UN GROGNARD
J’aime leur bonne et naïve gaieté.
Burger.
— Voilé deux particuliers qui m'ont tout Pair d’aller se laver la conscience avec des balles.
— Oti reconnaissez -vous donc cela, l’ancien? Etes-vous physiolomiste f
— Un peu, mon garçon; et puis... l’habitude; il n’y a commp cela pour former l’homme : tu n’auras pas monté la garde deux fois à cette grille, que ta connaîtras cela comme moi.
— Comment donc?
— Soir et malin, vois-tu, on ne passe sur ce pont que par couple; le soir, ce sont des amants, un jeune garçon, une jeune fille, jolis tourtereaux, qui vont roucouler et se becqueter sous ces arbres.
— Et le malin?
— Lo matin, c’est différent : les couples se rendent I des lête-à-iéto, où Ton ne chiffonne pas plus de collerettes que de jupes.
Le vieux grognsrd hocha la tôle, aussi content de sa périphrase qu’eût pu l’étre le périphraseur par excellence, feu M. l’abbe Dclille.
— Ça fait compensation, repartit le conscrit, en accompagnant’sa bonne grosso malice d’un joyeux sourire; on détruit le matin ce qu’on a fait le soir.
Les deux soldats ne s’étaient point trompés : c’étaient Frédéric et son ami qui franchissaient alors le pont d'Austerlitz.