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Le# brait# du foyor domestique ont presque toujours des échos extérieurs.
Julien Chevalier-Mali bert.
Quelle que fût la prudenco que Falcom eût résolu de mettre dans les explications dont son retour devait nécessairement être suivi, lui qui voulait avant tout murer le secret de son outrage dans l'intérieur de sa maison, il étuit si pi u préparé au coup terrible dont l’absence de Giulia brise son à me, que la fougue de ses transports n’eut pas même à lutter contre sa volonté.
Son étonnement avait été si profond en présence de ce lit vide, de ces appartements deserls, que toutes ses prévisions les plus sombres se trouvant dépassées et détruites par ce malheur, il était tombé sans résolution au milieu de faits dont la brusquerie avait confondu toutes ses pensées dans l’exaltation des passions les plus violentes.
Pietro avait bien redouté que cette femme, tète plaine de rêveries, cœur plein de mystères, n’eût laisse dominer ses affections par le vague sciitimenlalisme et le phraséologie romanesque de ces jeunos fous, qu’il n’avait jamais rencontrés sans crainte dans les salons dont Giulia avait suivi les fêtes; et cette pensée, lo plus grave de celle» qu’avaient soulevées ses soupçons, avait allumé tout son sang, éveille tome sa jalousie.
Qu’étail-elle pourtant cette pensée, auprès de l’affront que lui jetait au visage son appartement abandonné?
Giulia, que quelques heures auparavant il avait laissée triste, souffrante, «ans projeta, en ce moment absente... a minuit! Ou donc était-elle?... Ou?...
Devant cette idée qui, comme un éclair, traversa sa tête, tous ses projets de discrétion s'effacèrent; cet hôtel .
3 n’un mot pouvait initier à sa honte, la publicité, le «canal», le ridicule, tout fut oublié, tous ses projets s’évanouirent dans le vertige dont le frappa cette alfreuse révélation.
Et, d’aillenrs, lor» même qn’il fût resté froidement maître de toute sa volonté, les circonstances lui eussent-elles permis d’étouffer dans le secret ces événements? Le voile ne ' s’en lût-il pas déchiré de lui-môme?
L’alarme, où le coup de pistolet avait jeté tous les habitants de la maison, avait laissé trop d’anxiété dans les es-
prits; il ne s’était point écoulé assez de temps depuis cet accident, pour que l’arrivée de Palcoiu ne troublât point le sommeil où semblait retombé l'hôiel .
Aussi, le bruit de la sonnette et le nom de Giulia eurentils à peine retenti, qu'une oreille attentive eût pu entendre un léger frôlement de pus dans tons les appartements, que la voix de Pietro sembla animer comme un appel nngique.
Le passant, s’il s’en fût trouvé à celle heure dan» cette rue écartée, n'eût pu voir -sans étonnement toutes les fenêtres de cette maison s’éclairer à la fois.
Le caractère violent de celte scène, dont tous les locataires devinèrent aussitôt le motif, tint cependant toutes les portes discrètement fermées.
Mais, lorsque l’ajournement qui termina les explications que Frédéric voulut donner à Pietro eut sépare l’ainanl et l’epoux, quelques bruits de VeTTOUX lentement tirés, ou de clefs tournées avec précaution, puis le murmure de phrases échangées à voix ba^se, annoncèrent que si les portes étaient restées closes, lea oreilles n’en avaient point été moins attentivement ouvertes.
Ces bruissements furent aussi courts que vagues; la curiosité, peut-être même la malveillance satisfaites, toutes les lumières s’éteiguirent comme si un seul souffle eût passé sur elles.
AMtbS M1SU1T
Souvent, quand Je traverse, dt».
rant la nuit, les rues silencieuses de Paris. Je me demande quels spectacles éclairent ces lumières que je vois veiller h quelques fenêtres isolées.
k'iclor Uerbin.
Il est un moment de la nuit où, comme la nature, Paris, au milieu du calme et du silence, semble reprendre une nouvelle vie.
C’est l’heure où les campagnes redressant leurs fleurs, où les cictix ceignant leur couronne d'etoilcs, échangent avec amour leurs parfums et leurs rayons.
C’est l’heure où l'orgie est dans sa fougue, la mousse du vin de Champagne sur la lèvre, le feu du vin de Champagne dans les yeux; l'heure où, sous le heurtoir, releotit seule la porte des mauvais lieux.
C’est l’heure où mille vagues murmures unissent en arpèges mélodieux leurs notes si mollement diverses : le souffle de la brise dans les branches, lo bruit de la rosée sur les feuilles, le phalène au milieu des fleurs, lo grillon dans les hautes herbes, le rossignol dans les grands arbres.
C'est l’heure où, devant les tablas de jeu, les visages sont pâles, et les poitrines sanglantes, où la Seine reçoit dos corps vivants.
C’est l’heure où, comme l’autel d or à l’instant du sacrifie-'. la terre exhale se» odeurs les plus suaves vers le ciel.
C’est l’heure cù la vitre crie sous lo diamant, la serruro sous le crochet, la victime sous le poignard ; l’heure où la Seine reçoit des cadavres.
Car si. à celte heure, tout ce qui veilla au ciel et dans les campagnes, accomplissant »a loi naturelle, n’offre qu'harmonie et sérénité , ce qui veille dans notre B ibvlone, a ces moments où le sommeil est descendu sur les hommes, ne peut présenter qu’infraciion et anomalie. C’est en effet lo crime, le vice ou la souffrance; à peine si l’élude qui sa brûle le sang, le travail qui se brûle les yeux, jeaeul quelques exceptions dans ce di sordre.
Or, c'était la douleur qui veillait dans trois chambres qui restèrent éclairées lorsque le reste do notre hôtel fut retombe' dons l'ombre et dans le silence jc'etail elle qui devait y veiller jusqu'au jour.
Frédéric debout le coude oppuyè sur un des angles de sa cheminée, les regards immobiles» songeait moins à ce
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BIBLIOTHÈQUE POUR TOUS
bonheur auquel l'arrachait la fatalité pour le placer sous la balle d'un pistolet, qu'à l'avenir où ses imprudents conseils précipitaient une femme si profondément aimée, qu'il n’iûl pense lui faire aucun sacrifice endonuanlsa vie pour elle.
Car, à l'égard de ce qui touchait sa rencontre avec Pietro, sa résolution était bien invariablement arrêtée ; tout en déplorant le préjugé qui voulait une catastrophe pour dénoûuient à ente intr-gue, il concevait que c’èlail lui seulement que devait frapper cette conséquence barbare ; il se fût cru coupable d'un assassinat s’il eût versé le sang de ce malheureux, a qui la voix de la société criait : Venge-toi , ou sois flétri ! lui qui l’avait placé dans celle alternai ive fatale.
Giulia , seule dans sa chambre à coucher, la figure appuyée sur son lit, était tombée dans une espèce de sp&suie, dont les étouffements comprimaient et laissaient éclater tour à tour ses sanglots.
Pietro, lui, les traits horriblement bouleversés, 1rs yeux étincelants sous leurs sourcils fronces, marchait dans uue piece voisine comme une bêle féroce qui rôde dans sa c»ge.
Sa respiration, où bruissail une sorte de râle, annonçait, auUml que l’action convulsive de ses mouvements , fin quiétude et la rage qui déchiraient sou cœur.
Une pensée s'etoit produite subitement à lui dans ses désirs de vengeance.
La voici :
Le lendemain allait bien le placer en face de son ennemi ; mais c'était pour un combat.
Dans ses prétendus jugements de Dieu, l’arrél est-il toujours infaillible? Le triomphe est-il toujours en pari au bon droit? Qui dit combat, n'implique-l-il pas possibilité do revers ou de victoire ?
Or, s’il arrivait que ce fût sa poitrine que frappât la balle, sa mort ne rapprochait-elle pus ceuxqu’il voudrait anéantir? Son sang ne servirait-il pas lui- même de ciment à leur union ?
Oh ! comme il regrettait alors, dût le monde entier déverser sur lui le ridicule et l'infamie , comme il regrettait d’avoir coniië sa vengeance au tir lucertain d’un pistolet ; d'avoir préféré le duel à l'assassinat , lorsque la loi ellemême lui mettait aux mains le poignard !
Giuseppe entra durant cette flèvreuso rêverie.
— Il est bientôt deu\ heures, lieutenant, dit le soldat en portant militairement les doigts à son bonnet.
— Va dire à Joch, reprit Pietro après un moment de réflexion , que j'ai besoin de lui demain au point du jour: j’irai le prendre.
— Faudra-t-il rentrer apres ?
— Je n’ai pas besoin de toi avant six heures.
Giuseppe salua et sortit.