‹ Les deux masques (volume 2)Chapitre 12 sur 94 · SOPHOCLE · texte numérisé non relu

SOPHOCLE

» rhomme, » dit-elle tristement — « aime à ravir la » fleur et dédaigne la beauté flétrie ».

Déjanireaime pourtant, et elle essaiera de retenir l'amour qui la quitte. Une ressource lui reste, le philtre magique de Nessus. Elle le répand sur une robe triomphale qu^elle envoie à Hercule pour son saci iflce. Quand elle sait ce qu'elle a fait, et que ce charme recelait la mort, silencieusement elle s'échappe, et va s*égorger sur le lit nuptial.

La seconde partie de la tragédie est remplie par ce qu'on pourrait appeler Tincendie d'Hercule. L'expression n'est pas outrée quand on a lu ce morceau terrible où la douleur physique, étendue sur une sta* ture de colosse, apparaît immense comme un cataclysme. On voit Hercule, revêtu de la tunique meurtrière, s'embraser en approchant du feu de l'autel. Des flots de sueur ardente ruissellent de son corps, une flamme intérieure Tenvahit ; l'Hydre semble renaître de la liquéfaction de son sang, et le mordre, de ses cent têtes, aux entrailles. Sa vaste clameur ébranle les montagnes, elle y réveille les échos qui répercutent le tonnerre ; Hercule mugit comme l'hécatombe qu'il vient d'immoler. Il essaye

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d'arracher cette chemise de Furie, il la déchire des fflêmes ongles dont il écorchait la peau du lion néméen. Mais la robe incendiaire s'attache à ses flancs, se colle à sa chair, pareille aux draperies fondues dans le brasier du moule, avec le corps de bronze auquel elles s'ajustent. On se figure un Laocoon gigantesque, se tordant sous les nœuds d*un serpent de flamme. Lichas, qui lui a porté le tissu mortel, s'est imprudemment approché ; Hercule l'a saisi par le pied, Fa fait tourner comme une fronde, et l'a lancé contre un écueil, où il est resté suspendu, les reins brisés et le crâne vide.

L'agonie qu'on écoutait avec épouvante s'étale bientôt sur la scène. On apporte, dans une litière, Hercule un instant endormi sous le poids du mal. Le volcan de douleur qui fermente en lui fait éruption, quand il se réveille. Il en sort des cris déchirants, des invectives formidables, des appels lancés vers la foudre qui la somment de l'achever. Le héros apostrophe ses membres détruits, il leur parle comme à des compagnons de guerre et de gloire qu'il verrait tomber, il leur rattache, en les évoquant, les bêtes fabuleuses qu'ils ont terrassées. Eschyle n'a rien de plus grandiose. On se rappelle, à ce moment, le mythe de l'Hercule solaire dont les douze Travaux sont les douze Signes du firmament. Une image extraordinaire surgit dans l'esprit, celle d'un

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