‹ Les deux masques (volume 2)Chapitre 41 sur 94 · II · texte numérisé non relu

II

c< Rameau yerdoyant du laurier, dont Toffice est de nettoyer Taire du temple de Phœbus, toi qui crois dans les jardins immortels, sous ses rosées célestes, c'est avec ton feuillage que chaque jour, au soleil levant, je balaye le vestibule d'Apollon. 0 Péanl 0 PéanI béni, béni sois-tu, fils de Latone ! — Le noble emploi, ô Phœbus I de veiller ainsi à ta porte, d'honorer le siège de tes oracles ! Ce ne sont pas les hommes, ce sont les dieux que je sers. Puisse ma vie s'écouler ainsi ! »

Cette figure d*Ion est d'une beauté ravissante ; la sainteté sacerdotale se mêle en elle à rinnocence enfantine ; une vapeur d'encens i*enveIoppe. Plus tard, un vieux roi veut Tadopter pour son fils : Tenfant de Tautel refuse de le suivre, préférant la paix des tabernacles à la magnificence des palais.

(c Vois, mon père, quel est ici mon bonheur. D'abord, le doux loisir si cher à l'homme, ensuite peu de soucis. Nul méchant ne se trouve sur mon chemin ; j'ai ce que les hommes doivent le plus désirer, c'est que la loi, d'accord avec la nature, m'oblige de me conserver pur devant la Divinité. Voilà, mon père, pourquoi mon sort présent me semble préférable à celui qui m'attend ailleurs. Laisse-moi vivre pour moi-même. »

On se rappelle ce jeune empereur allemand du xi' siècle, refusant de sortir du clottre où il était entré pendant une chasse^ et s'écriant avec le Psalmiste : a Hic sunt tabernacula meOy hic habitabo in xternum ! » Racine s^esl souvenu d'Ion, en composant son Joas.

Les tableaux abondent dans les tragédies d*Euripide ; il élargit, au théâtre, les décors de la parole, les récits mouvants et vivants qui mettent sous les yeux Faction reléguée derrière les coulisses de la scène. Eschyle indique plutôt qu'il ne peint; ses brusques et violentes images ont l'instantanéité de réclaû*. Sophocle décrit d'un trait, et ce trait est la ligne de la beauté même. Dans les contours d'un style moins sublime, Euripida répand à flots la couleur, le mouvement, la magie.

Quelle peinture que celle d'Hercule frappé soudainement d'une folie furieuse, massacrant la femme et les enfants qu'il embrassait tout à l'heure avec tant d'amour I Shakespeare n'a rien de plus effrayant, lui qui a peint si souvent et si terriblement la démence. Jamais il n'a mieux fait entendre les craquements de la raison ébranlée sous les attaques du délire. — Le héros sacrifie, au milieu de sa famille, pour purifier sa maison souillée du sang de Lycos. Au moment où il va plonger dans l'eau lustrale le tison pris sur l'autel, l'Érynnie lancée par Héra lui verse sa rage. L'accès commence, et, de symptôme en symptôme, on suit les progrès de Tempoisonnement moral qui pervertit tout son être.

11 ne semblait plus le même, on avait peine à le reconnaître ; ses yeux étaient renrersés, ses prunelles sanglantes sortaient de leurs orbites, l'écume dégouttait sur sa barbe

épaisse. Tout à coup, il s'écria arec un rire d'insensé : 1 0 ^ . Zeus, mon père! pourquoi allumer le feu expiatoire avant

|> d'avoir tué Eurysthée? Pourquoi, pouvant tout faire en une

fois, prendre double peine? Quand j'aurai apporté ici la tête

d'Eurysthée, je laverai mes mains d'un double meurtre en

môme temps. Allons, répandez cette eau, jetez ces cor-

% beilles. Qu'on me donne mon arc : où est ma massue? Je

vais à Mycënes. »

Le voilà hors de lui, ses hallucinatioDS prennent

corps et figure ; il marche et s'agite dans son horri-

ble rêve, comme dans une réalité concentrée. Il

pr croit monter dans un char et, du geste, il fouette

^^. les chevaux.

Les .serviteurs incertains étaient tentés de rire» et en même temps s'effrayaient; se regardant entre eux ils se disaient : N Notre maître joue-t-il ou bien est- il en délire? » Cependant il parcourt de haut en bas la maison. Arrivé à la ' salle où l'on dresse les tables des hommes, il s'écrie K.^ qu'il vient d'arriver à Nysos ; il s'étend à terre, prend de la

nourriture; puis, l'instant d'après, il annonce qu'il approche des vallées de l'Isthme. Là, se dépouillant de ses vêtements, il lutte contre l'air et se proclame vainqueur. Ensuite il se dit à Mycènes et profère de terribles menaces contre Eurysthée. Son père alors, saisissant son bras robuste, loi dit : « Mon fils, qu'as-tu donc ? quel est cet étrange voyage? Le sang que tu viens de verser a-t-il troublé ton esprit? »

Alors commence le carnage, affreuse parodie de ses travaux héroïques : les Héraclides tombent sous les coups de leur père, comme les Niobides sous

^^ les flèches d'or d*ÂpoIlon. Leurs attitudes ont la

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inénie beauté tragique, et le récit du poète se déroule comme un long bas-relief inondé de sang :

n poursuit un des enfants autour de la colonne, avec des enjambées formidables et, le rencontrant en face, lui perce le foie. L'enfant tombe à la renyerse, et, en expirant, ensanglante le marbre. Hercule cependant pousse un cri de joie. « Voil& donc, s'écrie-t-il avec jactance, un des fils d'Eurysthée qui a payé pour son odieux père 1 » Et il ajusté son arc contre un autre de ses enfants qui, blotti derrière l'autel, croyait s'y cacher. Le malheureux, d'un élan ra* pide, se précipite aux genoux de son père, il lève des mains suppliantes vers son cou et vers son menton. — « Ahl mon père chéri! s*écrie-t-il, ne me tue pas, je suis à toi, je suis ton fils, ce n'est pas le fils d'Eurysthée que tu vas percer I » Hercule attachait sur lui le regard farouche d'une Gorgone, et, comme l'enfant se tenait en deçà de l'arc, du bois de l'arme qu'il enlève en l'air et fait retomber comme un marteau de forge, il brise sa tète blonde. Après avoir tué ce second fils, U court à un troisième; mais la malheureuse mère le prévient, emportant l'enfant dans le fond de la maison où elle se renferme. 11 s'imagine alors qu'il assiège et qu'il bat les murs des Gyclopes. A l'aide d'un levier. Il enfonce la porte, et, d'une même flèche, transperce sa femme avec son fils. Il se retournait sur son vieux père, quand parut au seuil Pallas brandissant sa lance acérée. Elle jeta une pierre contre la poitrine d'Hercule, et le choc arrêta court sa fureur de meurtre. Plongé dans un profond sommeil, il tombe sur le sol, heurtant du dos le fût d'une colonne rompue par la chute de la voûte. Délivrés du soin de le fuir, nous l'attachons avec des cordes au tronçon de la colonne, afin qu'il ne puisse, lorsqu'il se réveillera, se livrer à de nouvelles fureurs. Il dort maintenant d'un sommeil funeste, couvert du sang de sa femme et de ses enfants.

Cette pierre que Pallas, la Sagesse, lance à la poi«

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trine d'Hercule furibond, c*ost la raison retombant d'un poids qui l'écrase sur l'âme qu'a bouleversée la démence ; ce sommeil inerte qui l'abat, c'est la stupeur qui suit les violences de la frénésie. Euripide, dans celte scène admirable, se montre observateur exact et profond autant que grand poète. Hippocrate, doué du génie tragique, ne l'aurait pas écrite autrement.

Un morceau d'une terreur égale est la mort de Glaucé, la jeune femme de Jason, brûlée vive par la robe et la couronne, imprégnées de poisons brûlants, que Médée lui a fait offrir. Sans doute l'art ne doit pas reproduire les excès de la douleur physique ; il peut idéaliser la mort, mais non les tortures. Apollon luimême se dégrade quand il écorche Marsyas de ses propres mains. Euripide, dans ses drames, a trop souvent oublié la belle sentence hellénique : « Hors » du temple et du sacrifice, ne montre pas les intes- » tins. » Mais ici la peinture est d'une splendeur si terrible, que l'épouvante devient un éblouissement. La magie dont Médée a imprégné cette robe incendiaire, le poète l'a mise dans ses vers.

Cependant la flUe de Gréon prend cette robe magnifique et elle s'en revêt ; elle pose la couronne d'or sur ses cheveux aux longues tresses, qu'elle arrange devant un miroir limpide, souriant à sa propre image. Puis, s'étant levée de son trône, elle se promène par les chambres, avec une svelte démarche, dans sa blanche chaussure,

ravie de joie par ces présents, et regardant sa taille arec complaisance. Mais bientôt on vit un affreux spectacle : elle change de couleur, elle recule, tout son corps tremble, et c'est à grand'peine qu'elle s'appuie sur son trône pour s'empêcher de tomber. Une vieille esclave, la croyant saisie des fureurs de Pan, ou frappée de haut mal par quelque autre dieu, se met à pousser des hurlements, jusqu'à ce qu'enfin elle voit une écume blanche sortir de sa bouché, ses yeux se convulser, et le sang se retirer de ses veines. Alors elle jette un grand cri, bien différent de ses hurlements religieux... Llnfortunée s'éveille bientôt, en proie à un double mal : la couronne d'or, posée sur sa tête, lançait des jets prodigieux d'un feu dévorant, et la robe au léger tissu consumait ses chairs délicates. Elle se lève du trône et court par la chambre, secouant sa chevelure embrasée ; elle s'efforce d'arracher la couronne ; mais le diadème reste solidement attaché à sa tête par ses agrafes d'or, et plus elle l'acte, plus le feu flamboie autour d'elle. Elle tombe à terre, vaincue par la douleur, méconnaissable & tout autre qu'à l'œil d'un père. Ses traits défigurés n'offraient plus de formes certaines; le sang mêlé au feu ruisselait de sa tête sur ses joues rongées ; les chairs, comme des larmes de poix ardente, se détachaient des os consumés par un invisible poison.

Inférieurs en sublimité à ceux de ses deux émules, les Chœurs d'Euripide, dans leurs beaux endroits, épanchent une poésie fraîche et brillante. Ce n*est point le torrent d'Eschyle» ni le fleuve profond de Sophocle; c'est le ruisseau, jailli à mi-côte, qui court, avec une sinuosité agile, à travers les fleurs des prairies. — Parmi ces Chœurs, il en est un d'une beauté parfaite, d'une harmonie plastique autant que lyrique, qui se détache comme un groupe de

Praxitèle dressé aa bord de la mer. C'est celui des compagnes d*Iphigënie «n Tauride, regrettant la patrie perdue. On croit entendre le Super flumina Babylonis du Psalmiste, transposé sur la lyre grecque, plus léger de souffle et de rythme, avec des grâces et des douceurs que la poésie hébraïque n'a jamais connues.

« Oiseau qui, sur les rochers de la mer, chantes ta destinée lamentable. Alcyon, dont la voix, bien comprise des sages, pleure toujours, je mêle mes gémissements aux tiens, oiseau plaintif comme toi, mais oiseau sans ailes ! — Je regrette les douces assemblées des Grecs, Je regrette Artémis Lucine qui habite sur le mont Ginthyos, et les palmiers au feuillage délicat ; et le laurier fertile en rameaux, et Toliner sacré, où Latone s'appuya pour enfanter la déesse, et Tétang aux eaux vives, où le cygne sonore célèbre les Muses. — Que ne puis-je, portée sur des ailes, parcourir Thippodrome resplendissant du ciel, arrêter mon vol au-dessus de la maison paternelle, et me mêler au chœur des danses où, vierge destinée à un noble hyménée, j^animais, sous les yeux de ma mère chérie, la troupe des jeunes filles de mon ftge I »

Virgile s'est souvenu de cette mélodieuse élégie, lorsqu'il représente, au cinquième livre de VEnéide^ les Temmes troyennes en Sicile, assises à Téçart sur le rivage, immobiles, les yeux fixés sur Timmensité des flots :

Ganct»qae profandam Pontam adapectabant, fientes. ....

Ce souhait d'avoir des ailes, ce désir de s'envoler

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à travers Tespace, que le poète prête aux^'exilées de Tauride^ revient constamment sur les lèvres de ses mères et de ses jeunes filles, de ses captives et de ses victimes. Du fond de leur ennui ou de leur détresse, elles envient Tessor de Toiseau qui passe, joyeux et rapide, dans sa liberté infinie. Cette nostalgie de Taile est le rêve étemel de l'homme, il en a fait l'attribut du bonheur divin. Il ne conçoit qu'avec des ailes l'Ange, le Génie, la Fée, l'àme ellemême, tous les êtres et toutes les choses supérieures à son existence. Mais cette aspiration à la vie ailée, signe lyrique d'idéalité, est une idée fixe chez Euripide. — Aucun poète antique ne l'a si souvent et plus ardemment exprimée.

Il y a un moraliste dans Euripide. De son temps on l'appelait le a Pédagogue de la scène » , et la Pythie le proclamait « plus sage que Sophocle, moins Y> sage seulement que Socrate, le premier des hom- » mes en sagesse. » Ses pièces sont toutes tissues d'apophthegmes ; une barbe de philosophe pourrait s'ajuster à chacun des Masques de ses personnages. Souvent, quand on attend d'eux un cri de passion, ils foncent gravement une sentence : à force d'être didactiques, ils ne sont plus dramatiques.

Cependant, comment ne pas admirer les belles paroles, les pensées profondes, les maximes tou-

chantes et frappaDles qui circulent dans les tragédies d'Euripide ? On composerait un trésor moral en les rassemblant. Ce sont les médailles de la Sagesse antique, et le relief de Texpression ajoute le prix de Tart à leur valeur édifiante. Beaucoup semblent frappées à Teffigie chrétienne ; des pères de TÉglise ont salué Euripide comme un précurseur : Taube de l'Évangile illumine vaguement son esprit. — Quand il s'écrie : « On voit des hommes apporter aux dieux » une chétive offrande qui tient dans la main, et ils » sont plus religieux que ceux qui immolent des bœufs » en sacrifice, » on croit entendre résonner^ dans le tronc du Temple de Jérusalem, Tobole de la veuve glorifiée par Jésus. — Le temple spirituel où le Christ voulait qu'on adorât « en esprit et en vérité », Euripide en a tracé le premier plan dans ces vers : « Quelle serait la maison, bâtie par les maçons, qui » pourrait enfermer, dans Tenceinte de ses murs, la » substance divine ?» — Il a des aperçus sur la vie future, qui élargissent Tintuition païenne, si étroite du côté de rÉtemité : — « Qui sait si ce n'est pas mou- » rir qui est vivre, et si, au contraire, ce que les » hommes appellent la vie n'est pas une mort? » Il dit ailleurs: — « Il y a un Dieu en nous, » et « Inhumer » un mort, ce n'est que rendre la terre à la terre. » -— Comme il présage l'Évangile, il devance aussi les Stolques. Épictète et Marc-Aurèle ne se sont jamais

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conception plus forte et plus haute :

ui qui vit pour son proctiain et non st détaché de tout ici-bas, mémo mme toute région de l'air est oui l'aigle, toute terre est une patrie le bien. » Il semble qu'on voit luire se perça le cœur, sous l'éclair de ce averse un de ses dialogues : — « Qui re, s'il n'a pas souci de mourir? »

pas moins riche en paroles humaintes ; il a le sentiment de la pitié nt de la charité. — « Malheureux, lui ne se fait pas le serviteur de ses » — « Celui qui honore ses parents ieux, dans la mort comme dans la de sa tragédie perdue i'Erechte'e it, à son ûls : — « D'abord, il faut doux, donner au pauvre son tour i l'homme opulent, et te montrer : et religieux pour tous. » Sur les ;es paroles secourables qui allëgent attendant qu'elles les brisent. — l'homme libre, s'il est homme de ommes libres, nous ne vivons que s. »

face humaine de son génie, et aussi d'émotion, qu'Euripide séduisit le

monde. On comprend que, de son vivant, Athènes Tait si durement discuté. Son esprit cosmopolite troublait et débordait la Cité encore concentrée dans sa vie locale. Mais la revanche fut triomphante. Quel* ques années après sa mort, Euripide passionnait les générations nouvelles ; ii envahissait toutes les colonies et tous les royaumes helléniques, il triomphait à Rome et s'emparail de la scène latine, par Ennius ; il devenait, à travers la terre, le missionnaire irrésistible de la pensée grecque. Eschyle était trop violent et trop mystérieux, Sophocle trop sacré et trop autochthone, pour cette propagande. Il y fallait cette sympathie générale, ce don des larmes, ces traits de nature, cette pression du cœur, cette agitation de sentiments et d'idées qu'Euripide portait avec lui. Son influence tint du prodige : il ravissait Alexandre, qui le lisait sans cesse, pendant ses campagnes ; il étonnait Aristote, qui le déclarait « le plus tragique des poètes 1» ; il inspirait la nouvelle comédie d'Athènes, et se vengeait d*Aristophane en créant Ménandre. Son théâtre était comme un Musée pathétique^ d'où les sculpteurs venaient tirer des sujets de groupes, dont les peintres copiaient les scènes sur leurs vases et sur leurs tableaux. Il y avait de l'apostolat dans sa renommée, ses poèmes faisaient des miracles. Lorsqu'Àthènes fut prise par Lysandre, un musicien de Phocée, appelé au banquet des chefs victorieux, réso-

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lus à la saccager, sauvait la ville de la destruction, en leur chantant quelques strophes ù'' Electre. — Les passagers d*un vaisseau poursuivi par des corsaires n'obtinrent le refuge dans un port de Sicile, qu'en récitant des morceaux de ses tragédies. Des maîtres étrangers affranchissaient, pour l'amour de lui, ceux de leurs esclaves qui savaient ses vers. VEuripido^ manie j comme on l'appela, devint une sorte de folie sacrée ; elle eut ses Sybilles et ses Corybantes. Philémon faisait dire, dans une de ses pièces, à un personnage : a Si j'étais sûr que les morts, comme le » prétendent certaines gens, eussent encore du sen- » liment, j'irais me pendre aussitôt, afin devoir Eu- » ripide. » — Un jour de brûlant été, le comédien Archélaûs joua, devant les Abdéritains, sa tragédie à' Andromède. Les voilà tous saisis de fièvre, possédés du poète comme d'un dieu. Ils s'en allaient par les rues, gesticulant et criant d'une voix lamentable : (( Amour, toi, le tyran des hommes et des dieux I » — Il fallut, dit Lucien, que l'hiver vint avec un grand froid, pour faire cesser ce délire.

Entre ces apothéoses fanatiques et les dénigrements modernes, il est une place très haute encore, où Euripide doit siéger. S'il n'occupe pas le trône tragique, il reste assis sur la première marche. Eschyle, au-dessus de lui, le regarde peut-être d'un œil sombre ; mais So^

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phocle qui porta son deuil, et qui, apprenant sa mort, conduisit ses acteurs sans couronnes aux Jeux du théâtre, salue en lui son plus noble émule ; Socrate lui sourit et l'approuve ; Aristophane, rétractant sa haine, brise sur sa lyre la corde injurieuse qui calomnia ce génie ; et ces grands anciens, à distance, ne forment plus qu'un groupe d'Immortels.

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