‹ Les deux masquesChapitre 30 sur 55 · IV. — Esther, — Aihaiie · texte numérisé non relu

IV. — Esther, — Aihaiie

Andromaque est le premier chef-d'œuvre du poète qui deyait créer plus tard Phèdre et Athalie. Quel progrès depuis V Alexandre! C'est la dislance du Pays de Tendre à celui du génie et de la passion. On a pu dire, avec raison, a^' Andromaque fut Tavènement de Racine, comme le Cid fut celui de Corneille.

Andromaque semblait, du reste, prédestinée au génie de Racine. De toutes les femmes antiques, elle est la plus pure et la plus touchante. Épouse, mère et esclave, elle resle admirable sous ces trois aspects. En passant d'Homère à Euripide et d'Euripide à Yh'gile, elle change d'attitude sans changer de

beauté. Les traits douloureux s'accusent, à. chaque passage, sur cette figure idéale ; mais les stigmates mêmes de Tesclavage ne peuvent la flétrir. Aucun vestige, en elle, de cette barbarie héroïque qui se réveille, par instants, comme un sang de fauve, dans le sein des autres femmes de Tépopée et de la tragédie grecques. Elle n'a ni le furieux désespoir d'Hécube, ni Tégarement de Cassandre, ni la liaine d'Electre, ni les passions adultères d'Hélène et de Phèdre. Une décence auguste Tenveloppe et la suit, ainsi qu^un long voile. Elle reste exemplaire, irréprochable, accomplie; moins grandiose peut-être, mais plus accessible à la sympathie de toutes les âmes et de tous les âges. Raphaël aurait pu remprunter à Zeuxis sans modifier ses contours ; Racine a pu la prendre à Homère et à Euripide sans trop altérer son type essentiel.

Du plus loin qu'on Taperçoit dans Vlliade^ elle apparaît comme l'image sacrée de l'amour conjugal et de l'amour maternel. Hector a quitte, un moment, la bataille sanglante qui s'entrechoque dans la plaine; il entre dans le palais de Priam, mais il n'y trouve point Andromaque. Une servante lui dit qu'ayant appris une grande victoire des Grecs sur les Troyens, elle est montée au fuite de la haute tour d'ilios ; « et, » pleine d'égarement, elle s*est hâtée de courir aux 9 murailles ; et la nourrice, auprès d'elle, portait l'en-

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i> fant » . L*enfant est là déjà, inséparoble de sa mère, comme la fleur de sa lige. Vivant, il ne quittera plus ses bras ; mort, on ne Tarrachera point de son cœur.

Hector va retourner au combat, mais, lorsqull arrive aux portes Scées, qui s'ouvrent sur la vaste plaine, Andromaque accourt au-devant de lui, et la nourrice raccompagne, « portant sur le sein THec- V toréide bien-aimé, semblable à une belle étoile. « Et il sourit, regardant son fils en silence. » — Radieuse et gracieuse iinage : la splendeur de Tastremèléeà la beauté de Tenrantl Elle couronne, comme d*une auréole, cette Sainte Famille du monde héroïque.

Cependant Andromaque supplie son époux de ne plus s'exposer si ouvertement aui traits de la mort. Ses plaintes coulent, douces comme le miel, auquel le poète compare souvent les paroles humaines ; mais ce miel est mouillé de larmes, et cela fait un divin mélange :

«Malheureux! ton courage te perdra, et tu n'as pitié ni de ton fils enfant, ni de moi qui serai ta veuve; car les Achaîens te tueront en se ruant tous contre toi. Il vaudrait mieux pour moi, après t'avoir perdu, subir la sépulture; car rien ne me consolera quand tu auras accompli ta destinée, et il ne me restera que mes douleurs. Je n*ai plus ni mon père ni ma nDère vénérable. . . . Tu es, pour moi, un père, une mère vénérable, un frère et un époux plein de

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jeunesse. Aie pitié ; reste sur cette terre; ne fais point ton fils orphelin et ta femme veuve 1 •

Le héros est ému, mais il est entraîné par son raillant cœur, qui le reporte fougueusement au fort des mêlées. Il n^espère rien, pourtant, de cette guerre horrible; il est atteint du pressentiment qui frappe, dans Y Iliade, comme d'une entaille de hache au tronc des grands chênes, tous les guerriers marqués pour la mort. 11 sait que Troie est condamnée parles dieux et qu'elle doit périr. La Fatalité plane, comme dans un cirque, sur le champ de bataille des héros d'Homère ; ils la saluent, eux qui vont mourir, mais ils n*en persistent pas moins à combattre. C'est assez pour eux de retarder son triomphe et de laisser sur la terre une noble mémoire. — Ainsi, Achille répond à Lycaon qui Timplore :

« Amî, meurs I Pourquoi gémir en vain ? Patrocle est bien mort, qui valait beaucoup mieux que toi. Regarde, je suis beau et grand, je suis né d'un noble père, une déesse m'a enfanté; et cependant la mort violente me saisira le malin, le soir ou à midi, et quelqu'un m'arrachera l'âme, soit d'un coup de lance, soit d'une flèche. »

De même, un présage sinistre montre à Hector Andromaque « emmenée pleurante par un Achaîen » cuirassé d'airain » .

« Et tu tisseras, lui dit-il, la toile de l'étranger, et tupor-

leras de force Teau de Messeis et de Hypérié; car la dure nécessité le voudra. . . . Mais que la lourde terre me recouvre mort avant que j'entende tes cris et que je te voie arracher d'ici ! »

C'est alors que surgit, des profondeurs de la nature, ce groupe immortel , le plus beau peut-être du monde poétique, à la fois naïf et sublime, vivant comme la chair et beau comme le marbre, et que, dans un autre art, Phidias peut-être seul a égalé :

« Ayant ainsi parlé, l'illustre Hector tendit les mains vers son fils; mais Tenfant se rejeta en arrière dans le sein de sa nourrice à la belle ceinture, épouvanté à l'aspect de son père bien-aimé, et de l'airain et de la queue de cheval qui s'agitait terriblement sur le cône du casque. Et le père bienaimé sourit, et la mère vénérable aussi. Et l'illustre Hector ôla son casque et le déposa resplendissant sur la terre. Et il baisa son fils bien-aimé, et, le berçant dans ses bras, il

supplia Zeus et les autres Dieux Hector déposa son

enfant entre les bras de sa femme bien-aimée, qui le reçut sur son sein parfumé, en pleurant et en souriant. »

Ce sourire, brillant à travers les larmes, reste, comme un rayon, sur la physionomie d'Andromaque. Un effet de ciel se mêle à sa délicieuse expression. Il semble qu'autour de ce visage attendri de mère, on voie la lumière rire à travers une douce pluie d'été.

Après cette grande scène, Andromaque disparaît longtemps de Ylliade. La porte du gynécée s'est refermée sur elle; elle obéit à l'époux qui lui a enjoint de « prendre soin des travaux de la toile et de la

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» quenouille » . C'est dans celte attitude vigilante que la mort d'Hector la surprend, au yingt-deuuème chant. Elle tisse des fleurs sur une trame splendide; elle vient d*ordonner aux servantes de mettre un grand trépied sur le feu, afin qu'un bain chaud retrempe la force d'Heclor à son retour du combat, lorsqu'elle entend des hurlements sur la tour.

Andromaque s'élance de sa haute demeure, <c semblable à une bacchante » , et, du sommet des mnrailles, elle reconnaît le corps d'Hector traîné, tête pendante, dans un tourbillon de poussière, par le char furieux d'Achille. Alors elle tombe à la renverse entre les bras de ses femmes, et avec elle tombent, du même coup, toutes ses parures nuptiales.

« Les riches ornements se détachèrent de sa tète; la bandelette, le nœud, le réseau et le voile que lui avait donnés Aphrodite d*or, le jour où Hector, au casque mouyant, Tavait emmenée de la demeure d'Aétion, après lui avoir donné une grande dot* »

Transformation douloureuse; c'est comme si Ton voyait une belle plante, subitement dépouillée, par un vent mortel, de ses fleurs et de ses feuillages. Et quel poignant détail que ce voile d*amour donné par Vénus, qui glisse et s*abat du front de la veuve, comme pour recouvrir d'un linceul le corps de Tépoux ! Elle se relève pourtant, la triste Andromaque, mais languissante, à jamais flélriC) et pour entonner

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sa plainte éternelle. C'est sur son enfant qu'elle pleure tout d'abord :

« Astyanax qui, autrefois, mangeait la moelle et la graisse des brebis, entre les genoux de son père; qui, lorsque le sommeil le prenait, et qu'il cessait de jouer; dormait dans un doux lit, aux bras de sa nourrice et le cœur rassasié de délices. »

Maintenant l'orphelin va subir le mépris et la pauvreté. ERe se le représente s'approchant des compagnons de son père, prenant, d'un geste craintif, l'un par le manteau, l'autre par la tunique, repoussé par tous.

« Le jeune homme, assis entre son père et sa mère, le rejette de la table du festin, et, le frappant de ses mains, lui dit des paroles injurieuses : t Va-t*en, ton père n'est pas des > nôtres. •

Cruelles images si vraies et si navrantes dans le monde antique, inexorable aux vaincus. La Captivité s'avance, menaçante et la lance au poing. Euripide, tout à l'heure, va nous montrer en action les pressentiments d'Andromaque.

Une dernière fois, elle réparait dans Ylliade^ venant pleurer, la première, sur le lit funèbre d'Hector. Elle y répète les mêmes gémissements, variés par des accents tout nouveaux. Homère est le « Père des sources, » comme il appelle l'Ida, dans son

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poème; et la source des larmes est aussi intarissable en lui que les autres.

Un regret suprême, d*une spiritualité pénétrante, termine cette lamenlaiion. La dernière larme d*Aiidromaque recèle, dans Homère, un parfum divin.

« 0 Hector I tu me laisses en proie à d*afireuses douleurs; car, en mourant, tu ne m'auras point dit quelques sages parole» dont je puisse me souvenir, les jours et les nuits, en Tersant des pleurs . »

C'est dans deux tragédies d*Euripide qu*Andromaque poursuit sa triste carrière, et, dans la première du moins, ce changement de poète est à peine une déchéance. Les Troyennes nous la montrent mise, avec ses compagnes, à l'encan de la servitude. Elles sont là, sur le rivage, gisantes et étalées comme des proies, attendant les chefs auxquels le sort va les répartir. La victoire antique triomphe cruellement dans cette scène terrible ; elle fait reluire son glaive et sonner ses fers ; elle jette des haillons sur répaule des reines et met, aux mains qui portaient le sceptre, le balai servile qui nettoiera la maison du maître. L'histoire confirme ces humiliations pathétiques. Hérodote raconte qu'après la prise de Memphis, Cambyse fit passer la fille de Psamménite devant son père, en habit d'esclave, et une cruche sur la tête, pour aller puiser de l'eau aux fontaines.

Hécube échoit à Ulysse, Cassandre à Agamemnon :

Thaltybios, le héraut, prononce, d'une voix fatale, ces adjudications de la force. Polyxène, la plus jeune Glle de Priam, vient d'être égorgée sur le tombeau d'Achille, comme une brebis d'holocauste. Un char parait, conduisant Andromaque aux vaisseaux de Néoptolème ; et un vers ravissant nous montre son cfier Astyanax « qui suit les mouvements du sein maternel ». Un dialogue, qui n'est qu'une alternative de sanglots, s^engage entre la veuve et l'aïeule. C'est ridée de passer dans la couche d'un autre qui desespère surtout Andromaque.

« On dit cependant qu'une seule nuit calme raversion d'une femme pour le lit d'un homme. Honte à celle qui, perdant un époux, peut consentir à d'autres amours ! »

Elle se rappelle, avec un chaste orgueil, les vertus dont elle enchantait la maison d'Hector, et c'est comme une statue de la Pudeur, divinement calme, le doigt sur les lèvres, qui surgirait à nos yeux, ce Toujours je lui présentais un visage » serein et une bouche silencieuse. » Mais Thaltybios vient lui annoncer l'implacable arrêt des chefs grecs ; leur haine poursuit Hector sur son fils : As* tyanax sera précipité du haut de la tour. Alors son désespoir éclate ; rien de violent pourtant ni de fu« ribond. Il semble qu'une flûte de funérailles résonne derrière cette noble femme et rythme majestueusement sa douleur.

« Tu pleures, dit-elle à A.styaDax, ô mon fils ; as-lu doncle sentiment de les maux? pourquoi me presser de tes mains? pourquoi l'attacher à mon voile, pauvre oiseau rérugié sous mon aile? Hector ne sortira point de la terre pour le défendre de sa lance redoutable. Il n'est plus pour toi de parents ni d'amis» ni d'armée phrygienne. 0 fils chéri! que ta mère te presse entre ses brasi Douce haleine que je respire ! C'est donc on vain que ce sein t'a nourri, en vain que je me suis épuisée de peines et de tourments. Embrasse encore ta mère, encore une fois, ce sera la dernière ; entoure-la de tes bras, applique tes lèvres sur sa bouche

Pour ce corps misérable, jetez-le, cachez-le dans vos vaisseaux. Oh! l'heureux, le noble hy menée auquel je marche sur le sang de mon fils ! »

Andromaque revient encore dans la tragédie d'Euripide qui porte son nom, mais Homère, celte fois, refuserait de la reconnaître. Elle a subi Tembrassement du maitre; Molossos, né de Pyrrhus, a remplacé le jeune Astyanax, et cet enfant de la servitude semble usurper, dans ses bras, la place du fils de Tamour. Elle Taime pourtant, elle parait Faimer avec une tendresse aussi vive. Elle pleure les mêmes larmes, lorsque Hermione, Tépouse légitime, veut Timmoler à sa rage jalouse. Mais une vertu s*est retirée d'elle avec la fidélité promise à Hector. Ce n'est plus Andromaque « aux bras blancs », la « mère vénérable » ; ce n'est que son pâle et douteux fantôme, répétant sa vie tragique dans un pastiche affaibli.

C'est encore le fantôme d'Andromaque qui apparaît à Énée, au troisième livre du poème de Virgile. Il

la retrouve épouse et mère une seconde fois. Hélenos a hérité du trône et du lit de Pyrrhus tué par Oreste. Mais le génie de Virgile a répandu un chaste clair-obscur sur sa nouvelle existence. Andromaque Teffleure à peine dans un récit évasif. Elle n'en parle que les yeux baissés, rapidement, à voix basse, et comme troublée d'un remords confus :

Dejecit rultam, et demissa Toce locuu est.

La grande ombre d'Hector Tenveloppe tout entière. Ombre elle-même, à demi vivante, du monde homérique, elle s*est fait une Troie illusoire où elle tratne son deuil profané. Les portes de sa ville ont pris les noms des portes d'Ilion ; elle sacrifie aux mânes de Tépoux sur un tombeau vide, au bord d'un faux Simoîs. Ascagne n'éveille dans son cœur que rimage chérie d'AsIyanax. Elle dit délicieusement, en lui oiïrant, à son départ, un manteau phrygien et des robes de pourpre :

M Reçois, enfant, ces ouvrages de mes mains ; qu'ils te rappellent longtemps Tamitié d'Andromaque, de la femme d^Hector. Prends, ce sont les derniers dons des tiens. 0 toi, la seule image qui me reste de mon Astyanax ! Voilà ses yeux, ses mains, les traits de son visage : il fleurirait aujourd'hui dans un ftge pareil au tien. »

O mihi sola mei super Astyanactis imago ! Sic oculos, sic ille manus, sic ora ferebat ! Et nunc œquali tecum pubesceret œvo.

Une sorte de vapeur crépusculaire voile, dans P^néide, celte apparition d'Andromaque apaisée el décolorée.

C^est des mains de Virgile que Racine a pris Andromaque ; c'est de cette plage de TÉpire qu'il Ta enlevée, comme une slatue grecque, légèrement amollie, de la belle époque Adrienne, pour la polir encore, la nuancer et la fondre;* lui insinuer, comme d*uii tendre souille, la sensibilité chrétienne et rame de son temps, faire d'elle enfin une princesse française revêtue d'idéal antique. Et d'abord, avec un art ioGni, il l'a purifiée de toutes les souillures de la captivité et de l'esclavage. Andromaque n'est plus la concubine de Pyrrhus, mais une reine détrônée, à laquelle il oiTre une nouvelle couronne. Même irrité par ses refus, il la traite toujours avec un respect passionné. Molossos n'existe pas; elle n'a d'autre fils qu'Astyanax qui a survécu. Un enfant de la plèbe troyenne a eu l'honneur de mourir pour le fils d'Hector. Oreste nous raconte élégamment, au passage, ce cruel échange, qui devait paraître si naturel à une cour pour qui les princes étaient encore les enfants des dieux.

J'apprends que, pour ravir son enfant an supplice, Andromaque trompa Tingénieux Ulysse, Tandis qu*un autre enfant, arraché de ses bras, Sous le nom de son fils, fut conduit au trépas.

Andromaque reste donc pure et sans tacbe, fidèle à son époux par delà la mort. Elle rejette, comme un sacrilège, Tamour du roi dont elle est captive. Mais ce roi la menace de livrer Astyanax aux Grecs^ qui réclament impérieusement son supplice. Il faut choisir entre la vie de son fils et la main de Pyrrhus. Le rôle est tout entier dans cette alternative pathétique et dans les efforts que fait Andromaque pour écarter ce double péril.

Qu'elle est grande et simple, et touchante, dans ceite lutte extrême I Comme elle défend son cœur attaqué de tous les côtés 1 Qu'elle s'incline ou qu'elle se redresse, sa dignité reste intacte. Son agenouillement même est royal, il effleure la lerre sans ramper jamais. C'est le geste, la démarche, l'effusion décente d'une suppliante embrassant l'autel. Pour fléchir le violent amant qui la presse, elle emploie les plus nobles armes. Elle fait appel à sa grandeur d'âme, elle le prend par la générodité, par la pitié, par la tentation de la gloire dont le couvrira la défense d'une veuve et d'un orphelin. Cette beauté dont il est épris, elle cherche à l'assombrir sous les (races de ses larmes et sous les teintes de son deuil ; elle s'étonne qu'elle puisse le séduire :

CaptWe, toajouni triste, importune à moi-même, PoaYez-Yoas souhaiter qu'Andromaque vous aime? Quels charmes ont pour vous des yeux infortunés Qu*à des pleurs éternels tous ayez condamnés ?

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