FEU ET SANG
Quelle tranquillité profonde! quel silence t tout dortl — Oh! non.
Bernardin de Saint-Pierre.
Vers une heure du matin, dans la nuit dont celte journée de débats politiques fut suivie , tout était calme cl silence dans la plaine où l'un des précédents chapitres nous a montré Andréa Marcello et son épouse , débouchant aux rayons d'un beau soir ; tout y dormait, tout , jusqu'aux rayons de la lune, immobiles sur le versant des monts comme sur les broussailles et les bruyères.
Nulle part, pourtant , le repos ne semblait aussi profond quHiilour de celle blanche maisonnette, qui, placée, au milieu d un massif de pins et de châtaigniers . comme un nid dans mie iourte d herbes, ses portes et ses feiiôir* s closes semblait s'y blottir pour mieux goûter ce sommeil, dont on eût dit le fiôlemen des feuilles , murmurant sous ie souffle qui tombait de la montagne , être la respiration harmonieuse.
Et en effet , il n'éteit pas sous ce (oit une seule créature qui ne reposât profuiidem.nl, lorsqu’une clarté soudaino vint l'inoQUcr d une lumière rougi être; la mère de Jocano fut la seule pei sonne qu'éveilla celle illummauon subite.
S’élançant de son lit malgré sa faiblesse, elle se dirigea, épotivunii-e, vers une chambre voisine oit son fils reposait piès de son épouse.
— Jaeomo ! Jaeomo ! s’écria-t-elle d’une voix tremblante.
— Qu’y a-t-il ? réponoit celui-ci, éveillé en sursaut.
— Quelque inalbeur, sans doute : vois quelle clarté !
— Malédiction ! s'écria le Corse en bondissant dans la place ; qu’est-ce donc qui peut brûler ainsi ?
Il se dirigea vers une fenê.re. Il n’en avait pas complètement ouvert la croisée qu’une détonation de carabine se fil entendre; un cri faible (ut pousse dans la chambre, et un corps tomba lourdement sur le plancher.
Le coup avait été tire sur Jaeomo, mais ta halle, mal dirigée, ne mi ava l traveisé que le muscle du bras , et avait rte briser la tête de sa rnère. Il voulut vainement lui prodiguer des sec ours : la malheureuse avait clé tuée iaide.
— Mi Me démons! s’èrria-i-il en déposant ce cadavre qu’il avaii soulevé dans ses bras. Morte !
Sortant brusquement de la chambre, il descendit dans la salle encore ècloiréc par les dernières lueurs de sa moisson,
BIBLIOTHÈQUE POUR TOUS
que la main de l'assassin avait incendiée ; il saisit son escopolie 3M>pendue au manteau de la cheminée , ouvrit vivement la porte , et , franchissant le polit mur dont la cour était enceinte, il disparut au milieu des arbres.
Il était neuf heures de la matinée lorsque , l'air triste et sombre, son fusil sous le bras, il reparut au logis.
Sa inére, dont on avait lavé la blessure, était exposée, revêtue de ses plus beaux habits, sur un lit que l’on avait dressé dans la salle, et au chevet duquel une assiette pleine d’cati bénite était placée, ainsi qu'un crucillx et deux flambeaux, sur une petite table recouverte d'un drap blanc.
Une jeune femme , un enfant et plusieurs domestiques étaient â genoux au pied de celte espèce de cénotaphe.
J.icomo se découvrit, déposa sa carabine; puis, après avoir pris la branche de buis qui trempait dans l'eau sainte, il aspergea légèrement le c -rps de la morte, et vint s'agenouiller parmi tes autres assistants , voulant au moins donner des prières pour celle à qui il n’avait encore pu donner du sang..
L’inhumation n’eut lieu que dans la matinée du lendemain ; une foule d'amis vinrent, eu se joignant au convoi , rendre un dernier hommage aux vertus de celte femme, dont le toit avait toujours eu un refuge pour les proscrits, les gerbes des épis pour les malheureux.
De retour de celle lugubre cérémonie. Jacomo, sans rien changer à ses vêtements, quitta sa famille pour se rendre à Calvi. Qui fut-il faire? Le soir mém il en était de retour.
Le lendemain il lut debout dès l'aube. Apres avoir changé le pantalon qu'il portuil la veille contre une culotte d'un dr8p grossier, qui lui permit de porter ces lourdes guêtres de cuir dont les courroies se bouclent sur le côté extérieur de la jambe, il revêtit une petite veste en poils de chèvre ; puis, ayant renouvelé ses munitions, il prit ses armes et jeta un lourd pelon sur ses épaules.
— Femme, dit-ii avant de sortir, je serai sans doute absent quelques jours.
— Nous quitterez-vous sans nous embrasser, moi et votre flilsî
— Je vous embrasserai à mon retour.
Il sortit. Ceux qui eussent pu voir le poignard et le pistolet places dans le ceinturon de sa giberne , et l'cscopeile qu'il portait sous son bras, n’eussent point doute qu'il n'ullàt acquitter qnelquo vendent*.
Son absence dura dix jours. Lorsque , sur le soir du onzième, il reparut sur son seuil, une bxibe épaisse couvrait ses traits, scs vêtements étaient souillés de terre; mais il s'empressa de faire di.-paraître, avec cette barbe et ces vêtements, les traces de vie rude qu’il avoit traînée dans les falaises et dans les maquis : le jour, à l'affût dans quelque touffe d'arbousiers ou de ronr.es. la nuit couché, enveloppé dans son manteau, sur un lit d'heibes cl d'aloës, puis il reprit, entre sa femme et son enfant , la vie calme du foyer domestique, impassible comme si ces quelques jours eussent fait passer un siècle sur le malheur qui l’avait atteint dans son affection la plus sainte.
sua l’eau
Comme il fuit le long du coteau.
Le frêle esquif doui l'onde au loin garde la trace; Sa voile s'arrondit et se penche avec grâce.
Comme il fuit, le léger bateau !