‹ Les deux mèresChapitre 59 sur 130 · EN CAS 0£ MALHEUR · texte numérisé non relu

EN CAS 0£ MALHEUR

Popelin (Gustave-Adolphe) éiail né à Saiiit-Omcr vers l'an t7G0.

Lies sa p i.s tendre adi lo^cence, tes paons l'avaieiil mis duus i.ne boi. tique Ue labe.liou en qt.alué de p lil-cle. c.

Il avdii ete dix ans clerc de lab IlioD, douze ans clerc ue notaire, quinze ans cleic ou louim s ue baiiqu.er hinime d afl'aires, el cinq an» ecriVjiu iiiiidie.

A Ces iiic.iers, Popelin atail bcebe, se. ail nUe, fane, durci.

U pouvait vivre désormais cent ans sans que sa pcrsoiini- subît un déchri approciabie.

Drave liomuie du reste, et capa le encore >le se raidir lorsque Sun iniel igeiiee éiroite ci bo.idicj lui permetiait de distinguer le bicii d'avec le mal.

tNE PÉCHERESSE.

Tu ne me reconnais pas, Popelin? — Page 30,

En outre, comme presque toules les viclimes de la routine et de la forme, fidèio outre mesure a la chose promise et discret comme un muet du sérail.

C'éluit bien là, en cfTel, l'homme qu'il fallait à M. Chose.

Popelin connaissait quelque portion de ses secrets, et la vertu du pauvre diable, assez forte pour le garder lui-même du crime, n'allait point jusqu'à repousser le criminel.

Il faisait usage de sa droiture pour lui-même, et s'arrêtait devant la fatigue de juger autrui.

11 gagnait bien peu et il avait la passion de l'Etoile et du café.

On lui proposait di.x louis.

Quaire cent cinquante demi-tasses cl autant de numéros de l'£(oi/e.' — Pour gagner dix louis, il n'eût rien fait de ce que la loi réprouve fornit 11cment, mais son sens moral n'éciairait pas d'une lueur bien vive la nuit de sa conscience.

Il pensait si rarement!

Néanmoins, comme il connaissait M. Chose, il gardait de la crainte, et sa conscience demeurait vaguement effarouchée.

Popelin habitait une échoppe, collée à un vieuxmur, en face de la maîiresse-porte de l'église de Saint- Eustaclie.

On avait vu parfois jusqu'à trois personnes dans l'échoppe de Popelin.

Mais ces trois personnes y avaient mis de la bonne volonté.

Le fait est que deux hommes debout n'y étaient point très à l'aise.

Popelin éiait dans ses meubles ; il avait trois planches couchées sur deux tréteaux.

C'était sa table.

11 avait deux tabourets et un matelas.

La nuii, il étendait son matelas sur sa table.

Suniine toute, Pupelin n'élait jias plus mal logé que bien des Caffres et que bien des Esquimaux.

Quand le provincial et lui arrivèrent sur le parvis de Saint-Euîslaehe, le pauvre écrivain montra du doigt sa petite botUique.

— Voilà! dit-il; ce n'est pas grand....

— C'est excellent, mon ami... Sais-tu que tu es là dans un beau quartier?

Popelin sourit avec modestie.

— L'église n'est pas trop mal, répondit-il ; — de ce côté, s'entend.

De l'autre, elle est Irès-noire...

Popelin était fait pour admirer l'honnête et blan; chaire portail qui dresse sur le parvis ses colonnes pa'iennes et le triangle iso-céle de son petit fronton.

Quant au reste de l'cdifice, cette audacieuse et bizarre merveille du style catholique, Popelin n'y voyait goutte.

— Enfin, c'est ce que c'est, reprit-il.... Si j'étais épicier ou marchand de tabac, je me logerais mieux que ça.

— Laisse faire, mon garçon, laisse faire! dit M. Chose; j'ai une idée... et si je réussis, je l'achèterai un petit fonds d'épicerie....

UNE PÉCHERESSE

Ouvre-moi (on trliuppe. — Page 33, col. 1.

— Je serais épicier! s'écria l'Abal-jour d'une voix IrcmhlaïUc el en se l'edrcssaiit avec orgueil; épieier!... avec des tonneaux devant ma bouti(iuo et un dépôt do chandelles... Ah! c'est pour le coup ipie jr in'aLioiinerais à ïEloUel

— Ce serait le cas.... Mon ami, ouvie-nioi ton échoppe.

Popelin courba la tète.

Ce mol d'échoppe tombait comme une douche d'eau glacée sur le feu de son espoir enlbousiastc.

La Loutique qu'il était en tram de voir, avec entrées sur deux rues, quatre mendiants, fromage de Hollande, etc., s'évanouit comme un rèvc.

Il ouvrit son échoppe et s'elVaça poliment ponr laisser entrer M. Chose.

teUii-ci prit un des doux tabourets.

Quand la chandelle fut allumée, il tira de sa poche le portefeuille ventrn que nous connaissons, et y choisit un papier en forme do lettre qu'il déplia.

— Es-tu prêt? diMuanda-t-il.

L'Abal-jour taillait sa plume avec une sorte d'hésitation.

— Patron, dit-il, vous savez bien que je ne vous veux point de mal... je ne veux de mal à personne; mais, après tonl, vous venez de.... de là-bas.... Je voudrais savoir au jusle ce dont il s'agit.

— Voilà par ou tn pèches, l'opelin! s'écria M. Chose; sans cela, tu serais un liomme parfait.... In as des défauts et des qualités. Te ne coiu|u'ends pas ce qu'on te diclo, c'est précieux... mais tn ne couipiends pas davantage ce qu'on le dit, c'est fati-

gant. Voici le programme de ta besogne ■ celle lettre à copier... un douldc de mon testament à écrire, pondant que je minuterai moi-même l'original. Puis ces deux originaux, savoir : celui de ma lettre et de mon leslamenl à garder en dépôt

— A la bonne licnro, murnun'a l'Abal-jour.

— Comprends-tu ?

— Pas beaucoup.

Le provincial lui répéta deux ou Ir.is fois avec palioncc ce qu'il nommait le programme de sa besogne.

La troisiènic'fois, Popelin se rebiffa.

— Lien, bien, patron 1 s'éeria-t-il ; je ne suis pas un idiot, je pense, pour qu'on me répèle qualre lois la nièiuc chanson. Est-ce loul?

— Non ; lu auras encore à ap rendre par cœur une insirnetion éerile que je vais te laisser.

— Par cœir, répéta l'Abal-jonr, je n'ai pas éiioruu'inent de mémoire.

— Ce ne sera pas long.... Maintcnanl, à l'ouvr.'go!

M. Chose tendil la lelire i|u'il venait de prendre dans son porlefeuillo, et Popelin copia: « Mou cher monsieur,

' Je vous remels par l'enlremiso d'une personne silrc et dévouée a la cause ((ue nous servons, les coins dont il a élé qneslion entre nous. J'espère que vous ne larderez pas à en faire usage pour l'objet convenu.

« Agréez, etc.

« Baron Armand d'Osser. »

UoBtmariro, — Imp. PuioT.

UNK PÉCHERESSE.

Pendnnt ce temps, M. Chose se recueil ait et coordoniiaii ses iJi'es.

— Baron Armand rt'Osser... dit Popel n, connais pas.... un point à la ligue... C'est fini, patron?

M. Chose p il un cahier do papier et trempa une punie dans l'encre à son tour.

— C'est bien, répliquu-l-il. — à nous deux mainicninl!... suis bien... ceci est mou testament.

l'opclin mit sa plume en arrêt.

.M. Cliose commença •

« .le lie possède rien en ce monde et ne puis rien posséder légalement, puisque la justice hnniiine, à à lovl ou à raison, m'a frappé de mort civile... »

— C'est vrai, pourtant 1 inteirijm|)it l'Abal-jour... A quoi bon lester alors?

Le provncial fit un geste d'impatience.

— Va loujours, dit-il.

« En conséquence, je n'ai pns cru devoir donner à ret ccri , qui esl mon Ustament isouligne Pup lin), la forme usitée et sacriinienteiie; mais ce n'est pas moins l'i'Xp.ession de ma pensée dernière, et. | our loul clirciicn, il aura la force d'un acte fait de sang^fioid, avec réflexion et en vue de la mort... »

— hst-ceque vous auiiez fantaisie de vous suicider, palipn? interiunipit encore Popelin.

— l'cut-èlre, répondit M. Chose; ne l'inquicte pas de cela.

Popelin souleva le bord de son garde-vue pour le mieu.x legarder.

— Si vous vous tuez, dit-il, je verrai cela dans VEioie

Le provincial continua de dicter :

« .... En vue de la mort, car, à l'heure oii j'écris, je snis menacé de morl.

« Je suis de plus à la merci d'une femme qui connaît mon secrel et peut, d'un mol, rouvrir pour moi les portes du liague.

a t elle femme a un inlérêl puissanlà me perdre...»

— Mets "a la ligue, Popelin, dit à ce moment le pioviu' ial ei discontinuant sa dictée, et prends la plus bellr- ecriti.re.... Mon tesiamciil, c'est mon histoire .. et mon histoire est un roman....

— Je n'ai jamais lu de roman, repartit Popelin.

— Attention !...

« Mon père elail tabellion à Gravelines et gagnait homiêtemcnt sa vie sans trop songera l'avenir.

« [I élait né de parents besogneux; sa jeunesse avait eié piiuvre et laborieuse.

« Il disait :

« .Mon fils sera comme moi.

.< Ceux qui n'ont point de rentes sont à l'abri des « banqueroutiers.

« 11 n'y a que les riches pour perdre leur for- « lune, etc., etc. »

« Mon père aimait passionnément les proverbes.

« Je reçus une éducition telle quelle.

« .Mon ()ère me donna une écriture magnifique.

o .\:a mère, q:\ était une sainte femme, voulut m'apprenilre à être bon.

« Je crois que si l'avais été riche, j'aurais pu valoir autant qu'un autre, car chacune de mes mauvaises aclions a toujours f\\ un but d'utilité, et je ne pense pas avoir jamais laitle mal gratuitement.

•1 A cette heure môme où je foige sciemment une arme terrible dont le coup ne peut porter ipi'aprùs ma morl, j'ai la conscience de n'être point e.xeité par un vain senlimenl de vengeance.

« Je dédaigi!e la vengeance, par cela seul que se vci'.ger ne sert a rien en thèse géné.ale.

«-•A plus forte raison, se venger après sa mort.

« L'Ii'j'iime sur qui un pareil mobile pn:ita>oir de l'en.pire cA ans^! Tm i|ue le héros amoureux de sa gloire, aussi mais que l'avare mourant 'de faim entre ses monceaux d'oi'...

« Mon bul est auire.

« L'arme ij.n je forge est défensive.

« Tant pis si quelque imprudent vient en braver la pointe et se percer le cœur!...

0 11 me faut un bouclier, je choisis la menace.

« La menace, pour valoir quelque chose, doit avoir la forée den ière soi.

« — La force (|ui terrifie el paralyse.

« Derrière ma menace, il y aura mon testament d'un eôté. de j'aulre la lettre.

« Si je nicirs — aulremenl que de morl naturelle, ou si je suis enfermé de nouvaau, cela fera deux victimes.

« Encore une fois, lant pis.

«Je déclare ne piiinl espérer de cette vengeance nécessaire la moindre consulation en cas de malheur...

o Donc, ma mère voulait me faire bon.

a Mais j'étais pauvre et j'avais la passion de m'enrichir.

« Cela me faussa le cœur.

« Je ne vis pins le monde que comme une arène où il lallail hitler, afin d'être vainqueur el de revêtir les dépouilles du vaincu.

« .Mon adolescence se passa dans la boutique de mon père.

« Lorsqu'il mourut, je me trouvai sans ressources aucunes, et oldigé de soutenir ma raere.

o J'avais du courage.

« Je travaillai.

« .Ma mère mourut heureuse entre mes bras, emportant avec elle l'idée que je serais un homme probe el juste, parce que j'avais été un bon fils.

a 1-Llle comme ça par avoir raison.

« Ma réputalion de travail et d'inlelligence aidant, je trouvai de bonnes âmes qui me prêtèrent de l'argent à gros intérêts.

» Je pus m établir et fonder à Calais un petit bureau qui devait devenir avec le temps une maison d'une certaine importance.

« — Je suis l'un d<'s rares spécimens de celte caste aujourd'hui déeimée des banquiers hommes de loi, faisant à la fùi>, sans caractère légal, fonctions d'escompteur, de dépositaire, de conseil el de gardenotes.

« C'était un bon métier.

M J'acquis rapidement une honnête aisance.

« Mon créJit s'étendit dans tout le deparienienl.

« J'aurais dû me conienler de ce bonheur modeste, el peul-ôlre l'eussé-je lait, car un travail constant de plusieurs années m'avait rendu meilleur, si le hasard ne m'avait rejeté dans le danger de mes ambitieux désirs.

« C'était dans les premières années de l'Empire.

« L'excès du travail avait exercé sur mon cerveau une action funeste.

« El mon n.éilecin, pour réduire tout à coup une affection nerveuse qni compliquait ma maladie et empéehait d'agir efficacement sur le cerveau, me fit prendre, en graduant les doses, des quantités considérables d'acétate de morphine.

« .Ma vie fut sauvée.

« — Mais, lin an après, je fus pris d'un mal bizarre, dont nos climats offrent rarement des exem-

UNE PÉCHERESSE

pies, et qui est fort commun, dit-on, en Orient, en Cliiiie, et dans tous les pays où l'on fait abus de l"o|)inm.

« J'eus dos insomnies opiniâtres, prolongées, fiévreuses.

«Des semaines enlii;rcs se passèronl sans que je p'isse fermer l'œil, — puis tout à coup, au milieu de niDii travail, je tombai, un jour, mortellement engourdi.

>• Quelques jours après, la même chose m'arriva pendant mon dîner.

« — Une aulie fois ce fut dans la rue...

« Nul s.igne précurseur n'annonçait alors ces accès fonJroyauls de léihar-ie.

« C la me prenait comme une attaque d apoplexie.

Il H me sembl .il qu'un ressort se détendait lirusquemeni dans mon eei veau.

- Mes muscles se lâchaient, mes paupières s'ail'aissaient aluuidies, ei je tombais comnie une masse lue. te, en quelque lieu que je me ti'ouvasse.

« Depuis ce temps, les accès sont considérablement rap|)rûchés; mais j'ai appris à reconnaître leur imminence, et je les sens venir quelques minutes à l'avance.

« Depuis ce temps encore, mes insomnies n'ont jamais pris lin.

o Jedjpenseen ces accès de sommeil toute ma faculté de dormir.

• La nuit, je veille, debout ou étendu tout habillé sur mon lit.

« .Mes yeu.'c ne se ferment jamais que par accident, pour aiuM dire, et lo sque la léthargie revient uompter et engourdir mes membres.

o J'avoue irès-vulon tiers que cette infirmité entre pour beaucoup dans les motifs de la précaution que je prends ici.

« A chaque instant, le hasard peut me livrer pieds et pjings lies a mes ennemis.

« Je ue suis jamais sur d'avoir dix minutes devant moi ptur fuir ou combattre.

- Parfois, 1 ell'orl de ma volonté peut retarder une crise, maia parfois aussi ma volonté trop faible échoue, et je tombe foudroyé aur le carreau.

Il Un tel cas est particulier, à coup sûr, et peut e.\cuser l'excès même de la prudence.

« Dans la lutte que j'ai entamée, je dois désormais me trouver bien souvent face ii l'ace avec mes adversaires, — dano leur hôtel, — à leur merci ! 11 faut que leur iuléièt même me soit une impciiéirable cuirasse, et que, au besoiu, ils veillent eux-mêmes sur mou sommeil...

« Chacun, s'il est criminel, cherche des excuses pour ses crimes ou ses fautes.

" J'attribue, moi, lous mes malheurs à ces fatales insomnies qui éloignèrent tout repos dj mon chevet.

o Durant ces longues heures de veille, mon cerveau en fièvre travaillait incessamment et malgré moi.

« Toutes mes idées d'ambition et de fortune revenaient ni'a^saillir avec une viol nce inconnue.

. Je bâtissais des plans gigantesques, je remuais des millions... et quand la (ievre faisait trêve, je me retrouvais devant le petit banqu:er de piovmee, courant après une médiocre aisance, et voyant un millier u'ccus de rente au bout d'une longue vie de labeurs.

B J aurais d."! résister, je le sais bien.

• .Mais ma probité n'éta t point chose de nature.

« C'était une qualité acq lise, une bonne habitude enseignée.

« J'étais probe comme on est poli, comme on est rangé.

o — Ces venus qu'on se donne n'ont point de bases el sont chancelantes...

<i J'aurais fort à faire, hélas! si je voulais raconter ici touics mes pec-adillés, lous les demi-pas que je fis. timidem eni d'abord el comme à coiifô-cœur, sur le chemin du crime.

« J'avais une écriture admirable.

<• Ma m;iin exercée possédait une précision de dessin que je n'ai vue à personne.

« Un jou;- j'essayai d'imiter une signature.

" Je réussis du premier coup.

« Je n en abusai point.

• — C'était une ressource.

<i — 11 ne faut par> croire que je me lançai à l'ctouidie dans les téméraires hasards du crime.

« Le fond de mon carae'tère est une prudence raisonnée qui parle haut et ne se fait point faute de conseils.

n .Mais le crime lui-même a ses nécessités Ijgiqies.

« Il pousse en avant toujours, et la (irudcnee alors ne consiste pointa se raidir... »

Le provincial s'arrêta, parce qu'il entendit la respiration de Popelin. égale et bruyante comme le souflle d'un homme qui dort piofondément.

La tète d- l' Abat-jour avait des oscilla ions périodiques ei retombait parfois jusque sur sa poitrine, pour se relever en brusque soubresaut.

Sa plume allait toujours néanmoins.

M. Chose se leva et fil le lourde la table, afin d'examiner la besogne de 1 écrivain public.

Celui-ci avait parfaitement suivi sa dictée.

Son écriture éiaitdroite. ferme, irréprochable.

— Ma foi! dit .M. Chose en lui fraitpanl sur l'épaule, je croyais que tu dormais, mon garçou.

Pop -lin fit un haut-le-corps et se frotta les yeux sous son garde-vue.

— Je... je... balbutia-t-il : —que me veut-on?... Ah ! c'est vous, patron... Je rêvais que je prenais ma demi-tasse...

— Comment!... tu dormaisl

— Du tout, patron, je... nous disons : « Ne consiste point à se raidir. » Après?

Le provincial regagna sa place.

— Il dormait! grominela-l-il; — quelle riche organisation de machine! Voyons, ajouta-t-il, un peu décourage, Popelin ! nous avançons... Je continue :

a Du niùinent que je m.; chargeai moi-même de fixer la foiluno, la chance tourna.

a Je devins riehe ou du moins je passai pour tel.

« Mon bure lu acquit en peu de temps une importance très-grande.

« Les dépôts y abondèrent.

a J'inspirais à tons une confiance aveugle, sans limites.

« Ma réputation franchit les bornes du Pas-de- Calais; j'étais connu à Lille, à Bruges, à Garni.

« Sans me vanter,— et pourquoi me vanterais-je

ifi? j'aurais pu choisir entre les plus riches lieii-

liercs de nos dèiiarlemeuts fiaraands et braban.ons.

« Mais il arriva une chose singulière. Je devins amoureux.

« Il y avait à Molay, bourg entre Furnes el Vieiix- Poi t. dans le d'pirloinent de la Lys u.;e jeune Idie merveilleusement belle, d.ail le pcrc, musicien a. le-

INE PÉCHKUESSK

mand d'un certain mérite, était mort depuis plusieurs années.

o Sa mère était Écossaise et harpiste distinguée.

« Robertine Schwartz — elle s'appelait Roberline — avait alors seize ans.

« Les leçons réunies de ses parents l'avaient faite, à cetàgc déjà, musicienne hors ligne. Son espritétait d'une trempe supérieure... son cœur... »

M. Chose s'interrompit.

— Son cœur? répéta Popelin.

M. Chose hésita un instant, puis il reprit en se parlant "a lui -môme :

— Pour que la menace porte coup, il faut qu'elle m'ait aimé... La vérité d'abord; puis le petit mensonge... Tune fera passer l'autre... attention Popelin.

« Son cœur était hautain, digne, tendre; elle

me le donna tout entier... »

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