‹ Les deux masquesChapitre 3 sur 55 · I. — Venise : L'amour et renlèvemcnt · texte numérisé non relu

I. — Venise : L'amour et renlèvemcnt

IL — Chypre : La calomnie. — Le dénouement.

OlhellOy c'est l'âme humaine attaquée par la jalousie; c'est un héros aux prises avec un monstre moral. Pour faire cette effrayante expérience, Shakespeare a choisi la nature la plus sensible à ses coups. Les statuaires, lorsqu'ils veulent exprimer les convulsions qu'imprime au corps la douleur, prennent pour modèle un type athlétique, un torse d'Hercule: le poète a fait, choix d'un caractère à demi sauvage, pour étudier sur lui les effets de la plus violente des passions. Othello est un Barbare à la façon d'Achille ou d'Ajax. L'instinct l'emporte en lui sur la réflexion; il est plus près de la Nature que ceux qui l'entourent ; il déploie, pour souffrir et pour ressentir, des qualités excentriques. —

« Je VOUS aime, » lui dit quelque part Desdemona» » parce que vous avez beaucoup senti et beaucoup » souffert. »

Son ftme, aussi bien que son corps, appartient à la zone torride. Avec le costume de Venise, le Maure a revêtu les qualités d'apparat d'une civilisation magnifique : courtoisie royale, générosité magnanime, amour délicat et chevaleresque. Mais que le soupçon Teffleure, que le doute le morde, et rAfricain se réveille. II s'empare de Thomme cultivé, il le bouleverse, il l'anéantit. Le lion apprivoisé retourne d'un bond à la vie sauvage ; il reprend les mœurs et la férocité du désert. La jalousie se développe en lui avec des outrances et des exagérations forcenées. Elle brise tout frein, excède toute mesure : la passion s'élance rugissante et fauve, du fond de son cœur, comme d'une caverne rouverte.

k Taspérité latente de la nature, Shakespeare ajoute le déclin de l'âge. Othello a dépassé la jeunesse , il est au temps où Thomme n'obtient plus Tamour comme un droit, mais comme une grâce : grâce précaire, don fragile qui peut, à chaque instant, être retiré. Les amours extrêmes sont pleins de délices. — Le fond de la coupe n'est-il pas le meilleur? Le neuvième ciel n'est-il pas le plus beau? — Mais ils sont aussi pleins d'angoisse, étant uniques désormais et invparables. L'inquiétude les mord au cœur, comme

un ver caché dans un fruit d'automne. Leur lit est une tente environnée de pièges et d'alarmes. L*honime n'y dort, entre les bras de l'être adoré, que d'un sommeil obsédé de fantômes, l'esprit agité, l'oreille aux alertes. — Qui sait si demain, au réveil, il ne trouvera pas sa place vide? De là l'ardeur profonde, la susceptibilité frémissante, Tanxiété d'avare couvant son trésor, qui caractérisent l'amour d'Othello. — « J'ai- » merais mieux, » dit-il après les premiers soupçons, » être un crapaud et vivre des vapeurs d'une prison, » que d'abandonner un coin de la chose que j'aime à » Tusage d*autrui. » — Ailleurs, il exprime avec une énergie déchirante le vide mortel que creuse en lui Tamour arraché : — « Être chassé du sanctuaire où » j'ai déposé mon cœur I ... du sanctuaire où il me faut » vivre, ou bien renoncer à la vie! De la fontaine où » coule mon courant, sans quoi il se dessèche. .., en » être chassé I ou ne pouvoir la garder que comme » une citerne où des crapauds hideux s'accouplent » et pullulent I — 0 Patience, jeune chérubin aux » lèvres roses, change de couleur à celte idée, et D prends un visage sinistre comme l'enfer 1 »

Il y a donc deux hommes dans Othello, tranchés par un contraste frappant. Yoyez-le comparaissant devant le sénat de Venise, qui lui demande conapte du rapt de Desdemona. Quelle grandeur d'âme ingénue, quel loyal et naïf orgueil! Son plaidoyer rap-

pelle ce discours casqué, sermo gaieattis, dont parle un Ancien. Il y fait luire son épée et retentir son armure.

« Son père m'aimait, jl m'invitait souvent ; il me questionnait sur rhistoire de ma vie... Je lui racontais mon histoire entière, depuis les jours de mon enfance jusqu'au moment où il m'invitait à parler. Je l'entretenais de chances désastreuses, d'aventures émouvantes sur terre et sur mer ; je disais comment j'avais échappé, de l'épaisseur d'un cheveu, à une mort imminente, sur la hrèche; comment j'avais été pris par un insolent ennemi, et vendu comme esclave ; comment je m'étais racheté, et quelles aventures m'étaient arrivées en voyage. Alors j'avais à faire mention d'antres vastes et de déserts arides, d'âpres fondrières, de rochers et de montagnes dont les cimes touchent le ciel. Puis, je parlais des cannibales qui s'entre- dévorent, des anthropophages et des hommes qui ont la tète au-dessous des épaules

» Pour écouter ces choses, Desdemona montrait une curiosité sérieuse. Quand les affaires du ménage l'obligeaient à se lever, elle les dépéchait toujours au plus vite, revenait, et, de son oreille affamée, elle dévorait mes paroles... Mon histoire terminée, elle me donna, pour ma peine, un monde de soupirs ; elle jura qu'en vérité cela était étrange, plus qu'étrange, que c'était attendrissant, étonnamment attendrissant. Elle eût voulu ne pas l'avoir entendu, mais elle eût voulu aussi qu-e le Ciel eût fait pour elle un pareil homme. Elle me remercia, et me dit que si j'avais un ami qui l'aimât, je n'avais qu'à lui apprendre à raconter mon histoire, et que cela suffirait pour qu'il l'épousât. Sur cette insinuation, je parlai. Elle m'aima pour les dangers que j'avais courus, et moi je l'aimai pour la pitié qu'elle leur donna.... Telle est la sorceUerie que j'ai employée. — Mais voici ma dame qui vient ; qu'elle-même en dépose I »

Desdemona s'avance vers le tribunal et, avec la

chaste hardiesse du loyal amour, elle atteste et confirme le récit du Maure. — Ici, sous Thabit de la Vénitienne, apparaît un instant Théroîque Anglaise, la femme pour qui la Bible, qu'elle lit tous les jours, se résume dans ce verset : « Tu quitteras ton père et D ta mère pour suivre ton mari, » et qui le suit, en effet, jusqu'au bout du monde, et qui lui dit avec Ruth : « Ton peuple est mon peuple, ton Dieu est » mon Dieu; là où tu mourras, je mourrai et je serai 9) ensevelie. »

Le bon Brabantio paratt comique auprès de ce couple si tendre et si fier. La volubilité triviale de ses injures et de ses reproches contraste étrangement avec le noble aveu de sa fille et le fier langage d'Othello. Il est de la race des Patriciens qui figurent dans les tableaux de cérémonie de Gentile Bellini et de Carpaccio : tètes positives et solides, plus carrées encore que leurs bonnets, et que caractérise une absence complète dMdéal. Dans la première scène, lorsqu'il poursuit le Maure par les rues, escorté de porte-flambeaux, une image boufTonne se présente à l'esprit. On croit voir ce signer Pantalon que les <îomédies fiabesques nous montrent traînant ses pantoufles turques sur les dalles de la place Saint-Marc, à la recherche de sa fille ou de sa cassette.

Mais ce Géronte se transforme lorsqu'il plaide sa <;ause devant le sénat. Son orgueil de Grandyéniiien

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se redresse de toute sa hauteur. Ce qui le choque dans renlèvemeot de sa fille, c*est moins Toffense que la mésalliance. En dépit des services rendus^ de Téclat (lu grade, de la gloire acquise, le Maure n'est pour lui qu'un aventurier stipendié, de couleur musulmane et de race douteuse, aussi indigne de prétendre à la couche d'une noble Vénitienne, que le nègre, qui sert au banquet des Noces de Cana de Paul Yéronèse^ le serait de s'asseoir à table, parmi les Illustrissimes et les Magnifiques. La magie seule lui semble capable d'avoir suscité ce bizarre amour.

■ Une jeune fille toujours si modeste, d'un caractère si doux, si paisible, que, lorsqu'elle remuait, elle en rougissait, aiier, en dépit de la nature, des années, de la nation, de la fortune, de tout, tomber amoureuse d'un être qu'elle avait peur de regarder! 11 n'y a qu'un jugement difforme et très imparfait pour déclarer que la perfection peut faillir ainsi; il faut forcément conclure, pour expliquer cela, à l'emploi des maléfices infernaux. J'affirme donc, encore une fois, que c'est à l'aide de mixtures toutes-puissantes sur le sang, ou de quelque philtre enchanté, que le Maure a agi sur elle. »

Ce père, en somme, a raison dans sa répugnance et dans sa colère. La différence des âges et des races Teffraie justement. Il semble prévoir les périls que recèle une union faite de contrastes. L'Oriental, pour TEuropéen, reste toujours un danger autant qu'une énigme. Il échappe au raisonnement et à la logique ; les sensations le gouvernent et se succèdent dans son

cerveau, en s'anéanlissant Tune par l'autre, avec une rapidité inquiétante. Il passe, d'un bond^ de Tadoration à la haine, de l'abandon à la défiance^ de la caresse au poignard. Sa tète sombre n'est pas éclairée par une lumière fixe, mais par des éclairs. Brabantio se montre donc sage et prudent, en redoutant, comme une nuée d'orage, la nuit empreinte sur le visage d'Othello. Sous l'enveloppe superbe qui le cache^ le lion de Saint-Marc a flairé le tigre, et il s'en écarte avec répulsion.

Lorsque le Doge a légitimé Tenlèvement d'Othello, la douleur du père lui rend une gravité pathétique. On ne rit plus de ses plaintes, la malédiction y gronde sourdement.

« Plaise à Votre Grâce de passer aux afTaireâ d*Ëtat. J'aa rais mieux fait d'adopter un enfant, que d'engendrer ça. Approche, Maure ; je te donne ici de tout mon cœur ce que je t'aurais, si tu ne le possédais déj&, refusé de tout mon cœur.» — A Desdémona. — «Grâce à toi, mon bijou, je suis heureux dans l'âme de n'avoir pas d'autres enfants ; car ton escapade m'apprendrait à devenir tyran et à leur pendre des entraves au cou. — J'ai fini, monseigneur ! »

Un mot terrible lui échappe, flèche mortelle lancée au hasard , qui , cette fois , manque son but et tombe inaperçue aux pieds de celui qu'elle vise, mais que lago ramasse soigneusement, et dont plus tard il percera le cœur d'Othello. — « Veille sur

» elle, Maure ! Aie Tceil prompt à tout voir. Elle a » trompé son père, elle peut te tromper! »

Quelle marine d*une splendide fraîcheur, que cette plage de Chypre^ pleine de peuple, de fanfares, d'appareil naval, où Desdémona débarque, après Othello ! Elle semble jaillir des vagues entr'ouvertes. Aux acclamations qui la fêtent, on dirait une divinité des eaux faisant son entrée dans Ttle dédiée à son culte. Le Maure Taccueille avec un amour enthousiaste; sa parole s*exalte et s'enflamme. Il reprend, en touchant le sol de TOrient, l'emphase lyrique des hommes de sa race ; il parle à Desdémona la langue ardente des ghazels arabes :

« O ma beUe guerrière !... 0 joie de mon âme... I Si après les tempêtes Tiennent de pareils calmes, puissent les vents souffler jusqu'à réveiller la mort!... Si le moment était venu de mourir, ce serait maintenant le bonheur suprême. Car j'ai peur, tant la féUcité de mon âme est absolue, qu'il n'y ait pas une joie pareiUe à celle-ci, dans l'avenir inconnu de ma destinée!... Je ne puis parler, comme je voudrais, de mon bonheur; il m'étouffe, là. C'est trop de joie. Rayon de miel! vous serez bien fêtée à Chypre. »

C'est là un moment unique dans le drame ; le cou-

pie enlacé n'apparatt qu'un instant à ce comble du bonheur, dans le rayonnement magnifique de la passion partagée. lago déjà rôde autour de lui. Le serpent surprend Othello, comme Laocoon au bord de la mer, sur les marches d*un joyeux autel.

lago est le plus noir scélérat que Shakespeare ait peint. Il surpasse même Richard III, par la gratuité de ses crimes. Richard III paijure et tue pour régner ; lago trahit et perd par plaisir. Ses griefs sont imaginaires ; il se plaint de Cassio fait lieutenant à son préjudice; il soupçonne le Maure « d^avoir rempli dans son lit son office d'époux ». Mais ces vagues prétextes ne font que colorer ses manœuvres. Au fond sa haine est désintéressée. Il y entre bien de l'envie : ce bas officier sans talent enrage de végéter dans les grades obscurs de l'armée ; sa médiocrité native l'irrite et lui pèse. Ces natures stériles sont parfois singulièrement redoutables. A défaut de la sève, elles ont le poison. Comme les branches mortes des magiciens du Pharaon, elles se changent aussi facilement en reptiles. Mais ce qui fait l'originalité de lago, c'est l'antipathie du mal contre le bien, du pessimisme contre le bonheur. « Je suis un satirique,» dit-il quelque part. Et ailleurs, à Desdémona, qui lui demande ce qu'il écrirait d'elle s'il devait faire son éloge : — « 0 noble dame, ne me de- » mandez pas de louer quelqu'un, car je ne suis rien

9 quand je ne critique pas!» Ces deux mots-là ouvrent son âme comme à deux battants. lago est, avant tout, un contradicteur. Il se pose en ombre contre toute lumière ; la beauté l'offusque, Tharmonie le blesse, le bonheur Tirrile. Le monde se reflète de travers dans ses yeux obliques ; il n'en voit que les aspects souillés et les côtés ridicules; il le juge et le critique comme un mauvais livre. La loyauté de Cassiolui semble une imbécillité méprisable ; l'amour de Desdémona pour le Maure l'égaie comme un caprice lascif et burlesque ; il traite de duperie la noble confiance d'Othello : — « Le Maure est une nature » franche et ouverte, qui croit les gens honnêtes parce "» qu'ils le paraissent ; il se laissera mener parle nez, » aussi docilement qu'un âne. » — Jamais on ne surprend en lui la chaleur d'une émotion, la lueur même d'une colère. De la première à la dernière scène, il garde celle gaieté glaciale et cynique que les légendes prêtent au Diable opérant ses œuvres. Sa méchancelé se complaît en elle-même ; il jouit, avec un amourpropre d'artiste, de l'Iiabilelé de ses pièges, de la subtilité de ses trames, et leur perfection est telle, en effet, que l'intelligence s'y attache et s'y intéresse.

Un trait diabolique du caractère de lago est encore le don qu'il a de tout avilir et de tout salir. Sa poche à fiel est mêlée de fange ; partout où passe sa

parole^ elle laisse une trace de bave ou d'ordure. Quand il réveille Brabantio, pour lui apprendre qu'Othello vient d*épouser sa fille, il parle de ce mariage comme d'une saillie de haras : — « Yous » aurez des neveux qui vous henniront à la face ; vous V aurez des coursiers pour cousins, et des genêts pour » parents. » — « Ma réputation ! ma réputation ! » s'écrie Gassio, désolé, lorsqu'il est surpris ivre par soq général, dans une rixe de corps-de-garde. Sur quoi lago lui répond : « Foi d'honnête homme, à vos cris, » je vous avais cru blessé quelque part ; c'est plus » douloureux là que dans la réputation. » — Plus lard, quand il accuse Desdémona d'adultère, il accentue chacune de ses inventions d'un trait de caricature crapuleuse. Il y a du stercoraire dans cet oiseau de proie.

Othello n'est pas de force à soutenir l'assaut d'un pareil démon. Sa naïveté généreuse le livre sans défense à ces maléfices. Dès la première attaque, il est atteint et blessé à mort. — « Ha I je n'aime pas cela ! » chuchotte lago, en montrant au Maure Cassio qui parle bas à Desdémona. Puis, un instant après : — « Mon noble seigneur, est-ce que Michel Cassio, » quand vous faisiez votre cour à Madame, était in- » struit de votre amour ?» — Il jette, comme au hasard, ce mauvais grain, cette perfide parole ; mais elle tombe dans une âme brûlante, terriblement prête

à la recevoir. Elle y germe, elle y croît, elle s'y ramifie avec la rapidité d'uoe végétation tropicale. On voit grandir à vue d'oeil le mancenillier.

L'inquiétude s*empare du Maure à ce premier mol. Il presse lago de questions urgentes ; il le somme d'articuler ce qu'il balbutie. lago multiplie ses suggeslions et ses réticences. Il s'avance, recule, insinue, se rétracte encore. L'effet est terrible. On croit voir un grand lion se débattant contre le serpent qui Tenroule de ses nœuds glissants, le crible d'imperceptibles piqûres et ne répond à ses clameurs que par de vagues sifflements. Othello n'accuse pas encore, mais il doute; il se rappelle son visage sombre, et les rides qui le sillonnent : — « Peut-être, parce que je suis » noir, ou bien parce que je m'incline vers la vallée » des années?.. » Il lutte cependant, il résiste encore, avec des craquements de chêne ébranlé : — « Si D elle me trompe, oh I c'est que le Ciel se moque de » lui-même. Je ne veux pas le croire ! »

D'une scène à Tautre, la jalousie l'a envahi tout entier; elle bouleverse cette âme tout à l'heure radieuse et sereine, comme ces trombes de vent qui changent subitement l'oasis en affreux désert. Il reparaît hagard et farouche, se parlant à lui-même, comme dans un mauvais rêve : — ce Ha I ha ! fausse » envers moi, envers moi I » L'homme magnanime et fort qu'il était naguère, n'existe déjà plus; c'est un

spectre haineux et bourrelé qui revient. Mais, avant de se vouer aux furies, il fait à son passé d'éclatants adieux.

(c Oh ! maintenant, pour toujours, adieu Tesprit Iranquille I adieu le contentement! adieu les troupes empanachées, et les grandes guerres qui font de l'ambition une vertu ! Oh! adieu, adieu, le coursier qui hennit, et la stridente trompette ! Adieu la bannière royale, et toute la beauté, l'orgueil, la pompe et Tattirail de la guerre glorieuse ! adieu ! La tache d*Olhello est finie. »

Un éclair passe devant ses yeux, au moment où il s'enfonce dans sa sombre voie ; il entrevoit^ à la flamme rapide de cet éclair, la trahison d'Iago. Le lion pose sa grifi'e sur le reptile, il va Técraser!

tf Misérable 1 tu me prouveras que ma bien-aimée est une catin ! N'y manque pas ! n'y manque pas ! donne-m'en la preuve oculaire, ou, par le prix de Tâme immortelle de Thomme, il aurait mieux valu pour toi ôire né chien, que d'avoir à répondre à ma colère éveillée 1 »

Mais il retombe bientôt dans Taveuglement. Le rêve adultère qu'Iago attribue à Cassio, le mouchoir de ûcsdémona dont il dit Tavoir vu « s'essuyer la barbe, » tournent en frénésie sa colère. L'obscénité ironique avec laquelle lago peint ses calomnies l'exaspère encore. A la noble jaousie qui dévore son âme, se joint cette jalousie sensuelle qui broie des cantharides dans son poison et s'attaque au sang révolté.

Quelle terreur dans les entrevues qui suivent, avec Desdémona I La jeune femme tient la promesse qu'elle a donnée à Cassio disgracié, après la querelle de taverne où lago Ta poussé. Elle vient intercéder pour lai auprès d'Olhello^ et elle y met Tinsistance puérile, Timportunité caressante^ la pétulance ingénue qui font d'elle le type de la femme-enrant. Chaque prière la charge et l'accuse ; tontes ses paroles retournent contre elle et paraissent crier l'adultère. Le Maure lui répond par de sinistres sarcasmes ; il a emprunté à lago sa langue de vipère, pour railler la pauvre femme qu'il devrait déjà traiter en victime. Sa noble nature s'est déjà altérée à ce vil contact. On dirait que lago lui a inoculé son méchant esprit; on dirait qu'il s'est fait, entre le monstre et lui, une transsubstantiation pareille à cet alliage que raconte Dante, d'un homme et d'un scorpion fondus ensemble au feu de TEnfer.

lago le tient et ne le lâche plus; il l'aveugle d'hallucinations infernales; il lui fait voir et toucher des illusions que sa magie perfide fait resplendir d'évidence. Après tant de colères, la rechute de rage dans laquelle tombe Othello épouvante encore. C'est l'homme physique animalisé par la passion ; c'est TAfricain livré au tempérament furieux de sa race. Sa parole s'égare ; les cris et les sanglots s'y heurtent confusément. On dirait la charge d'un cavalier arabe :

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