CHAPITRE II
TABARÏN
I. ~ Tabarln et les Tabarinades. — Adrien de Montlac [La Comédie des Proverbes.) — La Comédie des Chansons^ par un auteur inconnu. — Du Peschier écrit la première parodie : La Comédie des Comédies,
IL — La Farce de maître Pierre Pathelin. — La Farce nouvelle du Cuvier.
Quittons un instant ces premiers essais du théâtre régulier qui lentement se fonde et s'achève, pour nous arrêter devant le tréteau de Tabarin. Ce bouffon populaire a créé la farce en plein vent, inventé le boniment, improvisé la parade. Le théâtre de la Foire a, en lui; son jovial et burlesque ancêtre. Homère appelle le mont Ida : « le père des fleuves » ; on pourrait appeler Tabarin : « le père des ruisseaux » .
Tabarin était le pitre du charlatan Mondor : ses drôleries attroupaient la foule autour du tréteau de l'empirique, qui, pendant les entr'actes de ces ioter-
mèdes, débitait ses opiats et ses panacées. Ce glo** rieux tréteau se dressait sur la place Oauphine, en face de la statue dllenri lY, et, huit ans durant, de 1619 à 1626, le peuple de Paris fit cercle à Teatour, avalant, par mille bouches béantes, les orviétaas de l'opérateur et les lazzi du bouffon. C'était une aflluence, une vogue, un succès, dont peuvent donner Tidée ces jérémiades qu'un pamphlétaire du temps prête aux femmes de la rue Dauphine, furieuses de voir leurs maris débauchés par ce baladin :
« Mon mary ne bouge de ce Tabarin ; je suis tout le jour sans le voir, après celle belle farce. C'est qu'il faut aller jouer avec d'autres débauchez comme lui; après avoir joué, il faut aller à la taverne. Tout le mal vient de ce beau chien de Tabarin. Ce n'est que depuis que ce bel homme est arrivé qu'on a esté contrainct de donner des nrrests contre les filles débauchées. Et d'où pensez- vous qu'estoit venue Tépidesmie de l'an passé que de ce beau bouffon ? On s'eschauffoit tellement à cette place Dauphine que l'air en estoit tout corrompu. Et cela a été cause que le roy a tant demeuré hors de Paris, et qu'avons eu tant de pau- Tretésl »
Qu'était-ce donc que Tabarin? On n'en sait rien ou fort peu de chose. Les farces sont restées, riiislrion s'est évanoui. Il a passé, obscur et anonyme comme un masque. Son nom même n'est qu'un sobriquet tiré du manteau italien — iabar — dont il s'entortillait pendant ses parades. De sa personne, il n'a
laissé qu'une caricature, mais d'un grossissement si m. 15
226 LE THÉATBE MODERNE.
monstrueux, qu'il est difficile d'y démêler un portrait. A en croire Fauteur des Inventions TabarmgueSj Tabarin avait une tète allongée en pointe, comme un clocher d'église, des cheveux droits comme les dards d'un porc-épic, un nez qui pouvait passer pour l'écrin de Bacclius, et une bouche fendue jusqu'aux oreilles, «qui eust fait peur à » deux cents pains de neuf livres » . Son chapeau était célèbre; il le pétrissait comme cire molle, elle faisait passer^ d'un instant à l'autre, par toutes les métamorphoses qu'un couvre-chef peut subir. Entre ses doigts subtils, ce chapeau mirifique prenait l'expression et la mobilité d'un visage. Il se pavanait d'un air triomphant, il s'arrondissait comme le capuchon d'un gros moine, il se carrait comme le bonnet d'un docteur, il grimaçait comme la calotte difibrme qu*un vieux mendiant tend aux cavaliers qui passent, du bord d'un fossé. Grâce à lui, et sans
autre déguisement, Tabarin apparaissait « tanlosten D courtisan, tantost en porteur de charbon, tantost » en meneur d*ours, tantost en serviteur nouveau » venu des champs, tantost en coureur de poules » maigres. Bref^ » — ajoute le panégyriste de cette coiffure fantastique, — « ce chapeau, manié et re- » tourné par son maistre, est rempli de toute sorte » de gayes perfections, au contentement de tous » ceux qui le vont voir. »
Quant aux farces de Tubarin, la poétique en est simple ; elle régit aujourd'hui encore tout le répertoire des tréteaux. Tabarin propose à son maître une question burlesque; le mattre la résout par une explication doclorale, et Tubarin la tranche par une calembredaine ou une gravelure : — « Quel est le premier né de l'homme ou de la barbe? » — « Quelle différence il y a d'une échelle à une femme ?» — « Pourquoi on fend les marrons en les mettant cuire ?» — a Qui pourrait refaire les signes du Zodiaque, s'ils étoient tombés? » — Vous avez la note de ces coq-à-l'âue.
Ce qu'il y a de comique dans ces rapsodies, c'est la gravité d'Œdipo, avec laquelle le maître essaie de deviner les énigmes du sphinx à oreilles d'âne qui Tinterroge. Il se drape, il se rengorge, il cite ses auteurs, il remonte au déluge, il crache du grec et du latin, tandis que l'autre avale des étoupes; puis, lorsque sa thèse est finie, lorsque, depuis Texorde jusqu a la péroraison, elle a passé tous les grades, Tabarin lui donne un croc-cn-jambe, et, de la chaire doctorale, la fuit tomber à plat sur une ordure ou sur une bêtise.
« Mon maistre, — dit Tabarin, — j'enlendois, Vautre joui, un certain quidam qui disoit qu'il voudroit avoir donné cent escus et qu'il fust borgne.
«Qui sont ceux qui, à juste liUre, peuvent faire ce souhait? n
Sur quoi le Maître invoque Hippocrale et corainence ore rotundo :
« Il faut qu'un homme soit grandement hors de soi poar avoir cette cupidité dans Tâme, Tubarin ! La veue est uq des premiers organes du corps» et la plus délicate partie qui y soit, pour eslre d'un admirable et incroyable structure, où Tautheur de l'Univers a enclos ce qu'il avoit de rare et d'excellent dans ce monde. Car, soit que nous considérions les deux paires de nerfs qui tirent leur origioe du cerveau, ou que nous regardions Thumeur cristallin qui est au centre de l'œil, et la tunique qui ressemble à la toile de l'araignée qui l'enveloppe, etc., etc., nous trouvons qu'un homme est grandement imprudent de souhaiter la perte inestimable de la plus belle partie qui soit en lui. »
Quand il a terminé cette démonstration d'oculiste, Tabarin lui lance à brûle-pourpoint celte tabai inade :
c( Les hommes qui souhaitent et désirent d'être borgnes sont les aveugles. Si vous ne me voulez croire, allez au monastère des Quinze- Vingts; je m'asseure que vous n'en trouverez pas qui ne désire de vous voir pendre. »
La potence joue un grand rôle dans les facéties de Tabarin. On dirait que, de la place de Grève, elle projette son ombre sinistre jusque sur son joyeux tréteau de la place Dauphine. — « Maître, quel est le meilleur jardinier de Paris ?» — Le maître trace une théorie du jardinage à perte de vue, et conclut que c'est chez les princes qu'il faut s^adresscr.
« Il ne faut aller chez les princes pour rencontrer le meilleur jardinier de Paris. Vous n'en sauriez trouver de plus expert que le fils de maistre Jean Guillaume; et s'il vous prend un désir de le voir, allez vous-en en Grève. C'est un jardinier extraordinaire : il n*a point sitôt planté un arbre, qu'au bout de deuv heures vous y voyez du fruit! Diable ! c'est une mauvaise chose que de faire des cabrioles en l'air, et quand il faut qu'un pauvre homme aille, malgré soi, faire la sentinelle à Montfaucon et garder les moutons à la clarté de la lune.... »
Ailleurs encore, il fait au bourreau celte révérence ironique :
<c Entre tous les mestiers du monde, lequel trouvez-vous qui soit le plus honorable, mon maître? »
Le maître opte pour la peinture et soutient son dire, in barbare et baralipton :
« Je ne le trouve pas pourtant le mestier le plus honorable, car il feroit tort à celui de maistre Jean- Guillaume. Par ma foi! Je croys, pour mon regard, que son mestier est le plus honorable de tous les mestiers. Car, premièrement, quand il veut travailler, il met ses beaux habits, et on le mène dans un carrosse à deux roues, et ce, parmi une grande afOuence dépeuple ; et, en signe de plus grand honneur, quand il est prest d'achever son ouvrage, chacun oste son chapeau. Voulez- vous trouver un mestier plus honorable au monde ? »
Un (les souffre-douleur ordinaires de la grosse plaisanterie de Tabarin est le meunier :
Ce bloc enfariné ne lui dit rien qui vaille.
230 LE TaÉATRB MODERNE.
Chaque fois qu'il le rencontre, il se bat avec lui, comme Don QuichoUe se battait avec son moulin.
« Mon matire, auriez-vous bien l'esprit de me dire quelle est la chose du monde la plus hardie? » — « G*est]a mort, Tabarin. » — « La chose la plus hardie du monde, c'est la chemise d'un meunier. » — « Pour quelle raison, Tabarin?!
— « Parce qu'elle prend, tous les matins, un larron au collet. »
Autre guitare :
(( Me diriez- vous bien quel est l'animal le plus hardy et le plus généreux des animaux? » — u Cela est hors de doute, Tabarin ; c'est le lion.... »
Là-dessus, le Maître entonne une description du lion à faire fuir le troupeau de moutons qui serait passé sur le Pont-Neuf pendant sa tirade.
« Vous vous trompez, mon maître ; je ne veux pas dire que vous avez menti, mais cela n'en vaut guère mieux. L'animal le plus hardy qui soit au monde, c'est l'asne des meuniers, parce qu'il est, tous les jours, au milieu des larrons, et toutefois il n'a aucune peur ! »
Tabarin en veut aussi aux sergents, aux tailleurs et aux procureurs ; mais la pire vengeance qu'il en tire est de les rouler dans la farine du meunier.
u Mon maitre, aiguisez le tranchant de vos résolutions ; je m'en vais emmancher la serpe d'une subtile demande :
— Si vous aviez enclos, dans un grand sac, un sergent, un meunier, un tailleur et uii procureur, qui est-ce de ces quatre qui sortiroit le premier, si on lui faisait ouverture?»
Le Maître gratte jusqu'au sang son front magistral ; il en tire des sentences latines, mais pas une réponse. Tabarin a pitié de lui.
« Je vois bien qu'il faut que je vous enseigne ce secret» mon maître, à la charge que vous payerez pinte. Le premier qui sortiroit du sac, si un sergent, un meunier, un tailleur et un procureur estoient dedans, c*est un larron, mon maître. — 11 n'y a rien de plus asseuré que ce que je dis 1 »
Je voudrais citer encore, mais Tabarin est dur à la citation. Quand on parcourt son répertoire, on marche sur des choses qui ne sont pas précisément des charbons ardents. C'est le valet d'écurie de Rabelais que ce bouffon hasardeux. Il remue le fumier à la pelle ; il est aussi mal embouché que les gargouilles des gouttières gothiques qui vomissent de l'eau sale à jet continu. Qui voudrait le représenter sur son tréteau malsonnant n'a qu'à se rappeler les Manneken-piss des fontaines flamandes. 11 appartient à l'espèce de ces bas-bouffons qui sont les chercheurs de truffes de l'esprit, et dont Yico a dit avec un mépris si allier : <x Pour » nous montrer que ces gens-là sont intermédiaires )) entre l'homme et la bête, on a imaginé les Sa- » lyres rieurs. »
La Comédie naissante est souvent ignoble ; comme Tenfant, elle salit ses langes. Avant de rire des travers de l'âme, elle rit des ignominies du corps. Elle
n'apprend la pudeur qu'en revêtant sa robe virile. Rien de plaisant, d'ailleurs, comme l'indignation que le Mattre feint d'éprouver chaque fois que Tabarin lâche une sottise par trop incongrue. Il rougit, il se révolte, il réclame l'indulgence de l'auditoire, il accable son valet de pudibondes invectives :
« 0 le gros porc! tu es toujours fécond en vilenies! Ole gros vilain et le vrai prototype d'impudence !» — « N'aiezvous point honte de me remplir de ces discours? » — « Â quoi servent les galères, que tu n'y es attaché pour tirer la rame? » — « Faut-il qu'incessamment je te reprenne de cette licence effrénée que tu as de proférer tant de vilaines paroles et tant d*équivoques 1 » — t Je vous défends de m'impor tuner davantage de vos foUes demandes. »
Sur quoi Tabarin recommence de plus belle, et le Maître reprend son rôle de compère bénévole el scandalisé.
Certes, à l'exhumation de ces facéties de haute graisse, les délicats se sont bouché le nez, comme font ces personnages de Teau-forle de Rembrandt, penchés sur la fosse ouverte d'où l'on tire un mort. Mais ceux qui, comme Montaigne, aiment du vieux Paris «jusqu'à ses verrues »; ceux qui savent qu'on a trouvé des bijoux antiques dans les égouts romains, ne craignent pas d'affronter le fumier des Tabarinades, Les joyaux y sont rares, mais, en revanche, le sel y abonde On est tout surpris, lors-
qu'on rôde dans ce luaiier, de s'y rencontrer parfois, nez à nez, avec Molière et La Fontaine. Telle scène de Poquelin, tel apologue du Bonhomme sont sortis d'une farce de Tabarin, comme la perle sort de Thultre. Le sac, dans lequel Scapin enferme GéroDte, figure dans trois ou quatre parades de la baraque du Pont-Neuf. Voici la fable du Gland et de la Citrouille. La Fontaine, en maraude, n'a eu la peine que de la cueillir.
(c En me promenant dans le jardin, j'ay aperceu une grosse citromlle (par ma foy, c'estoit un yray tambour de Saisse !} qui estoit pendue en l'air. J'admirois comme la Rature avoit eu si peu d'esprit de dire qu'un si gros fruict fust soutenu d'une si petite queue, qui, au moindre vent, pou- Toit rompre. » — « Tu accusois la Nature de ce subject? » — « Je l'accusois d'indiscrétion ; comme, de vray, il doit 7 EToir une proportion intei* sustinens et sustenium» Mais, quand j'ay esté plus ayant dans le bois qui est à l'autre extrémité du jardin, j'ay bien changé d'advis. Par la mordienne, j'estois perdu si la Nature eust faict autrement! Car, eo passant par dessous un grand chesne, j'entendis chanter un oyseau qui, par son doux ramage, m'arresta tout court ; et, comme je voulois regarder en haut, un gland me tomba sur le nez. Je fus contraint d'avouer que la Nature avoit bien fait, car, si elle eust mis une citrouille au sommet du chesne, cela m'eut cassé le nez. » — » Il eust faict beauté voir, avec ton nez en écharpe, boire à la bouteille. » — « Je vous jure, par les Géorgiques de Virgile, mon Maistre, que c'estoit le moyen par où la Nature me pouvoit empescher de porter des lunettes en ma vieillesse I »
On voit que la Folie fait quelquefois Taumône au Génie. Quoi qu'il en soit, jamais fou du peuple
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ne fut plus populaire que Tabarin. Outre son auditoire rustique et plébéien, il avait ses amateurs et ses sténographes qui, le crayon à la main, recueillaient, sur leurs tablettes, tout ce qui tombait de sa bouche cynique. C'est ainsi que nous ont été conservés ses Dialogues^ jetés au vent de la Seine. Ils pourraient prendre pour épigraphes les titres de ces deux chapitres de Rabelais : — a Comment » Pantagruel, en haulte mer, ouyt diverses paroles » desgelées! » — « Comment, entre les paroles » gelées, Pantagruel trouva des mots de gueule!» Tabarin devint bientôt légendaire ; son nom servit d'enseigne à toute une volée d'opuscules et de libellas drolatiques. On fit de lui un sorcier, un tribun, un docteur. On l'envoya, aux enfers, donner l'accolade à Rabelais et guérir les brûlures d^s damnés avec son onguent.
« Ce fut plaisir quand il vint mettre en vente son onguent pour la bruslure ; il n'y en avoit point pour les laquais. Vous eussiez veu chapeaux, gants, mouchoirs, souUers voler sur le théâtre, parce que c'est la maladie à laquelle ils sont plus subjets en enfer que d'estre bruslés. Jamais Tabarin n'avoU esté à telles fesles ; il ne sçavoit satisfaire, seul qu'il esloit, tant de personnes... Enfin il prit congé des assistants et vint saluer Rabelais, qui le reçut avec un fort bon visage, bien qu'il eust assés mal au cœur de l'avoir veu tant emporter d'argent en si peu d'heures. »
Chaque peuple, chaque époque a ainsi son bis-
LA COMÉDIE DBS PROYEHBfiS. 235
trion ravori : Falstaff, Pulcinelia, Hudibras, Karagheus, Ulespiegel, Pantalon, La Palisse, Roquelaure, Mayeux, Prudhomme, Calino. Imaginaire ou réel, le type se généralise et se pétrifie par degrés. Il arrive à rencontrer, en lui, tous les traits gouailleurs et satiriques d*une nation.' Comme le Pasquin de Rome, il rit de sa bouche de marbre ébréchée par le temps, au rond-point des rues et des carrefoiu*s; et chacun vient, en passant, coller un ïambe ou une épigramme à son piédestal.
Tabarin eut une fin tragique. Son tréteau Tavait enrichi; les lazzi que, pendant dix ans, il avait jetés à la foule, étaient retombés en pluie de doublons dans son escarcelle. L'orgueil le tenta; il achela, près de Paris, une terre féodale, s'y in-, stalla et fit le seigneur. Les gentillfttres des environs s'indignèrent de ce voisinage, et, un jour, dans une chasse, ils tuèrent le boufTon, comme un lièvre, au coin d'un bois. — Poor Yorick !
Un autre curieux morceau est la Comédie des Proverbes, d'Adrien de Montluc, seigneur de Cramail (1637), ainsi nommée parce qu'elle en contient deux mille. — Deux mille proverbes, gros cl gras, crevant de trivialité et de gaillardise; une armée de Sanchos Panças qui défilent! Écoutez plutôt ces deux valets, à table :
Alaigre : <c Allons à la soupe et daubons des mâchoires. Le diable s*en pende! je me suis mordu. » — PAt'/tppin : « Tu es trop goulu ; en pensant manger du bœuF, tu as mordu du veau. »
<c Et toi, tu joues déjà des badigoinces, comme un singe qui démembre une écrevisse. Morbleu ! quel avaleurde pois gris ! Vraiment, il n'oublie pas les quatre doigts et le pouce. Quel estropiât des mâchoires ! »
« T*étonnes-tu de cela ? Les mains ont été faites avant les couteaux. Mais que manges-tu là en ton sac ? Je crois que tu as le gosier pavé. »
c< Tu mets ton nez partout. Tiens, tiens, ne te fâche pas, choisis? Quel niais de Sologne ! Tu te trompes à ton profit. Je ne te trouve point tant sot ; tu aimes mieux deux œufs qu'une prune. »
<( Laissons là l'ivrognerie et parlons de boire. Je te prie, haussons le gobelet; nous ne boirons jamais si jeunes. Je sens bien que c'est trop filer sans mouiller. >*
n Du temps du roi Guillemot, on ne parlait que déboire; maintenant on n'en dit mot. »
' « Les premiers morceaux nuisent au dernier. »
Ainsi parle cette comédie ventriloque. C'est une hotle à dictons, ramassés dans les carrefours et sous les tables des cabarets. Tous ces proverbes gaulois, qui viennent du Moyen âge^ sont, d'ailleurs, singulièrement prosaïques. Ils résument le bon sens mesquin de cette bourgeoisie narquoise et médiocre qui allait, terre à terre, son petit chemin, entre le clergé et la noblesse, entre le donjon et Téglise. Ils vous conseillent de vivoter, de vous méûer, de thésauriser, de rogner des liards. Si les fourmis et