‹ Les deux mèresChapitre 11 sur 130 · LE DUEL · texte numérisé non relu

LE DUEL

Le duel devait avoir lieu à neuf heures, Léopold fut sur pied à sept. Il s'habilla à la hàle, puis il se mit à écrire.

En dépit de cette pensée , que sa renconire avec M. de Lucenay n aurait point de suites fâcheuses pour lui, le jeune homme près d'aller sur le terrain, avait voulu écrire à celles qu'il aimait... et une larme avait voilé ses yeux en traçant les dernières lignes adressées à sa mère et à Louise.

BûiMle'uri entra dans l'appartement du marquis comme il terminait ses lettres.

—Tenez, mon ami , fit Léopold en désignant du doigt les billets placés dans une casselie, s'il ni'arj rive malheur, par hasard, vous n'oublierez pas ! d'envoyer cela à son adresse.

1 —Comment! repartit vivement Biisfleuri, est-ce que vous auriez peur ce matin, monsieur le marquis? Vous, que j'ai quille si tranquille, il y a quelques heures?

— Je n'ai pas peur, sans doute; mais si des pres- SL-nliraents fâcheux vous abusent parfois, pourquoi cioirions-noiis davantage à l'infaillibilité en lait d'espérances? Me promettez-vous d'accomplir cette prière?

. — Oui,oui,je vouslepromels;maisil vaut mieux que ces lettres restent où elles font; et, pour cela, vous donuerez un bon coup d'épée à ce paltoquet de vicomte, et tout sera dii. Hum! hum! où en serionsnous, M""^ la marquise et moi, si... si vous étiez tué enfin ! Tenez, mun ami, je n'en ai pas dormi de laniiit! A pari l'aniiliéqueje vous [orle, et qui est réelle, entendez-vous! je m'inquiète aussi de mon avenir et de celui de celte pauvre M""- de Br.icy... Si l'on vous tuait ; mais nous n'aurions plus qu'à

aller nous jeter, elle et moi, tout de suite du haut des tours N ilre-Dame!

— B ih ! Sostliène aime sa tante, el...

— C'est possible! mais je préfère croire à son attachement que de le mettre à l'épreuve. Et puis, voire mère, que dirait-elle?.. Pensez- vous qu'elle resierait tranquille à son village en apprenant voire mort?

— Ma mère! murmura Léopo'd.

—Allons, allons, continua l'intendant; encore une fois, ce M. de Lucenay doit seul rester sur la place. Songeons donc à le traiter en conséquence. Voici des fleurets... iravailhns un peu... L'o'il calme.':, la main prompte... couvrez-vous et efT.icezvous bien... et, si vous m'en croyez, sitôt en garde, au moindre dégagement , pas d'IuSitation , liiez droit... Les coups droils sont les meilleurs!...

— Maiss'ilrompl, comme vous le fiiles à présent?

— Ne bougez pas, vous! attendez-le!-.. Bien! Iièsbien!..- Vous voyez qu'il faut que je revienne sur vous :' Et vous recommencez de plus belle : on ne rompt pas toujours à propos.

L'intendant et le maître faisaient encore des armes quand on annonça M.y. de Moricre et de Mondion.

—Je suis à vous, messieurs, fit gaiement Léopold en allant au-devant de ses témoins.

— C'est donc vous, monsieur le baron, qui laissez se quereller votre cousin? dit Boislleuri d'un ton doucement grondeur à Sostliène.

- Que voulez-vous? repartit ce dernier en riant, M. le marquis a des antipathies.. Mais il n'y a rieu à craindre; de Lucenay est tiès-maladroit, assuict-on. Ah! ah! des fleurets?-. Vous peloliiz en attendant partie, Léopold?

—Oui. c'est Boislleuri qui m'apprenait une botte secrète.

-Ce lion Boisfleuri, comme il aime son maître ! —Je perdrais tout eu le perdant, monsieur.

— Est-ce que vous venez avec nous, Boislleuri? —Si cela ne vous déplaît pas...

—Comment donc! c'est très-naturel. MaisM""^ la marquise?

—Le valet de chambre de M. Léopold diia à madame que M. de Bracy est sorli avec v.ais... Que vous êtes venu le chercher pour déjeuner... Je vais donner des ordres en conséquence, u'est-il ptis vrai, mon-ieur le marquis?

— Tout ce que vous voudrez, Boislleuri.

— Allendez-mol donc une seci nie, il faut que les domestiques même n'aient point de soupçons .. Ah ! monsieur Sosihène, vous avez apporté des armes, sans doute?

—Et des meilleures, ne vous occupez pas de cela.

Boislleuri s'éloigna. Restés seuls, de .Mondion cl Sosihène s'amusèrent, à leur tour, à faire quelques passes avec Léopold. Sû.thène était ravi du calmeet de la gaiet^ de son cousin.

—Je sais bien, disait-il, que bon sang ne peut mentir; mais vous êtes jeune, Léopold, et il seiait irès-pardonnable qu'à votre première atfaife vous fussiez légèrem.ent affecté. Hein? moi, qui vous donnais àe si prulents conseils, à la soirée de Pépita, sur la manière de se conduire pour éviter les duels... Je ne me doutais guère que vous mettriez si vite ma sagesse en défaut. Mais je ne vous reproche rien, aujouid hui. Cet imhécilede de Lucenay s'est conduit indignement, el je voudrais fort que vous lui ôliez PenviV d'être insulenldésormais.

— Messieurs, je suis <à vous! Joseph sait ce qu'il a .'i dire.

Boislleuri ren Irait.

— l'arlons donc, til Soslhène, il est huit heures et demie... nous arriverons à temps au lendez-vons.

Quelques minufesaprès, lacalictiede M. de Mondion einporiait rapidement Léopold, les témoins et Boislleuri à la porte Maillot.

On était vers le milieu du mois de mars; le lemps

LES DEUX MERKb.

élail niafrniHqiif'; 1rs liOiilcv.irdF, qu(^ pairoiirail la voiiiiic, ùlneiil di'-ja iifupli's i omnic à iiiiili.

De Mondinn et de Moiiùic rausajini eniro eux; Boisllcuri r((léfliis?ail ai^sez Iristement, et Lcopold regardait lis piomenems.

Tout à coup le jeune homme poussa un cri et avança vivemcnl la télé hors de la portière-

Il vinait d'apercevnir, au coin du liouievard des Ciipucmes, vis-à-vis de la rue de la Paix, une jiuiie lilh', cuifl'ée d'un bonnet roic et portant un carton à la main.

— Qu'i'St-ce dnnc? qu'y a-t-il? firent à la fois Sosthène, di' Mondion el Boi-lleuii.

Léopold regardait encire; Inais la ji-nne fille avait dispaiu, ou plutôt la voiture était déjà bien loin d'elle.

—Ce n'est rien! ce Ti'est rien, messieurs, répliqua-t-il en essuyant de dissimuler son trouble sous un soiuiie;

l.a jeune tille qu'il avait aperçue au passage, c'était Louise.

Snsthène et le comte n'osèrent, par discrétion, insister. Quant à Boisfliuri, son iigaril inquiet interrogeait Léopold, mais Léopuld ne lui répondait pas.

La vue de la Porte-Maillot fit diversion à cet inci<lent. Léopold lui-même, en s-Uuatit son adversaire, qui se trouvait avant lui au rendez- vous, lai.-sa de côté l'image de la jeune [laysanne pour ne s'occui'cr que dusoin de détendre sa vie.

On se dirigea vers un endroit désert du huis.

Les témoins exaiiiiiièieit les aiiucs qu'on avait apportées de part et d'autie. Celles de Soslhène furent choisies.

Léopold el le vicomte engagèrent le fer.

\^n silence religieux régnait autour des combattants.

Snsthène, pour Léopold, et un nommé de Neuville, pour de Lueenay, se tenaient, l'épée à la main, l'un à la droite, l'autre à 1 1 g.u.ehe de ces me>sieuis, prêts à parer les cuups qui leur paiaitralent tiup dangereux.

Léopold attaquait vigMureusement. Léopold était très-| aie, mais so:i œil brillait comme d'ordinaire.

Do Luecnay rompait sans cesse; S'm vis.iLC .'^e couvrait de plus eu plus de teintes livides; su'n œil était terne.

Emporté par son ardeur, et voulant terminer enfin le coinbai, le marquis, obéissant aux leçons de Buislleiiri, se lendit à toud sulutiment par un coup droit.

Le vicomte rompit encore; maiscomme celle f^is, au lieu de l'aiiendre au retour, LénpolJ, après s'être relevé, s'élanç.iit sur ton adversaire, l'épée de ce dernier l'airéia couit : il élail blessé au sein dioit.

—Ma mère! balbulia-i-il.

Il chancela; el sans lîuistleuri et Sosthène, qui le leçuieni dans leurs bras, il louibait cumme une masse inerte.

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