‹ Les deux mèresChapitre 2 sur 130 · UNE RENCONTRE · texte numérisé non relu

UNE RENCONTRE

Deux mois s'étaient passés ilupuis h>. ili'pait de J.oiiisi' Daniélau. La jeune fille avait déjà é(rit plusii'iiis l'ois ;i son aiijiitit, l't ■ liaciiuo de ?cs lettres avait olHeiiu une réponse airrcluiuse. Louise était placée par Us soins de sa tante dans l'atelier d'une coiilurière en renom,- qui la liailait avec In (dus glande bonté, avec la plus cliarnianle indulRCinr

pour ses gaueheries, son inexiiérictice Elle se

trouvait parlaitemenl heureuse, assuiail-elle,... — et Clirisiian, en lisant à sa inéreel à la vieille Dauiélau les Ictties de Louise, ralentissait toujours en soupirant, aux passages où il était iiueslion de bien-éire,4l^ de bonheur. Il comprenait, qu'en écrivant ces mensonges, la main de la jeune lille avait Irenililé. Pouvaii-elle ètie heureuse loin de sa mère, loin de son amant, loin de son village?

Dans ses réponses, lui, Christian, demandait sans cesse à Louise des détails sur Paris... cette ville si grande, si may nilique qu'il n"Connaissail que d'après des gravures et des livn s... MaisL>uise, en dépitdes sollieitiitionsdeson amant, éviiait de satislaire àses curieuses demandes. On eût pu croire- qu'elle vivait au fond d'un couvent : elle n'avait rien vu encore, disaitelle, de bien extraordinaire dans ce Pans si vanié .... Plus lard, peui-êtie, aurait-elle quelque chose d'intéressant à conter; pour le moment, les maisons et les habitants de Paris lui paraissaient presque semblables aux maisons et aux h.ibitanis

de Suint-Ivry sauf que les premières étaient

plus grandes et plus hautes... et les seconds mieux habillés.

Et Chrisiian soupirait encore, mais en souriant alors devant ces naïves ruses de sa maîtresse. Il voyait bien qu'elle poussait la générosité de Tamonr jusqu'à ne point admirer un trésor qu'elle possGdait sans lui.

Par une belle matinée d'automne, Christian, son fusil sur l'épaule, son chien, — Carlo, — à quelques pas en avant de lui, — venait d'entrer dans la lorèi que novembre commençait à rendre chauve et triste. Christian avait promis à sa mère de lui rapponer quelques pièces de gibier pour le diner; mais oublieux de sa promesse, il marchait au hasard sur les feuilles jaunes et sèches, sans se soucier des lièvres ni des lapins lace à lace avec lesquels il pouvait se rencontrer, Christian rêvait, comme d'ordinaire. Il songeait à Louise qu'il aimait tant... et qu'il avait laissée partir;... il songeait à Paris,... ■ puis il se rappelait son enfance... son vieux professeur,... ce bi ave maître d'école, qui avait fui Paris, lui, pour venir mourir tianqulilem'ent dans un pauvre village breton... Il se souvenait encore de ces paroles que lui ré| était souvent son père en le voyant passer les dimanches à lire et à écrire :

" A quoi cela te servira-t-il, garçon, de devenir si savant? M. Kobert te gàie ; quand tu eu sauras plus que nous, tu le dé|ilairas avec nous.»

Et Chrisiian, à ce souvenir, .^e dirait que son père avait en raison; que M. Hoberl, en développant son intelligence, en lui doniiani une mstiuciion audessus de sa position, lui avait réellement rendu un mauvais service.

M. Koheit eiM pu répondre à ce moment à Christian, si M. Robert eût encore été de ce monde :

— 11 est injuste à vous de me reprocher mes bienfaits. Je vous ai trouvé des dispositions à apprendre ; je les ai cultivées; est-ce ma faute si parce que vous ète.s plus instruit que ceux qui vous entourent, vous êtes assez fou pour devenirambitieux? Les lumières que je v(mis ni donni-es devaient servir à vous reposer de vos fatigues, et non à vuus créer des peines Vous

avez lait un mauv.iis usage de votre scii-nci' : pre-

I ez-voiis-en donc a vous seul de vos ennuis.

Mais M. Ilobert était mort, et Clnisiian, tout en le Si! dissimulant pas le danger de sa conduite, n'en continuait pas moins de se bâtir des châteaux en Es[)agne, que la réllexion, — celle bande noire, ennemie des esprits imaginalifs, — démolissait aussitôt. Christian se promenait donc pensif dans la l'oiét de Pluven, lorsfiu'nn jappement sourd de Cailo vint ia|ipeler notri' jeune paysan à lui-même. Quoique rêveur par hanitiide, Christian n'en était [tas moins chasseur par goût. L'appel de son cbien frappa son oreille; il releva la 'Ole, et apeiçut Carlo en arrêt devant un buisson de mûriers sauvages.

II arma son fusil; Carlo répondit par une manifestation joyeuse de la queue au tictac de la gâchette, ei s'avança sur le liuisson. et presque aussitôt un ieviaut d'encolure fort convenable partit à travers bois.

Une. secondé après le susdit levraut roulait sur l'herbe, trappe d'un coup mortel.

— Bien tiré! parbleu! bien tiré ! s'écria-t-on au même instant à quelques pas de Chri-tian.

Christian se retourna: cette voix lui était inconnue. Il aperçut à sa droite un homme d'une cinquantaine d'années, de taille moyenne, revêtu d'une longue ledingole et d'un cha[ieaii rond, et qui faisait diligence pour arriver en même temps que notre chasseur au-devant de Cai lo portant le levraut dans sa gueule.

-^Oui. ma foi, reprit l'étranger en accueillant d'un sourire le regard étonné de Christian; je vous promets, jeune homme, que je n'aurais pas mieux fait... au temps- où je rue servais— pas irop mal, pourtai I, assurait-nn,— de f instrument que vous tenez à 1 1 main. l'avais le coupd'œil juste, l'esprit calme, — car il ne tant pas s'emp'irter, pour bien chasser, n'est-il pas vrai?— et j'aliaitais mon lièvre ou mon faisan à cent pas sans me gêner...

—Encore une fois...-

El, ce disant, l'individu à la redingote s'empara du levraut, en dépit de la mauvaise volonté que mit Carlo à lâcher sa proie.

— Encore une fois, je vous félicite! Peste! mon gaillard n'a pas eu le temps de dire amen... Il a reçu son alVaire en i)leiii ràble.

Et en abattez-vous ainsi autant qu'il vous plaît?

A cette question — qui lui permeitalt enlin de placer un mot à travers les nombreux éloges dont on venait de le combler, — Christian sourit à son tour.

— Dans nos campagnes, monsieur, répondit-il, on rencontre, pour la chasse, moins d'obstacles qu'autour des grandes villes. Cependant, quand les gendarmes de Quimper ou de Rospordeii balient les champs et les bois, il est prudent à nous de ne pas trop faire parade de nos fusils... Au surplus, nous n'abusons point de la permission tacite qu'on semble nous donner, et c'est peut être à cela que nous devons de ne pas èlie inquiétés.

—A la bonne heure ! lit l'étranger. La loi qui détend la chasse sans autorisation est stupiJe à mon avis !... Quoi de (dus naturel, en effet, que de chercher à augmenter sa table des biens que Dieu semble avoir mis à la disposition de tous! On habite près d'une forêt, on voit en sepromenanl un lièvre, un perdreau, un lapin courir devant soi sous les arbres; la première pensée qui vous vient alors esi certes de chercher à se procurer ce lapin, ce [lerdieau ou ce lièvre pour s'en régaler, en l'arrosant giiiemeni d'une bonne bouteille de vin qu'on ira cliei'i h' r sous les fagots. Si donc on possède un fusil, on tue l'animal ou on essaye. Si l'on n'a pas de lusil, on s'occupe de s'en procurer un le lendemain. Au diable les lois en ceilainscas; Si l'on voulait toujours courber la tête devant elles il faudrait aussi renoncer au plaisir de se promener dans les

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