CHOEUR
AiB des Noces de Gamache.
Avançons en silence.
Quand les hussiers s'ronl v'nus.
Comme il faul d'Ia prudence Nous allons tomber d'ssus.
LUCIEN, à Jacques.
Les hussiers peuvent venir, Bressquoëtte est en bas.
JACQUES, bas.
Tais-toi donc.
LUCIEN
Maintenant, au nom de tous les camarades, écoulez.
Que la gaîlé la plus parfaite. Soit la compagne de tes jours ; Chaque jour serait ta fêle.
S'il dépendait de nptre amour.
JACQUES , leur prenant la main.
Merci, mes bons amis, merci.
LUCIEN
Attendez donc, ce n'est pas encore fini.
Puisque pour nous faire travailler.
Vos affaires se sont dérangées , Nous vous apportons , voyez-vous.
Cinq cents francs et vingt-deux sous.
Ces derniers vers, c'est de moi.
JACQUES
En vérité, mes amis, je ne sais ce que vous voulez me dire... cinq ccnls francs? Mais Dieu merci, je n'en suis pas là. LUCIEN , étonné.
Comment! comment!..
JACQUES
Cinq cents francs... tenez, voyez, en voilà mille, deux mille...
(Il montre l'agenda et l'ouvre.) TOUS.
Qu'est-ce donc que Lucien?..
LOUISE
Lucien est un bavard, un menteur, qui m'a fait la même peur, et un mal !.. c'est-à-dire que je ne puis en deviner le motif. LUCIEN , furieux.
Comment, vous ne m'avez pas dit...
JACQUES, bas.
Tais-toi.
LUCIEN, à Jacques Ce matin, vous ne m'avez pas dit... les hussiers...
JACQUES, vivement.
Silence.
LUCIEN
Vous ne m'avez pas dit... ma fille... ma pauvre fille!., enfin, comme si elle était morte...
LOUISE , avec effroi.
Morte ! . . En elTet, pourquoi n'as-tu pas voulu que j'entre dans la chambre ?
JACQUES , embarrassé.
Mais...
LOUISE
.Te cours...
JACQUES, l'arrélan).
Arrête!., un instant.
(Tous les ouvriers sont  gauche et menace Lucien qui csi au milieu.)
LES DEUX Mî: RES. 17
LonsE.
Un inslant, c'esl un siècle... non, rien ne peut nie retenir... ma fillo... ma flile!.. (Elle entre précipilammeiil.)
JACQUES , suivant Louise jusqu'à la porte et regardant dans la chambre. Ahî elle est là!
LICIEN
Si ce n'est pas vrai, ce que j'ai dit, je consens à recevoir une danse, sans en parler à... (A Jacques.) Je vous vois encore...
JACQUES, l'inlerrompanl.
Silence, te dis-je... si tu veux te taire, tu ne seras plus apprenti; demain je te paye comme ouvrier.
LUCIEN, étonné-
Ah!., je... quoi...
TOUS
Ah ! tu nous as fait aller.
LUCIEN
J'en conviens... mais...
SIMON
Il n'y a pas de mais... lu vas recevoir ta danse.
LUCIEN , appelant.
Bressquoëtte!..
SIMON
Ta ne devais rien dire.
LUCIEN
C'esl juste...
JACQUES
Allons, je vous demande grâce pour lui.
LOUISE, rentrant.
Ah! mon ami, que ma fille est belle!., et quand Je pense à la frayeur que m'a faite cet imbécile de Lucien... ah ! je t'en veux, va. (Elle le pince.) LUCIEN, criant.
Bress...
Que signifie?..
LUCIEN
Au fait!., je dois rien dire.
SIMON, à Lucien.
Mais quel motif t'a fait agir ainsi?
LUCIEN , à part.
Oh! quelle idée!.. (Haut.] L' motif? le v'ià: L' bourgeois tient plus à l'amour de ses ouvriers, qu'a un laurier-rose ou à une bouteille d'Alicante... prouvons-lui qu'il est chéri comme il le mérite... J'ai exigé de vous le plus grand sacrifice, personne n'a hésité... et voilà... (A part.) C'est pourtant vexant de passer pour menteur, quand...
JACQUES
Mes amis... mes bons amis... je n'oublierai jamais ce trait-là... (A Lucien en le prenant à part.) Demain, ouvrier !..
LUCIEN
Fameux... (Baut.) Amis, en avant, la noce.
JACQUES
Je paie toutes les dépenses.
TOUS
Vive not' bourgeois.
LOUISE
Silence! vous allez réveiller ma fille... (Tousse taisent.) Tenez, regardezla donc, comme elle est belle!., elle sourit en dormant. (Tous les ouvriers se dirigent vers la porte. Jacques est resté ;i gauche de la scène; le
garçon de caisse parait au fond, Jacques lui fait signe , il entre et Jacques lui donne
un billet de banque de cinq cents francs en échange d'un effet.
Ah I elle ouvre les yeux... elle me tend les bras... ma fille! (Elle entre précipitamment ; tous les ouvriers sont occupés à regarder dans la chambre. STELLA , paraissant au fond, à part.
Sa flIle! ah! malheureuse mère!..