‹ Les deux martyrsChapitre 4 sur 33 · UNI VOIX · texte numérisé non relu

UNI VOIX

Souvent que de tendres cae&sag'-s dans une romance ou dans une fleur!

lan Czyntki.

Une voix douce, mais aussi large d'intonation que fraîche de timbre, ne tarda pas à fair*- retentir a l'extérieur un des motifs du bldelio de BeelboWen. I.a troupe allemande venait de jouer, pour la première fois, cet opéra sur le théâtre Italien de Paris. Joch sourit en voyant la jeune femme prêter l’oreille.

La pluie avait cessé; le temps était encore bas, le jour encore grisâtre. Un rayon de soleil, tiède et dore, se fourvoyant a travers les nuages, souriait pourtant alors entre deux ondees. Le faisceau de clarté qu'il plongeait dans ta chambre se destinait autant par son celai vif et colore que par ies milliers d'atomes qui se baignaient et tournoyaient dans sa lumière. L’impreasion d'une journée pluvieuse, lut attribuait dans ce moment encore plus de sérénité et plus de vie.

Uiulta, indécise quelques instants, se leva enfin et ouvrit la fenêtre.

Eiau-co le désir de respirer l’air, que réchauffait et séchait ce premier rayon, qui fit quitter à Giulia sa bergère ; ou voulut-elle trouver une distraction à l'impression pénible dont les plaintes de son mari avaient dû lui serrer le cœur, si la pauvre enfant y avait prête l'oreille?

Joch. si I on eu juge p..’r le sourire qui anima ses lèvres, quand il la vil appuyer scs coudes sur la barre transversale de la croisée, dut penser que c'elait pour mieux entendre les paroles du jeune chanteur.

Il hocha la tâte, comme s’il se fût applaudi de voir succès-

sivement s'accomplir les incidents les plus favorables â la réussite du ses projets.

— Tiens! d>t il apres avoir dissimulé sous un air d'indifférence la satisfaction dont s'etail animée sa ligure, celle voix n’est point mal.

Pieiro >embln sortir d’une préoccupation profonde.

Que se passa-t-il dans sou âme! il n eût point écouté durant une seconde, que, le froni rouge, il s'élança vers l'autre croisée, et l'ouvrit avec violence. Il fut un instant penché en dehors lorsqu’il se releva, le sang sYtait violemment repor'e vers son cœur; sa face se roidissait sous une pâleur safranée et livide.

— Que faitea-vous*là, madame?

— Vous savez, mon ami, combien rarement je sors de cette chambre. Ne puis je ouvrir la fenêtre pour respirer un peu d'air?

Eu prononçant ce» mots d’une voix émue, la jeune femme referma doucement la croisée.

Pietro hocha la tête et se croisa les bras :

— Oui, sans doute, et je sms injurie, n’est-ce pas ? Ici, l'on re-pire l'air a la fenêtre ; au bal, on doit ê re honnête avec tous tes cavaliers ; et je suh un >ou de me tourmenter de ces bagatelles!... Ce sont d'excellentes raisons; mais prenez gai de, madame, on ne tne prend pas dans mie toile d'araignée comme un moucheron : je ta brise. Vous cote lui— i / mon caractère. Il est dangereux de jouer avec un stylet comme avec une épingle a cheveux : ne sortons pas, Croyez- moi, d’une sphère hors de laquelle tout serait crime et malheur pour h*» deux.

La violence de Pietro avait plusieurs fois éclaté â travers la contrainte dont l'environnait sa tendresse. Giulia le connaissait ; elle savait ions les emportements qu’un soupçon seul pouvait remuer dans cette âme, et pour ant elle fut si profondément frappé** de la brusquerie de cette scène qu’elle ne put longtemps répondre n cette colère qu'en ai'acham sur son mari un regard de reproche et de douleur. Lui, sombre et agité, se promenait en silence.

— Pietro, dii-eile enfin, votre caractère s'aigrit chaque jour, je le vois bien, mon ami. Pourquoi dune cela?... Je népui> plus rien hure qui ne vous alarme; un regard, un pas, un mot, tout vous inquiète.

— Mais enfin !... n prit Pietro avec un trouble contre lequel sa volonté perdait toute sa puissance.

— Vous at-je du une quelque motif de plainte, dites?...

— Non !

Le tou avec lequel ce mot fut prononcé révéla tout le froissement qu’avait fait subir a sou cœur celle scène vio lente, et l’embarras dans lequel le plaçait, vis-a vis de Joch, cul imprudent emportement.

— Et pointant!... Tenez, Pieiro, vous devenez sans cesse plus injuste.

Giulia, après ces nids, posant son front pâle sur sa main, dont 1rs doigts b ânes et effiles se iioyérem dans se- cheveux, se mu a verser des larmes, mais des larmes sans reproches, sans sang lois, celles d une douieur résignée, d une douleur qui débordé d'un cœur lait û suulfnr, comme les gouttes d eau qui pleuvcni d un dahlia duul le calice est trop plein du rosée.

A la voir ainsi abattue, les yeux et les joues en pleurs, vous eussiez dit celte sainte tête de vierge, eu A berl Durer a fait passer, avec une résignatiou céleste, toutes les douloureuses poésies d’un cœur de femme. Pietro resta iinino bile, les yeux fixes sor elle.

Celte voix plaintive et pénétrée avait calmé son sang; devant celle altlictiou profonde, intime, muette, sa coiere s'était cvunouie.

Il se retrouva calme, face à face, avec celle scène désolante, que la plus fugitive apparence avait provoquée. Lui qui, un Distant auparavant . eût craint de laisser percer un Seul des soupçons qu'il s’efforçait d'étouffer dans son cœur, il venait d’associer uo tiers à ce scandale I

Il comprit que ce n'etail qu’eu s accusant qu’il pouvait revenir sur celle imprudence. Faible ressource!. .. Enfin ! Il fit riicore quelques tours dans la chambre, puis s'arrêta devant Giulia.

— Oui, lui dit-il, c’est vrai, je suis iujuste ; mais loi, n'astu pas aussi des torts? Je sais combien lu uf8imes, je no devrais pas m'alarmer sur d'aussi huiles soupçons, lu as raison; mats lu connais mon caractère : puiaqm* ces riens me froissent , ne pourrais - lu pas l'efforcer d’éviter ces rien»!

Giulia soupira profondément. Il poursuivit ;

— Et puis, ce n’est pas ta faute, c'est celle de tout ce qui

tYutoure; c’est celle de ce maudit pays. Tu n’es pas cause que l’on le guette, que l’on tYpie, toi.

S avançant alors vers elle , il lui tendit la maio d’un air de repentir et d'amour.

— Eh bien! Gmita, m** pardonnez-vous?... Tu l'as bien dit, je deviens injuste; sois généreuse : j’ai tant à souffrir !

— Mon ami! reprit Giulia, en lui serrant la main dans les deux siennes. El un regard de tendresse brilla à travers ses larmes, comme un sourire languissant sur scs lèvres qu’attristait encore la douleur.

IY

pnoiDF.cn.

La bouche sourit mal quand les yeux sont en pleurs.

Etan t te l’arny.

Un soldat vint annoncer en ce moment que le cheval du lieutenant Falcom l'attendait a la porte de la caserne.

L'escadron était rassemblé, impatient de regagner ses cantonnement» de Courbevoie , d’où il venait p.*r détachements faire, coneuiretmneul avec la garnison de Paris, le service de la capitale.

— Prend» celle valise, je descends.

Le soldat obéit.

Célail ntl vieux Corse d’une soixantaine d’années, grand et fort, quoiqu'un peu grisonnant ; il axait conservé son allure brusque, son air farouche, comme s'il ne lût jamais sorti de ses maquis. Il ne s’etail engage que pour suivre son jeune maître.

La séparation des deux époux fut triste et gênée; en vain » efforrèreul-ils d’oublier l’orage qui aYtait ( levé entre eux ; en vain Pietro sembla-t-il combattre, par plus d’afiection, la froideur qu'il avait lait naine, i.a scène était trop léo nie pour que le souvenir hYii d bornât point de cent n attio es dans leurs adieux. Il y eut d»* la coin ramie dans leurs paroles, du fond dans leur s barsei s. Quelque chose de forcé leur enleva ce caractère d'abandi n et de franchise quo donne aux adeciions lu spouiaiicile de l'âme. C'est que, dans celle vie intime où se trouvent enchaîner» deux existences, on ne porte point Impunément atteinte à lu quiétude du foyer.

On aliache généralement trop peu d'importance à ces petrts orage» qui troublent par moment le calme domestique. Parce qn ils n'ont quu la duree des mouvements d'irritation qui te» font naître, on croit qu'ils passent complètement avec eux : ou se trompe. S ils s’oublient dans un retour de tendresse, le» tiaces qu'ils hiisaCui après eux dans I àn.r* sont comme ce» écritures effacées, que fout reparaître les plus simples agent».

Voilà le >eeret du la désunion de bien de» ménages , où les époux sYloiineui , après plusieurs umiee» du vie commune, de trouver tant de froideur amassée entre eux.

L’on ne froisse pas le cœur sans qu’il en gurde l’empreinte; la tmdrese est comme un lac ; il se calme bien apres une tourmente ; mais son eau reste quelque temps trouble : que les graïus se succèdent, il perd pour longtemps sa limpidité.

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