‹ Les deux mèresChapitre 4 sur 130 · RÉSOLUTION · texte numérisé non relu

RÉSOLUTION

Christian était encore immobile, l'œil fixe, la bouelie béante, et B'>i;.fleuri avait disparu.

— .le puis devenir un grand et riche personnag'-! Il ne dépend que de moi d'être heureux , de voir s'accomplir mes rêves, mes désirs les plus tous!

Telles étaient les pensées qui se hearlaicnt dans le cerveau de notre jeune paysan . luttant fortes et rebelles contre la crainte et le doute.

Biisfleuri avait bien jugé son homme, Chrisliaii était ambitieux. Qui dit ambitieux dit décidé à tout, voire même à ce qui n'est pas absuUimenl bien. — On ne lève le front devant le mal qu'avec l'expérience. — Et Christian devait b'cnlùt oub ier de crain^reet de douterpour ne plus s'occuper que de l'avenir brodé d'or qu'on lui avait promis. Il s'en revint à pas lents vers sa chaumière, et lorsqu'il en franchit le seuil, il avait déjà arrêté sa réponse à Boisfleuri. Il acceptait. Bien plus, celle résolution prise , il avait encore trouve le moyen d'annoncer son départ à sa mère de façon à ne rencontrer près d'elle aucun obstacle.

On le voit, Christian était de ces natures qi'il n'est pas besoin de pétrir longteiri[.s pour les façonner à sa guise. N'avait-il pas doimé , d'ailleurs, un mois auparavant, eu laissant partir Louise, la preuve de son inflexible attraction vers des jouissances i'iconnues el d'autant plus désirées? Des cliimères l'avaient emporté sur un amour d'in- •ance. Sa tendresse pour sa mère devait céder devant une bi illanfe réalité.

Cependant à peine Christian se tronva-t-il en face de sa mère , sous le toit de celte humble et paisible demeure où s'étaient jusqu'.ilors écoules ses jours, qu'il se sentit en proie à une violente émotion. Le cœur domina quelques insanls l'esprit. Il se prit à promener ses regards tout autour de lui, d'un air mélancolique. Mille souvenirs s'élevèreni dans son àme, et sa main se promena, n;acliinalement affectueuse, dans les soies de son chien qui était accouru à sa rencoatre.

Catherine s'était déjà remise à son rouet auprès du feu.

—Eh bien ! mon ami , fit-elle en voyant rentier son fis, que t'a dit ce monsieur en le quittant? Doii-il vraiment revenir nous dire adieu?

Ce peu de mots firent batire plus vile encore le ca-ur de Chrislinn. H hésita avant de répondre; il sentait que le moment était venu de parler, et tout en appréheniianl de le laisser s'enfuir, il se trouvait, aussi, désolé de ne pouvoir le leculer.

Mais, nous l'avons dit, Christian voulait ei devait aller vite. Il s'avança donc vers sa mère et répondit, d'une voix rerm-', quoique légèrement voilée :

— Ma mère, M. Boislleuri reviendra; il me l'a promis, et il dépend de vous qu'il ne reparte seul.

— Comme.it! que veux-tu dire? s'écria Cathe ■ rineen pâlissant, fiappée d'un triste piessentiment.

Christian, plus pâle que sa mère, couiinua :

—Je veux dire que M. Boislleuri... m'a oITert .. une belle place à l'aiis..., et que .. si cela ne vous afflige pas irop de vous séparer de moi..., je serais... heureux d'accepter sa pi'oposilion.

Calheriiie regarda son fils en face, longtemps, avec une sorte d'obsliriation , comme si elle se (ùl allendue à ce qu'il allait sourire et s'écrier :

—Je plaisante, ma mère, ne vous clliavez pas!

Mais Christian supporta sans sourciller le regard de sa inére.

Seulement sons ce regard un frisson lui parcourut fout le corps, depuis la plante des pieds jusqu'à la racine des cheveux.

LKS DEUX MEHES.

Cnllierine comprit qu'elle allait perdre son enrmt. Flk'èùt le courHye de levrile cul.ce a(m U en lom; H'iin «.pul trait, toute riimertunie.

•^ !!ih" ce monsieur t'.,iïie de l'emmener! rrpnteUe avec eiïort; et lu partirais donc... ce soirï

—Je nariirais ce soir, fit Christian.

-El... tu serais... véritablement heureux... de

"iïse"ais heureux , ma tnère, d'accppter PemnlTqu'oTr^el à ma disposition... je serais heureux 'ne plus vivre pauvre et ignoré dans un misérable vmige . i.^ serAis heureux.... parce que tout en él'mt forcé de vous quitter, je «aura, laisser de rièie moi, pour vous, ma mère, le bien-etie... la

'""':!lMa'is'^^.'murmura Catherine dont la bouche devenait sèche et brûlante, mais... cet homme., lu ne le connais pas! s'il le trompait 1...

Christian tressaillit- ,A,^^„^it il vivp-

-Cet homme ne me trompe pas, répondit- il vivement, quel intéiêt voulez-vous qu il ait à m ahu- ^r" Je ne lui ai rien demandé, .il m'a toulofferl... Je ne suis pas allé à lui.- il est venu i moi... vous voyez bien que j'aurais tort de me délier de lui ! —Mais que veut-il donc faire pour loi.' -Je l'ianoie... mais il s'est engagé a m emmener à Paiis et à m'y donner les moyens de m f'-'f '''• ; et ie l'ai remercié de sa bienveillante proteeliun, et je viens vous demander la permission de la mettre

** Catïérinc ne répliqua pas d'abord, mais ses yeux distillant la douleur et le reproche, disaient bien mieux que le plus éloquent discoursason his:

-Est ce toi qui me parles ainsi? toi dont |e me crevais aimée?...

-Pars donc! balbulia-l-elle enhn, pars, puisque tu le veux, mon fils ; je ne serai jamais un obstacle à Ion bonheur ! ,. j . n

Elle n'eut pas la force d'en dire davantage, elle fon.lil en larmes. - -i ,

Chrislian se frappa le front avec desespoir: il es si pénible de voir pleurer sa mèxe, surtout quand elle a le droit de vous demander couiple de s: s

^'^'iKagenouilla près d'elle etillui couvritles mains de baiseis, et il pleura avec elle.

Mais il ne lui dit pas:

—Mère, je resterai! ,

Il ne voulait pas faire une promesse qu il n» se sentait pas le courage de tenir. . .

La mère elle fils demeurèrent ainsi quelques minutes; elle, pleurant loujours, lui, toujours a genoux, silencieux, devant elle.

Tout à coup Catherine, se dégageant de 1 étreinte de Christian, se leva, s'essuya les yeux et sc-

'^^^ Alors .. il faut nous occuper de ton bn gage... Puisque c'est ce soir que tu t'en vas, nous n avons pas trop de, temps pour nos préparatifs.

Chrisiiiin se leva à son tour, en considen.nl sa mère avec une surprime douloureuse. Celle leiiite résignation lui laisaii plus de mal encore quel aspect de son chagrin. , , .

— Laissez, murmura-l-il, laissez-moi ces soins, ma more... cela vous laiigueia et

—Non' non! interrompu Catherine, dans une sortcd'impaiiencefiévreuse;j'enteiuls, au contraire, ouetu ne l'occupes de rien... je voudrais, même rester seule un instant... Christian... je i en prie! sors' va due adieu à nos amis du village... tu reviendras cnsuiie, et... tu verras... comme je serai forte pour te donm r un dernier baiser!...

Christian laissa échapper un soupir, cl obéit a la niière de Callieiine.

SeuUnient au lieu d'aller adresser ses adieux, comme elle le lui avait dii, à ses voisins, il s'apprêtait à remonter la rue pour sortir du village... il

avait besoin, lui aus-^i, de solitude, elpuis il voulait saluer encoie une fois cette belle firét de Pleuven qu'il ne devait plus revoir |ieul-éire de loii;:lemps.

I orsque l'aspect d'un huuimc qui arrivait vers lui l'anèta presque au seuil de la chaumière.

Cet homme, c'éliiilBoi.slleuri.

lioisiieiiri mai citait tiè^-vile, et tout en marchant,

sou regard arrête, de loin, sur le visage dii jeune pavsaii; semblait chei citer à y deviner ce qu il d.'.vaii esfiér.r. Cluisiian, de son cote, immobile, inquiet, ait. nilaii qu'on l'inierrogeiLt.

Entin, lorsqu'il ne lut i.lus qu a quelques pas de Christian , Uoislleuri prononça ce seul mut : « th

bienl » .1-1 i-i

Pour louie réponse Christian inclina la leie. Une vive expression de joie se peignit sur les

traits de l'étranger. ... ., , • ,.j<, i-

II était alors tout près de Chnstwin; iIUu lendit la

main. . ,. . ...

—Vous consentez» s écna-t-il. ...-^^j^.i^^ —Je pars avec vous, monsieur, repondilCtinstian. Je me mets tout entier à votre (li>postiion... autant, du moins, comme vous me l'avez jure, que vous ne m'ordonnerez rien de répréhensible aux yeux des hommes et de Dieu! , r^. u^,, .c a.,„^

—C'est convenu ! c est convenu! D ailleuis , onns un moment vous connaîtrez mes desseins et vous verrez vous-même qu'ils n'ont rien qui puisse vous etlraver... Et puis... vous savez le proverbe : Qui ne risque lien, n'a rien! si l'on voulait touiours prêter l'oreilleaux moindres scrupules, il taudrail se condamner à tout jamais à la miseï e et a l obscurité... Vous vous étoiin> z sans doute, de me revoir sitôt? —Il est vrai! vous ne m'avKZ promis votre visite

que pour ce soir. -.,o, ^„nnii i>

^ —Oui mais, après vous avoir quille et connu, je

me trouvais d.''jà devant l'auberge ou "'attend la personne.. . dont il aélé question entre nous..- mu<.. fiflexfon m'est venue... J'ai pensé qu'il était inu i e nue ie parlasse à celle personne de mes p ojets ^"ant d'être assuré de leur exécution. Nous m aviez paru un jeune homme de resilulion, Chri.^ti, n... je me suis dii que quelques mitiutes aui aient au an de valeur pour vous que quelques heures si vous éii.'z n'ellemenl dans l'intention de vous fierainoi/.. -Cependant... si cette personne. ..qui vous attend A l'auberee n'allait pas approuver ces projets ou je doisïou.i-unsioki.d rôle? Ètes-vous donc certain, d'avance, de sou assentiment? jua -^^ >,

-Je suis certain d'avance de son adhésion à toutes mes volontés, repartit Boistleun en souriant: le projet que j'ai à développer sous vos yeux n est pas nouveau pour cette personne...

Mais (|ne faisons-nous là, mon ami, dans cette rue'' Vovoiis! puisque vous consentez à me suivre... hàtons-nuus! N'avez-vous pas déjà P;'^^'^''i",,7'';^ mète de votre départ?... Albz lui dire adieu... 1 au que ce soir même nous M'^""""? C''.^''"aS; et q t d'ici là. vous soyez préparé au rôle impoilaul que vous êtes destiné à jouer. , , . .

A ces mots: «Allez dire adieu à votre mère, » Christian s'éiaittrtaiblé...

Un insiani,.néeoulantBoisfleun,lejeurie homme

avait oublié sa mère... . , , .

Mais raiinel'' tout d'un coup au présent; pressé SI ardein.neni d'èlre à la l'.iis cruel et ingrat envers celle qm r." lui :>vait jauiiiis témoigne que de a douceur et delatenilies-', Cbiisiian sen'ail Ibehir son couiaoe . et il consul, rail lour à umv U .Mleu.i el la pone de sa chaumière, sans savoir a quel parti se

"^Binsl'leuri devina le motif de l'hésitation de

^'^^imfl-ourage.donc ! fiiil ; allez dire adieu à votre mère et prouetiez lui,— et vous pouve? le lui prouieitreàcoup sCir,— qu'avant deux jours elle recevra de vos nouvelles.

.J,S DiaX MKKKS.

Entrez, Monsieur. —

— Mais, murmura Christian, elle s'occupait lorsque je l'ai quittée tout à l'heure de tout préparer pour mon départ. Elle disposait dans une malle...

— Du linge, des vêtements? Inutile, inutile! A quoi avais-je la tête de ne point vous prévenir de cela... Vous aurez tout ce qu'il vous faut à l'auberge...

Mais le temps presse; voyons, Christian, faiblirezvous quand il ne vous reste que si peu à faire? Entrez seul, je vous attendrai ici ; ma présence ne pourrait qu'ajoutera la tristesse de vos adieux.

— Vous avez raison ; il faut en finir, dit Christian d'un air sombre : attendez-moi donc.

Et il s'éiolRna en courant vers la chaumière.

— S'il n'allait pas revenir, pensait Boisfleuri, ou s'il refusait maintenant de me suivre? S'il me fallait renoncera nus espérances après les avoir vues si près de se réaliser?

Mais la porte de la chaumière se rouvrit, Christian reparut; il avait le visage décomposé, les yeux hagards, les lèvres sans couleur.

Cependant il marchait d'un pas ferme.

— Je suis à vous, monsieur, dit-il d'une voix sourde à Boisfleuri : où allons-nous?

— A l'auberge du Lion d'Or; mais prenons le plus long afin de ne pas être rencontrés ensemble, et surtout d'avoir le temps de causer.

Christian désigna du doigl en face d'eux une ruelle qui donnait sur la campagne.

— Et... votre mère? fit timidement Boisfleuri en prenant le bras de son compagnon, elle pleure bien, n'est-ce pas ?

Christian essuya deux grosses larmes qui sillonnaient sa joue.

— Elle prie, répondit-il.

Puis, emporté par un mouvement qui tenait à

la fois de la colère, du chagrin et du regret, il ajouta d'un ton presque menaçant:

— Oh! monsieur, fasse le ciel que les faveurs que vous m'avez promises soient vraiment assez immenses pour que j'oublie qu'elles m'ont coûté le bonheur de ma mère !

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