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d'enfance. J'allais rôder près des cuisiniers et je leur disais : « Regardez, mes amis ; ne voyez-vous pas une hirondelle ? h C'est le printemps qui arrive. • Et pendant qu'ils avaient le nez en l'air, je volais un morceau de viande... Us n'y voyaient que du feu ; ou, si l'on se doutait du tour, je cachais la viande entre mes jambes et je niais de par tous les Dieux. Aussi un orateur dit-il en nae voyant faire : « Cet ca- » faut ira loin, il y a en lui l'étoffe d'un homme d'État. »
Mais les grossièretés reprennent de plus belle.
— « J'avoue que je suis un voleur ; conviens que tu en es un autre ?» — « Par noire Hermès des halles ! pris sur le fait, je me parjure devant ceux qui m'ont vu. » Puis ce sont des roulements de menaces énormes, et Ton croit entendre les poings furieux de deux pugilistes martelant leurs faces meurtries, leurs côtes écrasées : — « Je tannerai ton cuir. » — « Je récorcheraiy et de ta peau je ferai un sac à voleur. »
— « Je te clouerai par terre. » — « Je te hacherai en petits morceaux. » — « Je t'arracherai les paupières, » — « Je te crèverai le jabot. » Le chœur excite Pignoble champion ; il Pappuie de ses huées et de ses insultes. C'est à une meute tout entière que Cléon tient tète.
Maintenant il s'agit de gagner le Peuple qui survient au bruit de la rixe. Alors la lutte recommence sous une autre forme ; les insulteurs se changent en flatteurs, les dogues se font chiens couchants. Ils dorlotent le bonhomme qui oscille entre leurs fla-
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gonieries alternées, et dont « les oreilles s'ouvr""* B et se replient tour à tour, comme des parasols
« Peuple, — dît le Charcutier — essaye ce coussin que cousu moi-même. N'as-tu pas usé ton derrière sur le b des rameurs à Salamine ?... Tiens, voici une petite bi d'onguents pour mettre sur les ulcères de tes jambes. -. ■ Uoi, je vais l'épiler tes cheveux blancs, pour te rajeuni — « Prends cette queue do litvre pour essuyer la cha de les jeui. ■ — « Quand tu te moucheras, Peuple, esi tes doigts après mes cheveui. » — » Non, aux miens ! >: 'Aux miens! r...
C'est une surenchère de bassesses, une lutte plat venire. Des sorties sérieuses l'entrecoupent, le Charcutier, soulevant son masque, découvre, endroits, le visage du poète accusant en face 1' Demi.
Il Peu l'importe que le peuple règne en Arcadie, mal: comptes piller et rançonner plus à ton aise les villes tri laires. Tu veux que la guerre enveloppe comme d'un brc lard tes Triponneries, que le Peuple n'y voie goutte, dans le besoin qui le presse, n'attende son pain que toi seul. Hais si jamais la paix lui est rendue, s'il tourne à ses champs, se réconforter avec du blé nouv et de bonnes olives, il saura de quels biens tu le sevi tout en lui payant un salaire, et il se lèvera plein de hi et de colère, brûlant de déposer contre toi son suffragi
Cependant, après avoir assourdi le Peuple de ( oracles, ses deux serviteurs font le siège de son lomac. Ils le gaTeiil,ils le Tarcissent, ils l'empifrn
ils lui portent les morceaux aux dents. On se rappelle ces estampes rabelaisiennes qui représentent Gargantua avalant la moulardo que « quatre de ses gens lui jettent en la bouche, à pleines palerées » .
« Regarde, c'est moi qui t'apporte le premier un siège. » — « Et moi, une table. » — « Tiens, voici un galette pétrie avec mon orge de Pylos. » — «Voici des croûtes qu'a creusées la main d'ivoire de la Déesse. > — « Voici de la parée de pois, et elle est exquise ; c'est Pallas qui l'a écrasée elle-même. » — « 0 peuple, la Déesse veille sur toi ; elle étend une marmite, pleine de bouillon, sur ta tête. »
Les plats affluent et disparaissent dans la bouche béante du vieillard, tous lardés des actualités les plus épicéesy des allusions les plus vives. Le sel attique qui les relevait s'est évaporé ; mais, de cette cuisine politique, il reste un mouvement inouï, un bruit entraînant, un fumet de verve qui enivre encore. C*estle brio des pantalonnades italiennes, centuplé par le sujet même. Ici Géronte n*est rien moins qu'un Peuple incarné ; le Mascarille et le Scapin qui le bernent portent les masques énormes du théâtre antique.
Le Charcutier remporte ; Démos reprend à Cléon son anneau et sa couronne, et les livre à son rival, vainqueur dans la lutte de l'ignominie. — Yous cherchez le Charcutier, il a déjà disparu. Le combat fini, Aristophane, comme il remettrait Tépée au
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fourreau, rejelle dans sa boite celte marionnette ('~ sa poJémique. Agoracrite parait à sa place, c'est-i dire le poète en personne, évoquant ses vœux et si espérances dans une vision triomphale. Le PeupI plongé par lui, comme le vieil E&od, au fond d'ui chaudière enchantée, en sort rajeuni et (ransfigur retrempé dans la vertu de ses grands ancêtres, vén rable et beau comme un jeune aïeul.
■ II est rederenu tel qu'il Tul autrerois,du {emps d'Ariatii etdeHiltiade. Saluez de tos cris de joie t'apparillon de l'a cienne Athènes qui reuatt à tos jeux, admirable, digi des hymnes du poêle, et habitée par l'illuelre Peuple I. Le roici qui s'avance, les chereux retenus par une ciga d'or, dans tout l'ëclat de son antique costume. Parfiin de myrrhe, il exhale l'odeur, non des procès, mais de paix.»
Quant à Cléon, Agoracrite le jette à la voin comme un chien crevé. — a Et ce paphlagonien dit ie Peuple — cause de tous nos maux, quel ch^ tiroent lui infligeras-tu? »
— n n ne sera pas bien cruel : je le condamne à exerci mon ancien métier. Établi seul, près des portes, il débilei du boudin d'âne et de chien. Toujours ivre, il échangera «i gros mots avec les prostituées, et ne boira que l'eau d( baignoires. »
Celle comédie qui nous parait si terrible, qui ail
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leurs aurait peut-être ensanglanté le théâtre, passa saine et sauve dans Timmense liberté d'Athènes. Avec sa magnanimité native et son esprit généreux, le peuple rit de lui-même et couronna son railleur. Cléon survécut à cette flagellation formidable, sa popularité coriace n'en fut pas même entamée. Mais Aristophane resta fier de sa tentative. Dans une admirable parabase de la Paixy il rappelle, avec orgueil, comme un Travail d'Hercule poétique, sa grande lutte contre ie démagogue tout-puissant :
ce Ce ne sont pas des parUculiers obscurs, ni des femmes que le poète met en scène dan& ses comédies ; mais, intrépide comme Hercule, c'est aux plus grands qu'il s'attaque, sans s'arrêter à l'odeur fétide des cuirs, ni aux menaces de la boue. Il a le droit de dire : « Oui, j*osai le premier as- » sailUr celte bête aux dents aiguës, aux yeux farouches qui n lançaient la flamme, entourée de cent impudiques flatteurs » qui la léchaient à l'envi. Elle avait la voix retentissante » d'un torrent, l'odeur d'un phoque, les cuisses d'une lamie » et le derrière d'un chameau. A la vue d'un tel monstre, je » n'ai pas reculé d'effroi, mais, pour votre salut, pour le sa- » lut des insulaires, j'ai sans relâche lutté contre lui. »