CHAPITRE II
THEATRE DE SOPBOCLE.
Innovaiiona et pRrrectlonnemânU r\\ie Sophocle apporte à la IragédEo. — Riiplnre de la Trilogie. — Introduction du Tritagoniste. — L'homme, dans son théilre, iio Bubstitus aui coloBBOS . — Il réagit contro lo Destin. — Adoucissement dot Dieui chex Sophocle.
Force et BU*vit£ de eon style. — Caractère partitulier de son Ironie. — Le Chœur de Sophocle.
théâtre de Sophocle s'élève au cenlre de cette les florissante, en accord parfait avec elle, mosur son architecture et sur sa statuaire. On dire qu'il est le Parthénon de la poésie. Même ieur simple, même correction vivante, même é sereine. Si les demi-dieux des bas-reliefs de is prenaient souffle et voïi, ils s'éveillereienl ie en prononçant des vers de Sophocle.
lo tragédie nouvelle, dressée en face de ci-Ue
THÉATRB DE SOPHOCLE. H
d'Escbyie, en semble séparée par un espace de longs âges. Tout s'y rajeunit et tout s'y transforme, l'esprit et l'ordonnance, la composition et l'inspiration. Un rite ancien contraignait le poète à faire représenter, dans la même fête, trois tragédies liées entre elles par le déroulement d'une même fable : Sophocle rompt la chaîne de la Trilogie; chacun de ses drames vit de sa vie propre et complète une action distincte. Le spectateur n'est plus obligé de faire le tour du monument, pour suivre la scène qui se prolonge sur ses quatre frises ; il l'embrasse inscrite tout entière dans l'unité du fronton. Aux deux acteurs parlants qui, d'après une autre règle archaïque, devaient seuls occuper la scène, Sophocle ajoute un troisième, et cette inno- TatioD, dont Eschyle s'empare aussitôt, est, pour le drame, un progrès immense. C'est le troisième pas du dieu, sans lequel le monde de l'âme ne serait point parcouru. L'antagonisme constant de deux personnages réduisait le dialogue au choc d'un com-' bat singulier, ou à l'alternance de deux répliques monotones : c'était le fer croisant le fer, la cymbale beurtant la cymbale. Le Iritagoniste introduit par Sophocle élargit le cercle de Faction et de l'émotion ; il fait tourner sous tous leurs aspects les caractères jusqu'alors décrits selon la ligne tranchée du
proGI, il leur donne le ressort du contraste et la 11. %
une conciliation. La tragédie ne se com- 'une catastrophe unique, précédée et igs soliloques, pareils aux clameurs que récroulement d'un palais ou la chute I foudroyé. Les situations s'encliainent, i surgissent, les péripéties se préparent, lime. Au lieu de l'im mobilité d'un fait d'une idée fixe, on a le mouvement et de la vie. Tout en gardant sa simplicité construction dramatique étend son enie ses formes : un art supérieur assou- Urie consacrée. Dans la structure du phocle, on retrouve ces courbes délicaisibles qui, inclinant toutes les lignes du ers le centre de l'édilice, imprinfent h e apparente la flexibilité de la vie.
sant le plan du théâtre, Sophocle transirdre moral ; à la force dorique il y acïce ionienne. L'ère des géants est finie, lène l'homme sur la scène. Il le dégage lolusses et le ramène à sa vraie stature ; il ;e fabuleux, en le maintenant dans l'àge fait tenir la sublimité dans le naturel. ie d'Eschyle est inaccessible comme sa itéocle est d'airain comme son armure: cheur de marbre qui les recouvre, les phocle sont de notre cbiiir; tout être
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huioaio peut reconnaîire en eux Tidéal de ses énergies et de ses vertus. Au lieu de subir le Destin en le maudissant, ils réagissent intrépidement contre lui; et, s*ils sont vaincus dans la lutte, ils y déploient le noble jeu de leurs facultés et de leurs passions. Leur âme se remplit de pensées, leur voix de paroles ioexprimées jusqu'alors. Ils revendiquent leurs actes, ils les disculpent ou ils les condamnent ; ils disputent au hasard la direction de leur vie. La Fatalité les opprime encore, mais elle n'écrase plus leur conscience. Leur volonté redressée tient à distance tous ces Génies démoniaques de la prédestination et du meurtre qui cernaient Tâme des héros d'Eschyle, et lui fermaient toute issue \ers le libre arbitre : Sophocle a des mots qui commencent à les dissiper. Ces monstres, à son approche, subissent déjà l'effacement des fantômes que surprend le jour. Les vieux mythes sanglants s'éclaircissent ; ils flotlent confusément à l'horizon de la scène, au lieu de la murer dans une prison de terreurs.
Les Dieux apparaissent sous des traits nouveaux, non plus rigides et farouches comme les vieilles idoles primitives^ mais tels que Phidias vient de les révéler à la Grèce rayonnants de bonté et de majesté. L'aube de la justice éclaire ces divinités épurées, une vague providence se lève au fond de leur toute-puissance; la lumière se mêle
;Iair que darde le regarde lixe de Zeus. Es- ! redoute les dieux; il tes blasphème quelqueles confondant avec les forces implacables qui it sur le monde : Sophocle \es aime eu les ado-
parce qu'il pressent des lois équitables cachées leurs caprices apparents. Sa piété ne se ren- ! plus dans un sombre acquiescement aux coups istin ; elle est fervente et active, elle invoque îl qui s'ouvre aux prières. Tout son théâtre est Igné de foi religieuse, il exhale Todeur d'enqu'émanent les sanctuaires. — " Souvenez-
» — dit Hercule descendu du ciel, dans son clète, aux chefs grecs qui partent pour Troie ;
Souvenez-vous, au jour du butin, de vous [uitter envers les dieux, car le père Zeus met piété au-dessus de tout. La piété est la seule >se que les hommes emportent avec eux, et qui it jamais perdue ni dans la vie, ni dans la
te grandenr morale est revêtue d'une fonne ite, le style de Sophocle est la beauté même, herchez pas une trace du faste oriental dont la e d'Eschyle s'enveloppe, comme d'une robe