‹ Les deux masquesChapitre 33 sur 55 · V. -« Les Femmes savantes · texte numérisé non relu

V. -« Les Femmes savantes

Un intérêt singulier s'attache à cette jeune comédie de rÉiourdi, prélude joyeux de tant de chefsd'œuvre. Fille naturelle du génie de Molière, conçue en dehors des règles, entre les tréteaux et le théâtre, elle est née sur le chariot errant du Roman Comique. Comme la Béatrice de Shakespeare, elle pourrait dire : « A Theure où je vins au monde, une étoile dan- » sait dans le ciel. » Molière n'avait pas encore cofiscience de lui-même, lorsqu'il fit jouer, pour la première fois, à Lyon, en 1653, cette pièce de facture, empruntée à tlnavertito de Beltrame et à rEmilia de Luigi G^'oto. Il pillait à droite, imitait à gauche,

composait à la diable, rimait au hasard. On peut dire que, dans F Étourdi, il jette sa gourme et son premier feu. L'esprit pétulant de TKalie bouffe, souffle sur ces scènes, rejointes par un léger 61, qui se poursuivent ets'entre-croisent, comme les figures d'une longue farandole. L'observation en est absente, les caractères sortent des moules factices de l'imbroglio d'outremont. Le poète n'a pas encore étudié son pays, contemplé son siècle ; il ne voit encore le visage humain qu'à travers les masques de convention de la parade italienne. Il vit renfermé dans sa troupe, com* posée du Vieillard et du Jeune homme, du Valet et de la Captive, laquelle ne fait que perpétuer, sous des traits à peine rajeunis, le groupe antique et inamovible du théâtre de Piaule et de Térence.

Mais le génie perce, de toute part, sous cette ébauche calquée au poncif; il éclate, à chaque scène, en traits soudains, en saillies franches, en jets de verve et d'hilarité. Si la substance morale, la réflexion, la pensée manquent encore à cette comédie de jeunesse, elle a déjà l'animation, la souplesse, le feu de l'esprit, le coloris des personnages, la vivacité du dialogue. C'est la verdeur d'un printemps regorgeant de sève et qui va faire explosion.

Mascarille e^t, à lui seul, toute une création. Il élève et il transfigure le type subalterne et multiple du valet d'intrigue. Sous un nom nouveau, il le lance

dans une vie nouvelle. Scnpin, Sganarelle, Sbrigani, Figaro lui-même s*agitent déjà sous les plis de son manteau turbulent. II y a, sans doute encore, beaucoup de convention dans son invention. Mascarille B*est qu*à demi réel : moitié masque et moitié figure, incarnation bouffonne de Tesprit d'intrigue et de la loi naturelle se moquant de la loi humaine, bâtard de Tesclavage antique et de la farce italienne. Déshabillez-le de sa cape aux raies de tulipe, vous retrouverez en lui Épidique et Dave, Storax et Parménon, Slichus et Syrus, l'esclave de la Casina et dé PAsinaire^ traduisant, en fourberies modernes, les friponneries romaines qui, chez ses premiers maîtres, le faisaient périr sous le bâton ou expirer sur la croix. Mais mille expressions nouvelles animent et viviGent ce masque archaïque qui semblait sculpté. L'esprit gaulois se joue sur ses traits latins; sa verve s'est aiguisée, son imagination prend l'essor, son rictus immobile se transforme en rire spirituel. Ses pieds, qui ne traînent plus la chatne de la servitude, semblent avoir chaussé les talonnières ailées du rusé Mercure. Il plane dans la région de la fantaisie et du libre esprit.

Mascarille mérite, à coup sûr, ce titre à^Fourborum imperator qu'il se décerne à lui-même, et qu'il écrirait volontiers, en majuscules flamboyantes; sur son bonnet sicilien. C'est la scélératesse méridionale. dans

foute sa verve inventive, Yingegno appliqué aux œuvres de sac et de corde. II ment effrontément, il vole sans vergogne, il fait battre monnaie au fils sur le cercueil vide de son père. Et pourtant le plus sévère moraliste rit aux éclats de ses tours pendables. II est si vif, si gaiy si bon diable, si naïvement dénué de conscience et de sens moral ! Se fAcher en voyant Mascarille dérober la bourse du vieil Anselme, autant vaudrait s'indigner à la vue d'un chat volant un fromage. Il est désintéressé, d'ailleurs, dans ses fourberies ; il nage dans Teau trouble sans y pécher. Ce n'est pas à son profit qu'il accomplit les douze travaux de Tintrigue, c'est à celui de son mattre, le seigneur Lélie. II s'agit de lui conquérir la belle Célie, captive du vieux Truffaldin. Il y a là des grilles à limer, des vieillards à berner, des mascarades à conduire, des coups de b&ton à donner et à recevoir. Le voilà qui s'exalte pour celte œuvre d'arl, et qui se lance dans Taventure, au galop de ses grandes bottes de sept lieues. Sa tête est un moulin à vent et à feu qui broie, blute et triture des moissons d'idées et de stratagèmes. Lélie a beau brouiller ses cartes pipées, il a beau crever, à chaque instant, de son blanc bec d'étour- Beau les pièges brillants qu*il a tissés maille à maille, Mascarille jure, sacre, tempêle, mais recommence à filer sa trame. Car il travaille pour la gloire, non pour te salaire.

L'honneur, ô Mascarille, est une belle chose. A tes nobles travaux ne fais aucune pause, Et, quoi qu un maître ait fait pour te faire enrager, Travaille pour la gloire et non pour Tobliger.

C'est le fciuconnier de Tamour, et sod imagination est le gerfaut ardent, rapide, acharné qifil laDce sur la linotte coiffée que lui a désignée son maître. On Taime, ce pendard, pour son dévouement, pour sa verve, pour Tenthousiasme d'artiste avec lequel il agence et Tait mouvoir ses pittoresques machines. On admire son front de bronze, sa gesticulation effrénée, sa fertilité de ressources, son impudence étonnante et haute en couleur. S'il vole, au tournant d*une rue, comme au coin d'un bois, Targent n'est du moins, pour lui, que le nerf des guerres de Tamour. Les pistôles, escroquées par Mascarille, ne chargent pas la conscience. Elles ont Téclat fabuleux des pommes d'or des Hespérides, gardées par le dragon à cent têtes; elles sont frappées à Teffigie de Mercure endormant Argus.

Et puis la fantaisie purifie tout, et la fantaisie est rélëmentde Mascarille, comme elle sera, plus tarJ, celui de Scapin ; il habile un monde imaginaire qui n'obéit qu'à la loi du rire. Ce qui serait un crime dans nos rues éclairées au gaz, n'est qu'une peccadille sur les quais lumineux de cette Messine de comédie, aussi fantastique que les mirages de la Fata Morffana. Au besoin, Tbistoire d'enfants volés par des

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Égyptiennes et par des Corsaires qui termine 4a pièce, vous avertit que la scène se passe dans le pays bleu. Et, avec quelle grâce le poète se moque lui-même, le premier, de ce dénouement rebattu I

Uaintenant tous terez un march&nd d'Arménie

Qni les aurez tus sains, l'an et l'autre, en Turquie.

Si J'ai, plutôt qu'aucun, un tel mojren trouvé,

Pour les ressusciter sur ce qu'il a rèré.

C'est qu'en fait d'aventure il est très ordinaire

De voir gens pris sur mer, par quelque Turc corsaire,

Pois être, à leur famille, à point nommé rendus,

Après quinze ou vingt ans qu'on les a crus perdus.

Pour moi, j'ai vu déjà cent contes de la sorte.

Sans nous alambiquer, senrons-nous-en ; qu'importe?

Mascarille ne fait pas long feu dans le répertoire de Molière. L'ardeur de sa première apparition le dévore; il se consume en resplendissant. Vous diriez un cheval de race^ fourbu pour avoir donné dans une première course. On le reconnaît à peine, lorsqu'il reparaît dans le Dépit amoureux. Sa hardiesse a baissé, sa verve est tarie ; son Imaginative épuisée n'accoucbe plus que de siratagèmes avortés. De bravache qu'il étaity il devient poltron. Au lieu de dominer son maître, comme dans FÉtourdi^ de sa supériorité insolente, il se rapetisse et s'humilie devant lui. L'ombre d'un bâton l'effarouche, la silhouette lointaine du gibet le fait trembler de la tète aux pieds. Lorsque Yalère lui propose d'aller, en armes, assiéger 1^ logis de Lucile> et de se « chamailler », au be-

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soin, s'ils trDUvent résistance, sa couardise effrayée pousse des cris cyniques :

Moi» chamailler, bon Dieu ! snis-je un Roland, mon maître?

Ou quelque Ferragus? C'est fort mal me connaître.

Quand Je Tiens à songer, moi, qui me suis si cher,

Qu'il ne faut que deux doigts d'un misérable fer

Dans le corps, pour vous mettre un humain dans la bière,

Je suis scandalisé d'une étrange manière.

« Mais tu seras armé de pied en cap. -» Tant pis,

J'en serai moins léger à gagner le taillis.

Et de plus il n'est pas d'armure si bien Jointe

Où ne puisse glisser une vilaine pointe.

M Oh ! tu seras ainsi tenu pour un poltron ! »

Soit, pourvu que toujours Je branle le menton.

A table, comptez-moi, si vous voulez, pour quatre ;

Mais comptez-moi pour rien, s'il s'agit de se battre.

Quel changement et quelle déchéance! Tempereur des fourbes n'en est plus que le vil goujat. D'une comédie à Tautre, Mascarille a pris le ventre, Tégoîsme, la trivialité prosaïque de Sganarelle et de Gros-René.

Une troisième fois, il fait sa rentrée dans les Précietises Ridicules^ mais déguisé en marquis, jouant au seigneur, singeant le bel air, faisant lu roue du geai de la fable, avec les plumes et les rubans de sa petite-oie. Il expire sous le soufflet du porteur de chaise et sous la canne de La Grange. « Aliil abi! ahil » Mascarille, en ces trois notes, a rendu son dernier soupir.

Molière, revenant à la comédie d'intrigue, le ressuscitera, plus tard, sous la figure de Scapin. Mais il

n^Y a plus de pince pour les valets à tout faire, dans les chers-d*œuvre qui remplissent ce long intervalle. Le poète a Tait maison nette, en quittant l'imbroglio pour Tobservation. Du même coup il a congédié toute sa troupe italienne. Pères imbécile*?, amants ravisseurs, spadassins, pédants, matamores; il renvoie au tréteau ces marionnettes surannées et se met à créer des hommes. Désormais il mettra en scène la société de son temps, agrandie aux proportions de réternelle \érilé humaine. Devant ce monde, en chair et en os, les valets chimériques s'eflacent ou se transforment; ils rentrent dans l'ombre de la livrée et de l'antichambre. Leurs noms nouveaux les déshabillent de leurs oripeaux et les destituent de leur tyrannie familière. Alain, Dubois, la Merluche, maître Jacques ne sont plus que des domestiques remis à leur place. Mascarille, dans le salon de Célimène, ne pourrait que ranger des fauteuils et porter des lettres ; dans la maison de Chrysale, il ferait reffel d'un fantoche, fourvoyé parmi des bourgeois.

Lélie joue un piteux rôle, auprès de son glorieux et tranchant valet. Mascarille l'absorbe et Tanéantit. Il traîne, pendu à sa cape agile, et le rudoyant au besoin, ce jouvenceau enrubanné qui fait l'amour en lisières. Son étourderie parait tomber parfois dans la niaiserie. L'obstination qu'il met à défaire les pièges et à patauger dans les trames ourdies pour son

compte, flnit par agacer, à la longue. De récidive en récidive, Tirritation gagne le spectateur. Il comprend que le valet dise crûment à son maître :

Ma foi, mon cher patron, je tous le dis encore, Vous ne serez jamais qu*uae pauvre pécore.

Il le relayerait volontiers dans la bastonnade effrontée qu'il lui applique avec Truffaldin. Et pourtant rétourderie de Lélie n^est qu'une illusion d'optique théâtrale. Regardez-y de plus près et vous Tacquitterez, scène par scène, de tous les reproches dont Taccable son impérieux serviteur. C'est lui qui les mérile, en ne lui faisant jamais part des ruses qu'il combine. Lélie, en fln de compte, n'est pas un sorcier; il ne peut deviner un jeu qu'on lui cache, ni s'entendre en foire avec un larron qui ne lui dit rien de ses artiflces. Il a cent fois raison, au troisième acte, lorsqu'il répond à ses invectives pour la dixième fois répétées :

Au moins, pour t'emporter à de justes dépitSt Fais-moi dans tes desseins entrer de quelque chose. Mais que de leurs ressorts la porte me soit close, C'est ce qui fait toujours que je suis pris sans vert.

Un moment vient, du reste, où Lélie se redresse, d'un élan de cœur, à cent pieds au-dessus du grand Mascarille. C'est celui où il le surprend à diffamer sa maîtresse. Le drôle a beau lui faire signe que ce ne

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sont là que propos en rair pour éloigner son rival, Lélie ne veut rien entendre :

Non, Don ! point de clin d*œil et point de raillerie 1 Je suis aveugle à toat, sourd à quoi que ce soit. Fût-ce mon propre frère, il me le payeroit. Et, sur ce que J'adore oser porter le bl&me, C^est me faire une plaie au plus tendre de Tàme. Tous ces signes sont vains, quels discours as-tu faits?

Coromo il grandit subitement, ce petit Lélie, et comme Mascariile redevient, à celte voix fière et loyale, ce qu'il est en réalité, un sbire émérite, un laquais habile dont un gentilhomme peut se servir, comme d'un fin limier, pour courir les belles filles et dépister ses rivaux, mais auquel il est défendu de porter la dent sur le gibier qu'il relance.

Cette Célie qu'ils poursuivent avec un acharnement passionné, ne semble pas valoir un si grand effort. C'est moins une figure que l'ombre d'une ombre. Molière Ta empruntée à la comédie latine, qui ne connaissait d'autre femme que la captive et la courtisane. Aussi a-t-elle gardé la résignation passive et somnolente de l'esclave. Elle se laisse vendre, revendre, marchander, aimer, disputer, avec une indifférence à peine émue par le vague amour qu'elle a pour Lélie. Presque une chose, à peine une personne. Il y a dix-sept siècles entre la Célie de f Étourdi et l'Agnès de FÊcole des Femmes, qui va naitre neuf 9ins plus tard.

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Encore une fois, ne demandons à fÈtourdiqnele mouvement perpétuel de la panfalonnade italienne, soumis et dominé par le génie naissant d'un grand poète. Et alors, quelle gaieté féconde I quelle activité saisissante et folle ! quelles variations inépuisables sur un thème unique! quel surcroît, toujours montant et bouillonnant, de verve comique I Le style surtout en est admirable, coulant et roulant de source, primcsautier et original. Ses négligences mômes et ses brusqueries ont de la grâce. Ce sont les cailloux qui font écnmer et rebondir un joyeux ruisseau. Du premier coup, Molière a trouvé sa langue : on a ici son premier jet, un peu trouble, mais aussi dans toute sa saveur.

La Jalousie est un monstre à deux visages, Tun tragique et Tautre burlesque ; celui-ci pleure, celui- 4à grimace : Sganarelle est le revers d'Othello. La physionomie d'ArnoIphe, dans VÉcole des Femmes, participe de ces deux aspects ; quelques traits louchants corrigent çà et là sa physionomie ridicule. U est presque pathétique au dernier acte, lorsque, fou de passion et de désespoir, il se traîne aux genoux de l'enfant cruelle qui regarde froidement ses transports;

Me Teux-ta Toir pleurer? Vcux-ta que Je me batte? Veux-tu que je m'arrache un côte de cheveux ? Veux-tu que je me tue? Oui, dis, si tu le veux ? Je suis tout prêt, cruelle, à te prouver ma flamme.

Hais le comique remporte, et, malgré sa passion sincère, Arnolphe Tmil toujours par exciter un rire ironique. Ce n'est pas TAge de son amour qui est ridi* cule; il n*a guère que quarante-deux ans, ainsi qu'il le dit lui-même quelque part; des passions plus mûres ont été payées de retour. On vieillissait d'ailleurs moins vite qu'aujourd'hui, sous ces majestueuses perruques du siècle de Louis XIY, qui semblaient revêtir les fronts virils de la crinière des lions ou du feuillage des chênes. C'est par les cheveux que la vieillesse attaque l'homme, et cette mâle toison lui faisait une chevelure éternelle. Ce qui rend le spectateur insensible aux souffrances d*Arnolphe, c'est son système absurde d'abêtissement conjugal. II sème de la niaiserie pour récolter de Tinnocence; il coiffe Agnès du bonnet d*àne pour détourner de son propre front les cornes que lui prédit Chrysale. C'est par la terreur, l'ignorance et la séquestration qu'il prétend se rendre mattre du cœur d'une jeune fllle.

Les Chinois cassent les pieds de leurs femmes pour les retenir à la maison et les forcer d'être Mèl^s. Arnolphe essaie d'atrophier l'esprit d'Agnès pour l'enchatner à son égoîsme et faire d'elle la

servante de son bonheur domestique. Mais sa pédagogie slupide se retourne directement contre lui. En cherchant à se faire aimer, il se fait haïr. Agnès prend en horreur cet homme rébarbatif qui lui parle d*amour avec la voix lugubre d'un prédicateur préchant un carême, et lui fait du mariage un épouvantai! infernal. Sa naïveté est une nudité qui l'expose aux premières surprises de Tamour. Son extrême ignorance la ramène à Tétat sauvage. Il n'f a guère phis de morale dans sa tête mignonne que dans celle d'une fille de Taîti, vêtue de son collier de corail. Si, au lieu d'être un amoureux, Horace n'était qu'un libertin, Agnès serait à lui dès le premier rendez-vous. .

Quelle figure charmante que celle de cette créature de l'instinct! Agnès ne cherche pas l'esprit, comme la Nicette de Favart ; l'esprit lui vient naturellement, dès qu'elle aime, conime la fleur germe, sur une tige inculte, au premier soleil du printemps. Agnès rendant à Horace révérence pour révérence, est la petite sœur de la grande Juliette disant à Roméo : « Je te dirai : Bonne nuit, jusqu'à ce qu'il soit jour. » Sœurs inégales, séparées, lointaines^ mais qui, Tune, au balcon de son palais de Vérone, et l'autre, à la fenêtre de son logis parisien, représentent l'amour qui se lève aux deux extrémités du cœur : là, daps la pourpre ardente et sombre du sang italien, ici,

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dans les fraîches et légères rougeurs de l'ingénuité gauloise.

« Tu sais qae le masque de la nuit esl sur mon visage ; sans cela tu verrais une virginale rougeur colorer ma joue, quand je songe aux paroles que tu m'as entendue dire celte nuit. Âh! je voudrais rester dans les convenances, je voudrais nier ce que j'ai dit. . . Mais adieu les cérémonies I H'aimes-tu7 je sais que tu vas dire oui, et je te croirai sur parole. Ne le jure pas, tu pourrais trahir ton serment! Les parjures des amoureux font, dit-on, rire Jupiter. En vérité, beau Montagu, je suis trop éprise ; et aussi tu pourrais croire ma conduite légère, mais fie-toi à moi, gentilhomme : je me montrerai plus fidèle que celles qui savent le mieux affecter la réserve. »

Ainsi parle Juliette sous le masque de la nuit, et le pressentiment de la mort prochaine, les poignards des Capulets suspendus sur le rendez-vous furtir, la clarté voluptueuse de la lune « qui argenté les cimes chargées de fruits », tout conspire à hâter cet amour tragique. Point de nuances,. point de transitions; il éclot, comme Taloès, dans une explosion de parfums. Ce n'est pas sous la coquetterie du voile que Juliette, se montre à sou amant, c'est dans Téclatante nudité de son grand amour :

■ Peut-être qu'il y a du mal à dire cela, mais enfin je ne puis m'empécher de le dire, et je voudrais que cela pût se faire sans qu'il y en eût. On me dit fort que tous les jeunes bommes sont des trompeurs, qu'il ne faut point les écouter, et que tout ce que vous me dites n'est que pour m'abuser; mais je vous assure que je n'ai pu encore me figurer

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cela de tous, et je suis si touchée de vos paroles que je ne saurais croire qu^elles soient menteuses. Diles-moi franchement ce qui en est; car en6n, comme je suis sans malice, vous auriez le plus grand tort du monde si tous me trompiez; et je pense que j'en mourrais de déplaisir. »

Ainsi parle, en sa langue à peine sevrée, TAgnès de Molière ; le timbre des deux voix est bien diiïérent, Tune splendide et sonore, et toute vibrante d'enthousiasme ; — on se rappelle, eu l'écoulant, ce. chant de la Fable indienne dont Tardeur étail telle qu'il consumait ceux qui le chantaient; — l'autre, naïve et timide, et ne dépassant pas le soupir. Mais, quoique Agnès vis-à-vis de Juliette soit ce qu'est une humble primevère comparée à la plus brillante des étoiles, son doux aveu rend sur une autre corde le même son que l'éclatant épithalame de la grande vierge italienne. Toutes deux chanteut la première ivresse de leur âme, les fiançailles généreuses du cœur jeune et loyal qui s'est donné dès qu'il s'est senti.

Une chose pourtant rend Arnolphe quelquefois touchant, c'est la part de lui-même que Molière a mise dans ce sombre rôle. Detemps en temps, le poète se montre derrière son personnage. Lorsqu'il écrivit r École des Femmes, sa situation était à peu près celle d' Arnolphe : il avait, comme lui, quarante-deux ans; Armande Béjard, qu'il venait d'épouser, en avait dixhuit. Sa première verve comique s'était exercée sur

les maris trompés par leurs femmes, et ses amis auraient pu lui dire ce que dit Clirysale à Arnolphe :

Hiis, quand Je crains pour vous, c'est cette raiUeiie Dont cent pauTres maris ont subi la furie ; Car enfin, tous saTOz qu'il n'est grands ni petits, Que de votre critique ont ait vus garantis.

Jouet d'une coquette, comme Arnolphe d*une ingénue, il est, comme lui, mordu au cœur par la jalousie, et les plaintes risibles de son personnage trouvent de mélancoliques échos dans ses conversations intimes avec Chapelle et avec Mginard.

Je souffre doublement dans le vol de son coeur, Et Tamour y p&tit aussi bien que l'honneur. J'enrage de trouver cette place usurpée, Et j'enrage de voir ma prudence trompée. Je sais que, pour punir son amour libertin, Je n'ai qu'à laisser faire à son mauvais destin ; Que je serai vengé d'elle par elle-même : Mais il est bien fâcheux de perdre ce qu'on aime! Ciel ! puisque pour un choix j'ai tant philosophé, Faut-il de ses appas m'ètre si fort coiffé ! Elle n'a ni parents, ni support, ni richesse ; Elle trahit mes soins, mes bontés, ma tendresse ; Et cependant je l'aime, après ce lâche tour. Jusqu'à ne me pouvoir passer do cet amour.

C'est Arnolphe qui parle. Écoutons maintenant Molière, ouvrant son cœur à Chapelle qui lui reprochait « d'aimer une personne qui ne répondait pas à la tendresse qu'il avait pour elle » .

« Je suis né avecles dernières dispositions à la tendresse, et, comme j'ai cru que mes efforts pourraient lui inspirer,

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par l'habitude, des sentiments que le temps ne pourrait détruire, je n'ai rien oublié pour y parvenir. Comme elle éUil encore fort jeune quand je l'épousai, je ne m'aperçus pas de ses méchantes Inclinations, et je me crus un peu moins malheureux que la plupart de ceux qui prennent de pareils engagements. Aussi le mariage ne ralentit point mes empressements. Mais je lui trouvai tant d'indifférence, que je commençai à m'apercevoir que toute ma précaution avait été inutile, et que ce qu'elle sentait pour moi était bien

éloigné de ce que j'aurais souhaité pour dtre heureux

J'eus le chagrin de voir qu'une personne sans beauté, qoi doit le peu d'esprit qu'on lui trouve à l'éducation que je lui ai donnée, détruisait en un moment toute ma philosophie. »

Arnolphe s'adoucit et s'attendrit, lorsqu'Agnès lui dit qu*il peut la battre si cela Itii platt :

Ce mot et ce regard désarment ma colère.

Et produit un retour de tendresse de cœur,

Qui de son action efface la noirceur.

Chose étrange d'aimer, et que, pour ces traîtresses.

Les hommes soient sujets à de telles faiblesses !

Eh bien 1 faisons la paii. Va, petite traîtresse. Je te pardonne tout et te rends ma tendresse. Considère, par là, l'amour que j'ai pour toi. Et, me voyant si bon, en revanche, aime -moi I

Plus faible encore qu' Arnolphe, Molière demandail pardon à sa femme de sa jalousie et deses tourments.

« Sa présence me fit oublier mes résolutions, et les premières paroles qu'elle me dit pour sa défense me laissèrent si convaincu que mes soupçons étaient mal fondés, que je lui demandai pardon d'avoir été si crédule. Vous médirez, sans doute, qu'il faut être fou pour aimer de celte manière;

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mais, pour moi, je crois qu*il n'y a qu'une sorte d*amour, et que les gens qui n'ont point senti de semblable délicatesse n'ont jamais aimé yéritablement. Quand je la vois, une émotion et des transports qu'on peut sentir, mais qu'on ne saurait exprimer, m'ôtent l'usage de la réflexion ; je n'ai plus d'yeux pour ses défauts ; il m'en reste seulement pour tout ce qu'elle a d'aimable. N'est-ce pas le dernier point de la folie et n'admirez-vous pas que tout ce que j'ai de raison ne sert qu'à me faire connaître ma faiblesse sans en pouToir triompher 7 »

Ainsi le poète n'a eu qu'à ouvrir sa maison pour en faire le théâtre de sa comédie. Mais avec quelle indulgence il met ainsi lui-même en spectacle son propre malheur! « Je n'ai pas pensé que j'étais trop austère pour une société domestique, )» dit-il encore, dans la confidence que nous citions tout à l'heure. Cette austérité du philosophe est devenue; dans sa pièce, la dureté égoïste d'un petit tyran domestique. C'est à ses dépens qu'il fait rire d'Arnolphe, et le masque ridicule du tuteur d'Agnès laisse à peine entrevoirie visage en larmes du mari d'Armande.

Comme Ahasvérus et comme Faust, Don Juan est un type éternel et indéfini. Chaque époque le transforme, chaque génération l'agrandit. De l'obscure chronique castillane, qui parle de lui pour la première

fois, aux derniers livres que ce siècle lui a consacrés, quelle distance et quelle progression ! De Ihéàtre en Uiéàtre et de poème en poème, le fougueux aventurier a brisé son cadre et poursuivi sa carrière : sa taille s'est élevée, ses traits ont changé, des passions inconnues ont transformé sa figure, de nouveaux amours ont élargi son cœur. Il a passé, comme un dieu de Flnde, à travers tout un monde d'incarnations, de patries, de destinées successives. Les poètes Tout doué de toutes les passions et de tous les prestiges ; les romanciers ont surchargé sa légende de fictions brillantes ; les critiques l'ont creusée et l'ont commentée, comme un des textes de râmc humaine. Pareil au démon de TÉcriture, il résume aujourd'hui en lui les forces et les puissances d'une Légion.

Le premier Don Juan, celui de Tirso de Molina. est te Capitan du sacrilège et de la débauche. Il croii au Dieu qu'il outrage, à son âme qu'il perd, au diable qui le possède ; il va aux flammes de Tenfer, comme il irait au feu d'une redoute , par bravade et par point d'honneur. — « Souviens-toi, mon Lien, qu'il y a un Dieu, et qu'il y a une mort, » lui dit une des femmes qu'il séduit par ses faux serments. — « Jai du temps devant moi, » se répond don Juan à luimême. — «Dieu est un juge sévère, après la mort,» lui dit le père irrité. — « Après la mort? » reprend

Don Juan. «Nous avons le temps! II y a un grand )i voyage, d'ici-lè. i»

Quand la Statue du Commandeur vient souper avec lui dans son hôtellerie, il s'informe de son flme, avec un intérêt très sincère :

« Dis, que veux-tu, ombre, fantôme ou vision? Si tu es une âme en peine, ou si tu espères quelque soulagement à les maux, dis-le, et je te donne ma parole de faire ce que ta auras ordonné. Jouis-tu de la vue de Dieu? Étais-tu en état de péché mortel, quand je te donnai la mort? Parle ; je l'écoute avec anxiété. »

Le Don Juan espagnol est donc un pécheur, dans le sens catholique du mot, mais il n*est pas un im« pie. La réflexion n'a jamais fixé son esprit farouche et mobile. C'est la Sensualité faite homme; Tivresse du sang, le triomphe de la chair, Tanimal instinctif et spontané du midi, dans toute son ardeur. A peine se donne-t-il la peine de tenter les femmes : il les attaque comme une proie. Ses conquêtes ressemblent à des viols. On entend, à chaque instant, dans le drame, des cris de nymphes renversées par un satyre, au tournant d'un bois. Tout va vite dans cette nature enflammée : Tamour, le désir, Toubli, la colère ; il consomme, en un jour, plus de sensations qu'il n'en faudrait à un homme du Nord pour alimenter toute sa vie.

Grand d'ailleurs jusque dans le vice, il garde, au

milieu de ses déportemenls, une noblesse native et originelle. Ce sacripant a parfois des mots et des attitudes dignes du Cid. Lorsque la Statue l'invite à souper, et lui demande sMl tiendra parole : — «Je suis un Tenorio! » C'est sa seule réponse. Son valet prononce devant le Spectre le nom de dona Anna : — «Tais-toi! » s'écrie Don Juan. « Il y a ici quelqu'un qui a souffert à cause d'elle , et prétend la venger. » Ce n'est pas sans une terreur secrète qu'il se rend au banquet funèbre ; mais il veut tenir la parole qu'il a engagée. « Quand » même vous ne la tiendriez pas, » — objecte son valet, — « que peut exiger une figure de jaspe? » Don Juan répond avec la grandesse castillane : — « Le mort pourrait m'appeler hautement infâme! » Il n'y a pas, au théâtre, de fantasmagorie plas ter-

rible que ce souper sépulcral. C'est dans la chapelle où elle git, les mains jointes et les pieds en pointe, que la Statue donne à don Juan rendezvous. Il fait nuit ; le Commandeur vient au-devant de son hôte, et lui ordonne de soulever sa tombe. — « Si tu l'exiges, je lèverai aussi ces piliers; je suis fort, et j'ai du cœur. » Il soulève d'un bras robuste la pierre du sépulcre, qui découvre une table noire toute servie. — « Quel est ce plat, seigneur? » — « Ce " sont des scorpions et des vipères... Ne manges-tu pas? D — ((Je mangerais, quand tu me servirais

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(oiis les serpeuts de renfer! » — « De quel crû est ce vin? » — a Goûte-le. » — « C'est du fiel et du vinaigre.» — « C'est le vin qui sort de nos pressoirs. »

Cependant, des chanteurs, perdus dans les ténèbres de réglise, entonnent des stances lugubres comme les versets du Dies irœ. Toutes les menaces et toutes les terreurs du catholicisme environnent le jeune cavalier, et lui, violent, hautain, effréné, pousse jusqu'au bout sa formidable gageure. Il grimace la gaieté, il affecte Tinsouciance. Comme le Spartiate sous la dent du renard, il rit sous la griffe du démon dont il sent déjà la morsure. Son arrogance ne fléchit que lorsque la main du spectre Tétreijit et le brûle; alors le cri de Tinstinct catholique sort de sa poitrine : — « Laisse-inpi appeler un prêtre, qui me confesse et qui m'absolve? »

Veja que ilame Quieti me confieta y absuelva,

— «Il n*est plus temps; tu y penses trop tard ! » Et le tombeau, vomissant du feu, engloutit le réprouvé tout vivant.

Une imitation italienne du drame espagnol poursuivait don Juan en enfer. Elle le montrait, dans un épilogue, criant aux démons, du milieu des flammes :

Piaeatevif éTAvemo Tormentatori etenii!

E dite, per pietade !

Quando terminaran queiti mût gtun?

Coro : Mail

« — Apaisez-vous, tourmenteurs éternels de rAverno! Et dites-moi, par piUé, quand finiront mes tourments? » — Le Chœur : « Jamais. » — Ce Mm! qA un beau coup de tamiam ; il résonne comme le couvercle du puits de l*abtme , retombant sur la damnation du pécheur.

Le Don Juan de Molière n*a ni Tallure superbe ni Tinfernal feu sacré de son grand frère espagnol. C'est un roué glacial, un petit-maitre d'athéisme, un libertin sans ardeur et sans enthousiasme. Il sécrète le vice comme un froid poison, au lieu de le jeter comme une gourme ardenle. Il procède par la théorie plus que par Taction, et démontre son immoralité à Sganarelle avec des airs de fat se déshabillant devant son valet Au moment où il composa son Don Juan^ Molière m^AxiBii Tartuffe. A son insu, peut-être, il a mélangé et amalgamé ces deux personnages de races si diverses et de natures si contraires. L'élégante couleuvre et l'immonde reptile se sont tordus autour de son caducée. Le cuistre a déteint sur le grand d'Espagne. On ne reconnaît plus le Don Juan primitif ainsi

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tartuffié; on ne retrouve plus l*éclatant scélérat de la Renaissance, sous les simagrées hypocrites de son homonyme.

Ses bonnes fortunes mêmes sont d'une qualité suhaKerne. La scène champêtre du second acte est charmante ; elle parle un patois qui sent Therbe et le serpolet. Charlotte et Mathurine sont des paysannes cueillies dans une prairie gauloise; Pierrot est un Gorydon de basse-cour, d'un naturel achevé. Mais , plus ridylle est rustique, et moins on comprend que Don Juan poursuive si vivement ces marilornes à peine décrassées. Comment un homme, qui a dépouillé tout les pommiers des fruits défendus, peut-il avoir l'envie de mordre à la pomme de terre cuite sous les cendres, à un feu de pâtre? Il ne trouve même pas, à ce jeu facile, l'irritant attrait d'une pudeur à vaincre. Ces joues rougeaudes ne rougissent pas, ces yeux naïfs le regardent fixement, avec la slupide innocence d'une brebis qui rêve. Ce n'est pas l'amour qui les tente, mais une promesse de mariage. Les deux villageoises échappent, d'ailleurs, sans laisser une plume, aux pièges de Don Juan. Pour posséder Elvire, il lui a fallu l'épouser; si bien, qu'en fin de compte, ce triomphant séducteur ne séduit personne et qu'il manque toutes les proies qu'il court. Or, Don Juan, tel qu'on le conçoit, est condamné à une victoire éternelle. S'il rencontre sur son chemin une seule

4S2 LR TIIRATflE MODEHNË.

femme qui lui résiste, il ifest plus Don Jnan, mais un vulgaire coureur d'aventures, sujet, commu les autres hommes, aux fantaisies de la femme el aux phases de la lune de miel.

La scène de M. Dimanche est d'un comique admirable, mais la fierté espagnole du premier Don JnaH n'aurait jamais admis les expédients de son rejeton. Jamais ce bandit superbe n'aurait consenti à demander au bourgeois des nouvelles de madame Dimanche, du petit Colh) et du petit chien Bnisquet. Il aurait plutôt coupé sa moustache, ainsi que fit son compatriote Ataîde, pour la remettre en gage à un créancier.

Le merveilleux de la pièce française manque aussi de sincérité et de conviction : sa statue vivante est une machine d*opéra. On ne sent pas, dans les

rencontres du mort et du vivant, le tremblement du poète touchant aux choses de l'éternité. Ainsi, pendant le souper du drame espagnol, Don Juan, comme nous Tavons dit, demande au Commandeur s'il est sauvé ou damné; la statue ne répond pas. Hais, lorsque Don Juan prend un flambeau pour la reconduire, elle se retourne, et lui dit simplement : — « Ne m'éclaire pas, je suis en état de grâce. » Le specia' de Molière traduit ainsi cette sublime réponse: — aOn n'a pas besoin de lumière, quand on est conduit par le ciel. » — Voilà, d'un mot, Tnuréole éteinte.

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Mais le génie de Molière se redresse de toute sa hauteur, dans la scène du Pauvre. Quel groupe, philosophique et dramatique à la fois; que celui de Don Juan, éclatant, comme le Mauvais Riche, face à face, dans une clairière déserte, avec ce vieil homme en haillons, qui lui fend son chapeau rouillé par la pluie! C'est plus qu*un pauvre, c'est un ascète. i< 11 vit retiré, tout seid, dans ce hois, depuis dix ans, oc- » cupé à prier le Ciel. » Et voilà qu'il prend fantaisie à Don Juan de damner, en passant, ce pauvre Lazare, et de lui acheter un blasphème pour un morceau de puin. — « Ah! ah! je m'en vais tout h l'heure te » donner unlouisd'or, pourvu que lu veuilles jurer.» — «Non, monsieur, j'aime mieux mourir de faim ! » La grandeur du cadre rehausse encore cette victoire morale. En ce moment, il me. semble entendre les vieux chênes accompagner ce dialogue entendu de Dieu, applaudir, par de vagues murmures, à la vertu (le leur hôte, et rendre de néfastes oracles contre l'impie qui viole la sainteté des forêts.

Du théâtre de Molière, Don Juan tombe dans la musique de Mozart, comme dans la fontaine de Jouvence. M en sort rajeuni et resplendissant. Les ailes (le la mélodie le transfigurent et le font planer. Le Don Juan de Mozart rayonne de feu sensuel et d'impiété héroïque. Il représente l'âme païenne revenant

dans le corps d'un demi-dieu moderne ; la jeunesse délivrée des soucis du monde invisible, niant la douleur, la maladie, la mort, toutes les lois de Texpiation et du sens moral, et se précipitant, tète baissée, dans la débauche, avec la ferveur des Initiés de l'or* gie antique. Autour de lui, le chant du maître épure et transforme tous les personnages.

Comparez, par exemple, la Zerline de Mozart à la Charlotte de Molière ! Voilà une fleur digne d'être flétrie par Don Juan, un fruit digne d'agacer sa lèvre! Les souffles et les reflets de Venise se jouent sur cette gracieuse figure en suaves demi-teintes. Elle a la finesse, la langueur, la douce lascivité d'une fille de TAdriatique. La musique rit, en notes malignes et légères, sur ses jolies lèvres, et semble imiter les zézaiements de cet idiome vénitien, coulant et nuancé comme l'eau des lagunes.

* Enfin, sous l'influence de Byron, d'HoffmaoD, d'Alfred de Musset, de Théophile Gautier, d'Henri Blaze, et de tous les poètes qui ont tenté de la peindre, la figure de Don Juan a subi une transformation dernière et suprême. Selon cette version nouvelle, Don Juan symbolise l'aspiration à l'idéal, l'aoïant errant, cherchant, par le monde, la maîtresse de son rêve, et foulant, d'un pied dédaigneux, les mille degrés d'une échelle de femmes, pour arriver à cette forme parfaite qui lui tend les bras du fond des nuées.

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Celui-là n'est plus un débauché vulgaire. Le vice a profané son corps, mais un désir céleste habite dans son cœur. Un souffle fatal le pousse dans sa voie d'attentats et de séductions. Il trompe sans mensonge, il abandonne sans lâcheté et sans trahison. Les femmes viennent, d'elles-mêmes, se jeter, avec l'égarement d'Ophélie, dans sa passion « perflde comme l'onde » . Les cœurs que déchire cet oiseau de proie de l'amour lui diraient volontiers ce que dit, dans la chanson grecque, la tê(e coupée du Klephte, à Taigle qui la dévore : — « Mange, oiseau ! Repais- 1» toi de ma jeunesse, repais-toi de ma bravoure! » Ton aile en deviendra grande d'une aune, et ta » serre d'un empan. >>

Pour ce Don Juan nouveau, point d'Enfer, point de Commandeur. Il est puni par son impuissance à trouver la perle qu*il cherche. Son supplice consiste à brûler d'amour pour une étoile et à plonger, dans toutes les eaux et dans toutes les fanges qui la reflètent, pour ne saisir qu'une vaine lueur qui s'évanouit sous ses mains.

L'impression générale que froduil le Misanthrope, au théâtre, est toujours la même : une froide admira-

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lion mélangée d'un secret ennui. II y a, entre le public et ce noble cher-d'œuvre, une glace que deux siècles d*estiine et de consécration n*ont pu rompre. Celte froideur date du premier jour.

<c La pièce, dit Voltaire, eut, à la première représentation, les applaudissennents qu'elle méritait. Mais c'était nn ouvrage plus fait pour les gens d'esprit que pour la multitude, et plus propre encore à être lu qu'à être joué. Le théâtre fut bientôt désert. Depuis, lorsque le fameux Baron, étant remonté sur le théâtre, après trente années d'absence, joua le Misanthrope f la pièce n'attira pas ui\ grand concours; ce qui confirma l'opinion où l'on était, que cette pièce serait plus admirée que suivie. Ce peu d'empressement qu'on a, d'un côté, pour le Misanthrcpe, et de l'autre, la juste admiration qu'on a pour lui, prouvent, peut-être plus qu'on ne pense, que le public n'est point injuste. Il court en foule à des comédies gaies et amusantes, mais qu'il n'esUme guère, et ce qu'il admire n'est pas toujours réjouissant »

C'est, sans doute, à sa supériorité même qu*onpeut attribuer, en partie, Timpopularité du Misanthrope, au théâtre. Molière a élevé trop haut sa comédie, pour qu'elle soit accessible à tous. La sphère philosophique où elle se développe manque de chaleur et d'agitation. Son intérêt dramatique est nul; quelques incidents secondaires, qui ne se relient pas à Tintrigue, animent, à peine, cette 6Ie de caractères juxtaposés Tun à Taulre. On s'y promène, comme dans une galerie de portraits, d'une ressemblance admirable et d'un très grand style : le rapprochement fait res-

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sortir leurs contrastes ; un jour, versé de haut, met en relief leurs plus fins contours. Mais ils ne sortent pas de leurs cadres ; ils ne se mêlent pas, en s*en- (re choquant, dans le conflit d'une action commune. Quelque savante qu'elle soit^ la peinture ne saurait remplacer, au théâtre, la flamme et le mouvement de la vie.

En dehors de sa composition générale, le défaut dMntérét que tous les critiques ont signalé dans le Misanthrope tient peut-être au caractère de son héros même. Alceste n'est pas en harmonie avec le milieu où il est placé : il y a une disproportion évidente entre la violence de son altitude et la frivolité des personnages qui rentourent. Son analhème perpétuel détonne, en tonnant sur des petitesses : il foudroie des pantins de cour, il anathématise des péchés véniels.

Platon, dans un de ses Dialogues, a donné, de la misanthropie, cette définition généreuse :

(c La misanthropie vient de ce qu'après s'être beaucoup trop fié, sans examen, à quelqu'un, et l'avoir cru tout à fait honnête, sincère et digne de confiance, on le trouve, peu de temps après, méchant et infidèle, et tout autre encore dans une autre occasion. Lorsque cela est arrivé à quelqu'un plusieurs fois, et surtout relativement à ceux qu'U aurait cru ses plus intimes amis, après plusieurs mécomptes, il finit par prendre en haine tous les hommes, et ne plus croire qu'il y ait rien d'honnête dans aucun d'eux. »

448 LB THEATRE MODBRNB.

Champfort a dit dans le même sens, avec Tamère concisioQ qui fait de ses mots des flèches empoisonnées par la pointe : « Quiconque , à quarante ans, n'est pas misanthrope, n*a jamais aimé les hommes ! »

C'est cette réaction de la confiance trompée, de l'amitié frahie, delà bonté native ulcérée par l'iogratilude^ que Molière ne fait pas assez ressortir sous la misanthropie de son personnage. Où est la plaie d'Alceste, sa déception incurable, son grief éclatant et exceptionnel? Ce procès injuste, dont il parle tant, rentre dans les petites misères de la vie courante. Quoi qu'il dise, il n^a pas le droit de pester contre la nature humaine, pour vingt mille francs. A ce prixlà il est permis de maudire ses juges ; il en coûte plus cher pour maudire tout le genre humain. On n'est pas misanthrope à si bon marché.

Alceste aime Célimène et n'en est pas aimé : au fond, c'est là le vrai motif de sa noire humeur. Sa poche à fiel est alimentée par la blessure de son cœur. Mais la sauvagerie de son caractère absout sa maltresse. Célimène n'a aucune raison d'aimer cet homme brusque et bourru, irritable et sombre, qui pourrait porter le chardon héraldique, avec la farouche devise : « Qui s'y frotte s'y pique ! » dans ses armoiries. Qu'y a-t-il de commun entre cette austérité et celte légèreté; entre cette femme de joie et

cel hypocondre? Marier Alceste à Célimène, ce se^ rail accoupler le hérisson à Toiseau.

En dehors de ces deux griefs, quel ressentiment personnel Alceste. a-t-il donc contre le monde et les hommes? Il est de haut rang et de grande naissance; les courtisans lui font la cour ; on le respecte, en le redoutant. Ceux mêmes auxquels s'attaque sa causticité ne lui refusent pas leur estime. Il a, dans Philinte, un ami sincère, à l'épreuve des boutades et des rebuffades; la sage et honnête Éliante s'offre à le consoler de ses mésaventures amoureuses. Un optimiste ferait son bonheur des prétextes de son pessimisme.

Ce salon de Célimène, où Taclion se passe, a la régularité presque abstraite du portique de la tragédie. On y entre et on en sort avec des révérences majestueuses. Les vices et les ridicules ne s'y présentent qu'en habits de cour, chamarrés de broderies et de bienséances. Les conversations et les entrevues ont un appareil d'audiences solennelles. Arsinoé, rendant visite à Célimène, a l'air d'une ambassadrice venant faire des remontrances à une reine. Le cercle du second acte, que Célimène préside en grande dame, entourée de courtisans qui lui fournissent la réplique, ressemble à une Académie de la médisance. Les sautillements et les fatuités presque symétriques des

deux petits Marquis se font vis-à-vis, comme dans un m. 2»

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menuet. La raison calme d'Éliante correspond à rhonnéteté sensée de Philinte, et l^amour discret qu'il lui déclare, s'accorde à la tiédeur de son cœur tranquille. Célimène elle-mémei avec sa physionomie ambiguë de grande dame et de courtisane, ses agaceries indifférentes et son impartiale envie de plaire, semble moins une femme, en chair et en os, qu'une allégorie correctement peinte sur fond neutre. Son individualité s'efface sous les traits généraux du type qu'elle figure. Ce n'est pas une coquette ; c'est la Coquetterie, jouant eu cadence de l'œillade et de Véventail.

Encore une fois, les colères d'Alceste détonnent étrangement, lorsqu'elles éclatent dans ce milieu, tempéré parles plus exquises convenances de la vie mondaine. On croit entendre la foudre roulant sous le plafond d'un salon. On croit voir un lion rugissant lâché dans les charmilles de Versailles.

Mais, sans demander au Misanthrope l'intérêt delà scène, relisez-le comme vous reliriez un chapitre de La Bruyère, et vous serez repris par l'admiration. Quel art soutenu dans cette satire animée des caractères et des mœurs ! que de traits profonds et définitifs ! qu'elle mordante et ferme éloquence ! Même au point de vue dramatique, il y a deux scènes incomparables dans ie Misanthrope. C'est d'abord la rencontre d'Arsinoé et de Célimène, ce merveilleux duel

féminin, d'une escrime si fine, d'un jeu si brillant, où la malice étincelante de la coquette rend, à l'aigre méchanceté de la prude, insulte pour injure, blessure pour piqûre. Puis, l'explication d'Alceste avec Célimène, lorsqu'il arrive, outré et exaspéré, tenant en main le billet révélateur, et que, sans rien nier, sans prendre la peine de se justifier, par le seul jeu d'une feinte assurance, par le seul pouvoir d'un être froid sur un être ardent, sa maîtresse le fait passer, des transports de la colère, aux emportements de l'amour! Alceste ne demande qu'à être trompé; il implore un mensonge que Célimène ne daigne pas lui faire : « // ne me plaît pas, moi 1 1» La voilà disculpée par son insolence. Quoi de plus humain, dans sa vérité humiliante, que ce revirement de l'homme amoureux arrivant indigné, décidé à rompre, et finissant par tomber aux pieds de la coupable qui joue l'offensée !

C'est bien un chef-d'œuvre, que les Femmes sa-vantes; mais, par Tidée du moins, c'est le plus contestable de ceux de Molière. On sait que la pièce ne réussit pas, du vivant du poète. La cour refusa de s'intéresser à ces querelles de cuistres et de vision-

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naires. Elle ne voulut pas reconnaître, dans ces pédantes desséchées, les portraits des grandes dames qui touchaient à la science, en ce temps-là, du bout des doigts, sans s'y salir d'un grain de poussière.

Au fait, quand on soulève les masques, tachés d*encre, de Bélise, d*Armande et de Pbilaminte, on est un peu surpris de se trouver, face à face^ avec les plus fins cl les plus charmanls visages du dixseptième siècle : la duchesse de Longueville, la marquise de Rambouillet, madame de Lafayette, madame de Montansier, madame de Sévigné ellemême, si éprise de Descartes et si passionnée pour saint Augustin. Toutes, plus ou moins, faisaient partie de ce « Cabinet Bleu » des Précieuses, que Molière bafouait pour la seconde fois.

D'ailleurs, ce siècle, sérieux et cultivé, s'éprenait sincèrement des choses de Tétude : il lisait de plus gros livres que nous ; il s'intéressait à des abstractions plus sévères. Il parlait théologie et métaphysique, comme on parle politique et littérature aujourd'hui ; il admettait volontiers les femmes dans ces entretiens sublimés, et il leur demandait, le plus naturellement du monde, leur avis sur la Grâce efficiente ou sur les atomes de Descartes. Or, Molière, dans sa comédie, semble refuser aux femmes Yinr telligence des choses de l'esprit. A Pbilaminte et à

MOLIÈRE. iSS

Bélise il oppose Chrysale, un ventre fait homme^ un être à Fengrais; et Chrysale tient une si large place dans réconomie de la pièce^ qu'il a Tàir d'en être Tarbitre et le moraliste. Qu'on se méprenne ou non sur Tintention du poète, la plupart des commentateurs citent la fameuse tirade du second acte comme un clief-d*œuvre de philosophie conjugale.

Selon nous, Chrysale est aussi béte que Bélise est folle. Le corps qui rumine n'est pas plus sage que rame qui délire. Quoil ce gros homme serait un sage? L'unique rôle de la femme, dans le mariage, serait d'écumer le pot-au-feu et de recoudre les bardes? Plutarque n'est bon qu'à serrer les rabats ou qu'à servir de poids au tourne-broche? Une femme en sait toujours assez long, lorsqu'elle distingue un pourpoint d'une culotte 1 L'homme ne vit que de soupe et de rôti cuit à point! Mais alors^ pourquoi ce bélitre n'a-t-il pas épousé sa cuisinière?

Il est stupide, dans son gros bon sens, ce bonhomme Chrysale. L'enseignement de la comédie, s'il parlait par sa bouche, serait absurde et grossier. Il faudrait en conclure que la femme est une servante et l'enfermer à la cuisine, comme les Turcs l'enferment au harem. Encore, qui ne préférerait le bel animal que l'Orient engraisse et parfume, à

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'ignare ménagère rêvée par Chrysale ? L'odalisque qui végète au soleil, sur des tapis de Smyrne, en mftehant des parfums et en effeuillant des sélams, ne vaut-elle pas mieux, pour la joie de l'homme, que la maritorne qui lave la vaisselle et recoud les nippes?

Molière, en plaçant ce butor vis-à-vis des bégueules alambiquées qui l'entourent, n*a voulu, sans doute, qu'opposer une folie à une autre et faire contraster deux travers. Hais il prèle tant de relief au prosaïque embonpoint de Chrysale, il traduit en si beaux vers ses mugissements de ventre affamé, que le public lui donne raison, parce qu'il croit que le poète est de son avis. Pour compléter la méprise, Martine arrive au dénouement, drapée dans soo torchon, appuyée sur son balai, pareille à la déesse de la cuisine, accourant au secours de son adorateur. Elle chante, en son patois, le charme de l'ignorance et le bonheur de braire à deux au même râtelier. Chrysale applaudit, les autres personnages ne protestent pas, si bien que le dernier mot de la comédie reste, en fin de compte, à ce couple obtus, et que la Bêtise, prise pour arbitre, opine, en dernier ressort, de son bonnet d'&ne.

Encore une fois, l'impression que laissent les Femmes savantes n'est ni aussi saine, ni aussi franche que celle des autres chefs-d'œuvre de Molière.

L'esprit y est abaissé et la matière exaltée; la femme renvoyée à la quenouille de la servitude. On lui montre, pour la détourner de Tétude, trois mégères^ trois Disgrâces se disputant, devant M. TrissotÎDy une pomme ridée, cueillie dans le Jardin des racines grecques.

Il est vrai que le poète a placé Henriette en contraste : une jeune fille qui n'a que l'esprit qui vient aux filles. Elle est sans doute très sensée et très spirituelle, cette jolie Henriette ; mais c*est tout. Aucune lueur de poésie n'illumine sa nature Troide et correcte ; son âme ne s'élève pas au-dessus du ciel de lit nuptial et de l'horizon du ménage. Elle me rappelle ces petites Hollandaises lymphatiques des tableaux de Gérard Dow, autour desquelles le peintre accumule, comme autant d'harmonies secrètes, des plats, des paniers, des lampes, des rouets, des verres, des corbeilles, toute une trésorerie d'ustensiles. EUe n'a pas même Tignorance charmante de la virginité, et elle parle, en plus d'un endroit, des choses du mariage, ainsi qu'une matrone pourrait en parler. C'est, du reste, l'esprit de conduite et la sagesse incarnés. Elle aime son amant de toute 1 honnêteté de son petit cœur, et résiste courageusement aux intrigues et aux vexations de su méchante sœur. Que lui manque-t-il donc? Je ne sais quoi : une lueur, une rougeur, une nuance de ten-

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dresse ou de rêverie. Mais, à coup sûr, jamais on poète ne deviendrait amoureux de cette petite personne, si tranquille et si raisonnable. Elle convient pourtant à Clitandre, qui est Yhonnête homme^ tel que Tentendait le dix-septième sièclCi c'est-à-dire un esprit froid et poli, raisonnable et limité, ne donnant dans aucun excès, pas même dans celui de Tamour.

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