‹ Les deux masquesChapitre 47 sur 55 · PIRON · texte numérisé non relu

PIRON

de son ridicule. L'oncle Baliveau parait, aussi, bien pâle et bien effacé, pour représenter un Capitoul de province, jaugeant Tesprit^au poids de l'argent ; c'està-dire le bourgeois el le philistin de Tépoque. Dorante est un amoureux quelconque, sans signalement bien particulier, et Lucile se conforme à son insignifiance : cela fera un couple assorti.

Reste le rôle de Damis, qui a du feu et de la chaleur; mais nous ne pouvons voir, aujourd'hui, qu'un versificateur enragé dans ce personnage qui, pour le temps, représentait un poète en délire. Ce monsieur del'Empyrée, comme il s'intitule, ne quitte pas, un instant, le plancher des beaux esprits d'Athénées. Damis n'est pas un poète, à vrai dire, c'est un metteur en vers, qui fait tout ce qui concerne son état:

Ode, épHre, cantate... — Aie I ~ Élégie... — Eh bien? — Portrait, sonnet, bouquet, triolet. . .

Il a si peu le don et le sentiment de son art, qu'il s'éprend de M. Francaleu, déguisé en muse bretonne, sur les grotesques madrigaux insérés dans les feuillets du Mercure. L'idée de la poésie s'est singulièrement élevée depuis soixante ans : elle ne se sépare plus, aujourd'hui, de celle de la grâce suprême, de l'expression rare et exquise, de la rêverie religieuse ou tendre, de la communion avec la nature ; toutes choses inconnues au rimeur vulgaire de Piron. Pour

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tout dire, il y a des ailes, et une étoile sur le front, dans rimage symbolique que nous nous Taisons dn poète : Damis n'a que la plume sur Toreille et Técritoire au côté.

Damis se relève, lorsqu'il soutient, contre son oncle^ dans des tirades chaleureuses, la supériorité de la poésie sur la chicane et de la vocation sur la profession. Mais, là encore, son éloquence est tout oratoire, nullement poétique : il plaide et ne chante pas. Au moment même où il semble rejeter la robe de Tavocat, il s'y drape, à plis redoublés, et se montre né pour la revêtir. André Ghénier, — ^ pour prendre en exemple un poète du dix-huitième siècle, — aurait soutenu cette cause d'un autre ton, et par de tout autres raisons.

Le vrai mérite de la Métromanie est dans la quantité de bons vers, nets, solides, frappés au coin du proverbe, faits pour rouler et pour circuler. On en citerait par douzaines :

n part de moi des traits, des éclairs et des feodres.

Dans ma t6to, un beau Jour, co talent se trouva, Et j'avais cinquante ans, quand cela m'arriva.

Du tori'ent de ses vers sans cesse il nous inonde .

Le bon sens du maraud quelquefois m'épouvante.

Est-ce vous qui parlez, ou si c'est votre rôle?

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