement de l'aire du jébusien Aravna (X XIV), faisaient aussi partie du livre du second jéhoviste. Les deux morceaux poétiques, surtout le second, font allusion à la promesse d’une dynastie éternelle faite par Nathan à David d’après le même auteur (2 Sam. VID) ; et le début du dernier récit suppose le premier. Au reste, on a déjà remarqué l’analogie qui existe entre ces deux récits et supposé qu'ils étaient d’un seul et même auteur (Thenius). Le dernier a pour but de préparer le récit de la construction du temple, qui appartient, nous le verrons, au second jéhoviste ; et la mention du jébusien Aravna se comprend fort bien dans le document qui a raconté précédemment la prise de la forteresse de Sion sur les Jébusiens. (V, 6 ss. 1)

Le massacre des Gabaonites, attribué à Saül dans le premier de ces récits, nous paraît identique à celui dont le premier jéhoviste a placé la scène à Guèba (non à Nob), c’est-à-dire à celui des prêtres de Jéhovah. Je suppose que, comme l’auteur des Chroniques, le second jéhoviste appelait Gabaon, au lieu de Guèba ou Guibea, la ville sacerdotale où l’arche avait été déposée. Plus tard, un copiste, croyant qu'il s’agissait de la ville bien connue de Gabaon, ajouta sans doute la glose du verset 2b, qui interrompt fort maladroitement le fil du récit et trahit ainsi son origine postérieure. Mais ce qui indique qu'il s’agit de la ville où était l’arche (ou du moins le tabernacle), c’est que les sept descendants de Saül furent pendus sur la

1 Cf. aussi XXIV, 17 à VII, 14 et à 1 Sam. IL, 308.

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colline, devant Jéhovah (v. 9). Il est vrai qu’au verset 6 les Gabaonites disent qu’ils les pendront à Guibea de Saul, l'élu (!) de Jéhovah. Mais le verset 9 montre qu’il doit y avoir là quelque erreur de texte. D’autant plus que, comme le dit fort bien Wellhausen!, Qil n’y avait vraiment pas de raison d’irriter ainsi à l’extrême les habitants de Guibea. » Remarquez aussi combien il est invraisemblable que les Gabaonites aient appelé Saül, l’élu de Jéhovah, au moment même où ils demandaient à mettre à mort ses descendants. IL est bien plus naturel qu’ils aient supplicié sur le lieu du crime les gens qui leur avaient été livrés. Je suppose qu’au lieu de « à (ruibea de Saül », etc., le verset 6 portait primitivement : «au coteau du tabernacle, sur la colline de Jéhovah.» L’erreur manifeste de Mical au lieu de Mérab (v. 8) et bien d’autres ne permettent pas de s'étonner d’une telle altération.

Si le massacre des Gabaonites, mentionné ici, est réellement identique à celui que le premier jéhoviste a raconté dans 4 Sam. XXII, il est encore plus évident que cet auteur ne Pa pas placé à Nob, mais à Guibea ou Guèba, comme nous l'avons dit plus haut. Ces deux suppositions se confirment l’une l’autre.

Les deux jéhovistes dans le premier livre des Rois. 1° Le règne de Salomon d’après le second élohiste.

Nous avons déjà montré que les deux premiers chapitres du livre des Rois proviennent, sauf une petite addition, du premier jéhoviste.

Le récit du songe, dans lequel Salomon demande à Dieu la sagesse, et du jugement par lequel il la manifeste peu après (III, 4-28), sont du second élohiste, comme le montrent le songe lui-même, l'emploi d'Elôhim (v. 5, 11, 28), de 4âmäh, servante (v. 20), etc. L'emploi de Jéhovah aux versets 5 et 15 provient probablement de quelque modification due à un rédacteur ou à un copiste.

1 Text der Bücher Samuels, ad loc.

Le chapitre IV (v. 2-19), qui énumère les officiers de Salomon, et les versets 2 et 3, 7 et 8 du chapitre V, qui en sont la suite, me paraissent aussi provenir du second élohiste!. Mais la suite naturelle du récit précédent se trouve au chapitre V, 9-14 (dans nos versions, IV, 29-34), où la sagesse de Salomon est décrite et qui se distinguent aussi par l’emploi d'Eléhim. La dernière phrase de ce fragment: « On venait de tous les peuples pour entendre la sagesse de Salomon, de la part de tous les rois... » a manifestement pour but de préparer le récit de la visite de la reine de Sheba. (X, 1-10 et 13.) Le nom de Jéhovah qui s’y trouve quelquefois tient sans doute à quelques additions ou remaniements postérieurs.

Enfin les versets 23-25 du même chapitre et le verset 27, qui parlent encore de la sagesse de Salomon et de l’opulence dont elle fut cause, où l’on retrouve le nom d’Eléhim (v. 24) et qui se détachent nettement du contexte, me paraissent avoir formé la conclusion du livre du second élohiste.

Le premier de ces fragments présente une difficulté qu’il est bon de signaler et, si possible, d’élucider. Nous avons dit souvent que, d’après le second élohiste et le premier jéhoviste, l’arche, du temps de Saül, se trouvait à Guibea et que David au commencement de son règne la transporta à Jérusalem. Comment se fait-il donc qu’au début du règne de Salomon le grand haut-lieu fût à Gabaon ? (LI, 4.) Et pourquoi le nouveau roi a-t-il eu l’idée d’aller sacrifier là plutôt qu’à Jérusalem, où était l’arche, ou bien à Guibea, où devait se trouver encore le tabernacle? Nous ne doutons pas qu’il n’y ait encore là, comme ailleurs, une faute de copiste et que le second élohiste n’eût écrit à Guibea (comme dans 1 Sam. X, 10), au lieu de à Gabaon. D'autant plus que, dans 1 Sam. X, 5, il appelle aussi le lieu de culte de Guibea Le haut-lieu. Quant à 1 Rois ITT, 5x et IX, 2b, où se retrouve le nom de Gabaon, ce sont des additions évidentes du compilateur.

On comprend que, malgré le transport de l’arche à Jéru-

1 À cause de bn (LV, 7; V,7). Les mots pays de Sihon, etc. (LV, 19) sont sans doute une addition du compilateur.

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salem, le tabernacle de Guibea attirât encore de nombreux adorateurs et fût encore considéré, surtout dans les tribus du nord, comme le centre principal du culte de Jéhovah. Si le second élohiste y plaçait la scène du songe de Salomon, le premier jéhoviste y plaçait vraisemblement celle de l’onction du successeur de David; car il dit que «Tsadoq prit la corne d'huile du tabernacle et oignit Salomon. » (1 Rois I, 39.) Or ce tabernacle est évidemment identique à celui où David avait déposé les armes de Goliat (1 Sam. XVII, 52) et qui, d’après 4 Sam. XXI, 10, se trouvait (non à Nob, mais) à Guibea. Et puisque David n’avait transporté que l’arche à Jérusalem, il se trouvait donc encore à Guibea au moment de l’avènement de Salomon. — Il est vrai que d’après le texte actuel du livre des Rois (1, 33, 38, 45) le sacre de Salomon eut lieu à Guikhon ! Mais on se demande en vain comment le tabernacle et huile sainte auraient pu se trouver là, dans une sorte de faubourg de Jérusalem. Thenius a supposé depuis longtemps que le texte primitif portait Gabaon, au lieu de Guikhon. Nous pensons, quant à nous, qu'il portait Guèba ou Guibea.

S’est-on demandé quelquefois pourquoi il y avait deux souverains sacrificateurs du temps de David : Abiathar et Tsadogq ? Abiathar avait suivi David après le massacre de sa famille par Saül ; il était tout naturel que David lui rendit l’arche, une fois établi à Jérusalem. Mais Tsadoq? Tsadoq avait dû être choisi par Saëül, à la suite du massacre de Guibea, pour remplir les fonctions sacrées à la place d’'Akhimélek ou Akhiyah. Quand David emporta l’arche à Sion, Tsadoq n’en demeura pas moins grand prêtre du tabernacle de Guibea et il est tout naturel qu'il se soit rendu là pour le sacre de Salomon, surtout en présence de l’opposition d’Abiathar, qui n'aurait pas laissé s’accomplir librement une telle cérémonie dans le temple provisoire établi en Sion.

Les diverses corrections et interprétations que nous avons exposées à ce sujet ont pour effet de simplifier singulièrement l’histoire jusqu'ici si obscure de l’arche et du tabernacle. Mais nous ne pouvons qu'indiquer ce résultat sans y insister.

20 Le règne de Salomon d’après le second jéhoviste.

Nous avons déjà dit que, d’après le contenu de 2 Sam. VII et XXIV, le second jéhoviste devait raconter la construction du temple. Nous lui attribuons 1 Rois IV, 1, 20; V, 1, 61, 45-32; VI; VII, 2-51. Ces textes renferment de nombreuses allusions à des passages antérieurs du second jéhoviste, surtout à la promesse faite à David (2 Sam. VIT; cf. À Rois V, 16-19 ; VI, 11-13), mais aussi à l'ambassade qu’il avait reçue du roi de Tyr Hiram (2 Sam. V, 11; cf. 1 Rois V, 15) et aux trésors qu'il avait consacrés à l'Eternel. (2 Sam. VIIL, 10; cf. 4 Rois VII, 51.) — La mention des chevaux de Salomon (V, 6) faisant double emploi avec X, 26. 28 et 29, qui nous paraît du premier jéhoviste, doit être du second.

Nous lui attribuons VII, 2-12, malgré le verset 8b qui mentionne la fille de Pharaon, car cette description de la maison de la forêt du Liban ressemble beaucoup à celle du temple et pourrait difficilement être sortie de la plume d’un auteur différent. Nous considérons donc le verset 8b comme une addition.

Au récit de la construction du temple se rattache naturellement celui de sa dédicace (chap. VIIL), qui fait allusion aussi à 2 Sam. VII (cf. 1 Rois VIII, 15 ss., 24 ss.) et à d’autres textes du second jéhoviste. (CF. VIII, 9 à Ex. XXXIV, 1 ; et VII, 21 à Ex. XXXIV, 27.) Le dernier rédacteur y a seulement ajouté quelques amplifications en style deutéronomique (v. 44-51, 53, 56 b, 57 b-61).

Le récit de la dédicace se poursuit par celui de la vision dans laquelle Jéhovah déclare à Salomon qu’il a exaucé sa prière, que le temple sera éternel et que, si Salomon est fidèle, sa dynastie sera éternelle, comme l'Eternel l’a promis à David (IX, 1-5). Cette allusion à 2 Sam. VII, ainsi que le lien intime qui rattache ce fragment au chapitre précédent, montre qu'il est bien du second jéhoviste. Seulement il y a là aussi quelques addi-

1 Les versets 4 et 5 proviennent manifestement du dernier rédacteur, qui vivait en Babylonie (« au delà du fleuve ! »). — Le verset 26 a est une addition empruntée au verset Ja.

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tions et amplifications (v. 2b et «une seconde fois », et probablement aussi les v. 6-9).

Je crois qu’il faut ajouter à cette série de textes IX, 2%5a: « Salomon offrait trois fois par an des holocaustes, etc.» N'est-ce pas là ce sacrificateur fidèle (1 Sam. IF, 35) qui devait être substitué à la race sacerdotale et avoir la prééminence sur l’ancien oint de l'Eternel ? Le fait est que lors de la dédicace Salomon prie et bénit le peuple et qu’il n’est nullement question de Tsadoq.

Je suis porté à attribuer aussi au second jéhoviste X, 16-22 (fabrication de deux cents boucliers d’or, d’un trône d'ivoire, etc.), à cause de la mention de la maison de la forêt du Liban (v. 17 et 21), parce que l’expression « une flotte de Tarsis » (v. 22) est certainement d’un autre auteur que celui qui a déjà parlé (IX, 26-28) des entreprises maritimes de Salomon, enfin parce que XIV, 25 ss., qui fait allusion à X, 16 ss., me parait appartenir aussi au second jéhoviste ei ne peut guère, en tout cas, être attribué au premier.

Notre division des sources nous donne la clé d’un problème chronologique fort épineux, dont la solution confirme à son tour, de la manière la plus heureuse, cette division elle-même. Le livre des Rois évalue à 480 ans le temps écoulé de 1a sortie d'Egypte jusqu’au début de la construction du temple, la 4 année du règne de Salomon. (1 Rois VI, 1.) Nous venons d’attribuer ce texte au second jéhoviste, et nous lui avons attribué précédemment la plupart des indications chronologiques du livre des Juges et des livres de Samuel. Si notre division est juste, il est probable que l’addition de tous ces chiffres donnera pour total 480,

Rappelons-nous que le même auteur a évalué à 300 ans le temps écoulé de la conquête de la Palestine jusqu’à Jephté (Jug. XI, 26) et qu’en effet les chiffres antérieurs donnent pour total 316. En y ajoutant les 40 ans du séjour au désert, il s'était donc écoulé, d’après notre auteur, 356 ans de la sortie d'Egypte jusqu’à Jephté. Les chiffres suivants : 6 + 7 + 10 + 8 H 40 (Jug. XII, 7-15; XIII, 1) donnent un total de 71 ans, qui, ajoutés à 356, font en tout 427. Ajoutez à cela 2 ans pour Saül

(4 Sam. XIIT, 1) jusqu’à l’onction de David par Samuel, 7 ans {Jo pour David depuis son onction jusqu’au moment où il fut reconnu roi par tout le peuple (2 Sam. II, 11), 40 ans pour son règne à partir de ce moment (V, 4) et les 3 premières années du règne de Salomon (en tout 521/,), et nous obtenons précisément 4791/,. La fondation du temple eut donc bien lieu, d’après notre auteur, en la 480° année depuis la sortie d'Egypte.

On nous dira sans doute : Pourquoi attribuez-vous à David 47 ans !/, de règne total, quand il est dit qu'il régna 40 ans : 7 ans !}, à Hébron et 33 à Jérusalem ? (2 Sam. V, 5.) Je réponds: Parce que cette interprétation du compilateur est tout à fait inadmissible, et cela pour plusieurs raisons. Sans ce malencontreux verset 9, jamais personne n’aurait eu l’idée de donner un tel sens au verset 4: «David était âgé de 30 ans à son avènement ; il régna 40 ans. » Cet avènement est naturellement, d’après le contexte et d’après le sens même du mot, le moment où il fut reconnu roi par tout le peuple. À ce moment-là il avait 30 ans, et il régna 40 ans (à partir de ce moment-là). Il s’agit donc bien de 40 ans de règne à Jérusalem (et non de 33 seulement). C'est-à-dire que David mourut à l’âge de 70 ans ; ce qui correspond bien avec le récit (premier jéhoviste) 1 Rois I. Que si au contraire 1l n’avait régné que 33 ans à Jérusalem, il serait mort à l’âge de 63 ans, ce qui n’est guère admissible en présence de ce récit.

Au reste, David ne peut pas avoir régné 7 ans !/, à Hébron!, puisque, d’après le premier jéhoviste, son compétiteur Ishboshet ne régna que 2 ans (2 Sam. IT, 10) et que toutes les tribus reconnurent David immédiatement après sa mort. Ces 7 ans !/, comprennent donc les 5 dernières années !/, du règne de Saül et les deux d'Ishboshet. Il en résulte que Saül régna aussi 7 ans 1/,, à savoir 2 ans jusqu’à la guerre contre les Amalékites et 5 ans !/, depuis sa réjection jusqu’à sa mort.

Il résulte de cette explication du chiffre 480 que le livre du

1 Dans 2 Sam. IL, 11, «à Hébron >» me paraît aussi une addition du compilateur. Le second jéhoviste donnait à David 7 ans ‘ de règne sur la tribu de Juda; mais d’après le premier il ne résida que deux ans à Hébron. (2 Sam. II, 1-4, 8-10.)

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second jéhoviste s’étendait au moins de la sortie d'Egypte à la construction du temple.

Quant à l’historicité de ce chiffre, c’est une question que nous ne pouvons discuter en ce moment. Il nous suffit d’avoir montré qu’il est le résultat de l’addition des chiffres antérieurs du document auquel il appartient.

30 Le règne de Salomon d’après le premier jéhoviste.

Le reste de l’histoire de Salomon doit provenir en majeure partie du premier jéhoviste, auquel nous avons déjà attribué les deux premiers chapitres du livre des Rois.

Salomon épousa une fille de Pharaon et l’amena à la ville de David jusqu’à ce qu’il eût achevé de bâtir le palais, (le temple?) et le rempart de Jérusalem (1 Rois III, 1)!. À cette notice se rattache le récit de la construction du palais (VII, 1). Le premier jéhoviste racontait peut-être ensuite la construction du temple. S'il en était ainsi, son récit a cédé la place à celui du second jéhoviste, qui était sans doute plus complet. Mais les quelques mentions du temple qui se trouvent dans son récit pourraient aussi être des additions du rédacteur, car la plupart ne cadrent guère avec le contexte ?.

Quoi qu'il en soit, IX, 11-28 est la suite naturelle de VI, 1, comme le montrent en particulier les allusions au mariage de Salomon avec une princesse égyptienne. La cession de vingt villes au roi de Tyr ne se comprendrait guère chez le second jéhoviste, qui a raconté qu’en échange de ses fournitures Salomon donnait annuellement à Hiram de grandes quantités de blé et d'huile (V, 33 ss.) 4.

1 Les versets 2 et 3 sont une addition du rédacteur définitif destinée à préparer et à expliquer en quelque mesure le récit du sacrifice de Salomon à Gabaon ou plutôt à Guibea.

? Dans III, 1; IX, 10, 15; X, 12. — IX, 10 en particulier a tout l'air d’une addition. Ces 20 ans résultent de l'addition des 13 ans de la construction du palais (VII, 1: premier jéhoviste) et des 7 ans de celle du temple (VI, 375. : second jéhoviste.)

3 11 faut en retrancher vers. 25, qui nous paraît être du second jéhoviste.

4 On pourrait alléguer aussi le rapport intime qui existe entre IX, 21 et Jug. I (servage des Cananéens). Mais les vers. 20-22 sont peut-être

A la mention de la flotte d’Ophir (IX, 26-28) se rattachent naturellement les vers. 11 et 12, 14 et 15 du chap. X, qui racontent ce qu’elle en rapporta. Les vers. 26, 28 et 29 du même chapitre (cavalerie de Salomon) me semblent aussi du même auteur. Nous avons attribué le reste de ce chapitre au second élohiste et au second jéhoviste.

Le second élohiste s’arrêtait vraisemblablement au règne de Salomon ; mais les deux jéhovistes racontaient encore au moins le schisme, car les chap. XI et XII renferment deux récits distincts et complets l’un et l’autre des égarements de Salomon et de la défection qui en fut la conséquence. Il est facile de voir, en effet, que les versets 4-6 du chap. XI font double emploi avec les versets 1-3 (faiblesse de Salomon à l’égard de ses nombreuses femmes), et les. versets 29-39 avec les versets 11-13 (menace du schisme). Et ce qui montre encore plus clairement qu’il y a là deux récits distincts, c’est que d’après les versets 11-13 (cf. aussi XII, 20) Jéhovah ne laissera à la dynastie de David qu'une tribu, — celle de Juda, — tandis que le prophète Akhiyah donne dix morceaux de son manteau à Jéroboam mais en garde deux, — Juda et Benjamin, — pour la race de David (v. 29 ss.). Le rédacteur du livre des Rois a bien essayé de voiler cette divergence en ajoutant les versets 32 et 36-39, où il est question d’une tribu seulement; mais on voit combien une telle explication cadre mal avec l’acte symbolique du prophète. Au reste, XII, 21 ss. montre que les deux morceaux représentent bien les deux tribus de Juda et de Benjamin.

De même, au chap. XII, il y a deux récits divergents du retour de Jéroboam. D’apres l’un, il revint d'Egypte où il s’était réfugié, quand il eut appris la mort de Salomon (v. 2) ; et les Israélites le proclamèrent roi (v. 20). D’après l’autre, ils l’envoyèrent chercher en Egypte et il présenta leurs revendications

plutôt une addition du rédacteur, car le même auteur purle plus loin des corvées de la maison de Joseph (XI, 27) et dit que Salomon avait écrasé son peuple de travaux (XII, 455.) ; cf. aussi IX, 23.

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à Roboam (v. 3 ss.) Ce sont là deux manières de présenter la chose qui ne sauraient être sorties de la même plume.

Essayons de reconstituer chacun de ces deux récits. Voici celui qui ne parle que d’une tribu :

Dans sa vieillesse Salomon se laissa entrainer par ses femmes au polythéisme et fit ce qui est mal aux yeux de Jéhovah (XI, 4-6). — Cette locution est familière au second jéhoviste. — Jéhovah irrité lui déclara qu’il ôterait le royaume à son fils et ne lui laisserait qu’une tribu. (9ay, 11-13) !. Jéroboam, serviteur de Salomon (cf. v. 11), homme puissant, se révolta contre lui; Salomon voulut le faire mourir, mais il s’enfuit en Egypte et n’en revint qu'après sa mort. Salomon régna quarante ans et tut remplacé par Roboam (v. 26, 28a, 40-42). Quand Jéroboam apprit cette nouvelle, il revint d'Egypte (XII, 2)? et fut proclamé roi ; il ne resta à la maison de David que la tribu de Juda (v. 20). Jéroboam établit sa résidence à Sikem et institua dans son royaume le culte du veau d’or (v. 25-33). Ce dernier fragment convient très bien au document second jéhoviste, qui a raconté l’histoire de l’adoration du veau d’or dans le désert.

Voici le récit du premier jéhoviste : Salomon se laissa entraîner à l’idolâtrie par ses nombreuses femmes étrangères (XI, 1-3). Il construisit un haut-lieu à Camos et à Molok (v. 7 et 8). Jéhovah irrité lui suscita deux adversaires: Hadad, l'iduméen, et Rezon, qui s’empara de Damas (v. 9a, 14-95). Jéroboam, fils d’une veuve, que Salomon, quand il construisait Millo, avait établi surveillant pour les corvées de la maison de Joseph, fut aussi encouragé à la révolte par une action symbolique du prophète Akhiyah : ce prophète déchira son manteau en douze morceaux et lui en donna dix (v. 264, 27b3, 28b-31. Les versets 32-39 sont, au moins en très grande partie, une addition du rédacteur). Après la mort de Salomon (v. 43) Roboam se rendit à Sikem pour se faire proclamer roi (XII, 1). Jéroboam et tout Israël lui demandent d’alléger les travaux et le joug que

1 90 et 10, addition du rédacteur.

2 Je suppose que le texte primitif du second jéhoviste était vayyäshob mim Mitsraïm. Cf. v. 20.

3 27a, addition explicative.

leur a imposés son prédécesseur (allusion aux nombreux travaux de construction dont a parlé précédemment le premier jéhoviste, tandis que le second n’a parlé que du temple et de la maison de la forêt du Liban). Roboam leur répond durement, car l'Eternel voulait réaliser la parole du prophète Akhiyah. Israël se révolte. Roboam envoie Adoram, ministre destravaux publics (depuis la fin du règne de David, cf. 2 Sam. XX, 24; le second élohiste le nomme Adoniram : 1 Rois, IV, 6); il est lapidé et Roboam s'enfuit à Jérusalem (XII, 38-19)1. Il rassemble une grande armée de Juda et de Benjamin pour faire la guerre à Israël, mais le prophète Shemayah le lui défend, car cela est venu de Jéhovah (allusion à la prédiction d’Akhiyah}, et l’on obéit (v. 21-24).

Nous pensons que le livre du premier jéhoviste s’arrêtait ici ; celui du second devait embrasser encore une bonne partie des chapitres suivants, mais nous ne voulons pas rechercher maintenant jusqu'où il pouvait s'étendre. Il nous suffit d’avoir montré qu'il s’étendait au moins de la sortie d'Egypte jusqu’au schisme. Mais s’il en est ainsi, qui ne comprend qu’il doit aussi, suivant toute vraisemblance, se retrouver dans la Genèse ? C’est ce que nous allons essayer d'établir en terminant.

Les deux jéhovistes dans la Genèse.

4° Les chapitres IT à IX.

Déjà Wellhausen, M. Reuss et Budde ? ont reconnu que certains récits jéhovistes de la Genèse ne pouvaient pas être du même auteur que les autres. Aïnsi le récit jéhoviste du déluge ne peut pas avoir primitivement fait partie du même document qui racontait la création, la chute et l’histoire de Caïn et de ses descendants (Gen. If, 4b- IV, 24). En effet, qu’a voulu Pauteur

1 3x me paraît une addition empruntée au vers. 20. Le premier jéhoviste ne parlait pas de la fuite de Jéroboam en Egypte, mais seulement de celle de l’Iduméen Hadad.

? Budde, Biblische Urgeschichte, 1883.

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du chapitre IV ? Faire connaître à ses lecteurs l’origine d’une tribu, celle de Caïn, qui existait encore de son temps, et des arts qui avaient pris naissance au milieu d'elle. Nous croyons que les Caïnites ne sont autres que les Kéniens, dont une partie se joignit aux Hébreux lors de la conquête du pays de Canaan *, car il est dit que Caïn alla s'établir devant l'Eden, et non à l’orient de l’Eden, comme on traduit habituellement, par conséquent à l’ouest de l’Euphrate, dans le grand désert où erraient les Kéniens.

Mais quand même cette identification serait contestée, il n’en demeure pas moins que, dans la pensée de l’auteur du chapitre IV, les Caïnites existaient encore de son temps et que leurs inventions s'étaient perpétuées jusqu'alors sans interruption. Si elles avaient péri dans le déluge, à quoi bon en raconter l’origine ? Comment les fils de Lémek auraient-ils été appelés pères, l’un des bergers, l’autre des musiciens, le troisième des forgerons (IV, 20-22), si leurs descendants avaient tous été détruits par le déluge? L’auteur de ce récit ne peut donc pas avoir raconté le déluge universel. S'il avait raconté quelque cataclysme de ce genre, il aurait dû dire expressément qu’il ne s’étendit pas jusqu’au pays de Nod. Or l’auteur jéhoviste du déluge représente le déluge comme RASE (VIII, 21), aussi bien que l’élohiste. :

Voici un second argument tendant au même but. Il est facile de voir que le verset V, 29 est du même auteur que le récit de la chute, auquel il fait clairement allusion. Après avoir donné : la généalogie des Caïnites, cetauteur devait raconter qu'Adam eut un autre fils, Seth, et énumérer ses descendants jusqu’à Noé. Cette généalogie a été remplacée par celle du premier élohiste (chap. V); il n’en reste que le début (IV, 25 et 26)?

1 Jug. I, 16; IV, 11; Nomb. X,29 ss.; XXIV,21s. La tribu portait précisément le nom de Kaïn ou Caïn.

? On pourrait croire au premier abord que 26b, qui place au temps d'Enosh l’origine de l’invocation du nom de Jéhovah, est d'un autre auteur que celui qui à raconté les oblations de Caïn et d’Abel. Maïs la prière à pu avoir une origine postérieure à celle des oblations. Il n'est

pas dit, en effet, que les oblations de Caïn et d’Abel aient été accompagnées de prières. Il n’y a donc pas incompatibilité entre ces deux textes.

LES DEUX JÉHOVISTES 8L

et la fin; mais la fin (V, 29) est clairement du même auteur que le premier fragment jéhoviste.

Or, qu’a voulu dire le père de Noé par ces mots: « Celui-ci (Noé) nous consolera de notre ouvrage et du travail de nos mains, provenant du sol que l'Eternel a maudit » ? Qu’a donc fait Noé pour consoler l'humanité de ses maux ? Bœhmer et Budde l'ont parfaitement compris: cette parole ne peut s’expliquer que comme une allusion à la plantation de la vigne (IX, 20-27). C'est le vin qui console l’homme de tous ses maux !. Mais s’il en est ainsi, il en résulte 1° que IX, 20-27 est du jéhoviste qui raconte la chute, 2 que ce récit de l’accomplissement de la prédiction énoncée en V, 29, devait se trouver primitivement peu après ce texte et ne pas en être séparé par tout le récit jéhoviste du déluge.

Il y a donc là deux séries de textes jéhovistes. Nous pensons qu'il faut joindre à la première VI, 3, qui se détache aisément du contexte (probablement second élohiste) où il se trouve ; et nous la reconstituons ainsi : IT, 4b - IV, 26 ; V,99; VI, 3; IX, 20-27 : Création, chute, Caïn et Abel, descendants de Caïn, descendants de Seth jusqu’à Noé. Jéhovah, irrité de l’audace des hommes (shaggâäm NI, 3), de celle des Caïnites (IV, 33 s.) et de celle de la race même de Seth (V, 29), abaisse la vie humaine à cent vingt ans.{Noé plante la vigne, bénit Sem et Japhet et maudit Canaan.

La seconde série comprend les textes jéhovistes qui racontent le déluge: VI, 5-8; VIE, 1-5, 10, 19, 16b, 17, 22, 93; VIII, 2b, 6-12, 13b, 20-93 ; IX, 18a, 19.

20 Les chapitres X et XI.

Le récit de la tour de Babel (XI, 1-9) est aussi incompatible avec la portion de la table des peuples qui se distingue par le nom de Jéhovah (X, 8-19). En effet, 1° d’après XI, 1-9, les hommes arrivent dans le pays de Shinear et s’y établissent dans une plaine. Cela indique évidemment que ce pays était

1 Cf. Prov. XXXI, 6, 7; Ps. CIV,15 ; Jér. XVI,7(la coupe de consolation) ; Ester I, 10, etc. Voy. Budde, Urgesch, pag. 308.

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auparavant inhabité. Or d’après le chapitre précédent (X, 8ss.) Nemrod y avait déjà fondé plusieurs villes et un grand empire. Le même auteur ne peut raconter d’abord la fondation de « Babylone, Erek, Accad et Calné dans le pays de Shinear », et puis dire un peu plus loin que les premiers hommes arrivèrent dans le pays de Shinear.

Pour échapper à cette difficulté, Hupfeld supposait que ces deux fragments jéhovistes avaient été intervertis par le rédacteur, mais que primitivement lauteur jéhoviste unique racontait (à la suite du déluge) l’arrivée des hommes dans le pays de Shinear et la construction de la tour de Babel (XI, 1-9), et seulement après cela la fondation du royaume de Nemrod (X, 8 ss.). Mais cette supposition est inadmissible pour plusieurs raisons. D'abord les hommes qui bâtissent la tour sont très nombreux. Si l’auteur de ce récit avait précédemment raconté le déluge, il n'aurait pu placer la construction de la tour de Babel que longtemps après le déluge. Il n’est donc pas possible de supposer que XI, 1-9 se trouvât primitivement presque immédiatement après le récit du déluge. De plus, la table jéhoviste des peuples est, suivant toute vraisemblance, la continuation du récit jéhoviste du déluge et se rattache intimement à IX, 18 et 19. Après avoir dit que toute la terre fut peuplée par les trois fils de Noé (IX, 19), l’auteur devait naturellement donner la liste des peuples issus d’eux. Cela est d’autant plus clair que nous avons déjà reconnu que le récit jéhoviste suivant (IX, 20-27), ne saurait avoir fait partie du livre jéhoviste qui racontait le déluge. X,8-19se rattachant directement au récit jéhoviste du déluge (sauf les omissions que le rédacteur doit avoir faites dans la table jéhoviste des peuples, pour ne pas répéter deux fois les mêmes choses), il en résulte que XI, 1-9 ne peut pas s’être trouvé primitivement avant le chapitre X. :

Au reste, voici d’autres arguments qui prouvent que X, 8-19 et XI, 1-9 ne peuvent avoir fait partie primitivement du même livre :

20 En réalité, ces deux fragments jéhovistes racontent la même chose, l’origine de Babylone. L’orgueil, l'esprit de

révolte contre Dieu des hommes qui bâtissent la tour de Babel est le même que celui de Nemrod (le rebelle. R. 7), le puissant chasseur en face de Jéhovah. Les juifs postérieurs l’ont bien senti: aussi ont-ils associé le nom de Nemrod à la construction de la tour de Babel. Mais deux récits différents d’un même fait ne peuvent être attribués à un seul et même auteur.

3° Ces deux fragments font double emploi, non seulement en ce qu'ils racontent l’un et l’autre l’origine de Babylone, mais aussi en ce qu'ils ont lun et l’autre pour but d'expliquer la dispersion des peuples. Seulement ils la présentent sous un jour assez différent. Le premier la conçoit comme un événement naturel, qui s’accomplit graduellement (IX, 18 et 19; X, 8 ss.) ; le second, comme un événement subit, comme une punition de l’orgueil humain. D’après l’un, les hommes se dispersent (IX, 19); d’après l’autre, c’est Jéhovah qui Les disperse (XI, 9). Le même auteur n’aurait pas parlé deux fois du même fait, et il ne se serait pas exprimé de deux manières si différentes.

4° Le récit de la tour de Babel appartient à un cycle de traditions, sur les origines de l’humanité, d’où le déluge était absent. En effet, au chapitre XI, les hommes sont encore en Orient (v. 2) comme à l’origine (IL, 8) ; et rien n'indique qu’ils aient subi un tel cataclysme. Au contraire, ils sont assez nombreux pour essayer d'élever une tour jusqu’au ciel. La construction de la tour de Babel (XI, 1-9) se rattache donc fort bien à notre première série de textes, qui, nous lavons montré précédemment, est incompatible, elle aussi, avec le récit du déluge.

La table jéhoviste des peuples se relie au contraire de très près, nous l’avons déjà dit, au récit du déluge. Seulement elle offre de grandes lacunes, parce qu’elle a été combinée avec celle du premier élohiste. Outre les versets 8-19, les versets 9 et 24-30 lui appartiennent aussi.

Elle énumérait les peuples khamites, [japhétiques] et sémitiques, puis donnait la liste des descendants d’Arpakshad, fils de Sem, jusqu'à Abraham. Mais pour ne pas faire double emploi avec les généalogies élohistes (XI, 10-32), le rédacteur s’est arrêté à Péleg.

84 CO. BRUSTON

Il y a donc dans les onze premiers chapitres de la Genèse une double série de textes jéhovistes. La première se compose des passages suivants : IT, 4b-IV, 26...; V, 29, VI, 3; IX,20-27; XI, 1-9. La seconde se compose de ceux-ci: VI, 5-8...: VIT,1-5, 40,12,16b, 17, 22, 93; VII, 20,6-12, 13b, 20-93; IX, 18 a,19.:;;, X, 8-19..., 21 et 24-30.

Ces deux séries de textes sont indépendantes l’une de l’autre et offrent entre elles de nombreuses divergences. Nous en avons déjà énuméré plusieurs. En voici encore une. D’après la seconde, les fils de Noé étaient Sem, Kham et Japhet (IX, 18 et 19), ce qui signifie évidemment que Sem était l’aîné, Kham le second et Japhet le plus jeune. D’après la première, au contraire, Sem et Japhet étaient les deux premiers et Kham (ou plutôt Canaan) le dernier (IX, 23, 24). La divergence était même plus grande primitivement. En effet, dans le texte actuel, les trois fils de Noé sont Sem, Japhet et Kham, père de Canaan, et ce dernier est le plus jeune. Mais pourquoi Noé, apprenant ce qu'a fait son plus jeune fils (Kham), maudit-il Canaan? Si on répond qu’il maudit Kham dans la personne de son fils, nous demanderons pourquoi il ne maudit qu'un seul des fils de Kham, et le dernier (cf. X, 6). Jamais l’exégèse la plus subtile n’a pu ni ne pourra expliquer cela.

Il y a plus encore. L’acte du plus jeune des fils de Noé est celui d’un enfant ou d’un jeune garçon irrespectueux, et non celui d’un père de famille. Toute la famille de Noé est encore réunie dans la même tente. Rien n'indique qu'aucun de ses fils fût déjà marié, et pour le dernier, en particulier, cela est tout à fait invraisemblable. Noé ne peut donc avoir maudit un fils de Kham qui n’était pas encore né.

Tout se réunit donc pour montrer que, comme l’a le premier compris Wellhausen, le texte primitif de IX, 20-27, donnait en réalité pour fils à Noé: Sem, Japhet et Canaan. Alors tout s'explique : un fils n’est pas maudit pour la faute de son père, à l'exclusion des autres enfants; et rien n'empêche de considérer les trois fils de Noé comme de jeunes garçons jouant à la porte de la tente.

Mais le rédacteur, celui qui a réuni en un seul récit les quatre sources de la Genèse, a essayé de rattacher l’un à l’autre et de concilier tant bien que mal les divers documents qu'il transcrivait ainsi l’un à la suite de l’autre. Après avoir donné pour fils à Noé Sem, Kham et Japhet (VI, 10; IX, 18 s.), il ne pouvait pas, sans transition, sans explication, parler de Sem, Japhet et Canaan. Qu’a-t-il donc fait? Il a d’abord ajouté verset 18b : «Or Kham est le père de Canaan, » pour préparer le récit suivant où il est question de Canaan. Puis, comme d’après VI, 10, IX, 18 et X, 1 et suiv.; Noé était le père, et Sem et Japhet les frères de Kham, et non de Canaan, le rédacteur a cru bien faire en substituant Kham à Canaan, au verset 22, et au lieu de « Canaan... » il a écrit hardiment : [« Kham, père de] Canaan, vit la nudité de son père. » Addition légère en apparence, mais qui a eu pour effet de rendre incompréhensible un récit déjà assez obscur par luimême. Voilà les tours que joue parfois l’harmonistique appliquée mal à propos.

Nous avons ici encore une autre preuve que l’auteur de ce récit ne peut être celui du récit du déluge. Car, d’après celuici, les fils de Noé étaient déjà mariés au moment du déluge et leurs femmes entrèrent avec eux dans l’arche (sans cela, comment la terre aurait-elle été repeuplée ?), tandis que, comme nous venons de le dire, le récit de la bénédiction de Sem et de Japhet et de la malédiction de Canaan supposait, sous sa forme primitive, que les fils de Noé étaient encore de jeunes garcons. Pour maintenir l'hypothèse d’un seul jéhoviste, il faudrait donc supposer encore ici une interversion. Mais il est impossible de placer la plantation de la vigne et la malédiction de Canaan avant le déluge. L'auteur de IX, 20-27 ne racontait donc pas le déluge.

30 Les chapitres XII à XX VI.

Dans l’histoire des patriarches, du moins dans celle d’Abraham et d’Isaac, on peut aussi constater une double série de textes jéhovistes.

836 C. BRUSTON

Ceux du chapitre XV (v. 1, 3-7, 18-21), où Jéhovah promet à Abraham une race aussi nombreuse que les étoiles et qui possédera le pays de Canaan depuis le fleuve d'Egypte jusqu’à l'Euphrate, ne peuvent être de l’auteur des chapitres XILet XIIT, car 10 ils ne font que répéter en termes différents la promesse déjà faite au patriarche dans ces deux chapitres ; 2° ils font venir Abraham d’Our-Kasdim (XV, 7) tandis que le chapitre XXIV, qui est évidemment du même auteur que le XIE, le fait venir d’Aram-Naharaïm (Aram des deux fleuves ou Mésopotamie). (XXIV, 4, 7, 10; cf. XII, 1.)

Au chapitre XVIII, l’apparition de Jéhovah fait double emploi avec celle des trois hommes et trahit l’existence d’une seconde source, jéhoviste comme la source principale. Les versets 1, 3 et 10-15 nous paraissent appartenir à cette source secondaire.

Mais l’existence d’une seconde source jéhoviste me paraît surtout incontestable dans les chapitres XXITet XX VI, et l’'hypothèse de deux jéhovistes rend ici à l’exégèse un service signalé. Comment expliquer, dans la supposition d’un seul jéhoviste, que la promesse adressée aux patriarches, que toutes les nations seront bénies en leur postérité, soit exprimée tantôt par le niphal! et tantôt par le hithpaël 2? Dans notre hypothèse la chose s'explique facilement : les fragments jéhovistes des chapitres XXII et XX VI, où se trouve le hithpaël, sont du même auteur, et cet auteur est différent de celui qui a écrit les passages des chapitres XII, XVIII et XX VIII, où se trouve le niphal. Quand on compare XXII, 15-18, et XXVI, 3-5, on ne peut méconnaitre l’origine commune de ces deux textes. — De plus, ils placent l’un et lautre le séjour d'Abraham et d’Isaac à Guerar et à Beershéba, tandis que, d’après le jéhoviste principal, les patriarches demeuraient à Mamré. (XIL, 18 ; CN LEA)

Et ce qui prouve que, selon la principale source jéhoviste, Abraham ou Isaac n'avait pas quitté Mamré pour se rendre à Guerar et à Beershéba, c’est que Jacob, à son retour de Méso-

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