L'AMITIE DE M'"^ DE BRACV
Quand léopold revint à lui, il se trouva couché dans son apiiartement. Un homme élail assis près de ton lit, cet homme ét^iii un médecin; derrièie le docteur se tenaient M"" de Bracy, et un peu [ilus loin Boi^lleuii.
En voyani Léopold ouvrir les yeux, M"* de Bracy poujsa un gémisteuient de joie.
—Il vu! il vil! s'écria-1-elle.
— Calmtz-vcus! caluiez-vous, madame, lit, à voix basse, le médecin. Je vous l'avais dit, la blessure
n'est pas dangereuse, le sang que M. voire fds a perdu a seul causé cette Inni^ue faiblesse... Souf- In 2-vous, monsieur? coiilinuà-i-il en «'adressant au blessé; ne parlez pas, cela vous fatiguerait.
Léopold se sentait sans force, mais il n'éprouvait de douleur nulle part; il secoua douerment la téie.
Le docieur lui prit la main, el compta quelque temps les puisa' ions du pouls, puis Léopold le vil s'éio gner avec Boislli.'uri.
La iTiarquise s'avança alors sur le bout du p'Cd. el s'assit dans le fauteuil resté libre, au chevet du lit.
— One vous êtes lionne! madiime, el...
Mais Léopold n'acheva pas la (ihrase que l'expression alfectiieuse du visage de la marquise lui avait suggérée. Un dmgiefnlé s'était posé sur sa bouche, et ces mois lésoii liaient à son oreille, doux comme le bruit loiniain de la brise :
— Ne parlez pas, mon ami; vous l'avez eniendu, le docteur le défend! Dorm'Z, je ne vous quitterez pas un instant... el, ponilmt, le méritez-vous bien! niechani, qui disposez de v.is jours sans vous in luiéler de votre mèiv... car je suis votre mère., n'estce pas, Léopold? Oh! si vous saviez comme je vous aiiiie! c'est pour l'honneur du nom que je vous ai donné que vous vous êies haUu! Mais pourquoi aussi être allé à ce bal? Quand vous serez KUéri, vous ne soi tirez plus qu'avec moi... ie vous eu supplierai, et vous ne voudrez pas m'aflliger, je l'espèie...
Iioimez, dormez, mon ami! dormez sans crainte, je veillerai piès de vnus; iloinuz! el à votre viveil, piut-étre, vous sera-l-il peimis de causer un instant.
I- 1 Léopold sentit une main légère (|ui relevait ses oreillers, un souille parfumé qîii ralraicliissail son ironi l>rùlanl de fièvre; el il ferma les yeux el s'endormit.
Les malades sont comme les enfants : ils se plaisent à ètie bercés.
Léopold garda le lit quinze jouis.
Durant cet espace de temps, Mme de Bracy demeura constamment à ses côtés, le servant, lui parlant comme lauriit fait une véritable mère.
Léopold ne savait i omuient exiuimer sa reconnaissance à la maïqiiisi;. Plusieurs fois il avait voulu la remercier de la solliclude qu'elle lui lémuignail ; plusieurs fuis il l'axait priée de s'éloi.ncr pour prendre un repos nécessaire.
— Boistleuri restera pi es de moi. madame, dis;iilil ; S'isihène me consaciera aussi quelques instants. 11 me l'a proposé; votre santé peut s'altérer de ces bOiiis continuels...
— Ynus êtes mon fils, répétait toujours la marquise, et une mère ne doit pas abandonner le lit de soutlr.iuce de- son enfant.
Tant de bonté, tant d'abnégation de soi-nièiiie te poiivaientéire payées d'ingratituiic. S.ins douteil n'y avait rien d'extiaordinaiie à ce que M"" do Bracy raiinàl, lui qui l'avait aidée si puissamunnt ù conserver son rang, sa torlune, lui qui,— il lui é iiil permis de le dire, — n'avait jamais abusé, en aueui'e façon, des droits at:quis par rimineiisiié même de ce service. Mais cette femme éiail dévouée, idfeclueusc avec tant d'cnirainemenl. (|iie LéopolJ se [a-ciiait par loi-;, en la regardant, à re;; relier que celui à un ciiuie qu'ils tlussenl lie te tn-uver li s l^us les deux.
Un matin cependant vers le commenceiiie:;l de la conv;desceni e de Léo; old, un incident éiraoLie vint, subiiemeiit, jeter de la glace sur celte amitié qui ne demandait qu'à s'accroiire.
Il était neuf heures; Léopold venait de se réveiller- An mouvement qu'il fil en sortant du sommeil, M'-"- de Bracy, comme à l'ordinaire s'upi^roi-lia du lit, el tua les rideaux-
Gomme à l'ordinaire cgaleinfnt , le jeuni' Lomuie