LES ŒUVRES DE LARIYEY
met en scène; mais toutes les comédies du temps nous confirment leur existence. Il n'en est guère où le Pédant n'apparaisse, avec son jupon noir, sa perruque de travers, ses petites jambes mal couvertes dans des bas roulés en spirales, ses besicles qui lui font les yeux du hibou de Minerve, et sa figure tachée d'encre, dont les rides ressemblent à dos cornes faites aux pages d'un livre ennuyeux. Le cuistre se mêle de galanterie entre ses clauses ; son lalin descend souvent à la cuisine, pour cajoler la servante. Voici en quel style macaronique Larivey lui fait conter fleurettes à la Gothon dont il est féru :
c Pulcherrima mulier et columha speciosissima ! donnez perloission et pardonnez à moy, homme de mérile, si ores je me monstre tant hardy et impudent, qu'ayant mis à pari toute honte et verecondie digne d'un homme libre, je viens TOUS assaillir à Tiropourveu, veluti lupus tonsibilempecoram,,. ^am, à ce faire, j'ay esté contrainct par ce furcifer, nud, aislé et pharélré enfant de cette déesse qu'on nomme Vénus; lequel, avec un de ses Iraicts, m'a transvertébré cesle poitrine, amoris vestri causa. Donc, par vos cheveux plus que dorés, par vostre front plus qu'argenté, par vos joues plus que rouges, par vos lèvres plus que vermeilles, per toiam denique spedem de vostre corps, je vous prie et supplie {per Castorem eiPollucem obiesiorl) que veuillez et disposiez d'estre contente de me recevoir en vostre faveur, ^fin que, comme un marinier, lequel estant hxnc illuc jactttus des fluctuantes ondes de l'amoureuse mer, je puisse tmdem conduire ceste fresle nacelle au désiré port de vos amoureux hras, vous affirmant, jurejurawîo, qu'en courage TOUS me trouverez un autre Hector, en valeur un autre
César, en doctrine un autre Diogëne, et en bonté un autre Galon ! »
C'est rAmouren bonnet carré, passant sa thèse, à genoux sur un dictionnaire, et trempant ses flèches dans un encrier.
VEsconiifleur n'est pas d'un moins énorme comique. Imaginez le parasite antique, retrempé dans les marmites du Pantagruel, la ripaille incarnée, Tindigestion faite homme, le pique-assiette muni du bec et du gésier de l'oiseau de proie, quelque chose comme un bfttard de Gargantua, cherchant fortune dans les rôtisseries. Il mord, il tord, il dépèce, il engloutit, il avale, il jette les abois de la faim canine. Lorsqu'il parle, on croirait entendre un ventriloque affamé :
« 0 le brave homme que le seigneur Ambroisel Ce vilain avoit préparé un banquet pour faire nopees. Comme je m'y suis guédé ! Comme Falaine me flaire bon ! Nous avions, d'entrée : la fricassée, le poulet en potage, le bizet aux choux, la caiUe sur Tassiette, et le gros coq d'Inde, tout farcy de clous de girofle, et si tendre qu'il airoit les os plus douillets que la coste d'une feuille de chou. Item^ marchait après : une grosse poitrine de veau, les chapons, perdrix, levrault, lapereaux en croix, et pigeonneaux qui rendaient une si bonne odeur, qu'ils eussent esveillé l'appétit aux plu desgoutés. Pour l'issue, nous eusmes popelin, gâteau feuilleté, tarte seiche, force fruits, force confitures...
« Je vous laisse penser comme j'ay galopé des mâchoires: j'en escrimois de tous costés, de manière que j'ay finalement esté contraint faire trêve avec les viandes, tant mon menton