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DES GRÈVES

maiirlaicnt pas mieux. Le troisième couplet, un pou plus lugubi'o que les deux premiers, s'entonna en chœur bien joyousenienl. Le quatrième, où bkre rime avec bcnjère, fut ciianié en sautant. Au cinquième, on ne se sentait plus d'allégresse.

. Au sixième, les Gollion, les Caticlie, la Scholastique, les Cliarlotio, Simon Le l'riol et sa grave ménagère elle-même remuaient la terre en gavottant comnK! des bienheureux.

L'enceinte s'élevait.

Quand le vieux Maurever, Auliry cl Reine sortirent de la tour, ils étaient dans une véritable lorlercsse.

Le frère Bruno s'approcha respectueusement de M. Une.

— Que Uieu vous bénisse, mon bon seigneur, ditil, et la jolie demoiselle... et munie mcssire Aubry, mon ami, qui m'a planté là en pleine grève, quoique je prisse la peine de lui» raconter une histoire ou deux pour abréger le chi'niiu... Je viens ici dérouiller un peu mes pauvres bras, qui s'engourdissaient làhaut.

— Mais si le prieur s'a|)erçoilde.votre fuite, répliqua M. Hue, il enverra ses hommes d'armes après vous...

— Quel prieur! 11 faut distinguer : le prieur claustral, jo ne dis pas ; mais il ne s'occupe pas du dehors. Quant au prieur de^ moines, il a porté l'armure comme moi , et la main lui démange trop souvent pour (|u'il ne comprenne point mon cas. D'ailleurs, je n'ai point prononcé de vœu, mon bon seigneur, et, h mon rclour, je n'aurai qu'une discipline simple, qui est donnée par frère Eustache, mon compère...

Le vieux Maurever fronça le sourcil.

— Je n'aime pas qu'on plaisante, même innocemment, des choses de la religion, mon frère, dit-il avec sévérité.

— Hou I s'écria Bruiw désespéré, — voilà qu'on va me renvoyer avant la gabnrre! J'aurai la discipline tout de même et je ne me serai point battu! Mon bon seigneur, ayez pitié do moi !...

— Père, murmura la douce voix de Reine, — il a aidé Auhry h se sauver.

— Kl j'ai donné trois tours do clef sur ce coquin dcMéloirl ajouta Bruno; — saint patron, monseigneur, si vous aviez vu sa figure!

• — C'est un excellent homme, dit Aubry à son tour; sans lui, les jours de ma captivité auraient été biun durs. ,

— Oui, oui, s'écria Bruno; — je lui ai conté de fières histoires au jeune seigneur!...

— Et tenez, s'intcrrompit-il on prenant sans façon M. Hue par la manche, — ce frère Iiustache, dont je . vous parlais, a eu, avant d'entrer en religion, vers l'an 33, au mois d'avril, une bien gaillarde aventure dans la ville de Guichen, entre Bennes cl Redon.

« Il venait de vendre des poules au marché de Gucr, car il tenait une métairie pour la douairière de La Buurdonnaye, là-bas, sous Font-Réan. il était à cheval, jambe de ci, jambe de là, sur son panais, cl il allait chantant :

D.insons la lilra, Liira lilanrire.

Dansons la ^Ira, Litra lilaiila.

tt Vous savez, la lilra se dause à reculons, en tapant les talons devant derrière. — Et j'ai connu au bourg dé Bains un taillour dûcerc|os en châtaignier

pour les fûts, poinçons et barriques, (ju'on venait voir danser la litra de dix lieues à la ronde. R était borgne d'un œil et se nommait Pelo Ilalluin. •^ Sa sœur Malhelinc piquait la toile à voile à la Roche- Bernard cl fut mariée à Juillon le Guennec, qu'on appelait le Bancal, à cause de ses jambes qu'il avait de travers.

« Ce Pelo Ilalluin... mais c'est de frère Eustache quoje veux vous enlretenir, mon bon soigneur... »

— Que vous disais-je ? murmura Aubry à l'oreille de M. Hue.

Le vieillard se prit à sourire. Il parait qu'Aubry lui avait déjà parlé du digne frère Bruno et de ses histoires.

— Donc, reprit ce dernier, frère Eustache, qui était alors un jeune gars, éveillé comme un ver luisaut...

— Assez, frère Bruno! interrompit M. Hue. Le frère moine s'arrêta court.

— Aurais-je offensé mon bon seigneur? balbutia-t-il.

— Assez! vous dis-je... je vous permets de rester ici avec nous.

Bruno frappa ses mains l'une contre l'autre et poussa un cri de joie.

— iMais à une condition, ajouta Maurever.

— Laquelle, monseigneur, laquelle?

— C'est que, pendant volreséjour, vous ne raconterez pas une seule histoire.

— Ah ! s'écria le moine en riant de tout son cœur; voilà, par exemple, qui n'est pas difficile! Croyez-vous que je sois un bavard, Seigneur Dieul Cela me rappelle une aventure qui m'arriva en l'an 44, dans une auberge de laGuerche.

« Nous étions trois : mon cousin Jean, Michel Legris et moi.

« Je dis h Michel Legris... »

Il fut interrompu par un éclat de rire que poussa en chœur toute l'assistance. *

Pourquoiriail-on? Frère Bruno ne le devina point.

— Si vous aviez attendu un petit peu, dit-ii, — c'est mon histoire qui vous aurait fait rire!

Le chevalier Méloir, enfermé dans la prison d'Aubry, supporta d'abord assez gaiement son infortune.

Il était philosophe. Le pis-aller, c'étaient quelques heures passées dans ce fâcheux état.

Mais les heures se succédaient, et la philosophie du chevalier Méloir s'usait.

Il était environ dix heure» du malin quand Aubry lui avait cnqtrunté de force son costume.

Midi sonna au befl'roi du monastère. Puis une heure, puis deux heures.

Sarpebleu! le chevalier Mé'oir perdait patience.

S'il n'avait pas eu ce diable de bâillon, il aurait appelé; mais son bâillon était Irès-bien attaché.

Ses jambes seules étaient libres. Il s'en servit d'abord pour arpenter son cachot étroit à grands pas, puis pour lancer des coups furieux dans le chêne de la porte.

Mais c'est bien le moins que les prisonniers aient le droit de passerleur mauvaise humeur sur les portes ou les murs do leurs cabanons.

Des coups de pied du chevalier Méloir personne no s'inquiétait.

Vers quatre heures de l'après-midi, la clef tourna pourtant dans la serrure.

— Kh bien! Bruno! dit une voix sur le seuil, — Est-ce loi qui fais tout ce tapage? Pourquoi les clefs

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