‹ Les deux masques (volume 2)Chapitre 4 sur 94 · THEATRE DE SOPHOCLE · texte numérisé non relu

THEATRE DE SOPHOCLE

persaae trouvée, à Marathon, sous une tente de satrape : il est nu et il est divin. Nq, tantôt comme l'athlète qui raidit dans Tarène ses membres nerveux, tantôt comme la vierge aux sveltes contours, qui bondit sur le Taygète, pendant les fêtes de Bacchus. Mais cette nudité n'est point froide : voilée de suavité, dorée de lumière, elle accuse les moindres mouvements de Tâme par des reliefs d'expression, des inflexions de rythme, des cadences de coupe et de nombre comparables au réseau de fibres qu'on voit frémir sous le torse du Thésée et de Yllyssm. Tout y est, largeur puissante, sonorité grave, naïvelé expressive, familiarité royale, profondeur paisible. L'émotion s'accrott de sa mesure mêna^ : au sein de cette pureté transparente, TeiTroi parait plus terrible, la pitié semble plus touchante. C'est le tonnerre qui roule dans un ciel serein ; ce sont des larmes qui coulent sur un visage d'une inaltérable beauté.

La force est partout mêlée à cette grâce ; aucune mollesse n'alanguit sa ferme douceur. Sophocle a ses âpretés comme Eschyle a quelquefois ses tendresses. Cette bouche mélodieuse d'où l'éloquence coule, peut se crisper et se soulever. Les tours énigmatiques, les réticences menaçantes, les retorsions incisives en partent alors pomme des traits soudains. On croit voir Apollon ii)terrp!if)pant le cpncert des Muses

SOPHOCLE

idre la flèche sur son arc d'or. Aucun poète lié comme lui l'ironie tragique, cette ironie

fait pas contraster seulement le sens les mois avec leur expression littéralej ssi l'apparence des choses avec le brusque !nt qu'elles vont subir. Les personnages de e se croient presque toujours sauvés au

dépérir: infatués par un dieu, ils se rasu bord du péril; ils saisissent, comme une : de salut, le glaive tendu contre leur poi- 'esl là son mode de terreur, aussi poignant

genre que celui d'Eschyle. Le philosophe a disait entendre dans les graves axiomes de e, « les grondements d'un chien de forte il y trouvait « le goût sévère d'un vin géné- Les anciens l'avaient surnommé « l'Abeille n : teille exquise est armée, et si elle dépose son us le creux des âmes, elle sait aussi les percer pie aiguillon.

risme déborde dans Eschyle, dont le dialogue l'est qu'un dithyrambe alterné. La poésie de le n'ouvre ses ailes que dans les Chœurs ; mais I cygne, dans cette sphère, peut délier l'enver-, l'aigle. Son style alors s'exalle et s'enflamme, 1 peine à saisir, tant elle est rapide, la danse enste de ses idées et de ses images. C'est le train lat de l'Ode pindarique, dans son désordre

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