‹ Les deux mèresChapitre 54 sur 130 · LE PASSAGE SAINT'ROCH · texte numérisé non relu

LE PASSAGE SAINT'ROCH

Armand avait reconnu Robertine dans la femme

voilée.

Il en était sûr.

Il l'eûi affirme sous serment.

Ce fut du moins celle impression première qui fil bondir son cœur dans sa poitrine et le jeta demi-fou hors de sa voilure.

Colle idée une fois entrée en lui ne pouvait point s'effacer aisément, parce qu'il ne réOéchissait plus.

Sa lèle élail perdue et son trouble, augmenté par l'efTorl dés'spéré de sa course, atteignait au délire.

Il n'en fallait pas tant, du reste, comme nous l'avons vu, pour éveiller la jalousie d'Armand.

Hélait jaloux par nature, et si, depuis son mariage, ce sentiment avait fait trêve en lui, ce n'élait pas coufianco entière, inébranlable daui; la vertu de Robertine.

Armand y croyait, mais modérément.

Roborline avail la léle au-dessus de lui.

Il la voyait d'en bas et ne la comprenait point.

Il y avail une autre raison.

Armand, depuis son mariage, avail couru un dan- "cr grave.

Sa liberté, peut-être sa vie, avaient élé sérieusement menacées, et sa jalousie, pour être sans motif, ne pouvait parler haut que dans l'excès du loisir.

Sous l'Empire, la faveur d'Armand avait été si rapide et si peu justifiée, il faut le dire, que les fidèles de la cota- impériale en avaient eux-mêmes murmuré tout bas.

A pins forte raison les gens de la Restauration devaient-ils regardej- ce jeune homme qu'ils avaient trouvé assis à la place d'un vétéran de l'administration comme un prodige de favoritisme et, par une déduction ligoureuse, comme un séide de l'empereur.

Or, après les Cenl-Jnurs, il s'était passé à la Monnaie de Paris un fait fort étrange, dont les journaux firent grand bruit, et qui donna beaucoup de besogne à la jjolice.

Les coins à i'effigie de l'empereur, qui avaienlservi durant les Cent-Jours, disparurent mystérieusen.ent, sans qu'on pût accuser de cette soustralion persotmo autre qn'im membre,

Ou que des membres:

Ue l'ancienne administration de la Monnaie.

Ce ne pouvait êlre, en effet, acte de malfaiteur, puisque nul déficit n'existait dans les magasins d'or et d'argent monnayés.

Foiuquoi celle soustraction?

A coup sûr, il était permis à un gouvernement nouvelleiTieni rétabli de voir dans ce fait un symptôme de conspiration, on tout au moins la marque d'espérances et d'arrière-pensées politiques.

Aisément pouvait-on deviner que ces coins soustraits fonctionneraient au besoin à la moindre tentative de la révolution, comprimée, mais non vaincue.

C'était une chance que le bonapartisme traqué mettait en réserve pour des combats futurs et une vengeance convoitée dans l'avenir.

Les membres de radrainistraiioii qui avaient gardé leurs places étaient naturellement à l'abri du soupçon.

Restaient les démissionnaires et destitués : les mécontents.

Parmi ceux-ci, le plus élevé en grade et le plus jeune en môme temps, celui qui devait regretter le plus le régime impérial, était sans contredit M. le barou d'Osser.

Il élait, en effet, dans toute la force du mot, une crealure de l'empereur, et ce fut sur lui que se portèrent les premiers soupçons.

Armand était alors marié depuis six mois seulement.

Il prenait la chute de son maître en patience.

Néanmoins, dans l'hôtel d'Osser, il y avail un tout petit mystère qui n'était point un mystère d'amour.

Un cabinet noir, sorte de petit trou destiné à serrer les outils du jardinier, qui ne gênait personne et auquel personne, assurément, ne songeait, avait subi nu traitement inexplicable.

On avail muré l'entrée de ce trou, donnant sur un corridor de l'hôtel.

Quelques jours après cette expédition bizarre, un va'et d'Armand, nouiiné Germain Barroux, disparut sans demander ses gages.

Un beau malin un commissaire de police, escorté de nomlireux agents, fit irruption dans Phôtcl, au grand clVroi de Roberiiue.

0 I faisait an baron l'honneur de commencer par lui une série de visites domicilaires destinées à retrouver les fameux coins.

UNE PÉCHERESSE

La visite fut sans rcsnllat aucun, mais Ip commissaire pùl r. iiiui qmr que la conlunance (J'Ariiiuiid élait loin d'clrofoii assurée.

Aussi, après des rechcrciios faites sans un succès meilleur clirz les aniies persennes suspectes, la police en revint à l'hoicl d'Osser.

Oclle fois la b;iioiiiie lient giiide de s'effrayer.

Ar.i and lui môme se présenta d'un front digne et dédiiignenx.

Il lit lui-mômc aux a'gnazils !es honneurs de son liôlel, et tandis qu'il iiionirail'cliaque chaiiilirc et fimrnissait d'iiiplaisauiment In clef de chaque nieub e, il y av.iil sur .^a lèvre, pantii son flegme lier, tin petit sourire provoquant et railleur.

t.e fait est qu'on ne trouvait rien, alisolninenl rien.

Li'S alynazils, très-las et de délrstable liuinenr, allaieiU enfin se retirer pour ne pins revenir, sans doute, lorsque le commissaire avisa, an fond d'un corridor SOI bre, des vcsli;^es de travail récent sur le innr.

C'était la petite porte ninree.

Le eoinuiissaie donna ii[i ordre à voix basse.

L'instant d'api es, l'un des agents revenait suivi de deux manœuvres, qui mirent sans façon la pioche dans la muraille.

A la vue de ces préparatifs, le baron perdit son sourire railleur

On vil parler quelques gouttes de sueup sur son front [aie, et sa bouche s'ouvrit comme s'il eût voulu pijrler.

.M;n3 il ne put produire aucun son.

Le commissaire, qui le regardait du coin de l'œil, accueillit avec un sourire ces symptômes évidents de détresse.

Il élait iù? de son fuit désormais et eût parié cinquante louis que les coins se trouvaient del'aulre côté de la porte.

Les maçons continuaient leur œuvre.

La clôture s'écroula ; un agent s'élança dans le trou.

.Armand s'appuya ati mur du corridor et ferma les yeux.

— Eh bien I eh bien ! s'écria le commissaire. L'agent reparut 1 s mains vides.

— il n'y a rien, dit-il.

Armund ronvil les yeux et resi'ira longuement.

Puis il fixa sur l'agent son regard stupéfait.

C'est 0 peine si le commissaire avait, l'air plus étonne que lui.

Ce dernier dut se retirer, mais ce ne fut pas sans murinuier quelques paroles de rancune,

A cette (jceasion, une iJOlemiqiie s'engagea entre 1 s rares journaux qui faisaient alors tin semblant d'opposition et les l'enilles du ministère.

Les premiers pi. liguaient limidemeut ce citoyen paisible et honorable dont, par deux fois, on violait ainsi le doiiiieile sous un prétexte insulHsant.

Les antres, qui avaient leur (Vanc-parler, s'appesantiisaienl sir la gravité du fait et deiuandaienl, exagérant la circonstance du cabinet bouche, à quoi pouvait servir cette iiiy>térien-e porte miuéf comme les cachots d'Anne Uailcliffe, dans un joli et blanc liô el de la chaussée d'Antin.

M. le baron d 0 ser laissait dire, et peut-être, tant le bruit qui se fait au'oiir do no.'re non' a de charme, n'élail-il pas lâché, une fuis la peur passée, de voir son nom nus en rcli f.

Nous lavons dit : luiu fois la peur passée, parce que M. lu baron avait lu réellement grand'peur, enieudn qu'il avait caché li.i-incmc, après les Geiil-

Joiirs, dans ce cabinet u uré, ces fameux coins qii doniiaieiil tant de peine à la police.

Mais les coins n'y étaient plus et n'avaient poi il lais>é de trace.

Sun lôle de victime était safis danger aiiciiu.

Maintenant , coiiiineut les coins avaient-ils disparu ?

A cette question, Armand lui-mcmo n'aurait pa. Su répondre.

Cette all'airc, après lui avoir causé de mortelles inquiétudes, en était doue arrivée peu à | eu à lui Servir tout bonnement d'eccupation, et elle donnait quelque mouveineiii à so i oisiveté forcée.

Mais celte afl'aiie élnit à peu près assoupie maintenant et Armand, arrêté dans un calme p al, se rejil ait ennuyé sur Ini-mêri e. où il trouvait en un recoin de son cœur le germe d'une Iracassière jalousie.

11 estimait sa femme, mais il n'estimait point la femme. Comme tout vulgaire Don Juan, il croyait avoir droit de ne point trop croire h la vertu féminine.

C'était en tout un homme de milieu, aussi éloigné d'être idiot que d'être un grand esprit.

Ces gens-là doutent...

Ce soir, en apercevant à l'improviste Roberline seule dans la rue, ses défiances engourdies et que rien ne justifiait avant cela, s'eveiliè. eut violemment.

Il fut frappé au cœur et eut comme un veilige.

La pluie toinbaii à torrents, les réverbères se baançaiciit au vent sons leurs cordes tendues par l'hiimidite: les ruisse?nx, grossis outre mesure, envahissaicnl la chausséeet couraient b'engloiilir bruyamment dans ces gouffies grillés de fer qui occupaient autrefois lu centre de luus lescarrefonrs.

C'était une do ces détestables soirées d'hiver où les rues de Paris sont des lacs de boue, traverséj à gué de loin en loin par quelque chiffonnier csiirageiix et sillonnés en tous sens par des myriades de voitures, dm les attelages tumants fout jaillir la fange et aehévenl impiiuyablenient le téméraire piéton qui a compte sur son parapl)iiie.

Ou voyait briller et se rétrécir au loin la ligne ruisselante des trottoirs déserts.

Le gamin de Paris lui-même, cet intrépide inconvénient de la voie piibhqiie, désertait son domaine envahi par l'orage el se connnaii dans l'échoppe paternelle.

Et c'était par celle soirée que M. le baron d'Osser rencontrait sa femme.

A pied I

iJans la rue!.. A coup sûr le fait était invraisemblable, mais l'esprit d Armand n'était déjà plus dans son assielle ordinaire.

El puis, il avait cru voir...

Il ne réfléchit point.

U s'élança par nu mouvement lonl machinal.

La femme qu'il poursuivait avait réellement dans sa tournure quelque chose de Roberline.

Llle élait jeune et gi acieuse au degré suprême.

Dans la rapiihlé de sa cour>e, elle enieurait h peine le pavé du houl d • ses petits pieds el n'oppo» .^ail a l'averse que les plis légers d'une niauiede soie noire.

Armand no connaissait point la manie , mais la fcinnic...

Cél3il "a grand'pcine qu'il parvenait k ne la point perd 10 do vue.

CNR PfiGHKRERSE.

Ilsiiiiblait qu'elle se jouit des obstacles qui oii- IravaiciU sa marche b chaciuo pas.

i;ile évitailles voilures, franchissail les ruissf^aux, coiipaii la violr-ncedcs rafales qui faisaient rage au I détour (les rues, siiiis plus d'cfTjits apparents que si sou pied eût foui;; le sable d'une allée des Tuileries ou les tapis d'ui salon.

Sur le lioulevard seulement, elle s'arif'la durant qu 'Iqucs secondes, cherchant autour d'elle une voiture \ido sans doute

Mais les voitures vides sont rares, les soirs d'orage, et c'est uuiq émeut par le beau soleil, lorsque nul ne songe à s'eufernior dans la cage souil'ci^ d'un fiacre de cent ans, que le liuuh'vard allonge h peite de vue sa double lif::ue de rosses oisives.

Troupe Miàliiiicoliqtie et dô^héritio d'avoine, qui fail l'admiration des voyageurs étrangers.

La dame reprit sa course des qu'elle so fut assurée qu'il n'y avait poiul de voilure do place aux environs.

IJIe traversa rapidement le boulevard, et, après avoir suivi le trottoir opposé durant quelques minutes, elle tourna brusquement dans la rue de la Michodièie.

Le baron, trempé de sueur et de pluie, la suivait toujours.

Aux lui'urs des réverbères et des rnagasiiis brillauli du lioidevard fashionable, la dame qu'il croyait être Rohcrtine lui était appaïue plus dijtinclement.

Il la \' yait fuir d.'vani lui et pouvait apeicevuir, sinon le- détails de sa taille, cachée par les draperies allaisséesde la mante de soie, du moins les particularités de sa démarche et de son port

De plus f.n plus il se perauada que c'était bien madame la baronne d'Osser.

Où allait-elle, bon IJieu !...

Quelle passion fiéuiHiqnc ou quelle nécessité de fer ne fallait-il pas supposer?...

Armand ne raisonnait certes poiul en ce moment; mais un ciiaos d'idées se pressait avec confusion dans sa ocrvelk- en fièvre.

11 sentait à chaque instant le fil de ses pensées se perdre, puis la Ihuiière se faisait violemmeni au dedans d.- lui ; le senlimeul du malheur présent envahissait scn amc.

11 soutirait horriblement.

Puis encore il doutait.

On bien sa fièvre changeait de nature; ce n'était plus de 11 douleur, cciait une poignante inquiétude et une curiosité ardente.

Parce que toujours cette question revenait à sa pensée :

Où va-t-elle?

L:i préiendiie Robcrtine avait dépassé le carrefour Ga lion et venait de prendre la rue Nciive-Saiutlloch.

L'a, il n'y avait de ce luxe do réverbères des environs du boulevard.

La voie élrnili- et roulant à son milieu les flot'* noirs de son ruisseau laugeux, restait, à peu do chose près, dans une obseurit' cninpleic.

Les boutiques, pauvres el mal éclairées, n'envoyaient an didiors que d'impui:^sants r yous.

l)e loin en loin seulement, le baron pouvait apercevoir la forme gracijuse de Robcrtiuc ou du l'antome de Uobcrline, qui passait rapidenu'nl sous nue lanterne, dont la mèche fumeuse, uidee par l'appareil oxydée du rericcteur, laissait tomber sur lo pavé un i-arre vacdlanl de douteuse lumière.

Armand perdait haleine à la suivre; son émulion l'écrasai i.

A chaque instant il élanfhait, avec son mou hoir trempé tl'cau. la sueur qui roulait de ses tempes.

Comliic.i de fois, de I hotcl d'Oss'T à la rue SaHit- Roch, n'eut il pas le désirde doubler lo pas pour saisir Itobcrtiue el jouir de sa honlel

Combien de fois ne songea-t-il pas ï lui barrer la roule, à se mettre entre elle et le précipice, à lui offrir un lefngo dans le pardon !...

Mais quand il lui venait celle bonne pensée de lIcmenee, il entendait comme un éclat de rire résonner an dedans de sa conseil nce.

Il ont'Midail bourdonner au'nur do lui les voix moqueuses de ses amis, qMj rrpéiaient en chœur l'exclamation de triste aiigiiio :

— lipou^er une artiste I...

C'i-laii falal.

Point de pitié pour lui de la part du monde !

hh bien 1 de sa part, à lui, |)oinl de piiic pour elle !...

Aux deux tiers de la rue Saint Roch, il perdit de vue tout à coup Robeiline qui venait d'eitrer dans l'église, par la porte desservant la sacristie.

Il éiail aloi's plus de huit lienrcs du soir: mais ou élaitau temps de l'Avent, et l'église demeu.ait ouverte.

Armand prit sa course et franchit en deux bonds le petit escalier de Saint-Roch.

Le salut venait de finir.

II n'y avait pins dans la vasie nef que de rares fidèles achevant leurs prières; mais ralmo-phere restait chaude encore de la présence de la foule.

Armand, don le sang bo lillait dans ses veines, fut saisi, au sortir de l'air glarô de la rue, el comme suffoque par cette lourde chalcir.

Il ne vit rien d'abord, sinon hs cent mille étincelles que l'é.douisseuient fait tournoyer devant le regard.

Quand il reprit l'usage de ses yenx , il aperçut qnel(]u s femmes agenouillées ça el là.

Laquelle de ces femmes était Roberline?

Il ne savait.

L'éleignoir avait touché les faisceaux de bougies cl de cierges qui deeuraicutle maltre-aulel.

L'égli>e u'élail plus éclairée que par quelques lampes, suspendues à la voûte.

lit pourtant, malgré ce surcroit d'embarras, il y avait sur le visage il'Amaud une singulière expression d'e^p^li^ et de soulagement.

Il savait eu effet que Roberline, catholique, malgré son origine anglaise, lui avait laisse voir autrefois des sentiments de |)iclé, pous^cs, suivant lui, jusqu'à lexagéralion.

11 s'éiait moqué avec l'esprit qu'il avait; Roberline s'était appliquée depuis longtemps è éloigner de leurs entreliens tout prétexte à discussions religieuses.

N'était-il pas possible qu'elle se cachât de lui pour remplir ses d voirs dévots?

Qui ne sail l'ardeur aveng'e quô met le naufragé à sai>ir la pla che irop étroite que son poids va enirainer sous les (lots? La main d'un homme qui se noie s'accroche h un brin d'herbe, s'accrocherail à un cheveu.

Armand se crut sauvé.

Il convoita du regaid chacun des confessionnaux, se disant que l'ombre de l'un d'eux ca^ ba à coup sur Roberline.

UNE PÉCHERESSE

" OlSSOHICDTr/kBB

Il planta un furieux coup de pied au milieu de !a pone vermonlue — Page 9, col. 1".

Et, de bon cœur, eflt-il baisé la poussière de ocs confessionnaux bienfaisants, qui étaient son salut et son espoir!

11 commença le tour de la nef, furetant partout, demandant Robertinc à ebaque recoin, et bien résolu a faire preuve de clémence en ne se moquant point trop d'elle au retour.

Maisilnelrousait nulle part Roberline, et, à mesure qu'il poursuivait sa recherche infructueuse, son espoir j.'e glaçait; parce que le bon sens lui soufflait qu'on ne choisit point un soir d'averse pour venir, de son pitd, à travers les boues de Paris, se confesser en cachette...

Il allait toujours cependant.

Il visita l'avant-dernier confessionnal, puis le dernier.

Rienl

L'angoisse revint lui serrer le cœur.

La cloche, annonçant la fermeture des portes, commença de tinter à ce moment.

Armand, qui était adossé à la boiserie du chœur, crut entendre derrière lui un douloureux sanglot.

Il se retourna vivement.

C'était une femme qui pressait son visage entre ses deux mains avec désespoir, et qui pleurait.

La boiserie faisait omljre; Armand ne la voyait que comme une forme indécise.

Il allait s'éloigner, lorsque la femme se leva brusquement et se dirigea à grands pas vers la porte qui donne sur le petit passage Sainl-Rocb.

Armand ne put la méconnaître. C'était la femme, la mante noire.

C'était sa femme!...

H s'elauça de nouveau sur ses traces.

An moment précis où il posait le pied sur le seuil extérieur de l'église, il aperçut Roberline qui entrait dans l'une des allées du passage.

En trois enjambées, il gagna cette allée et eniendit, à sa gauche, une porte se lefermer dans l'ombre.

lln'y avait pas à douter; liobertine était là...

Le baron fit à son sang-froid un appel desespéré. Il s'approcha doucement de la porto et ne p:it saisir qu'un son sourd et régulier, semblable an bruit d'un pesant marteau de forge qui tomberaii, a intervalles égaux et lents, sur une barre de fer, amollie par le feu.

Nulle voix de femme ou d'homme d'ailleurs : le silence.

Il s'éloigna.

Ses yeux, habitués a l'obscurité, aperçurent une lueur à travers les fentes de la porte.

Armand était pour le courage, comme pour le reste, unhomraeordinaire, fort éloigné de Ihéroisme assurément, mais à l'abri de toute accusation de lâcheté.

11 était d'ailleurs dans l'un de ces moments où nul ne marchande avec le hasard.

Sa femme était là derrière celte porte.

Frapper, c'était s'annoncer et donner l'éveil...

Or, il voulait surprendre.

Il s'éloigna jusqu'au mur opposé; puis, prenant

UNE PÉCHERESSE

Iimijiniiljil'jil

J'ai envie de vous luer, baron d'Osser, entendez-vous ! — Page 13, col. 2.

I son élan, il planta un furieux coup do pioJ au milieu de la poi'lc vermoulue.

La porlc s'ouvrit.

! Armand vit, durant le quart d'une seconde, trois [ hommes occupés autour d'une sorte de machine dont j il n'eut pas le temps de distinguer la forme. — 11 n'y j avait point de femme dans la chambre.

Voira ce que put voir Armand, car les lumières j s'éteignirent.

Quatre bras vigoureux le saisirent dans l'ombre. Une main se posa, lourde, sur sa bouche, et il sentit les froides lames de deux poignards s'appuyer, l'une sur sa gorge , l'autre sur sa poitrine, tandis qu'une voi\ uiconnue disait :

— 11 y en a peut-être d'autres... "Veille a la mèche, Larigo 1

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