‹ Les deux martyrsChapitre 13 sur 33 · OU LK TROUVER · texte numérisé non relu

OU LK TROUVER

Oh ! la haine en mon c««ur éternise l'attente Qu’il vienne donc! qu’il vienne I...

Auguste l au Hier .

Une heure, deux heures s'écoulèrent , que Frédéric, impatient cl sombre , piétinait encore la bouc noire dont la pluie avait inondé l’etroiic ei sombre rue Ueauircilli*.

Marcello n’avait reparu à son hôtel.

Las d'aitendre, le jeune artiste s'arrêta un instant pensif; puis, avant repris sa marche . il fit encoie quelques tours avant Je s'arrêter de nouveau. Eu lin , après un moment d'hésitation, boulonnant vivement sa redingote, comme si une illumination subite venait d'arrêter bri squeuienl sa determinaiion, il so dirigea d'un pas rapide vers la caserne des Célestios.

fuir!

Viens avec mol, jeune femme !

Que les vents indomptés nous conduisent. Ici pour toi le malheur et l'esclavage. Fuyons! l’amour et la liberté sont S nous.

Thomas Moore.

Le cœur brisé, l'àmo inquiète, Giulia était tombée dans un abattement prolond.. Ses yeux secs et ses traits tirés en révélaient toutes les angoisses. Le soir, dont l'ombra était hâtée par un ciel épais, commençait à brunir le ciel.

La porte de sa chambre s’ouvrit brusquement.

Elle tressaillit.

— Vous, monsieur !... vous encore !... Mais, Frédéric...

— Je sais tout. Là, derrière cette porie , j’ai tout entendu. — Ola ! qu’il m'a falltrde patience pour ne pas l'interrompre par un éclat ! Votre honneur me disait d’attendre : j’ai attendu. Mais ce soldat corse aurait-il eu peur? Depuis trois heures je le cherche : peine inutile! Chez lui? personne; à la caserne? personne, Sans le hasard, j’ignorerais encore son départ pour Courbevoie !

— Pour Courbevoie !

Ce fut un cri, — un cri déchirant.

— O mou Dieu I Je suis perdue ! je suis perdue !

La léte plongée dans ses mains, elle sanglotait si douloureusement, que sa poitrine s'agitait à faire craindre que la malheureuse ne sulfoquàl.

— Giulia!

— - Oh ! vous ne savez pas, vous ! vous ne connaissez pas Pielro, son amour soupçonneux, ses emporiemeols et ses rages. Il m’ecrasera, il me broiera sous ses pieds. Si auparavant je pouvais mourir! O mon Dieu! mon Dieu I comment l’éviter? que devenir?

Elle se reprit à pleurer amèrement.

Frédéric, qui. debout devant elle, était resté immobile, atieré par celte douleur, sembla trouver dans ccs derniers mots une résolution soudaine. *

— Oui, Giulia, vous avez un moyen d'éviter sa colere. Vous ne pouvez espérer le fléchir... 11 ne faut pas t’attendre.

Giulia, étonnée, leva les yeux sur lui.

— Ne pas l'attendre!... répéta-t-elle.

L'accent et la lenteur avec lesquels elle prononça ces quatre mots, eussent fait croire qu'elle n’en avait pas bien saisi la portée.

— Vous ne pouvez rester ici, reprit Frédéric ; vous ne le pouvez!... Quand il n'arriverait point un malheur, concevez-vous quelle serait votre position? vivre toute votre vie avec un humme qui vous méprise cl qui vous hail, qui vous soupçouue et vous cjiie; concevez- vous cela, madame? Oh ! la mort que vous redoutez, ce serait uo bonheur auprès de cet avenir. Eh bien ! il est encore un espoir...

— Lequel?

— Fuyons.

— Fuir!

Après ce mot, qu’elle prononça comme pour appeler dessus son intelligence, ello resla un instant pensive. Ge voyant, Frédéric poursuivit :

— Qui peut vous retenir ici? une chaîne qui vous était devenue pesante, qui peut vous écraser maintenant. Mais, si vous ne la brisez, il la fera briser ou la brisera tui-méme. Moi, orphelin comme vous, aucun lien ne m arrête, aucun lien que je ne puisse rompre à l'instant. Fuyons. Ou qu importe. Ne truuverons-iious pas toujours un asile, ue l’air pour respirer, et mon autour pour vous guérir le cœur? J’ui fuit votre malheur, laissez-moi partager votre destinée.

Oh ! quel que soit l’avenir, avec vous, Giulia, ave» vous, ce sera ionjours du bonheur !

—'Moi fuir!...

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