‹ Les deux masques (volume 4)Chapitre 37 sur 86 · II · texte numérisé non relu

II

338 I^URIPIDE.

« Rameau yerdoyaot du laurier, dont l'office est de nettoyer Faire du temple de Phœbus, toi qui crois dans les jardins immortels, sous ses rosées célestes, c'est avec ton feuUlage que chaque jour, au soleil levant, je balaye le vestibule d'Apollon. 0 Péan I 0 Péan 1 béni, béni sois-tu, fils de Latone ! — Le noble emploi, ô Phœbus ! de veiller ainsi à ta porte, d'honorer le siège de tes oracles ! Ce ne sont pas les hommes, ce senties dieux que je sers. Puisse ma vie s'écouler ainsi I »

Cette figure dlon est d'une beauté ravissante ; la sainteté sacerdotale se mêle en elle à Tinnocence enfantine ; une vapeur d'encens l'enveloppe. Plus tard, un vieux roi veut Tadopter pour son fils : Tenfant de Tautel refuse de le suivre, préférant la paix des tabernacles à la magnificence des palais.

u Vois, mon père, quel est ici mon bonheur. D'abord, le doux loisir si cher à l'homme, ensuite peu de soucis. Nul méchant ne se trouve sur mon chemin ; j'ai ce que les hommes doivent le plus désirer, c'est que la loi, d'accord avec la nature, m'oblige de me conserver pur devant la Divinité. Voilà, mon père, pourquoi mon sort présent me semble préférable à celui qui m'attend ailleurs^ Laisse-moi vivre pour moi-même. »

On se rappelle ce jeune empereur allemand du xi"" siècle, refusant de sortir du clottre où il était entré pendant une chasse^ et s'écriant avec le Psalmiste : « Hic sunt tabernacula meay hic habitabo in œternum ! » Racine s'est souvenu d'Ion, en composant son Joas.

Les tableaux abondent dans les tragédies d*Euripide ; il élargit, au théâtre, les décors de la parole, les récits mouvants et vivants qui mettent sous les yeux Faction reléguée derrière les coulisses de la scène. Eschyle indique plutôt qu'il ne peint; ses brusques et violentes images ont Tinstantanéité de réclair. Sophocle décrit d*un trait, et ce trait est la ligne de la beauté même. Dans les contours d'un style mo|ns sublime, Euripide répand à flots la couleur, le mouvement, la magie.

Quelle peinture que celle d'Hercule frappé soudainement d'une folie furieuse, massacrant la femme et les enfants qu'il embrassait tout à l'heure avec tant d'amour I Shakespeare n'a rien de plus effrayant, lui qui a peint si souvent et si terriblement la dé* mence. Jamais il n'a mieux fait entendre les craquements de la raison ébranlée sous les attaques du délire. — Le héros sacrifie, au milieu de sa famille, pour purifier sa maison souillée du sang de Lycos. Au moment où il va plonger dans l'eau lustrale le tison pris sur l'autel, l'Érynnie lancée par Héra lui verse sa rage. L'accès commence, et, de symptôme en symptôme, on suit les progrès de 1-empoisonnement moral qui pervertit tout son être.

11 ne semblait plus le même, on avait peine à le reconnaître : ses yeux étaient renversés, ses prunelles sanglantes sortaient de leurs orbites, Técume dégouttait sur sa barbe

épaisse. Tout à coup, il s*écria avec un rire d'insensé : « 0 Zeus, mon père I pourquoi allumer le feu expiatoire avant d'avoir tué Eurysthée? Pourquoi, pouvant tout faire en une fois, prendre double peine? Quand j'aurai apporté ici la tète d'Eurysthée, je laverai mes mains d'un double meurtre en même temps. Allons, répandez cette eau, jetez ces corbeilles. Qu'on me donne mon arc : où est ma massue ? Je vais à Mycènes. »

Le voilà hors de lui, ses hallucinations prennent corps et figure ; il marche et s'agite dans son horrible rêve, comme dans une réaUté concentrée. Il croit monter dans un char et, du geste, il fouette les chevaux.

Les .serviteurs incertains étaient tentés de rire, et en même temps s'effrayaient; se regardant entre eux ils se disaient : M Notre maître joue-t-il ou bien est-il en délire? » Cependant il parcourt de haut en bas la maison. Arrivé à la salle où l'on dresse les tables des hommes, il s'écrie qu'il vient d'arriver à Nysos ; il s'étend à terre, prend de la nourriture; puis, l'instant d'après, il annonce qu'il approche des vallées de l'Isthme. Là, se dépouillant de ses vêtements, il lutte contre l'air et se proclame vainqueur. Ensuite il se dit à Mycènes et profère de terribles menaces contre Eurysthée. Son père alors, saisissant son bras robuste, lui dit : tf Mon fils, qu'as-tu donc ? quel est cet étrange voyage ? Le sang que tu viens de verser a-t-il troublé ton esprit? »

Alors commence le carnage, affreuse parodie de ses travaux héroïques : les Héraclides tombent sous les coups de leur père, comme les Niobides sous les flèches d'or d'Apollon. Leurs attitudes ont la

même beauté tragique, et le récit du poète se déroule comme un long bas-relief inondé de sang :

Il poursuit un des enfants autour de la colonne, avec des enjambées formidables et, le rencontrant en face, lui perce le foie. L'enfant tombe à la renverse, et, en expirant, ensanglante le marbre. Hercule cependant pousse un cri de joie. « Voilà donc, s'écrie-t-il avec jactance, un des fils d'Ëurysthée qui a payé pour son odieux père ! » Et il ajuste son arc contre un autre de ses enfants qui, blotti derrière Tautel, croyait s'y cacher. Le malheureux, d'un élan rapide, se précipite aux genoux de son père, il lève des mains suppliantes vers son cou et vers son menton. — « Ahl mon père chéri 1 s*écrie-t-il, ne me tue pas, je suis à toi, je suis ton fils, ce n'est pas le fils d'Eurysthée que tu vas percer l » Hercule attachait sur lui le regard farouche d'une Gorgonei et, comme l'enfant se tenait en deçà de l'arc, du bois de l'arme qu'il enlève en l'air et fait retomber comme un marteau de forge, il brise sa tête blonde. Après avoir tué ce second fils, il court à un troisième; mais la malheureuse mère le prévient, emportant l'enfant dans le fond de la maison où elle se renferme. 11 s'imagine alors qu'il assiège et qu'il bat les murs des Gyclopes. A l'aide d'un levier, il enfonce la porte, et, d'une même flèche, transperce sa femme avec son fils. Il se retournait sur son vieux père, quand parut au seuil Pallas brandissant sa lance acérée. Elle jeta une pierre contre la poitrine d'Hercule, et le choc arrêta court sa fureur de meurtre. Plongé dans un profond sommeil, il tombe sur le sol, heurtant du dos le fût d'une colonne rompue par la chute de la voûte. Délivrés du soin de le fuir, nous l'attachons avec des cordes au tronçon de la colonne, afin qu'il ne puisse, lorsqu'il se réveillera, se livrer à de nouvelles fureurs. Il dort maintenant d'un sommeil funeste, couvert du sang de sa femme et de ses enfants.

Cette pierre que Pallas, la Sagesse, lance à la pof-

trine d'Hercule furibond, c'est la raison retombant d'un poids qui l'écrase sur l'âme qu'a bouleversée la démence ; ce sommeil inerte qui l'abat, c'est la stupeur qui suit les violences de la frénésie. Euripide, dans cette scène admirable, se montre observateur exact et profond autant que grand poète. Hippocrate, doué du génie tragique, ne l'aurait pas écrite autrement.

Un morceau d'une terreur égalé est la mort de Glaucé, la jeune femme de Jason, brûlée vive parla robe et la couronne, imprégnées de poisons brûlants, que Médée lui a fait offrir. Sans doute l'art ne doit pas reproduire les excès de la douleur physique ; il peut idéaliser la mort, mais non les tortures. Apollon luimême se dégrade quand il écorche Marsyas de ses propres mains. Euripide, dans ses drames, a trop souvent oublié la belle sentence hellénique : « Hors » du temple et du sacrifice, ne montre pas les intes- » tins. » Mais ici la peinture est d'une splendeur si terrible, que l'épouvante devient un éblouissement. La magie dont Médée a imprégné cette robe incendiaire, le poète l'a mise dans ses vers.

Cependant la fiUe de Gréon prend cette robe magnifique et eUe s'en revêt ; eUe pose la couronne d*or sur ses cheveux aux longues tresses, qu'elle arrange devant un miroir limpide, souriant à sa propre image. Puis, s'étant levée de son trône, elle se promène par les chambres, avec une svelte démarche, dans sa blanche chaussure.

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ravie de joie par ces présents, et regardant sa taille arec complaisance. Mais bientôt on vit un affreux spectacle : elle change de couleur, elle recule, tout son corps tremble, et c'est à grand'peine qu'elle s'appuie sur son trône pour s'empêcher de tomber. Une vieille esclave, la cro^fant saisie des fureurs de Pan, ou frappée de haut mal par quelque autre dieu, se met à pousser des hurlements, jusqu'à ce qu'enfin elle voit une écume blanche sortir de sa bouche, ses yeux se convulser, et le sang se retirer de ses veines. Alors elle jette un grand cri, bien différent de ses hurlements religieux... L'infortunée s'éveille bientôt, en proie à un double mal : la couronne d'or, posée sur sa tête, lançait des jets prodigieux d'un feu dévorant, et la robe au léger tissu consumait ses chairs délicates. Elle se lève du trône et court par la chambre, secouant sa chevelure embrasée ; elle s'efforce d'arracher la couronne ; mais le diadème reste solidement attaché à sa tête par ses agrafes d'or, et plus elle l'agite, plus le feu flamboie autour d'elle. Elle tombe à terre, vaincue par la douleur, méconnaissable à tout autre qu'à l'œil d'un père. Ses traits défigurés n'offraient plus de formes certaines; le sang mêlé au feu ruisselait de sa tête sur ses joues rongées ; les chairs, comme des larmes de poix ardente, se détachaient des os consumés par un invisible poison.

Inférieurs en sublimité à ceux de ses deux émules, les Chœurs d'Euripide, dans leurs beaux endroits, épanchent une poésie fraîche et brillante. Ce n*est point le torrent d'Eschyle, ni le fleuve profond de Sophocle ; c'est le ruisseau, jailli à mi-côte, qui court, avec une sinuosité agile, à travers les fleurs des prairies. — Parmi ces Chœurs, il en est un d'une beauté parfaite, d'une harmonie plastique autant que lyrique, qui se détache comme un groupe de

Praxitèle dressé au bord de la mer. C'est celui des compagnes d'Iphigénie en Tauride, regrettant la patrie perdue. On croit entendre le Super flumina Babylonh du Psalmiste, transposé sur la lyre grecque, plus léger de souffle el de rythme, avec des grâces et des douceurs que la poésie hébraïque n'a jamais connues.

« Oiseau qui, sur les rochers de la mer, chantes ta destinée lamentable, Alcyon, dont la voix, bien comprise des sages , pleure toujours, je mêle mes gémissements aux tiens, oiseau plaintif comme toi, mais oiseau sans aUes I — Je regrette les douces assemblées des Grecs, je regrette Artémis Lucine qui habite sur le mont Ginthyos, et les palmiers au feuiUage délicat ; et le laurier fertile en rameaux, et Tolivier sacré, où Latone s'appuya pour enfanter la déesse, el Tétang aux eaux vives, où le cygne sonore célèbre les Muses. — Que ne puis-je, portée sur des ailes, parcourir l'hippodrome resplendissant du ciel, arrêter mon vol au-dessus de la maison paternelle, et me mêler au chœur des danses où, vierge destinée à un noble hyménée, j'animais, sous les yeux de ma mère chérie, la troupe des jeunes filles de mon âge ! »

Virgile s*est souvenu de cette mélodieuse élégie, lorsqu'il représente, au cinquième livre de V Enéide ^ les femmes troyennes en Sicile, assises à l'écart sur le rivage, immobiles, les yeux fixés sur l'immensité des flots :

Gunctseque profandam Pontam adspectabant, fientes

Ce souhait d'avoir des ailes, ce désir de s'envoler

a travers l'espace, que le poète prête auxjexilées de Tauride, revient constamment sur les lèvres de ses mères et de ses jeunes filles, de ses captives et de ses victimes. Du fond de leur ennui ou de leur détresse, elles envient Tessor de Toiseau qui passe, joyeux et rapide, dans sa liberté infinie. Cette nostalgie de Taile est le rôve étemel de Thomme, il en a fait Tattribut du bonheur divin. Il ne conçoit qu'avec des ailes TAnge, le Génie, la Fée, l'àme ellemême, tous les êtres et toutes les choses supérieures à son existence. Mais cette aspiration à la vie ailée, signe lyrique d'idéalité, est une idée fixe chez Euripide. — Aucun poète antique ne Ta si souvent et plus ardemment exprimée.

Il y a un moraliste dans Euripide. De son temps on l'appelait le a Pédagogue de la scène » , et la Pythie le proclamait « plus> sage que Sophocle, moins y> sage seulement que Socrate, le premier des hom- » mes en sagesse. y> Ses pièces sont toutes tissues d'apophthegmes ; une barbe de philosophe pourrait s'ajuster à chacun des Masques de ses personnages. Souvent, quand on attend d'eux un cri de passion, il& énoncent gravement une sentence : à force d'être didactiques, ils ne sont plus dramatiques.

Cependant, comment ne pas admirer les belles paroles, les pensées profondes, les maximes tou-

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chantes et frappantes qui circulent dans les tragédies d*Euripide ? On composerait un trésor moral en les rassemblant. Ce sont les médailles de la Sagesse antique, et le relief de l'expression ajoute le prix de Tart à leur valeur édifiante. Beaucoup semblent frappées à l'effigie chrétienne ; des pères de l'Église ont salué Euripide comme un précurseur : l'aube de l'Évangile illumine vaguement son esprit. — Quand il s'écrie : « On voit des hommes apporter aux dieux » une chétive oiSrande qui tient dans la main, et ils » sont plus religieux que ceux qui immolent des bœufs » en sacrifice, » on croit entendre résonner^ dans le tronc du Temple de Jérusalem, l'obole de la veuve glorifiée par Jésus. — Le temple spirituel où le Christ voulait qu'on adorât « en esprit et en vérité » , Euripide en a tracé le premier plan dans ces vers : « Quelle serait la maison, bâtie par les maçons, qui » pourrait enfermer, dans l'enceinte de ses murs, la » substance divine ?» — Il a des aperçus sur la vie future, qui élargissent l'intuition païenne, si étroite du côté de rÉtçrnité : — « Qui sait si ce n'est pas mou- » rir qui est vivre, et si, au contraire, ce que les » hommes appellent la vie n'est pas une mort? » Il dit ailleurs: — « Il y a un Dieu en nous, » et « Inhumer » un mort, ce n'est que rendre la terre à la terre. » — Gomme il présage l'Évangile, il devance aussi les Stoïques. Épictèle et Marc-Aurèle ne se sont jamais

fait du Juste une conception plus forte et plus haute : « Le Juste est celui qui vit pour son prochain et non » pour soi. Il est détaché de tout ici-bas, même » de la patrie. Comme toute région de Tair est ou-- » verte au vol de Taigle, toute terre est une patrie » pour rhomme de bien. » Il semble qu'on voit luire l'épée dont Caton se perça le cœur, sous Téclair de ce trait rapide qui traverse un de ses dialogues : — « Qui » donc est esclave, s'il n'a pas souci de mourir ? »

Euripide n'est pas moins riche en paroles humaines et compatissantes ; il a le sentiment de la pitié et le pressentiment de la charité. — « Malheureux, » dit-il, l'enfant qui ne se fait pas le serviteur de ses » vieux parents !» — « Celui qui honore ses parents » est aimé des dieux, dans la mort comme dans la j> vie. » Un roi de sa tragédie perdue A'Erechtée disait, en expirant, à son fils : — u D'abord, il faut » avoir le cœur doux, donner au pauvre son tour » aussi bien qu'à l'homme opulent, et te montrer » également juste et religieux pour tous. » Sur les esclaves, il a de ces paroles secourables qui allègent les chaînes, en attendant qu'elles les brisent. — » L'esclave vaut l'homme Ubre, s'il est homme de » bien. » — - « Hommes libres, nous ne vivons que » par les esclaves. »

C'est par cette face humaine de son génie, et aussi par ses facultés d'émotion, qu'Euripide séduisit le

monde. On comprend que, de son vivant, Athènes Tait si durement discuté. Son esprit cosmopolite troublait et débordait la Cité encore concentrée dans sa vie locale. Mais la revanche fut triomphante. Quelques années après sa mort, Euripide passionnait les générations nouvelles ; il envahissait toutes les colonies et tous les royaumes helléniques, il triomphait à Rome et s'emparait de la scène latine, par Ennius ; il devenait, à travers la terre, le missionnaire irrésistible de la pensée grecque. Eschyle était trop violent et trop mystérieux, Sophocle trop sacré et trop autochthone, pour cette propagande. Il y fallait cette sympathie générale, ce don des larmes, ces traits de nature, cette pression du cœur, cette agitation de sentiments et d'idées qu'Euripide portait avec lui. Son influence tint du prodige : il ravissait Alexandre, qui le lisait sans cesse, pendant ses campagnes ; il étonnait Aristote, qui le déclarait « le plus tragique des poètes if> ; il inspirait la nouvelle comédie d'Athènes, et se vengeait d'Aristophane en créant Ménandre. Son théâtre était comme un Musée pathétique, d'où les sculpteurs venaient tirer des sujets de groupes, dont les peintres copiaient les scènes sur leurs vases et sur leurs tableaux. Il y avait de l'apostolat dans sa renommée^ ses poèmes faisaient des miracles. Lorsqu'Athènes fut prise par Lysandre, un musicien de Phocée, appelé au banquet des chefs victorieux, réso-

lus à la saccager, sauvait la Tille de la destruction, en leur chantant quelques strophes ù'Éleetre. — Les passagers d'un vaisseau poursuivi par des corsaires n'obtinrent le refuge dans un port de Sicile, qu'en récitant des morceaux de ses tragédies. Des maîtres étrangers affranchissaient, pour l'amour de lui, ceux de leurs esclaves qui savaient ses vers. VEuripiàomanie j comme on l'appela, devint une sorte de folie sacrée ; elle eut ses Sybilles et ses Corybantes. Philémon faisait dire, dans une de ses pièces, à un personnage : « Si j'étais sûr que les morts, comme le )> prétendent certaines gens, eussent encore du sen- » timent, j'irais me pendre aussitôt, afin devoir Eu- » lipide. » — Un jour de brûlant été, le comédien Àrchélaûs joua, devant les Abdéritains, sa tragédie A' Andromède . Les voilà tous saisis de fièvre, possédés du poète comme d'un dieu. Ils s'en allaient par les rues, gesticulant et criant d'une voix lamentable : « Amour, toi, le tyran des hommes et des dieux I » — Il fallut, dit Lucien, que l'hiver vînt avec un grand froid, pour faire cesser ce délire.

Entre ces apothéoses fanatiques et les dénigrements modernes, il est une place très haute encore, où Euripide doit siéger. S'il n'occupe pas le trône tragique, il reste assis sur la première marche. Eschyle, au-dessus de lui, le regarde peut-être d'un œil sombre ; mais So-

phoclequi porta son deuil, et qui, apprenant samorl, conduisit ses acteurs sans couronnes aux Jeux du théâtre, salue en lui son plus noble émule ; Socrate lui sourit et l'approuve ; Aristophane, rétractant sa haine, brise sur sa lyre la corde injurieuse qui calomnia ce génie ; et ces grands anciens, à distance, ne forment plus qu*un groupe d'Immortels.

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