II
66 fiOPUOCLE.
une sombre piété qu'il entre dans le palais oii il va égorger sa mère. — u Ce ne sont plus de longs dis- » cours qu'il nous faut, mais entrons, au plus tôt, » après avoir salué les statues des dieux, dans le ves- » tibule. » Bientôt on entend les cris de Clylemnestre qui se débat sous le glaive, la voix d'Oreste ne se mêle pas à la sienne. Comme un Sacrificsleur, il tue en silence. L'Electre d'Eschyle disparaît, au momenl où le fils va (uer sa mère : c'est assez de consentir, elle ne veut pas voir. L'Electre de Sophocle reste sous le portique, et l'excite au meurtre, avec des cris d'Euménide ; — « Frappe ! frappe encore une fois 1 n Pourtant sa fureur semble moins terrible que le mutisme d'Oreste. Elle est bumaine et vivante dans son délire forcené, il est fatal et spectral dgns la fixité de son crime. Dans les Choéphores, il recule un instant devant le sein maternel : ici pas un frisson, pas un trouble, aucune réponse à ce cri poignant : « Mon fils ! aie pitié de la mère ! »
Après Clytemncstre, c'est le tour d'Ëgislhe : Sophocie, comme Eschyle, l'a jugé indigne du premier plan (le sa tragédie ; il ne la traverse que pour marcher au supplice. C'est en triomphe qu'il s'avance, infatué par la mort d'Oreste, dont le bruit lui est parvenu. Electre le raille par de lugubres énigmes, elle joue avec 1» victime pour l'attirer vers la hache, elle lui fait croire que le cadavre d'Oreste git dan^
le palais. II ordonne qu'on ouvre les portes et qu'on soulève le linceul : Clytemnestre morte apparaît, et Oreste se dresse devant lui, armé de Tépée fumante qui sort de sa plaie. Égisthe se sent perdu , pourtant il se cramponne à la vie : « Malheureux ! au milieu » des pièges de quels hommes suis-je tombé ! » — Et Oreste lui fait cette réponse effrayante : — « Ne vois-tu pas que toi, vivant, tu parles à des morts? » Il dit encore à Oreste : — « Permets que je te parle ! » Encore quelques mots ! » Vaine prière, Electre est pressée. Ce n'est pas qu'elle craigne que son frère fléchisse, mais sa vengeance est une soif qu'irrite le sang répandu. «Par les Dieux I frère, ne permets » pas qu'il parle plus longtemps. Car qu'importe à un » homme qui va mourir le délai de quelques instants ? )) Mais égorge-le sur-le-champ, et jette son corps » aux chiens qui doivent l'ensevelir. »
Ce sont là ses dernières paroles : Égisthe, Tépée dans les reins^ marche devant Oreste, au lieu marqué pour l'immolation. Mais Electre ne parle plus, et si le drame se prolongeait, on ne concevrait pas qu'elle pût reparaître. Son existence dramatique se termine avec celle de Clytemnestre et d'Égisthe. Vengeresse^ il ne convient pas qu'elle survive à la vengeance consommée ; l'abeille sauvage doit mourir du coup de son aiguillon. Tout intérêt se retire d'elle, dès qu'elle a accompli son œuvre ; il ne lui reste que l'horreur
n crime inexpiable. Euripide, qui a fait aussi ) Electre, lui prête une fln indigne de son type : lénouementde son mauvais drame, il lui faîtépou- Pylade, dont elle aura sans doute des enfonts, nësia, mariée et mère de famille, ne serait pas s ridicule. La vraie iln d'Electre serait celle de bô dont Sophocle lui fait envier le sort. — Du rbre en larmes, un rocher qui pleure, c'est bien 91 qu'on se figure l'Electre immortelle.