‹ Les deux masques (volume 2)Chapitre 26 sur 94 · I. — Décret de Créon. — Antigène et Ismène. — Créon. — L'en · texte numérisé non relu

I. — Décret de Créon. — Antigène et Ismène. — Créon. — L'en

seTelissement.

II. ^ L'interrogatoire. — Les LoIb non écrites. — Répliques subli-

mes d'Antigone. — Retour dédaigné d'Ismène. — La postérité d'Antigone.

m. — Hémon, fiancé d'Antigone. — Le père et le fils. — Hymne à Éros.

IV. — Condamnation d'Antigone. — La marche au supplice. — Dérection du CliœTir. — Les Novissima verba d'Antigone.

V. — Tirésias. — Avertissements suprêmes. — Infatuation de Créon. — Repentir tardif.

Vf. — L'antre funèbre. — Les catastrophes.

Le décret est proclamé, son retentissement fait sortir Antigone indignée du palais de Thèbes. A Tinstantf sa résolution est conçue ; elle se forme en elle, dans un transport passionné, comme un fruit tragique de ses entrailles déchirées, qu'elle accomplira, dût-elle en mourir. Elle la déclare à sa sœur Ismène, elle la somme, plus qu'elle ne Texhorte, de Taider à ensevelir Polynice. Ismène hésite devant le péril,

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SOPHOCLE

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elle essaye de dissuader Thérolne, elle lui objecte la loi portée, la peine menaçante, la témérité de s'attaquer au plus fort. C^est le murmure du roseau qui plie sous Toragé. Antigène n'insiste plus, Tépreuve est faite, sa sœur est jugée : — « Je ne te demande » plus rien, et même maintenant si tu voulais agir, » je ne me servirais pas volontiers de toi. Fais ce » qui te convient, sois celle que tu veux être. Hais » moi, je Tensevelirai, et il me sera beau de mou- » rir pour cette action sainte. Aimée alors, je repo- » serai près de l'être aimé. » — Et elle ajoute ce mot sublime qui signe son pacte avec la mort : — « J'ai plus longtemps à plaire aux Dieux infernaux » qu'aux hommes qui vivent sur cette terre, car » c'est chez eux que je reposerai, et ce sera pour » toujours. )»

C'est la scène entre Electre et Chrysothémis, répétée dans un autre cadre : la grande sœur dominant d^une vertu superbe sa cadette de cœur comme d'âge. Derrière le visage héroïque sculpté en plein marbre et en haut relief, le profil subalterne, léger comme une ombre, qui glisse dans une pâleur d'éloignement. Mais Antigène est encore plus dure envers sa sœur que la sombre Electre. Dès la première objection d'Ismène, on voit une moue de mépris terrible soulever sa lèvre. Elle a tenté de l'entraîner vers le sacrifice, Tenfant timide a re-

culé; elle la renvoie vers la vie d'un geste hautain. L*Àme de haut vol lèche rame débile qui ne peut la suivre, et la laisse retomber dédaigneusement sur la terre. Leurs voies se séparent ; leurs destinées se détachent. Ce bras qui tremble, Antigone n'en veut plus pour porter son mort ; à ce fardeau sacré, le sien suffira. La fossoyeuse rejette la bêche qui a plié lorsqu'elle allait s'en servir, elle creusera la tombe (de ses propres mains.

Cette inflexibilité qu'elle tient d'CEdipe^ et que le Chœur lui reprochera plus tard» est un des signes marqués d' Antigone. Ce cœur si tendre s'arme du devoir, comme d'un triple airain. Inabordable à la crainte, il ne l'admet pas chez les autres ; sa force n'excuse pas la faiblesse. De ce côté, une ligue de rigidité la dessine, pareille au trait dur et pur, qui décrit en silhouette les figures tragiques représentées sur les Vases grecs.

Créon vient promulguer lui-même sa sentence; il l'explique et la justifie par ce qu'on appellerait aujourd'hui la raison d'État. Strictement, il est dans son droit. La loi grecque était formelle sur le citoyen mort en s'insurgeant contre la Cité ; elle le jetait hors du tombeau, comme il s'était mis lui-même hors de la patrie. Hais cette loi sévère, Créon l'aggrave à outrance, et la justice devient inique en passant par

lui. Son caractère haïssable perce sous l'emphase de sa harangue redondante. C'est celui d*un despote têtu et borné, fanatique de Tautorité, ignorant de rhumanité, inaccessible à la pitié et à la clémence, à toute notion de miséricorde et de circonstance atténuante. Sa cruauté est drapée d'emphase ; il se guindé dans sa pourpre neuve de roi parvenu, il tranche du philosophe couronné, il tourne ses menaces en maximes et ses vengeances en dissertations. C'est à la façon d'un pédagogue courroucé secouant sa férule, qu'il agite la hache du bourreau. Comme Denys de Syracuse, à défaut d'un peuple, il aurait fait trembler une école. L'intention évidente de Sophocle était de marquer au type tragi-comique celte face sourcilleuse : une grimace scurrile la tourmente, elle est terrible et elle est risible. Le poète fait son Ilote de ce roi, enivré du pouvoir comme d'un vin grossier. A la libre et railleuse Athènes, il voulait montrer quel « animal politique » était un tyran.

L'acte, pour Antigène, a suivi de près la pensée. Un des gardes chargés de surveiller le mort condamné vient raconter à Créon qu'au lever du jour, ils ont trouvé le corps de Polynice aspergé d'une couche de poussière. Cet ondoiement de terre suffisait à la sépulture : on n'exigeait pas que la mère commune étreignit l'enfant qu'on lui rapportait;

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pourvu qu'elle le couvrit de son voile, il était censé remis dans son sein. Renvoyé à la recherche du coupable, le garde ramène bientôt Antigone surprise en flagrant délit d'ensevelissement : son récit fait assister à la scène et met Taction sous les yeux.

Le cadavre, déjà putréfié, avait été dépouillé de son suaire de sable, et rejeté sur le sol ; puis les soldats s'étaient embusqués derrière une colline, l'oeil aux aguets, épiant Thorizon. A Theure où le soleil pesait d'aplomb sur la terre, une trombe a éclaté soudaine et brûlante. Un vent de ravage a soufflé, rasant et dépouillant la campagne, une éclipse de débris a voilé le ciel ; les feuilles arrachées des arbres obscurcissaient l'air. Quand l'ouragan est tombé, Antigone a surgi dans la plaine, comme si une divinité funèbre l'avait apportée dans ce tourbillon. Debout auprès du cadavre, un vase d'airain à la main, elle poussait des cris aigus, « semblable i> à un oiseau désolé qui retrouve son nid vide de » ses petits » . Elle maudissait, entre ses sanglots, ceux qui l'avaient exhumé; puis elle ramassait à pleines mains la poussière, et la reversait sur le mort. On l'a vue ensuite répandre, avec des gestes de Choèphore, trois libations de lait et de miel. Alors les gardes sont accourus, et elle s'est livrée en silence.

Dans les deux tragédies où elle apparaît, Antigone

isi sous le double aspect que la slaluaire donné. L'Anligone filiale A'CEdtpe â Coluit par la main son vieux père aveugle : ^nligone tumulalre, plus grandiose et aussi >, sous ce soleil de Teu, dans cette bourrasite, penchée sur le corps fétide qu'elle ne las de remettre en terre, comme une prèsfinée à rouvrir son temple au Suppliant :harne à en arracher.

;ommence l'interrogatoire immortel, où une î, substituant hardiment sa conscience aux it demander à la justice humaine, non l'absoudre, mais de la reconnaître. Antilà devant Créon, toute poudreuse des rîtes i. Son juge se méprend sur son attitude : incline que pour se redresser de plus haut, baissés couvent les éclairs qui vont en ' « Te voiià, toi qui courbes maintenant la itre la terre I Avoues-tu ou nies-tu ce dont :u&e? B — « Je l'avoue et ne le aie pas. » naissais-tu l'ëdit que j'ai proclamé? » — mt ne l'aurais-je pas connu? lu l'as fais ibliquement. » — « Et tu as osé transgres-

*< C'est que ni Zeus, ni la Justice, concitoyenne des Dieux infernaux, ne Favaient promulguée. Et je n'ai pas cru que tes édits pussent l'emporter sur les lois non écrites et immuables des dieux, puisque tu n'es qu'un mortel. Ce n'est pas d'aujourd'hui, ce n'est pas d hier qu'elles existent, elles sont de tous les temps, et personne ne peut dire quand elles ont commencé. Devais-je donc, par crainte des ordres d'un homme, mériter d'être châtié par les dieux? Je sais que je dois mourir un jour, comment l'ignorer ? même sans ta volonté, et si je meurs avant le temps, ce sera pour moi un très grand bienfait. Et comment la mort me paraîtrait- elle une peine, ^ians l'abîme de maux où je suis tombée 7 C'en eût été pour moi une bien plus cruelle, si j'avais laissé sans sépulture le cadavre du fils de ma mère. Voilà ce qui m'eût désespérée, le reste ne m'afflige point. Et si je te semble avoir agi follement, peut-être suis-je accusée de folie par un insensé. »

Ces Lois innées^ incréées, antérieures et supérieures à toutes les règles terrestres, qui ne sont inscrites sur aucune table, décrétées par aucun juge, sanctionnées par aucune chatne ni par aucun glaive, mais qui résident souverainement dans le sanctuaire des âmes justes, et qu'aucune force humaine n'y saurait détruire, une vierge grecque les révèle au monde. L'Esprit qui vivifie abolit par sa voix la lettre qui tue.

>* ser celle loi ?» — Ici un Verbe divin descend sur Antigone, une langue de flamme frémit sur ses le- \

vres ; il en sort la plus haute parole qui ait retenti dans le monde antique :

Créon s'emporte, sa voix s'enfle, son courroux grossit, odiais que peut-il contre l'assurance d'une telle âme ? Elle s'est trempée dans la pensée de la mort, et elle en est sortie invulnérable aux terreurs. D*un miot, Antigène brise les menaces et les foule aux pieds. — « Je suis ta captive, veux-tu donc de moi » plus que ma vie? » — Elle sent bien que le Chœur Tapprouve malgré son lâche et servile silence ; elle lui arrache sa pensée secrète, et la démasque en face du tyran : — a Ils pensent comme moi, mais la » crainte leur ferme la bouche. » — Créon tressaille à ce mot, comme à un bruit sourd de révolte : il a peur, le soupçon l'agite, on le voit parcourir la foule d'un regard oblique. — « Tu es la seule à voir de telles » choses. » — « Ils les voient aussi, mais c'est pour te » flatter qu'ils se taisent. » — Son juge essaye alors de lui tendre un piège, Antigone le franchit comme d'un coup d'aile. — « Pourquoi rendre à Poly- » nice un honneur qui outrage son frère, son » ennemi? » — « Le mort me rendra un autre té- » moignage. » — « Non vraiment^ si tu rends des » honneurs pareils à l'impie. » — « Il est mort, non » pas son esclave, mais son frère. » — « L'un dé- » vastait sa patrie, l'autre combattait vaillamment » pour elle. » — Ici, Antigone semble ramener sur Polynice un pan du linceul qui couvre Étéocle, et les coucher côte à côte dans un cercueil fraternel.

— u Tous sont égaux devant la mort. » — Créo s'euléte dans son argulie : — « L'homme de bie >i doit-il être traité comme leméclrant?» — Antj gone, initiée aux mystères de l'autre monde qu'ignor ce profane, lui répond : — « Qui sait si l'on pense d '>méme aux Enfers? » — Elle avance ainsi, grandis sant toujours, devant te tyran qui recule sous ceit réplique acérée. Au bout de la scène, son front tou cbe au ciel, un dernier mot y met l'auréole : - « Certes , lui dit Créon , jamais un ennemi, mém< » mort, ne deviendra mon ami. » — Antigone ré pond : — « Moi je suis née pour aimer et non pou ■ hair. »

Dans les Actes du Martyrologe, on voit souven deux vierges conduites an même tribunal. L'un* confesse hautement sa foi, crie : « Je suis chré- 0 tienne I » et défie la mort. L'autre faiblit devant U supplice, les rugissements du cirque font tremblei soD cœur. Mais, au moment suprême, la grâce ren tre en elle, un Stirsum corda divin la ranime. Ell< rejette l'encens qu'elle allait offrir aux idoles, e court rejoindre sa compagne entre les griffes dv lion dressé sur sa tète.

Isniène, revenue d'une môme défaillance, se redresse d'un même élan. Elle se déclare complice de sa sœur, elle revendique sa port dans l'action, sa

SOPHOCLE, ins la peine. La sévère Antigone n'accepte

retour tardif. Il est trop tard, l'abîme est , leurs voies ne peuvent plus se rejoindre.

disculpe do haut en bas, et condamne à vile qui n'a pas voulu mourir à temps avec elle, oute, Antigone veut aussi sauver sa sœur «d ussanl ; mais qu'elle est Âpre dans ce secours rteux ! Elle renie son dévouement en -niant nplicité, elle la met hors de sa tombe

I elle la chasserait de son toit. Cependant, à irnle d'Ismène, une larme roule dans son œil

« Ce n'est pas sans douleur que je me ris de

Mais cette larme ne tombe pas, un regard orux la brûle. « Ah I malheureuse ! — s'écrie me — tu me refuses de partager même ta i I » Elle lui répond avec une dureté su- : — « Nous avons choisi, toi de vivre, moi ouhr. » — Et elle ajoute ces mots qui ont icccnl du monde souterrain : — « Prends cou-

c'est à toi de vivre ; pour moi depuis long- )s mon âme est morte, et je ne puis plus èlre

qu'aux morts ». — Ismène survivra doue, icihée et inconsolable ; elle languira sur le

II sépulcre qui t'a rebutée. On comprend que 'ait montrée, dans les Limbes, assombrie d'un itemel. — « lia, — dit Virgile à Stace qui »ntre dans le Purgatoire, — là se voient

» celles que tu as chantées; Antigone, Déiphile, » Argia, et Ismène triste encore comme elle a été. )>

Et Ismene si trisU corne fae.

Cet interrogatoire d'Antigone est le prélude des grands dialogues qui s'engageront, à travers les âges, entre les héroïnes et leurs juges. II marque leur ton, et semble inspirer leurs réponses. Ses « paroles ailées » volent, de siècle en siècle, sur les bouches qui confessent leur foi et qui proclament la justice. Il y a de Tâme d'Antigone dans les réponses héroïques qui ont ébranlé les Yoûles des prétoires impies, fait pâlir la tyrannie sous sa pourpre, et trembler Tiniquité sur son siège. Cécile et Eulalie, Agnès et Perpétue parleront aux Proconsuls le même langage qu'elle a fait entendre à Créon. Elle les précède dans le sacrifice volontaire; la Coryphée païenne mène la procession des Vierges chrétiennes. Ses ïambes tragiques valent leurs versels mystiques, ses strophes sonnent aussi haut que leurs hymnes. On dirait Artémis, le croissant au front, au milieu d'un chœur de jeunes Anges ceints de l'auréole, et leur distribuant, pour un combat céleste, les flèches sanctifiées de son carquois d'or. Antigène s'avance en tête du chaste et sanglant cortège, de toute race et de

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époque, qui marche dans la voie de l'immola- SoD esprit plane sur celle postérité virginale, upart de ces sœurs étrangères ne connaissent 3 pas son nom ; elle n'en est pas moins leur trice et leur jeune aïeule. Derrière elle, la 18 des Martyres en robes blanches, albis indutx iiu', les yeux au ciel, et tenant leurs palmes : loin , l'intrépide artnée des victimes qui se dévouées ou droit ou à la patrie. Telles des ré- ;s de Jeanne d'Aj-c aux bourreaux de Rouen lent dictées par la fllle d'CËdipe, mêlée aux tes qui fortifiaient son courage. Un rayon du : de Thèbes tombe sur la chemise rouge de lotte Corday allant au supplice. Elle était de la on d'Antigone, on pourrait dire sa contemne d'héroïsme et d'âme, et son souffle brûlait rre, lorsqu'elle lançait à ses juges des mots im-

ni

mon, le plus jeune fils de Créon, est le fiancé Ligone, il vient la défendre, L'Amour s'introavec lui, pour la première fois, sur la scène ue. Mais quelle entrée craintive et contrainte 1 rran futur du théâtre, son roi absolu, son do-

niiûateur souverain, y paraît enchaîné et à demi bâillonné. Il semble rougir de lui-même, il se voile pour n'être pas reconnu. Hémon va mourir pour Antigone, et il ne dira pas une seule fois qull Taime. Antigone aime peut-être Hémon, et elle ne prononce pas une seule fois son nom ; on dirait presque qu'elle l'ignore. Les deux amants ne se rencontrent même pas sur la scène. Une épée nue, étendue sur le lit, sépare, dans un chant de TEdda, le guerrier dormant avec la jeune fille, avant le mariage; ici l'obstacle entre les fiancés qui vont reposer dans la même sépulcre, a l'interception de l'absence. Leurs visages et leurs voix s'évitent; ils ne se parlent pas plus que deux statues retournées, debout aux coins d'un tombeau. Il faut sans doute attribuer, en partie, cette morne pudeur à la loi de séparation dressée à Athènes entre les deux sexes, à l'exclusion de Famour des fêtes religieuses du théâtre grec. Voyons-y aussi une pensée plus haute. Antigone est vouée au devoir, à la fatalité, au malheur ; les joies communes sont interdites à la sublime réprouvée du sort. Et puis^ cette fille de douleur est aussi la fille de l'opprobre. S'il lui échappait un cri de passion, on la reverrait toute souillée et toute enveloppée de rinceste, attirant Hémon dans ses nœuds hideux qui se dérouleraient autour d'elle. Sophocle a bien fait de sceller son cœur.

I veut doDC sauver Antigone, mais ce n'est imour qu'il iovoque pour plaider sa cause, ustice de son action, la beauté de son dél, le respect dû aux Dieux souterrains. Ses imonlrances que le respect incline ne font

le tyran; rintercession de son Tils l'exa^ nme une rébellion. 11 s'endurcit dans sa opiniâtre, il Tait retentir en maximes ron- : respect dû à la chose jugée, l'autorité moe, l'infaillibilité légale qui réside en lui. Sa le ampoulée finit par écumer et grincer des i Hémon persiste à défendre Antigone, il la ' sous ses yeux. — A ce moment, on voit menlNémésis mettre la main sur cet homme acher le bandeau qui précède ses exécutions, le ses yeux aux présages, elle bouche ses lux avertissements. — c Non, jamais tu ne leras vivante ! » s'est-il écrié. — Son fils lui

u Elle mourra donc, mais elle ne mourra ule. » Créon entend et ne comprend pas, as- ]'il est par te bruit que fait sa propre fureur. nais tes yeux ne me reverront I » lui dit ennon qui s'éloigne, et il le laisse partir sur léfaste, sans voir que c'est un mourant qui lieu.

e Chœur a deviné la pensée d'Hémon. Il inson silence, il fait jaillir la flamme qu'il re-

cèle ; il signale la présence du dieu invisible, « plus fort que la mort, plus jaloux que le sépulcre, » et que Créon n'a pas vu marquant sa victime. Ce que l'amant a murmuré, la lyre l'entonne dans l'éclat d'un hymne ; elle chante ce qu'il n'a pas osé dire.

ce Eros I Eros inviacible I qui t'abats sur les puissants, qui habites sur les joues délicates de la jeune fille^ qui le transportes par delà les mers, et dans les étables agrestes ! Et nul parmi les Immortels, ni parmi les hommes éphémères ne peut t'éyiter 1 Hais qui te possède est plein de fureur I

» Les justes eux-mêmes, tu pervertis leurs esprits et tu les entraînes à leur perte. C'est toi qui viens de susciter la discorde entre le père et le fils. Le Désir délicieux triomphe dans les yeux brillants de la femme, et il l'emporte sur les grandes lois. L'invincible Aphrodite rit et se joue de tout. »

L'effroi religieux que l'Amour inspirait à la tragédie grecque, éclate dans ces strophes pleines de sa puissance. Le Chœur l'adore en le redoutant, il le déclare céleste et funeste; il voit en lui un fléau sacré, Tagitateur effréné des êtres, le principe vital et fatal qui poursuit, à travers les déchirements et les ravissements, les harmonies et les discordances, l'œuvre des créations étemelles. Un sourire enchanteur brille dans le vers, qui le peinte <c habitant les joues délicates de la jeune fille » : éclaircie rapide, lueur fugitive : l'Amour reprend bientôt son caractère me-

anl. Le Chœur le prend h sa plus haute origine : 08 qu'il chaote, est « celui qui rompt les forces » comme dit Hésiode, — « et qui de (eus les immes, dompte l'intelligence et ta sagesse dans ur poitrine. » Cette crainte de l'amour qui le fit nir si longtemps du théâtre grec, comme on garlit, contre un inceudiaire, la porte d'un temple, hocle parait l'avoir éprouvée lui-même. Cicéron mte que Socrate lui demandant, dans sa vieile, s'il aimait encore : a Les Dieux m'en gardent I » jndit-il. « J'ai échappé au maître furieux et sauige. » A domino agresUac furioso profugi.

réOD a prononcé le supplice, contrefaçon atroce lélit. Pour avoir enseveli un mort, Antigone sera trrée vivante dans une caverne creusée sous le Le tyran est en plein délire; plus il va, plus il fonce dans la perdition : ce pédant du pouvoir levient le monstre. Son crime tient moins à une luté naturelle qu'à un farouche entêtement. À un ain degré de rigueur, l'étroitesse d'esprit s'ouvre uent aux idées sinistres : c'est par les fentes que roduisentles serpents. Au momentoù Créon rend horrible arrêt, l'insensé blasphème les Dieux in-

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