CONFIDENCE
..... Nous sommes seuls < écouta.
Voltaire,
Joch Marcello voulut accompagner sou ami jusqu’à la
caserne.
|i» parcoururent d’un pas rapide quelques-unes de ce» nieih-s étroites dont lYcheVeau u'eniuce ut se môle dans l'antique quartier de l’Arsenal.
zed by CjOOglc
BIBLIOTHÈQUE POUR TOUS
IU ne s'étaient point encore adressé une parole, lorsque PiHrn, faisant un effort dont la contraction de ses traits put révéler la volence, prit le bras de MNl compagnon.
— Jucli. lu es le seul homme à qui je voulusse foire celle confidence.
ils ralentirent leur marche; Joch devint plus attentif.
— Ne» sons le même ciel, le même soleil nous o donné les
mèm< s passions. Tu me comprendras Une feuune esl
bien faible quand elle est abandonnée à elle-même , au mi lien de celte société, où tout ne tend qu’à la cii convenir et à la tromper; elle a besoin d'une voix qui la conseille, d un bras qui la soutienne, d'un œil qui I» surveille.
Il prononça ce dernier mot surtout avec embarras; car ce mol résumait toute sa pensée : c'était un surveillant qu'il voulait donner à tiiulia. Il en coûtait beaucoup à son orgueil do faire cet aveu ; il eût voulu déguiser à lui-même le secret dont , pour son rœur jaloux , la confidence était une nécessité ; aussi ses paroles donnèrent-elles pluiAl à deviner quVlles n exprimèrent ce qu'il attendait de l'homme qu'il appelai! son ami.
Il avait porte son regard sur Joch pour observer l'effet
ue cette rêve oiion imprevue avait produit sur son visage.
elui-ei était trop adroit pour ne point cacher, sous un intérêt affectueux, la joie que cette confidence lui mettait dans l'âme.
Pielro continua : *
— Eh bien! forcé de quitter Giulia sans cesse, je préfère encore qu'elle reste à Paris, a ce qu elle me suive un milieu des intrigues d'une garnison de petite ville; mais j’allends de ton amitié que, lorsque je serai absent, lu me remplaces auprès d'elle. Le n'est pas que je la soupçonne... non. elle m'aime, je le sais; mais au milieu de ces mœurs emp»i>onnées, parmi ces hommes musqués de beaux sentiments, et dont toute la sensibilité est à la peau , quelle que soit la vertu d’une femme, on don toujours trembler pour elle.
DÉSBNCH ANTEMF.nT
Tu t’es fanée, jeune rose f car les joies du passé, s'envolant loin do toi. comme des papillons d'or, ont jeté dans ton cœur le ver rongeur du souvenir.
Adam Mickiewicz.
Giulia» restée seule, était tombée dans une rêverie dont la sombre obsession avait passé dans ses traits.
Les mains croisées sur sa ceinture . elle tenait ses yeux humides attachés au parquet, et son àtnc é une pensee où ses douleurs présentes s associaient à un long regret.
La fixité du ses regards, et l'immobilité nervriiae qui roidissait les muscles de son visage, lui donnaieni l'aspect d'une statue, où le ciseau de l'artiste eût traduit les fantastiques hallucinations de la dernière Marguerite de Seheffer.
Pauvre femme I qui dans ses chastes rêves s’était créé une destinée, avec toutes les illusions dont l'enfance dore et parfume les premiers espoirs, quel désenchantement lui avait offert le monde!
Oh 1 quand elle quitta la main de sa mère pour prendre le bras d’un époux , vers quel avenir s’était élancée sa jeune âme! A sa vie première, douce quiétude du foyer domestique, calme, pur, sous l'aile maternelle, — ai lait succéder une vie de passions, où toute et toujours I âme vibre, où chaque fibre a ses tressaillements, où chaque affection d'epouae ou de mero a res ivresses ; vie céleste, où deux êtres unis par le cœur, où deux existences fondues dans un amour, allaient s’isoler de tout, ou se rattacher a tout par le bonheur.
Voilà ce qu'elle avait rêvé !
Deux années s ciaient a peine écoulées , que son àme , tombée do la sphère où l’avalent ravie ces douces pensées, languissait exposée* aux imseres d’une passion toute dVIfcrvescence. Le rouille aride d’une brutalité sensuelle avau dissipé nno à une ses pudiques chimères ; de tons ses rêves , il ne lui reliait plus que des regrets et des larmes
pour le présent; pour l’avenir, des craintes et des larmes ; — des larmes toujours !
C’est que. hélas ! pour que le mariage, tel que Pont fait nos préjugés, voie durant toute une existence les affections tourner en bonheur, il faut maihiser bien impérieusement l'eventualitè des chances. Quelle heurcu-e concurrence ne doit pas éclater dans l'acro oplisseuieiit ries faits, pour que deux êtres, pris au hasard, avec leurs répulsions et leurs sympathies , puissent se resserrer et se mouvoir dans le cercle étroit du nos textes, sans qu’ils ne s’y heurtent, ne s’y froissent et ne s’y brisent ! Comment ployer deux âmes humaines , — irrégulière et capricieuse nature, — de manière à ce qu'elles se touchent cl s’unissent en tous points ; affinités, antipathies, fantaisies, goûts, passions; et ne pas les disloquer, et ne pas les briser cent fois!
Cela fait, comment dire à cel accouplement bizarre : Sois éternel.
La mobilité n’est -elle pas le caractère qu’imprime à l’homme sa plus belle prérogative, la liberté? ravissez- lalui, vous détruisez son avenir. Destinée d’homme, destinée de peuple, tout s'éteint, tout meurt; vous étouffez la société en germe.
L’homme travaille toujours à rendre sa position meilleure. C’est en cherchant le mieux qu’il trouve et développe le bien; son inconstance, sa mobilité, c'est le progrès. Or, la lui cor.iestcrez-vous dans l'exercice de ses sentiments?
Deux époux sont aujourd’hui semblables ; demain, dans deux aimées, dans dix, le seront-ils? Leurs caractères, leurs penchants , que chaque jour modifie , ne peuvent- ils se développer en sens inverse? et parce que vous les aurez unis sympathiques; anupalhiques, vous voulez les tenir enchaînés ! Est co raison, cela?
Il a fallu bien de l insolence pour prétendre écrire toujours sur cette arene que chaque Itol baiatc; dans cel air que renouvelle chaque brise : la tendresse humaine.
Quelle jeune fille a jamais pu prévoir la destinée que commençait pour elle le mariage? Certes? si dans ces heures de mélancolie où Giulia laissait flotter ses pensées, ello eût cherché à deviner quel écueil lui cachait l'avenir, elle n'eût point songé que ce pût être l'amour de son époux ; car, d’mnour, elle n’en connaissait qu'un, et celui-là c’était son bonheur, cVtait sa vie. Elle en avait trouvé le secret dans son âme; elle l'avait peint des couleurs de sa jeune imagination, et idéalisé de toutes les poésies du sentiment.
L’eta l pour elle ces longues rêveries, ai délicieuses et si vagues, que l'on sent ses nerfs tressaillir de doux frissons , ses yeux so mouiller du douces larmes ; des heures de silence et d’extase où l'âme s'arrête pour longuement sentir, où ic regard brille et s'abaisse sous un autre regard; et des soupirs, et des baisers, cl des étreintes I
Puis des promenades : elle languissante , suspendue au bras de l'époux ; promenades où toutes les phrases colorées, poétiques, délirantes, ne veulent dire qu'un mot : je l’aime !
Ou bien encore ces courses du soir, à deux, au clair de la lune, sous les branches des arbres, dans quelque allée bien reculée, perdue; la nature dort, le rossignol chante, lesétoics pleurent de la rosée, et sourient des étincelles : moment- i tu -(Tables, où c'est assez, pour lu bonheur, de sentir près de son bras un cœur battre, une haleine qui, parfois, passe tiède sur la joue : celait là son amour I Tous ceux qui oui beaucoup vécu trouveront ces rêveries bien misérables : moi , je suis jeune comme elle , je les trouve célestes.
La passion que le mariage lui avait offerte dans sa vie nouvelle, a elle, chaste et pure, si fraiche de sentimentalisme , si puissante d'âme , c'était la fièvre orageuse du sang; une soif tffrénéc de plaisirs, égoïsme brutal qui s'affaisse et s’omortil avec les sens dans la réplètion de leurs appétits.
Ce bonheur tumultueux , ces jouissances convulsives , jouissances des nerfs, l’avaient épuisée, flétrie, brisee dans leurs délires et dans leurs fougues. Elle avait appelé une brise bienfaisante qui fécondât sa vie, qui l’épanouit, et un vent biûlanl avait passé sur elle, comme le simoun sur les fleurs d'un grenadierl
Alors, bien qu'elle sentit en elle-même que. pour jouir de ert amour mystérieux qu'elle éprouvait avec tant de puissance, il lui eût suffi de rencontrer dans la vie un cœur -cmh’able au sien , une âme sœur de son âme, et qu'alors le bonheur dont elle s'èiait crée l'image fut descendu sur elle en pure félicité, elle avait fini par regarder ces pen-
sées comme des songes irréalisables, comme les mirages du cœur.
Elle s’était répété cette phraséologie bona'c, que tonies ces vagues idées de tendresses ont pour l'homme de vaines amorces; que le bonheur lui- même est un mensonge, une lueur Mie, une ombre fugitive, un fruit dont l'écorce vermeille ne recèle qu’une cendre amère, nue fleur que ne («il poini éclore noire soleil ; tomes les belles métaphores enfin inventées par une philosophie trompeuse ou sans portée pour excuser les abus de lu société et perpétuer ses oppressions en égarant les hommes. Comme si la nature avait pu mettre dans noire cœur des instincts sans objets, des de sirs qu'elle n'eût pu satisfaire, des besoins qu'elle n’t-ûl pas voulu assouvir !
Ses préoccupations eussent duré longtemps, sans doute. Quelques coups légers, frappes à la porte, les interrompirent.
Giulia redressa vivement la tète, et parut écouter ; le même bruit se fit do nouveau entendre.
— Entrez !
Un ouvrit.
CAUSEMB3 AU BAL
Isolons-nous au milieu de ce tumulte, en noos réfugiant dans le* maintes solitudes du cœur.
(ioêihe.
C’était un jeune homme d'une taille moyenne; sa figure, sans avoir ce dessin large qui caractérise la beaute chez les hommes, offrait une gracieuse finesse du linéaments, qui tepaudail sur tous ses traits une physiouotnie d'esprit et de bonté.
Ses yeux étaient grands et vifs ; ses prunelles, d'un bleu foncé de ciel, semblaient, à travers leurs longs cils, nager dans un fluide si limpide, qu’on l'eùt cru imprègne de lumière. Sa peau btam'hc et légèrement lavée de lignes bleuâtres, avait une transparence peu commune chez les hommes. C'était une de c**a figures, aux arêtes vives et légcre>, que le peuple, pittoresquement expressif dans ses tropes, appelle figure en lame.
Il se nommait Frédéric Dossange.
Dans les salons de M. Devorsent, où Giulia avait rencontré ce jeune artiste (Frédéric peignait moins par profession que par goût), il n'avait pas été longtemps sans fixer ses regards.
L'élégance de sa toilette et les grâces do ses manières l'eussent fait confondre au premier, abord avec cette foule brillante et musquée qui tourbillonne toujours autour des dames, foule froide etfade, sentiments, giàce, intelligence, tout extérieure, toute d’emprunt.
Mais dès que l'attention s'était nn instant arrêtée sur lui les différences saillaient si vivement, que I on était élonnê de sa méprise; il y avait de fortes pensées dans celle lêle, et dans ce cœur d'energiques facultés pour haïr et pour aimer. Ce que l’on avait pris pour de la recherche dans sa toilette, n'était que l'ensemble harmonieux d'une mise dont la simplicité faisait toute l'élégance; la grâce de ses manières n’était que l'abandon et l'oisance qui régnaient naturellement dans ses mouvements.
S il parlait, sa voix s'harinoniait délicieusement avec la douceur des expressious et la suavité des images dont son imagination parait ses pensées; mais il y avait un accent triste, qui révélait d'une manière indéfinissable l’excessive impressionnabilité d'àttie que sléreotypatldaiis ses traits un air habituel de mélancolie.
Dans les divers salons où Giulia avait paru durant l’hiver, il était le seul homme qui l’eût comprise. Une sympathie mutuelle n'avait pas larde, comme involontairement et à leur insu, à les entraîner l’un vers l'attire.
Giulia se roidil d’abord contre celle attraction secrète : ce fut avec froideur qu'elle reçut les prévenances de Frédéric; mais pour peu qu'il insistât, celle froideur disparaissait bientôt dans une affectueuse politesse, et cette politesse était, dans ses affections, un pas immense.
Au milieu des murmures qu’une obséquieuse galanterie fuit bmire aux oreilles d’une femme jolie, la voix de Frédéric avait éveillé un écho. Giulia pouvait bien résister; mais si. froide cl calmo, une seule de ses pensées fût descendue dans son cœur, elle eût dès-lors pu redouter la possibilité d'une défaite; son inexpérience ne lui permit de voir aucun danger dans les rapports qui se nouèrent entre leurs affections.
Chaque jour elle cédait davantage à la force de rayonnement que la parole vibrante du jeune homme exerçait sur elle. Tou i ce qu'il disait était si vivement senti; la sonorité de sa voix avait quelque chose de si intime, que la jeune femme était étonnée, en récoulant parler de sujets vagues, de se/uir doucement battre son cœur.
El puis Frédéric mettait tant de prévenance dans ces bonnes causeries! Arri vait-il à Giulia de laisser échapper de vagues plaintes, il trouvait ingénieusement moyen de h -s canner, du les justifier, d’y associer souvent mémo les siennes, et toujours avec un tact, uno délicatesse qui n’eussent pas permis à la susceptibilité la plus ombrageuse de s’alarmer.
Un soir, par exemple, clic se plaignait à Frédéric de ne plus trouver, depuis longtemps, de plaisir dans la danse.
— Pourquoi danser alors? dit Frédéric en souriant.
— Demandez moi plutôt pourquoi venir au bal?
— Eh bien ! pardon ; mais c'est vous qui m’autorisez à insister : pourquoi venir au bal !
j Giulia se tut un instant, puis reprit :
— Je viens au bal chercher quelque distraction à ma vie [ isolée et calme; je danse pour chercher des distractions à l'agitation constante du bal lui-meme. Que faire au bal , d’ailleurs, à moins que l’on ne danse?
— Que faire? mille choses : observer d'abord.
— Simplement?.... C’est bon pour un instant. Critiquer? rar c'est lu résultat nécessaire de toutes les observations françaises. Que pourrais-je reprendre, moi, dans toutes vos dame»? Ce ne serait point le goût d’une parure , la grâce ou leur toilette . ni le posé d’une (leur, ni les caprice» d’un ruhaii ; si, pour elles, ce n'est môme un instinct, c’est l’étude de toute leur vie. Moi, pauvre fille des montagnes, j’ai plutôt besoin du toute leur indulgence.
— Pour ne pas vous flatter, Giulia, je me lais.
Giulia leva légèrement sa main en jeiant sur Frédéric un regard oblique où le jeune homme put lire : Nous u'en sommes plus à ces politesses glacées !
— Et puis voyez-vous, reprit elle, la danse, pour moi, est souvent une raison. Dans cette atmosphère de musique, d'intrigues et d'éblouissement, de sombres idées me passent dans la tête; pour ne point mo laisser étourdir, attrister, dominer par leur noirceur, je sens la nécessité de me jeter au milieu de ce mouvement, de ce tumulte qui bruit et tourbillonne autour de moi. Vous souriez; cela peut-être vous étonne : vuila cependant pourquoi je danse ; car, je le répète, la danse, je ne l’aimo plus.
Comme Frédéric fixait en silence un regard interrogateur sur elle, clic continua ;
— Je vous avouerai d’ailleurs (ne m'accusez pas de pruderie : toute modestie à part , c « reproche , je crois ne l’avoir jamais mérité) ; je vous avouerai que celte liberté du pèie-mêie sur un carré nombreux; ces mille mains indifférentes qui pressent votre main ; ces bras étrangers qui serrent votre taille ; la familiarité d'un moment que jette la contre danse entre deux êtres souvent l’un à l’autre inconnus ; les incidents des ligures, lu tumulte, tout cela convient peu a mes goûts.
— Vous no m’étonnez pas, madame! mais je crois que vous vous trompez ; ce n'est point la danse qui vous dép au ; non. ce n’csl pas elle ; ce sont les mœurs, dont elle est l’expression.
— C’est possible encore.
— Comme tous les arts, reprit Frédéric, la danse est une j imitation , elle est un symbole. Voyez la prendre, citez les j differents peuples, un caractère qui répond à leurs caractères. A Naples, à Madrid, tarentelle ou fandango, elle est tour à tour lascive et délirante comme les passions espagnoles ou napolitaines. En Allemagne, c’est la valse, molle, tournoyante, ondulée, voluptueuse comme les rêveries senlimèniaiiates des peuples du nord. Nos mœurs, a nous, sont sémillantes, coquettes , inconstantes, légères ; notre danse est sémillante, coquette, inconstante et légère. Nos mœurs frivoles vous déplaisent; notre danse doit vous déplaire aussi. C’e»l juste, je ne vous blâmerai point, car jo ne pourrais être sevére pour vous sans l’être pour moi-
BIBLIOTHÈQUE POUR TOUS
môme, «vaut le malheur, si c'en est un, de partager ladessus loin vosg'iùb.
L’orchestre fit retentir un prélude.
— Vous m'avez promis celle coniredanse,
Giulia MMiril en baissant les veux, se leva, et, après avoir jete >ou écharpe sur son fauieuil, mit dans la main do son cavalier sa pente main blanche gantée.
Ils dansèrent : avec beaucoup d'exactitude? je ne le dir:ii pas; giàoe à leurs distractions, plus d'une figure fut manquée; plus d une belle demoiselle, dont loin le plaisir était de sauter, murmura presque haut contre les deux parleurs. Gmlia, à chaque oubli, rougissait, confuse; mais elle était si préoccupée de la conversation de sou danseur, qu'elle n'entendit aucun de ces murmures.
Gela se passa plusieurs fois ainsi.
Giulia, que les distractions de la société n'arrachaient qu’a de longs intervalles a sa vie d'isolement, se rendit plus fréquemment aux soirees et aux fêtes. Les sollicitations d'une parente Agée, qui , habitant depuis longtemps la capitale , avau présenté les deux jeunes époux corses dans queiques-uns des liA<els dont ils avaient fréquenté tes salons, vinrent seconder l'attraction puissante qui n portait lesgoùis de Giolia vers le monde. Elle y céda rarement d’abord, et toujours avec son mari, qui souvent joignait lui-même ses invitations a la voix de cette dame; mais celle-ci p-ofilaiil, après ce premier avantage , des frequentes absences du Pietro, pour venir arracher sa jolie niece à ce qn'eiie appelait ses froides heures de veuvage, Giulia finit par suivre régnlièn ment les bals de l'hiver.
Frédéric, de sou côté, ne manquait aucune des réunions ob il avait l'espoir de rencontrer Giulia , et sa tendresse trouvait toujours moyen de se rapprocher d'elle, sans pourtant la compromettre jamais : cYlail une place qui se trouvait vide, et que semb'Sit lui faire occuper le ba>Hrd ; c'eia.-l plus fréquemment encore une valse, une table d'ecanè ou une coniredanse.
Sur la fin de l'hiver, Giulia dansait avec plaisir.
Ces causeries aur le carré, si spontanées, si bizarrement accidentées par les figures, vingt fois rompues , et qu'un regard, nu sourire, uo serrement de main teuouaient vingt fois au mueu de la danse , avaient pour elle un charme d’enivruncm dont elle ne p< uvaii se rendre compte : la cause en était pourtant dans sou cœur!...
Puis venaient ces conversât ions dans une bergère, tendres, psychologiques, complimenteuses, où l’on se dit, à travers le tulle en nacre d’un cveiilail, ue si douces choses, que, sans ce demi voile, une jeune femme se prendrai souvent à rougir. ElGiuha trouvait, dans ces moments, le bonheur calme, délicieux, rêveur, ou'elle n'ovail jamais connu que dans ses pensées de jeune fille, et qu'elle avait tant regretté depuis.
Elle s'y livrait si naturellement avec tant d'abandon, que. candide et pure, elle ne pensait point qu'uu pûi le tut reprocher jamais.
Pietro s’eii était aperçu; la jeune femme svait accusé ses reproches d'inju.-lice; il avau fallu la voix de Frédéric pour dessiller ses yeux ; mais il clan trop lard. Si elle ne répondit pas à ses paroles d'amour, celui qui eût pu lire dans son cœur y eût trouvé munis de douleur que de surprise.
Voici comment se passa celte scène ;