‹ Les deux masquesChapitre 46 sur 55 · LES GOMÉDIBS OS MARIVAUX · texte numérisé non relu

LES GOMÉDIBS OS MARIVAUX

voile de la vierge ou qu'il lui dénoue sa ceinture ; qu'il monte, le poignard aux dents, l'échelle de soie de l'Espagne, ou qu'il tienne, à deux genoux, sur un tabouret, Técheveau que roule sa maîtresse, ce sera toujours avec des mines et des afféteries adorables. Il a son dialecte à lui, dans chaque langue; son san* scrit sacré, dans chaque idiome; une langue deconcelti, d*byperboles et de délicieuses gasconnades. Il se fait, pour aiuBi dire, un sérail de toutes les grâces du vocabulaire. Prenez, au hasard, un verset de Salomon, une strophe d'Hafiz, une élégie de Properce, un sonnet de Pétrarque, une déclaration d^amour de Shakespeare, une tirade de Racine, un rondeau de Voilure, une épttre de Gentil-Bernard, vous y trouverez, partout, le même luxe de métaphores, les mêmes recherches de la parole, se chargeant, pour mieux séduire, de toutes les parures, joyeuses ou clinquantes, qu'elle peut recueillir. Que d'étoiles, que de lis, que d'yeux de gazelles, que de perles, que de flocons de neige, que de rayqns de soleil, que de croissants de lune ! Toutes les fleurs du ciel et de la terre versées, pêle-mêle, dans le giron de la bien-aimée !

Pourquoi donc reprocher , à Marivaux, son marivaudage? Sa langue est celle d'un siècle d'analyse et de volupté. Il a découvert les infiniment petits du cœur ; il a fixé des nuances, des colorations, des refiels, qui

sans luise seraient à tout jamais dissipés. Il raffine sans doute, et il subtilise ; il note le soupir, il distille une larme, il égrène le mot, il volatilise la pensée : on doit le respirer, et non s'en nourrir. Hais Tesprit français adonné, en lui, sa fleur des pois et son élixir; le dessus de ses élégances est enfermé dans ce précieux répertoire. Le jour où il disparaîtrait, quelque chose s'en irait avec lui, quelque chose de frivole sans doute, mais d'exquis et d'irréparable.

Héliogabale éleva un mausolée « aux Mânes d'un vase de cristal, » voulant éterniser la mémoire des ivresses que ce vase avait versées. La comédie de Marivaux est fragile, comme le vase du César idolâtre: comme lui aussi, elle charme et enivre. Mais prenons garde de la briser, n'altérons pas sa tradition délicate: ses légers mânes ne reviendraient pas!

Il est convenu que la Métromanie est un chefd'œuvre ; je demande pourtant à l'admirer sans cris d'enthousiasme. L'intrigue en est languissante, les caractères sont peu marqués et d'une empreinte comique assez faible. Ce M. Francaleu, qui est le vrai mélromane de la pièce, et qui a écrit une tragédie, en six actes, sur la Mort de Bucephale, n'a pas le relief

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