‹ Les deux mèresChapitre 14 sur 130 · LOUISE · texte numérisé non relu

LOUISE

Que devenait Lonige landis que Léopold , ou pliitAl Clirisliaii, translormé en irranil seiiîneur, coin ait les liiils, les spectacies, s'éprenait d'une danseuse et se baliaii en duel?

Louise avait bien pleuré, depuis huit mois qu'elle ne recevait plus de nouvelles de Cliiisliaii. l'.lle le savait à Paris, —labonneCallierinen'avaitpu cacher la vériié à la jeune lille ; — il était donc tout près d'elle, et il ne venait pas la voir!

—Il ne m'aiuie plus! je ne dois plus l'aimer! s'émit elle dit un jour, voyant qu'elle espérait en vaii) la visite de son amant.

La pauvre enfiint ignorait qu'en amour noire volonté n'est pour lien ou que piiur bien (leudecho^e. On n'aime et on n'oublie p.is à son gré. On soutrre ou l'on remercie Dieu suivant que Dieu a décidé de notre joie ou de nos tourments.

Cependant si le temps ne guérit pas lout à fait jios douleurs, il en apaise du moins 1 intensité.

Peu à peu Louise, saiiscesserde songer à Christian, ressade se désiiler.

—Je lui serai fidèle, quoi qu'il fasse, pensa-t-elle, c'est ainsi que je me vengerai de s m ingiatitude.

C'éiaii là, h coup Mir, une noble rii(;oii de se conduire, d'autant plus qu'il ain.iil été Ircs-l'acile à la jeune fille de se vengcrauirenunt.

Louise riait jolie; elle avait ilc magnifiques rheveu.\ blonds, di^ grands yeux biens, une bouche Une tlmiguonne, une laille ravissante.

Dans l'atelier oùellelravaillail,— l'alelier de coulure de Mme Bellard, — Louise, après avoir rencontré d'abord des jalousies, à cause de sa beauté, s'était l'ait des amies par sa douceur et sa modestie.

Au nombre de ces amies se trouvait une petite brune assez piquante, nommée Coelma Vannier, qui abandonna un beau jour l'atelier, au grand chagrin de Louise, quatre mois après que celle-ci y lui entrée.

—Pourquoi nous quittes-tu? demanda Louise à Cœliiia lorsque celle dernière lui annonça son départ. Une comptes-tu taire en sortant d'ici?

—Moi...? mais je compie ne plus rien faire du tout, repartit Ccelina avec un sourire, et c'est pour cela que je vous quitte.

Et comme Louise ouvrait de grands yeux :

—Viens me voir dans huit jours, continua Ccelina. Je vais demeurer rue de laBinyère, 17... dans un appartement qu'on s'occupe de me meubler à présent.

—Tu te sépares donc de ta mère?

—Oui ; ça me chagrine, mais c'est indispensable! Je t'expliquerai tout i«la chez moi bien mieux qu'ici. C'esl un conie de léesel un conte très-gentil!

Câlina ne reparut plus à l'alelier où bientôt il ne fut plus qiiesiinn que de ce qui avait occasionné celle sortie précipiiée. Cœlina avait un amant fort riche qui lui donnait tout ce qu'elle désiiaii : les meubles les plus beaux, des cachemires, des diamants... On assurait même qu'elle possédait une voiture!

Bref, elle était entretenue sur un pied magnifique.

Louise, malgré son iiinoi'enee, ne pinivail ignorer ce que signifie le terme de (omme eidn-t.niie — On ap|irend sivitedans lesateliersde couture ei autres! — Elle écoula ces demoiselles vanter la chance de

Cœliiia; mais au lieu de surencliérir à leur exemple, sur les avaiila^es de ce rliangeineul de position, Louise se dit en soupirant :

—Elle est perdue |iour moi !

tt, en etlei. miiliiré l'inviialion deCœlina, malgré deux ou trois lettres pressantes ipiVUe reçut encore, Liiuisc ne se piésenia point ch( z l'ouvrière devenue une lorelle.

Mais un soir que la jeune fille sortait de l'alelier, siiiie lauhouriîMonimartre. pour retdurmr, comme d'ordinaire, ihi'z sa tanle, elle s'arrêta lout d'un coup, rouge et inli'rdite; une dame élégamuient velue l'appelait du fond de son coupé : celte dame, c'était Cœlina.

— Monte avec moi! monte un instant, fit la lorelle en prenant i ar la main on ancienne camarade qui s'était machinalement approchée de la voilure. Je i-orlais de chez une de mes amies, là, en face, au coin de la rue Geolfioi-M irie, quand je t'ai aperçue ijui pa'^sais. Puisque je te rencontre par hasard, je ne le lieus pas quitte! Allons, munie! J'allais diner à la Maison d'Or, mais on m'attendra. Je veux te reciiuduire chez ta tante. Nous causerons en route... Joseph ! boulevard du Temple, 21.

Louise tenta inutilement de s'en défendre, il lui fallui prendre place auprès de la loretie.

—Fi ! la vilaine! continua celle dernière d'un ton de doux repro( he , C'est comme ra que tu viens me voir, loi? Éh bien! tu es aimable! Je t'atti-ndais tous les jours. Pouiquoi m'avoir oubliée ainsi, depuis deux mois'}

Louise était embarrassée. Elle ne voulait pas avouer la véiiié et il lui répugnait pourtant de luenlir. Elle piit un biais :

— En peiil bonnet, en lablier, dit-elle, je n'aurais pas osé me présenter chez loi I

— Bah ! je ne suis pas devenue lière , quoique je rréijuenle maintenant des marquis el des comtes! Oui , ma chère , je suis lancée dans ce qu'il y a de mieux. J'ai toujours lu même amant... mais il m'amène ses amis .. toute la noblesse de Paris!

Oh ! continua la lorelle a\ec une petite moue dédaiuneuse, je pense bien qn'ii l'alelier on doit se pai/er terriblement de cancans sur mon comple... —pas loi, cependant! je suis sûre que lu me détends, au contiaire !— ondoii trouver raauvaisqueje sois... ceque je suis...

M lis je m'en moque, vois-tu, Louise! Je n'étais jias l'aile pour végéiersiir une chaise, l'aiguille à la main, loule ma vie! Chacun son goût. Il y avait longtemps que l'attendais une occasion d'tnvoyer pruimner l'alelier : celte occasion s'est présentée, et je me suis décidée bravement.

D'.iilleurs on peut se comporter ïionoiableinenl dans toutes les conditions; et je n'ai rien à me reprocher depuis que M. de Melcy me proiége. Mil mère a tout ce qu'il lui faut ; je m; trompe pas mon amant. Qu'a-t-on de plus à me demandei?

Mais je parle, je parle! et tu n'ouvres pas la bouche! Voyons, ma petite Louise, je suis enchantée de l'avoir rencontrée ! Je me disais : « J'irai la trouver à l'atelier. » Mais j'ai si peu de temps! t» land viendras-tu, maintenant? dis?rue la Bruyère, 17, lu le rappelles?

—Oui, oui... je le surprendrai un de ces jours, reparut Louise en hésiiaiit.

—Un de ces jours! c'est bien vague! Quand ça, hein? Un dimanche, tues libre Nous déjeunerons ensemble! Oh! sois tranquille, ton bonnet et ta rdbed'indieiiiien'efraroucheroiit peiponne! Gentille comme lu l'es, tu feras bien vite des conquêtes, si tu veux ; mais lu es sage, je ne te le reproche pas, seulrment...

Cœhnn n'acheva point sa phrase qui menaçait de n'élie pas une maxime divine de FêneUm. La voilure s'ariélail devant la maison qu'habilail Louise.

—Adieu ! fit celle dernière, satisfaite de se séparer de son ancienne amie. Adieu!

El I Ile lui tendit la main.

—Non p;is adieu, mais au revoir! Rappelle-toi que je t'en voudrai à la mort si tu me négliges plus longtemps, repartit Câlina.

Louise ne repondit rien. Le coupé emporta la lorelle.

—Elle ne m'a pas comprise, pensa Louise en regardant s'éloigner la voiture; elle se trouve si heureuse, maimenanl!

Oh! ce n'est pas là le bonheur que j'envie. Ce ne snni piiint des bijoux et des cachemires que je demande.

C'est qu'/7 se souvienne de moi ! C'est que je le revoie. C'est qu'/i m'aime encore!

Où est-î7.' Que hiil il loin de moi?

Est-il donc, heureux , aussi, lui? Comme il le désirait! Ses rêves d'ambition, de fortune se sont-ils réalises?

Ah! s'il en est ainsi, pas plus qu'elle, je ne le rererrai donc jamais!

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