‹ Les deux masquesChapitre 12 sur 55 · II. Le mariage. — La mort · texte numérisé non relu

II. Le mariage. — La mort

Itoméo et Juliette est, par excellence, le drame de rameur; il en donne le dernier mot et la note suprême, cette langue de flamme que darde la cime du bûcher et qui s'évanouit dans le ciel. Shakespeare épuise tout ce qu'il exprime : partout où il passe, il touche le fond et il monte au comble. Le paroxysme est son élément.

Entrez dans cette ville tragique, où le sang coule comme l'eau des fontaines : chaque rue est un défilé, chaque maison est une forteresse. Nous sommes dans l'ardente et sombre Italie du quatorzième siècle. Vérone est une capitale de ces discordes civiles : un réseau d'inimitiés enlace la cité ; la vengeance y a planté son arbre généalogique au cœur des famil-

les. L'homme lue lue, à son tour, parla main de son fils ou celle de son frère ; les enfants des morts héritent de leur meurtre ; les haines se lèguent comme des patrimoines. C'est au cenire de cette mêlée furieuse que Shakespeare jette Roméo et Juliette ; c'est sur ce champ de bataille qu'il élève l'autel de TAmour. « Le Paradis est à l'ombre desépées », dit un verset du Coran. Les plus magnifiques fleurs de la terre germent d'un sol pétri de poisons.

Ce qui frappe déjà à la lecture, et ce que la représentation fait encore plus vivement sentir, c'est l'étonnante précipitation du drame, son impétuosité hfttive, son élan qui ne faiblit pas. Roméo entre dans le bal donné par les Capulets, il aperçoit Juliette, leurs yeux échangent un éclair, et l'amour s'allume, Tamour unique et inextinguible, l'amour « plus fort que la mort i».

« Quelle est celte dame qui enrichit la main de ce caTalier, là-bas ? Sa beauté est suspendue à la face de la Nuit, comme un riche joyau à l'oreille d'une Éthiopienne. — Beauté trop précieuse pour la possession, trop exquise pour la terre!... — Mon cœur a-t-il aimé jusqu'ici ? Non I Jureile, mes yeux ; car, jusqu'à ce jour, je n'avais pas vu la vraie beauté. »

El de l'extrémité de la salle, Juliette répond avec la promptitude de l'écho ému par la voix :

— « Viens ici, nourrice. Quel est ce gentilhomme, là-

Page 1