EUGÈNE
des Valois, qui rappelle les gants et les flacons préparés par leurs empoisonneurs florentins. Le héros de la pièce est un moine, mais nullement poussé au burlesque, comme ceux des contes et des fabliaux. Eugène est un abbé voluptueux et fin, à la ceinture relâchée et aux sandales de sultan, béatement confit dans les délices d'une grasse opulence. 11 est Tamant d'Alix, la femme d'un bourgeois débonnaire, tremblant sous sa crosse seigneuriale, comme un bélier qui baisse les cornes sous la houlette de son pâtre. Airive de l'armée un ancien poursuivant d'Alix, nommé Florimond, capitan querelleur, qui ne parle qu'en brandissant sa rapière. Mais Tabbé, secondé par son chapelain, messire Jean (lequel joue, sous le froc, le rôle que les Scapin et les Mascarille joueront plus tard sous la cape), fait si bien qu'il apaise le soldat en le mariant à sa sœur Hélène, et s'installe en maître et seigneur dans la maison du mari. — « Il faut», lui dit-il,
n faut maintenant qu'entre nous Tout mon penser Je te décèle.
J'aime ta femme, et, avec eUe, Je me couche le plus souvent ; Et je veux que doresnavant J'y puisse sans soucy coucher.
OUILLÀUME.
Je ne vous y veux empescher, Monsieur; Je ne suis point Jaloux,
Et principalement de vous.
Je meure si j'y nuy en rien 1
BCGÈNB.
Va, Ta, tu es homme de bien....
Cette satire éhontée est-elle la peinture ou la caricature des mœurs monacales de Tépoque? Quoi quMl en soit, nous voilà loin des licences naïves du Moyen âge. La comédie de Judelle est déjà rompue à toutes les roueries du vice cultivé. La figure de Tabbé a le mol embonpoint et Tépicuréisme spirituel des cloîtres panlagruoliques de la Renaissance. Écoutez-le plutôt s'arrondir dans son égoîsme, et psalmodier, en rimes nonchalantes, les béatitudes profanes de son abbaye :
En tout ce beau rond spacieux Qui est environné des <ûeux, Nul ne garde si bien en soy Le bonheur, comme moy en moy.
Les rois sont sujets à Tômoy Pour le gouvernement des erres ; Les nobles sont sujets aux guerres.
Le marchand est serf du danger ' Qu'on trouve au pays étranger ; Le laboureur, avecque peine, Presse ses bœufs parmy la plaine; L'artisan, sans fin molesté, A peine fuit la pauvreté.
Mais la gorge des gens d'Église N'est point à autre joug soumise, Sinon qu'à mignarder soy-méme, N'avoir horreur de ces extrêmes