‹ Les deux martyrsChapitre 30 sur 33 · AU CIMETIÈRE · texte numérisé non relu

AU CIMETIÈRE

Rien ne peut renouer ces liens rompus.

Chatterton.

Quatre ans se sont écoulés depuis celte catastrophe. — Giulia et Frédéric ne se sont rencontrés qu’une fois, et rencontrés par hasard. — Quelle rencontre!

BIBLIOTHÈQUE POUR TOUS

Ce fut deux jours après le duel ratai .

Frédéric était sorti dès le matin de son hôtel, et n y avait DOint reparu de tout le jour; il avait voulu se soustraire aux impressions que la ceremonie funèbre, qui devait avoir lieu, eût infailliblement soulevées dans son cœur.

Un détachement militaire était venu prendre la bière ou reposait le cadavre de Pieiro, pour rendre aux épaulettes de l’ofllcier le dernier honneur. Un homme, les traits tires, les veux rouges, vieillard que deux jours de remords et de douleur avaient plus cassé que ses longues années, avait suivi le cercueil du jeune exilé, et lui seul, le vieux Giuseppe, le bon serviteur, avait jete de I eau bemle et des larmes sur la dépouille mortelle de son jeune maître, et sur la terre glacee où l’étranger allait dormir son dernier

S °JU*" heures de la journée s’étaient bien lentement traînées pour Frédéric; cependant, lorsqu’il quitta son ami, appréhendant encore le moment de rentrer dans son hôtel, sollicité d’ailleurs parla beauté de la soirée, il se laiwa aller à ce besoin de mouvement et de bon air que I on éprouve lorsque l’on a souffert tout un jour dans 1 immobilité et 1 i-

11 suivit le cours de la Seioe, qu’il ne quitta que pour les jeunes allées du boulevart de l’Est. A m .„ cn ô

Le ciel était calme et serein, la soiree avait une mansuétude douce à une âme ulcérée, comme I air tiède de l automne l’est à la poitrine d’un jeune mourant.

Le soleil se couchait dans une brume légère, ses derniers rayons baignaient l’atmosphère des plus suaves tons où la laque puisse se dégrader dans le blanc d argent et l'outre-tner. L’air calme, le ciel pur, la nature paisible, haruioniaient vaguement leurs voixdens un bruissement a peine modulé d’oiseaux qui chaotent, de brise qui frôle, de Feuilles qui murmurent. . „ .

Frédéric marchait jouissant de ces belles heures, autant que l’on peut eu jouir lorsque l’aine, fatiguée de souffrir, s’alfaisse Bans pensée, et laisse le corps à la perception extérieure des nerfs.

Avant rencontré sur la droite une vaste enceinte, parc de verdure et de (leurs, il y était entré sans remarquer es urnes qm se eactiaient sons les roses, les colonnes et les obélisques qui »e dressaient parmi les acacias el les cyprès, sans s’apercevoir des émanations fades qui se mêlaient aux brises de parfums, — haleine de la tombe corrompant 1 haleine des fleura. . , . ,

Insensible i tout cela, il avait déjà parcouru plusieurs allées, lorsqu'il s'arrêta subilemeut, hagard et tremblant comme un homme que l’on arrache, par un sursaut, au

S0, | , | ,, ”e trouvait près d’une fosse fraîchement comblée ; de Fautre côté, à genoux et la tète inclinée vers la terre, une jeune femme, — Uiulia, — enveloppée d’un Crêpe long et épais, se louait dans une immobilité si complété, qu ou eut pu la prendre pour la statue d’un tombeau.

Frédéric, immobile lui-même comme un marbre, tenait depuis longtemps ses yeux attaches sur elle, lorsque, tirée par l’impression froide du en puscule, de cette absorption douloureuse, elle le reucontra, du regard, debout devant elle.

Son premier sentiment fut une émotion de terreur superstitieuse, dont l’expression se perdit bientôt sur sa ligure pâle, dans l'assombrissement d’uue mélancolie futiehre. Maîtrisant la lutte qui s'agitait peut-être dans son cœur, elle se leva, s’enveloppa dan» un long cachemire noir qui la dessinait de ses plis soyeux, et s’éloigna en jetant sur le jeune homme un long regard qu’elle reporta vers lo ciel. Us ne se sont pas revus depuis.

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