‹ Les deux martyrsChapitre 19 sur 33 · CB QUI DEVAIT ARRIVER · texte numérisé non relu

CB QUI DEVAIT ARRIVER

Du sang! du sang ! du sang!

Alfred de ngrty.

— Monsieur, dit-il en rentrant, vou9 devez bien penser que cette affaire ne doit point se terminer ainsi entre nous.

Son exaltation semblait sêire soudainement calmée. Un désespoir sombre, une résignation inflexible et fatale régnait dans sa physionomie comme dans scs paroles.

— Vous avez joué un jeu qni doit coûter à l'un de nous deux la vie. En la souillant, vous avez détruit la mienne; votre sang seul peut laver celle tache. Le vôtre, donc, ou le mien ! A Dieu de décider lequel de nous deux doit vivre.

Frédéric se mil a sa discrétion de l’air passif d’un homme dont los événements ont placé la conduite en dehors de sa volonté.

— J’eusse bien pu me venger tout de suite, continua Pietro après un court silenco ; je pouvais vous poignarder lout-à-i'heuro : je connais vos lois, je ne l'ai point fait; et ne in’on sachez point de gré ; si j’ai rejeté cette pensée, ce n'a point été pour vous, mais pour moi. Il eût fallu donner aux événements de celle nuit le retentissement des tribunaux; il eût fallu afficher ma honte, je ne l'ai point voulu. Un duel n'a pas les mêmes inconvénients. Je vous demande raison de votre conduite.

— Monsieur, je me rendrai à tout ce que vous voudrez; mats, je dois, auparavant...

— C’est tnutilo, interrompit vivement Pietro, je ne puis rien entendre.

— Enfin, monsieur...

— Point d explications ! vous dia-Jo.

— Il le faut, pourtant.

— Taisez-vous !

— Vous croirez ce que vous voudrez, dit Frédéric avec un sang-froid égal a l'emportement du lieutenant: mais, je dois à ta vérité de vous affirmer ici que madame est innocente. que votre honneur est sans tache.

— Vous êtes un lâche l s’écria t'oMeler dans Ionie l’exaspérai ion de la fureur. Je voi3 où vous voulez en venir : cc serait par trop fort de refuser un combat a celui dom on a troublé et souillé la vie. Vous jouez d'adresse, vous voulez me faire tomber les armes des mains; niais c'est en vain, vous vous battrez 1 S’il faut vous y forcer pur des outrages, on vous y forcera, car il me faut votre sang, voyez-vous ! tout votre sang, et je l'aurai.

Frédéric n'était point -accoutumé à entendre un pareil langage. Son visage devint pâle, et ton corps tremblant;

Il fallut le reste de retenue que lui inspirait encore la position malheureuse où la falahli avait jeté cet homme, pour calmer la violence qu’il sentit remuer dans sa poitrine.

— Monseur, c’est trop!.,. J'avais à remplir un devoir; ce devoir, j’y ai satisfait ; peu m’importent vos imprécations ! J’ai uû respecter un emportement que je u’avais point excité, mais que les circonstances me faisaient comprendre. Otie colere me rend toute ma liberté, rien ne peut justifier vos injures; et quand ce ne serait plus vous qui me demanderiez raison, ce serait moi qui l'exigerais.

— C’est bien, doue : et quand ?

— Quand voua voudrez.

— Dès qu’il fera jour. Vos armes?...

— Vous vous êtes trouvé le premier insulté, à vous le choix.

— Je suis militaire ; si je prenais l’épée, voua vous imagineriez peut-être que je veux vous assassiner; nous prendrons le pistolet.

— Le pistolet, soit. Le lieu?...

— Le plus voisin.

— Dans la plaine de Mont-Rouge.

— C’est bien I

Il sortit.

Frédéric ferma la porte.

Toutes les horloges répétaient en ce moment, dans Paris endormi, les douze coups que venait de frapper la sonnerie de l’église Saint-Paul.

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