LE CHOIX D'UN MARU
Une chose singniii'roment triste et misérable, c'est l'intérieur d'un petit bourgeois le lendemain du bal que sa femme a voulu donner envers et contre tons.
La maison qui, dans son étal normal, présente un décent aspect d'ordre et d'économie, semble avoir été livrée au pillage.
La chambre à coucher est déménagée ; le salon à manger a prête ses chaises de paille au salon, qui a cédé eu rcvani'he sa table de jeu à coulisses, en acajou, — une belle pièce, — et quatre de ses fauteuils.
Les arm lires sont démontées.
La commode, qui a servi de buffet, se couvre d'un repoussant pêle-mêle de débris.
Tout gît en désordre, et la poussière épaisse, soulevée par la danse, met un voile gris sur ces ruines du plaisir,
Regardez de plus près, hélas !
Le sopha vénérable s'incline et pleure la perte d'un de ses pieds; les lapis, trop mûrs, montrent au grand jour leurs trous agrandis lamentablement; les bougies ont coulé sur les rideaux, sur les fnuteuils, partout, et la fameuse douzaine de verres taillés n'apparaîtra plus désormais aux festins de la famille que bonteusi'menl dépareillée !
Le uiari erre comme un fantôme parmi les restes outrages d'un mobilier qui fut sa gloire.
La da ne repentante, effrayée d -s suites désastreuses de sa fantaisie, feint de dormir et jure qu'on ne l'y prendra plus.
Ce serait un ménage perdu si quelque rayon consolateur de vanité ne venait luire dans sa détresse!...
Mais le bal était si joii !...
Le riche ne connaît^point ces misères.
La fête ne lui montre que ses mille bougies resplendissantes, ses parures, ses sourires, ses joies.
Le lendemain, uni; armée de travailleurs fait disparaître toutes liaces du plaisir évanoui.
A l'heure du lever, on no sait plus où a passé la fête.
M. le baron d'Osser était très-riche.
Le lendemain du bal son hôtel avait repris, comme par enchantement, sa physionomie calme.
Et pourtant il y avait dans cet hôtel bien de la dculenr et bien du trouble.
11 était environ midi.
Le liaron, apri's avoir vainement poursuivi le sommeil durant toute la matinée, s'était assoupi depuis quelques instants.
Mais il avait la fièvre dans son sommeil, et quelque rêve pénible mettait des goûtes de sueur à sa joue enflammée.
A peine avait-il perdu eonnaissnnee depuis une demi-heure qu'on aurait pu le voir s'agiter convulsivement sur sa couche en murmurant des plainlesconfuscs.
— C'est nn mensonge... un mensonge! dit-il en-
fin de celle voix brève el coupé,; des gens qui parlenl dans leur sommeil : cel hojumi'csl uu faussaire !... le billet est faux! le billei est f.uix !
£e dernier mol se confuudil avec un cri d'é..ouvanle.
Evedlé par le son de sa propre voix, le baron s'était dressé en sursaut sur son séant.
La rongeur de la fièvre éiait tombée pour faire place à une livide pâleur.
Ses yeux égarés iuterrogèrcnl le vide de sa chambri! avec un incxjirimable effroi.
Puis il eut un sourire plein d'amertume cl de décoiiragemcnl.
— Ces juges allaient me condamner, murmurat-il; c'est un présage!...
11 voulut meltre encore sa tête sur l'oreiller, mais il se releva vivement, comme si le contact de la taie eût brûlé sa joue.
— Non, noni pensa-t-il, ce rêve reviendrait!...
Il demeura longtemps, les yeux ouverts et fixes, accablé sous le poids de ses rellexions.
Le souvenir de son long martyre de la veille lui revenait avec une navrante péeision.
il voyait l'entrée de son mystérieux persécuteur, sa triomphante aisance, son (legme impitoyable; il ente d.iit ce mot foudroyant qui avait été comme le coup de grc'ice :
— Je veux iépouscr !....
Sa sœur! sa pauvre belle Floi'oncj. que son père en mourant lui avait léguée, el dont il était sur terre l'unique protecteur !...
Et celui qui avait dit cela :
— Je veux l'épouser! était un faux monnaycur, uu faiisiûirc, un assassin!...
Et pourtant il fallail obéir!...
Armand se couvrit le visage de ses deux mains.
A travers les jointures de ses doigts, on eût pu voir l'ardente rougeur qui bnMaitsa joue.
Sa poitrine se souleva avec cIVort.
Un sanglot se fil jour.
Ses mains s'inondèrent de larmes.
Faut-il le dire? Ce n'était point la pensée de Florence qui avait ame é cette exp osion de désespoir.
Armand, c:\ suivanl la pente amère de ses souvenirs, venait d'arriver h la dcrnièie scène du bal.
Son cœur avait délailli à la pensée du rôle joué par lui en cette circonstance.
11 avait chasse deux hommes de sa maison, ou plutôt M. Claude l'avait fait pour lui, et, en face de l'un de CCS deux hommes, son ami d'enfance qui lui avait dit:
— - Pourquoi me chassez-vous?... il élail resté muet.
El lorsque l'autre, se révoltant contre l'insulie, avait élevé la voix, lui,, Armand, avait gard.' le silence encore et s'était en quelque sorte mis sous i'cgide de son ami oH'ensé.
Tout ici se réunissait pour envenimer sa blessure: sa propre faiblesse el jusqu'à la générosité protectrice de Vernier!
Si Armand pleurait, c'était île son orgueil aux abois que parlaient ses larmes.
Il repoussa violemment celle idée qui lui enlevait le reste de ses forces.
Mais avait-il un autre ordre de pensées où pouvoir se reposer?
N'ctait-il pas entouré, bloqué dans un cercle fatal de craintes, de hontes et de périls?
UNE PÉCHERESSE
Il voulut regarder dans l'avenir et retrouva là son éionipl tyran, demandant, exigeant la main de sa sœur.
Or, la soirée de la veille, indéiiendanimenimèmè du fait personnel de Rcmbrcs, avait beaucui.p argmeiité son pouvoir sur M. d Osser.
Tous les anus de ce dcrn er lui avaient parlé, comme de raison, de la récente saisie des coins à l'effig e de l'empereur, de l'article perfide de la Foudre, ele., elc.
Et tous, avec ce bienveillant empressement qui exagère le péril passé, pour augmenter la joie de la socuiilé présente, lui avait dit :
— Cl ût é é une lerrihle afTaire !...
— On vous eût condamné, voyez-vous, innocent ou eoii[iable!
— C'était un parti prisl... la moindre preuve, authenti(]ue 011 fauss ....
— .\li! rien nu monde n'aurait pu vous sauver I Pendant qu'on lui parlait ainsi, les yeux d'Armand
s'éblouissaient et voyaient les (juatre lignes du billet de Rembrès avec sa s gnature, "a lui, une prenvi.' fausse, mais fausse àd^mi seulement, et bien difficile à di>tii'.guer d'une preuve réelle...
Itembiès avait dit vrai : si Robertine s'é'ait trouvée à la p ace d'Armand; si, dans cette laite, elle n'eût risqué que la vie, on n'aurait point eu bun marché de Sun conrnge.
Rien e i prenait à l'ox-banqiiier de la tenir par des liens plus foi Is qu'une crainte personnelle, et d'avoir su, en quelque sorte, fouiller le cœur de la vaillanie cl noble femme, pour y river le maître-anneau de sa chaîne.
Mais il n'en était point ainsi d'Armand, qui possédait uniquement ce courage banal et celle force de tout le monde, capable de braver un danger physique ou léventualilé éloignée d'un niallienr.
Armand eût bien voulu se ra;dir, mais il tremblait (levant les conséquences d'une lutte où il se présenterait sans armes, vis-à-vis d'un adversaire bardé de toutes pièces.
S'il avait entrevu la plus petite ch.in;e de vaincre, il efll pris d i cœur, peui-ctre. — Mais rien!...
Vaincre cet étrange ennemi, d'aiU. urs, c'était encore se perdre; le pousser dans l'abîme, c'était s'y jeter avec lui !
Carie baron avait toujours présenté la lettre écrite |iar Henibrés chez l'0|ieliii.
Le baron savaii que le billet portant sa signature était déposé enire des mains dévouées à M. Claude, et ce fatal billet, véi'itabli- épée deiiamnclcs, restait suspendu sans cesse au-dessus de ses résolutions.
lui ce moment donc, tout en se rcvollaiil contre la eond tion imposée, il s'avoua qu'il lui faudrait la subir en définitive.
Seulement, il tâchait de s'abuser lui-même, et se demandait si, en ofl'rant une rançon considérable au faussaire, il n'obtiendrait point la délivrance de sa sœur.
Mais il comptait si peu sur ce dernier moyen, que, sans le vouloir, il cherchait le biais à prendre pour amener cet odieux mariage le plus nalurellement possible.
il se di-mandail déjîi comment il convertirait l'esprit lier cl généreux de Robertine à c. tte e.\.lréniilo liniileiise.
Il liieliail de trouver des raifons.
Suus le pied lourd du vainqueur qui lui pressait la
gorge, il s'évertuait, non pas à se défendre, mais 'a s'endurcir....
Il avait beau faire. La voix vengeresse de sa conscience lui criait bien haut son inlainie..
On souffre autant, on souffre plus au métier de fL:ir devant le daui;er et d'ètie lAche, qu'à m;ircher droit devant soi toujours, fût la mort en travers du chemin.
Armand se débattait sous l'étreinte du remords, avant d'avoir commis le crime, et le nom aimé de sa sœur tint:iit désormais à s n oreille comme un mortel et sanglant nproche.
Au bout d'une heure de pénible méditation, Armand se trouva plus brisé de la fatigue morale, plus dieouia;;é que jamais. Une seule chose lui apparaissait nette cl claire parmi le trouble de ses ptusécs, c'était la nécessité d'obéir.
Armand repjussa ses couvertures et tira les rideaux de son alcnve.
Le jour était d'un terne gris; la brume dépolissait les larges carreaux des fenêtres.
C'était une de ces matinées d'hiver où Paris semble avoir emprunté le pesant ciel de Lond.es; jour triste, où la vie est mauvaise, môme pour les heureux, ou le malade râle, sulloqué, sur son lit de souffranee. où le puéle laisse éteindre le feu sacré, où l'Anglais regarde avec envie les flots jaunis de la Seine et pense respirer dans notre atmosphère français le spleen qu'il avait lais:é de l'autre côté du détroit.
Armand sonna son valet de chambre et l'envoya deniaiider comment Robertine avait pas.sé la nuit.
Le valet revint anuonci-r qm^ Robertine était levée et se tenait dans son apparleineiitavec mademoiselle d'Osser.
— Allez prier madame la baronne de venir me trouverdaus la chanibie bleue, dit Armand.
Il s'habilla et prit aussitôt le chemin du petit temple.
Robertine. avertie, l'y attendaii déjà.
L'air calme el reposé de madame la baronne d Osser contrastait singuliéremcul avec le désoi die d'Armand.
A pari une légère pâleur, qu'on devait attri uer à sa (onvale^ecnce peu avancée, ses traits harmonieux et cluirniants ne gardaient aucune trace des fatigues de la nuit, cl leur expression de douceur sereine éloignait toute idée de trouble intérieur.
Quiconque eût été initié au secret de ses angoisses aurait dû croire qu'elle avait tr.uuvé la solution du terrible problème de sa destinée.
Armand s'avança vers elle avec un empressement d'habitude, et lui baisa maehinalemenl la main.
Robertine, qui avait reconnu d'un coup d'œil l'état de soulTranee de son mari, lit comme si elle ne s'en était point aperçue.
lille savaii si bien que, compfilir à certaines peines, c'csl les troubler, en montrant qu'on les a devinées.
lit puis, elle voulait pénétrer un secret.
Plus que jamais, elle iillait mettre les évolutions CDiiipliquées de la diplomatie féminine à la place de l'abandon accoutumé de son amour.
— .le vous ai fait aiipeler. dit Armand, — parce que Florence est dans voire cliaiubre, el que....
Il s', rrèta couius et rougit à ce seul nijiii de Flo-
ri'liei..
Itciberline vint à son sceniirs.
— .1 y a bien loiigieuips, iéplii|ua-l-ellc d'un air
UNE PÉCHERESSE
ciijou ■, que nous n'avons pu causer à noire aise... assuyons-iious et causons.
Ai'inanJ la conduisit au canapé, et s'assit auprès d'elle.
OnranL quelques secondes, il garda un silence enri- Laiiasié.
— Je vois avec plaisir, dl-il cnsuilc, — que notre petit bal ne vous a point trop la lynée.. j'avais peur que, iiiilisposée comme vous l'élie/. —
Il n'acheva pas, et ajouta, déboidé par sa préoccupation :
— Ne trouvez-vous point qu'il serait temps de son- ' ger au mariage de Florence I
[ — As.-iuruuR'nt, répondit Uoberline.
j — Il serait à craindre, rcpiit Armand, que son excellent cœur, mal conduit par lélourdcr.e vive et (jécidée de son eaructere, ne la portât à faire un choix... peu convenable...
— Je ne puis craindre cola de notre chère Florence, dit Uoixrtine, mais....
— Sans dou.e... vous in'cnleiidcz 'a; faitcment.... pru convenable n est |ias le mot... je sonlais dire... mais combien je suis joyeux de vous voir l'aimer ainsi, Kobertaie I
Ceci eiait une dislraclion.
Le pauvre Armand parlait bien sincèrement.
En se voyant autres de sa reinme, en parlant de sa sœur, il avait oublie un in=laiit le iriste but de ce téte-à-tôlc, et s'était sur|iris à être heureux.
Mais la réaction ne se fit pas alleiidre.
Sou cœur se serra dunlonreuseiiient et il courba la tôle, écrasé sous la conscience de sa détresse.
\ia même temps, il sentit la nécessite d'agir et de parler avec prudence.
11 fit ell'jrt pour ressaisir sa présence d'esprit, dont il avait besoin pour convaincre Itoberlinc et s'en l'jiie un auxiliaire.
Car ilprevo.\aitque Robertine allait tomber de son haut à la seule pensée de cet incroyalile mariage, entre une entant belle, riche, habiiuée aux délicatesses de la vie mondaine, et un vieillard, petit rentier do province.
Celait la l'idée que, suivant Armand, Robcrline aval dii se faire de Al. Claude.
— Florence est jeune do caractère, reprit-il, en tâchaul d'amener la chose Ce Ires-loin ; — je ne sais pas... et c'est un point a di=culer entre nous, — s'il serait prudent de l'unir à un jeune mari.
— Ce serait imprudent, du Itohertine.
Le front d'Armand se rasséréna un peu.
— Vous êtes admirable de sens ei de raisonl poursuivit-Il; — ce que je viens de dire se rappoileà Ai. de l'ons... Quant au major, j'ai cin m'apercevoir que Florence éprouve pour lui une sorte d'aïuipalliie.
— Vous ne vous êtes point trompé... Florence respecte les aimables qualités du major, mais elle ne l'aime point.
— C'est dommage ! s'empres-a dédire le baron, un peu par aniite pour \ crnicr ei beaucoup pour avoir l'air d'agir librement cl de n'èlre p:!s cuntiamt dans son choix. — C'est vraiment doimnige!. . Pensez-vous qu'on ne pourrait pas la faire revenir de ses préventions!. . Vernier est la perle des hommes.... mnis. au denicuranl, je ne veux pas lu contraindre, cl je cherche.
— Votilez-voiis que je vous donne un conseil? demanda la baronne en sonrian'..
— Vous savez le cas que je fais de vos avis? lé-
pon lit Armand, dissimulant mal un mpuvemenid'iii- (|uiétnde.
Il crut on eff t que Robertine allait proposer un troisième prétendant et rciiidie inutile liir.a qu ii venait de faire pour écarler Lucien et le ina^or.
Robertine reprit :
— Sauf avis meilleur, je pencherais vers votre cousin...
— Al. Claude! s'écria le baron, qui sauta sur son fauteuil.
— M. Claude, répéta Robertine sans s'émouvoir.
Armand ouvrit de grands yeux stupéfaits.
Au lieu de répondre, il se leva et lit avecagilation deux ou II 0 s lois le tour de la chumbie bleue.
Puis il vint se poser devant Robei Une, debout, les bias croises sur sa poitrine, et la legania longtemps en silence.
Robertine soutint ce regard avec calme, mais elle Il en demanda point le motif.
— Madame, dii enliii Armand, d'un ton de doute et de déliaiice, j'ignorais que M. Claude fût au nomiM'e de vos amis.
— Je ne le connais pas, répondit Robertine, dont la voix Irembla inipercepliblenient.
— Vous ne le connaissez pasi... mais alors?...
— Arii and, ecoulez-inoi, luterrompii lajeui.e femme en parlant avec lenteur, — cet humme n'est pas votre cousin.
— 11 Vous a dit?...
— 11 ne m'a rien dit, Armand; mais il est de certaines énigii.e-> dont le cœur luul seul sait trouver le mut... Mol qui vous aime tant, des qu'il s'agit de vous, je devine.
— ht qn'avez-voiis devnie, madame:' demanda le baron, dont l'air sou|igoniieux lil piaee à re.\pression humble et craintive d un eou|ijble devant sun juge.
— J'ai deviné que cet homme, a laide de manœuvres déloyales, vous impose iiie=istiblement sa vûionlé .. J ai presS' lui quelques mysleiienx rappurU entre sa tyrannie... car je crois que son pouvoir va jusque-là... et ce danger suspendu dC|iuis un au sur votre lè.e... je veux parler de raccusaiion pohiiqu* portée contre vous et abaiiduiinee faule de p.euves...
Armand avait penche sa tète sur sa main, 'l'oul ce qu il y avait de mollesse el de lassitude en lui se peignait dans rall'aissemeni de sa posC. Ses yeux bais.-és n'osaient regarder Uobeiiine. Il n avouait rien, il ne niait rien.
— J'ai devine, reprit Roberiiue, que l'expulsion de MM. de l'oiis et Vernier...
— Assez, assez, madamel murmura le baron, cpargnez-moi I
Il mit sa tôle entre ses mains el poursuivit avec emportement :
— Ah! lie me parlez jamais de celle honte! Si vous en avez surpris le secret, qui me dil que d'aulres encore?... Aliscre! misère el inf..mie!... Le le^aidde cet homme me clouait inerte sur mou siégo ! Il avait insulte en UiOn nom, et c'est sur moi qu est i-etombé l'oulrage!
— Ar.iiand, dit doucement Roberiine, ce n'est pas ce coii|) qu'il nous faut déplorer le plus, puisqu'il ne fr, ppe que nous... m.iis la pauvre Florence!...
— C'est vrai! oh! c'est vrai, balbuiia le baron; je crois que je n'iii plus de cœuil
Robertine lui p. il les deiiv mains, qii'e le serra enlrc les siennes nvee une icndicsse passionnée.
— Oh ! dit elle, car elle le voyait avec les yeux de
UNK PÉCHERESSE.
"~ SISSOMctCOTTARO.
Monsieur lebann d 0>=er dt'ire se priver désormais de 1 honneur de ^otre compagnie — P, ge 88, col. 2.
son nnioiir; — vous ûtcs noble et bon, ArmamU... Le m-.ilheur pèse sia* vous... que faire conhc la uccessilé?
— Apics ce que vous savez, murmura le baron,
— serioz-vons donc encore d'avis de doiiiier la main de noli'e Flor.mce à., à cet honiinn?
— N'était-ce pas voire projet? demanda Roberline; m'étais-je iroinpco?...
— Non, répomlit Armand à voix basse.
— Alors, mun avis n'a point change, répliqua la baronne d'un Ion ferme.
Il se fil un silence de quelqu s minutes, pcndaiU lequel Armand, de plus en plus;igié, n'imposait plus aucun frein à son désespoir, et laissait voir le désarroi (Omiilet de son esprit.
Robertinc, grandissant dans sa résolution à mesure que snn mari se montrait plus faible, semblait un être de n;:luic supérieure, sur qui ne pouvait point mordrela dent aiguë des douleurs humaines.
— Et vous ne savez pas? dit tout à coup Armand ;
— la lionle de ce maria.ije ne me sauverait qu'à demi!. . V'ernier a provoqué M. de Pons... ils se baltr(mt... je devienilrai la fable de tous...
— Ils ne se battront pas, répondit llobertine.
— Comment savezvous?...
— J'ai vu ce matin M. Vernier...
— Ce matin !...
— Je n'avais pas sommeil, Armand... et je ne me suis point couchée.
Le baron la regarda, et, dan? ce regard, il y avait une sorte de superslilieuse admiration.
— Celle nuit, — h la (lu du bal, — dit-il, je vous ai vue prête à défaillir de fatigue... Hier, la fièvre vous accablait... Y a-t-ii donc en vousquclque chose de plu-, fort que l'épuisement et la u;aladie?
— Il y a la lendrcsse dévouée, profonde, sans bornes, que je vous poite, Armand lépoiidil Roberline avec un sourire d'ange.
Le baron sentit un rayon consolateur éclairer son angoisse.
Ses yeux ravis comteniplèrent un instant Robcrtino.
Involontairement il se laissa glisser, et ses genoux îouelièroiit le lapis.
— J'ai fui en toi, murmiira-t-il dans un de ces nionienls d'enlhoiisiasme où se laissent entraîner les espriis frappés; — sois ma iiroteclion !... sois mon courage et ma force!... je veux le dire tout... tout ce que je souffre depuis huit jours !... Je veux le dire mes craintes, mon danger, mon supplice! Ecoute et prends pitié de moi !.,.
Roberline s'était rendue chez le major 'Vernier; mais il y avait deux adversaires.
Otte démarche si hasardée qu'elle puisse paraître, aurait laissé sa tâche à moitié.
Pour la parfaire, elle avait vu aussi M. Lucien de Pons.
Avec le major, elle n'avait point eu de peine.
UNE PÉCHERESSE
Vous savez ce ijiic pcul coiUre moi cet homme . — P."ge 67, col. i.
Vernicr, bon, loyal, el n'ayaiUpoiul contre le jeune homme CL' l'cssenlimenl qui accùmpagni! crorilinairo les rivalilt's d'amour, s'était laisse guider en tout ceci uniiiuement par le désir de garder le baron contre un péril inconnu.
Une fois, par hasard, sa manie'de trouver partout des complications romanesques Pavait fait tomber jusie.
Il avait deviné vaguement la fausse position d'Armand, et sans se préoccuper des causes qui engendraient celte fausse position, i! avait regardé l'insulte comme non avenue, el prêté, quand même, au baron, un généreux appui.
Exempt de haine, incapable de rancune, incap'able surtout de refuser quoique ce litt au monde à madame la baronne d'Osser, pour laquelle il professait une admiration approchant du cuUe, il ne la laissa point achever sa requête.
Dès les premiers mots prononcés, il l'interrompit, non sans gàler un peu son procédé par de longues 01 inintelligibles brd)esde palho^; iU'interrompil, disons-nous, pour l'assurer de son en.ière ob issancc.
Celait un excellent el digne honnne que ce major Vernicr.
Un cœur d'or, naïf et pur, dévoué, génjreux, sans reproche.
Mais il nous est impossible de ne pas avouer qu'en celte circonstance, il se compara, en style assorti, à quelqueAbcncérage déposant sa forte lance aux pieds de la beauté qui lui oi-dounail la paix.
Ce fut Vernicr qui apprit à Kobertiue les délails
de la scène où lui, M. Claude, Armand el Lucien, avaient joué divers rôles.
Jusque-là, Robcrtine savait seulement, par d'indiscrets demi-mots échappés aux témoins de la scène, que la discussion entre .M. de Pons et le major n'était pas étrangère au maitre do la maison.
Dans le récit de Vernicr, la conduite de Rembrès, fraiicbcmenl racontée, apparut à Robertine comme la clef de l'énigme qu'elle avait essayée de deviner la veille au soir.
lîlle n'avait pas le mol encore, mais elle en savait assez, pour amener le baron à une révélation.
Avec Lucien, sa.lftehe devait être pins pénible.
La démarche élr.uigc de madame la baronne d'Osser étonna le jeune homme, mais ne le toucha point.
Il se préli'ndail insulté gravement.
Vainqueur dans sa lulte amoureuse contre le major, il lui gardait rancune néanmoins.
Les très-jeunes gens sont jaloux et ombrageux auiant qne les vieillards, sinon davantage.
Pour avoir confiance, il faut se sentir forl.
l-'t aussi pour avoir bonne grâce à pass:T sur un affront, il faut n'êlrc point novice et avoir fait ses preuves.
Lucien se raidit.
La persuasiveéloquenccdc Robertine faillit échouer contre son opiniâtre colère.
Mais il est des arguments souverains pour dompter ces fougueux entêtements.
Roberline prononça le nom de Florence, et Lucien fut vaincu.
HoDtmarfre. — Imp. Puxot.
Gf,
UNI'. PÉGHRRRSSR.
Il y avait deux heures qu'elle était de retuurù l'iiôtul lorsque Armand s'éveilla et la fit appeler.
Ces deux heures, elle les avait passées avec Florence.
Quiionque trahit une personne chère est condui! à la délester par le seul lait de sa trahison.
C'est là ULi mystèie nn-tapliysique; irès-souvent ex|iliqué, mais positivement inexplicable.
On ne démontre point les axiomes.
H y a cent mille anecdotes à choisir sur ce sujet baniil et bizarre à la fois.
Hobertiue, ce maliu-ra, redoubla de caressante tendresse avec mademoiselle d'Osser.
Le baiser de sœur qq'elle lui donua fut accumpapné d'une étreinte plus vive, et Florence surprit plusieurs fois la baronne attachant sur elle des regards humides ei tout stt. ndrjs.
lit pourliint, Rûbertiue avait cédé la veille à Rembrès.
lille avait avait trononcé le oui fatal qui, autant que cela pouvait dependie d'elle, jetait la sœur de son mari aux mains d'un faussaire.
D'un forçat!...
Comment imaginer une trahison plus noire?
M;ds cette traliisou n'éiait qu'une apparence.
Hobertiue avait menti à Uembrès.
Penchée au bord d'un abîme (ù la main d'njt niiséi-able pouvait la po .sser sans effurls, exposée aux coups d'un ê;re sans pitié, Robertine, qui, précipitée du haut de son bonheur au plus profond do la uiisère, ne pouvait pas môme se plaindre ou demander ta stérile cumpassion du monde, puisque son bourrea.u av.iit pour lui le droit humain; Roberiine, menacée et se sentant près d'être écrasée, trouvait encore, en son noble cœur, la force de se dévonei' et de proléger !
Klle n'avait point une de ces consciences subtiles et accommodantes au mal qui adme tcnt, d.ms la hoate des circonstances atténuantes, qui distiuguenl trahison et trahison, honnissant l'assassin qui tue, excusant le lâche qui laisse tuer.
Miséricordieuse pour la faiblesse d'autrui, Robertiue ne se fût point pardonné à tUe-même une faiblesse.
Pas un seul instant, i as même sous le regard impérieux de Rembrès, elle n'avait eu la pensée, nous ne disons pas de contribuer au mnlheur de Florence, mais d'abandonner Florence "a son malheur.
Dès l'abord, et quoi qu'il en pût résulter, elle s'était ilit :
.le la sauverai.
Et s'il y avait eu pour elle au monde un moyen de combattre de front, si dangereux et téméraire que pût être ce moyen, Roberiine l'aurait tenté, car son âme était loyale et fière.
Mais, comme si rien n'eût dû manquer à l'amerlun.e de sa position, la menace de Rembrès la plaçait entre trois extrémités : se perdre, perdre Florence ou feindre...
Elle avait choisi la dernière, qui était te salut de Florence.
Ce qu'elle n'eût point fait pour elle-même, elle s'y résignait pour autrui, courbant ainsi violemment sa loyale nature au mensonge, comme d'autres font effort pour rester dans la vérité.
Elle avait trompé Rembrès sciemment, avec réflexion.
Dans ce premier moment, néanmoins, elle n'avait eu qu'instinctivement la volonté de servir Florence.
Les moyens à employer lui échappaient encore.
Plus tard, lorsqu'elle ree-onnut que, loin de pouvoir compter sur le secours d'Armand, e1e aurait k le couvrir lui-même, Roberiine fléchit sous le |ioids Je sa tâche.
Elte compta les obstacles ît soulever; elle se vit seule, désarmée, en présence d'un ennemi que recouvrait une sorte d'armure magique, — car Rembrès, grâce "a son système de précautions, était invulnérable; — elle se vil faible, enfermée dans un cercle fatal, et ne pul présager aux complications de ce drame qu'un dénouement prochain et funesie.
Un moment, elle demeura épouvantée.
Le désespoir assiégea son âme.
Mais ce ne fut qu'un moment.
L'instinct héroïque de sa nature la releva plus vaillante.
Elle regarda les dangers divers qui l'eutoiiraient Comme ces sublimes débris d une armée vaincue regardent, un contre cent, la foule victorieuse qui va se ruer sur eux, serrent leur rang autour du drapeau el meurent...
Désormais, elle était résolue à lutter.
Et, qu'on nous permette de le dire, de même que la lutte où elle s'engageait ne ressemblait à rien de ce qui porte son nom dans la vie ordinaire, de même le courage dont elle a\ait besoin était autre et plus rare que le courage 4 Eponine ou d'Arrie, dont les noms sont restés comme le vivant et glorieux s)mboje du dévouement féiniuin, plus rare que le courage des femmes qui onl bravé la hache du bourreau ij ou le trépas des batailles. '
Car le courage se soutient et s'alimente par l'action.
Chacun de ses propres efforts l'échauffé et l'exalte.
Robertine, elle, ne devait point agir, elle devait rester calme sur le bord du précipice, se contraindre à sourire sous le poignard levé, — non pas une fuis, mais mille fois.
Non pas aujourd'hui, mais toujours.
Pour sauve, le bonheur d'Armand, elle avait entrepiis, depuis huit jours, un travail de dissimulation et d'effort sur soi même, fait pour lasser toute patience et pour décourager la plus constante volonté.
Pour sauver le bonheur de Florence, elle allait doubler son labeur, el en même lemps affronter un nouveau péril, car, désormais, Armand el Flurence avaient des intérêts divers, el sauver l'un sans perdre l'autre, semblait un problème insoluble.
Le moindre effort tenté en faveur de Florence, retombait directenient sur Armand; la moindre aide portée au baron luait Florence.
Partout se dressait la menace de Rembrès, menace foudroyante, el qui, accomplie, devait terrasser Roberiine elle-même, el la laisser, aux yeux de lous, bigame, souillée, repoussée du pied par le monde el repoussée aussi par Armand.
Qu'espérail-elle? couimcnl combatiie quand la première condition de la tulle est de demeurer immobile?
En ce premier instant, elle n'aurait certes point su le dire.
Mais il est, à tout prendre, d'imperceptibles mouvements qui ressembleni an com|ilet repos.
Il est aussi des armes microscopiques qui échappent à la vue.
Tel prisonnier, surveillé incessamment par des yeux d'Argus, ne parvint-il pas à limera l'aide d'un cheveu sa lourde chaîne?..
t:ne prciterfsse.
Co qu'il fallait d'abord à Roberliiii', c'ét;jil de connalire an juste la nature du piège où le forçat avait plis son mari.
Ceci ne présentait point de difficulté sérieuse.
PcMl-ôtre nièine que, interrogé de front, Armand efli (ait h l'instant sa confession.
Mais Hobeitino ne jugeait point son mari autrement que d'après elle-niêuie, ot pensait qu'il faudrait lui arracher son secret, parce qu'elle eût gardé ce secret pour elle seule, dans la position d'Armand, ne voulant faire entrer personne dans le partage de ses inquiiHudes et de sa souffrance.
Le moyen qu'elle prit eut du reste un plein succès.
Armand lui dit tout, sans réserve aucune, à commencer par ses soupçons jaloux, dont il fit amende hcunrable en termes passionnés.
El pourtant, pendant qu'Armand racontait sa course nocturne dans les rues de Paris, à la poursuite d'une inconnue, Robertinji crut voir plusieurs fois lus yeux de son tnari se relever sur elle à la dérobée.
Il était évident que, à l'insu du baron lui-même, ses soupçons étaient assoupis plutôt que dissipes.
Chaque fois qu'il était amené h se rappeler en détail tous les événeniiiits de cette malheureuse soirée, qui avait été connue le prologue de ses traverses, les circonstances se groupaient et prenaient pour lui un aspect si accusateur, qu'il se demandait comment il avait pu ue point se rendre à l'évidence...
Puis la suite des faits lui rappelait son retour à l'hôtel , le paisible souuueil de Robertine, et le doute était repoussé de nouveau.
Mais qui ne sait que ces assauts du soupçon, parmi les loisirs d'une vie calme, finissent toujours par vaincre?
La véritable cause de la sécurité habituelle du baron sur ce point, c'étaient ses accablants soucis.
Loin de chercher d. s prétextes de craindre, couune c'est le propre des gens heun^ux, le baron repoussait énergiquemeui ses soupçons et lâchait de garder eiUiere sa confiance e:i Robertine, comme une porte réservée par où il pût rentrer en lui et se reposer de ses épuisantes inquiétudes.
Ici, ses regards jaloux ne trouvèrent sur le beau visage de la baronne q l'im peu de dédain pai'iui son exquise douceur, dédain remplacé bien vile par une expression de tendre pitié.
Il eut boute encore une fois de lui-même et poursuivit bOn récit.
Quand il .eut termine, Rubertiiie demeura longtemps pensive et silencieuse.
Le danger du baio i était évident; elle le sentait dans toute son étendue.
Mais ce danger était de telle nature que le premier mouvement de Uubertine fut de se révolter contre le perfide empire de Reinbrès.
Il lui semblait qu'ici la luitecluit possible.
Ah ! qu'elle eût bravemeni résisté, si Ren.biés n'avait eu contre elle d'autreseï plus puissantes ariiiesl
Malheui euseinent, sa cliaiuu à elle était à la fois plus pesante et mieux rivée.
Et comme, en définitive, il n'était pas eu son pouvoir do séparer sa cause de celle d'Annaud, elle devait agir comme si la clialue d'.\rmaud eût été au^si étroite que la sienne.
— Eh bien ! dit le baron, je ne vous ai rien caché, Robert ne... rieu I Vous savez ce que peut contre moi CCI homme... que ferie/,-vous a ma place?
— J'obéirais, répondit la baronne.
Si elle eût dit tout le contraire, Armand lui aurait très-sûrement représenté les inconvénients de la résistance.
Mais il n'est point de cas extrême où l'esprit de contradiction, inhérent à la nature de l'homme, ne trouve à glisser ses inutiles arguments.
El puis les gens faibles aiment de passion à se donner le beau rôle, ne fût-ce que pour un instant.
Cela fait sur eux l'effet d'une praline sous la dent friande d'un enfant noi.rri de pain noir.
— Vous obéiriez!., répéta le pauvre homme avec un feint élonnement; sans doute... moi-mùuie je suis tenté... mais cette chère enfant, notre Florence!
La baronne avait si grand désir de voir toujours en M. d'Osser l'homme digne de son amour, qu'elle se laissa prendre à ce naif straiagéuie.
— Je sais bien, répliqua-t-elle, que vous voudriez affronter le péril et présenter votre (lOitrine nue aux coups qui vous menacent... mais, croyez-moi, ce qu'il veut de Florence, c'est sa fortune... Il faut céder.
Armand poussa un profond soupir.
I/élat moral de l'homme se compose souvent de nuances si diverses, que nulle langue ne possède tous les mots qu'il faudrait pour peindre précisément et d'un seul trait chacune de leurs combinaisons inattendues.
Ce soupir d'Armand n'était point hypocrite, puisqu'il souffrait et s'apitoyait rôellenieiit sur le sort de sa sœur, mais il n'était pas non plus sincère, puisque Armand trouvait dans le conseil de sa feimue une sorte de sanction à sa propre faiblesse.
Il serait superflu de dire qu'il ne fallut poini beaucoup d'éloquence pour le persuader.
IJ'avance, nous le savons, il était résolu à capituler.
.Mais ce que l'on peut affirmer, c'est que si Robertine lui eût conseillé la résistance, il n'aurait [loint osé ainsi déserter ouvertement son poste de tuteur et forfaire à l'un des plus saints devoirs de l'homme et du li-ére.
Ces caractères vacillants, incomplets, misérables, substances molles que le malheur écrase et aplatit. pullulent autour de nous dans la vie.
Ce sont de bons amis, d'honnêtes époux, d'excel lents frères, tant qu'il ne faut point d'efforts pour être luut cela.
Neuf fois sur dix. Dieu merci, le-- événomcnis, suivant leur cours normal, n'a:: ôiienl point de ces graves conjonctures où l'homme pris à 1 improviste doit opter cntr« la mort ei la honte, entre la ruine et le crime.
La faiblesse alors est compatible avec toutes les vertus privées.
Mais que vienne celte dixième chance et que ta terrible alternative présente au faible les cornes me-' naçantes de son iiiflexilile dilemme, le faible deviendra lâche à coup sûr.
El la lâcheté, une fois sur la peute du mai, peui descendre plus bas que la perversité elle-même.
Ciiez Robertine, il y avait parti pris d'aimer et d'esti^ner.
Elle emp. oyait à sou insu toutes les subtilités ue sou ingénieux espril à fausser la justesse de son coup d'œil. et parvenait il voir le baron sous un jour ei'uvenn qui donnait à sa physionomie morale des reliets illnsou'es.
Néanmoins, en celle circonstance, il était si positivement impossible d'expliquer la conduite d'Ai-
GS
INi: PFCHKHESSE.
mand d'une façon favorable, que Robertine eût échoué à vouloir relenir encore ie bandeau mis voionlairemciUsur sa vue, si un sentiuieni, fondé en réalité, ne fût venu en aide à sa paradoxale indulgence.
Ruberiine avait à se dire qu'elle était In cause preiiiicre de tous ces malheurs qui accablaient son mari, ut la conscience qu'elle avait d'exercer sur la destinée d'Armand une influence fatale l'aveuglait sur le reste, et ne lui laissait qu'un désir immodéré de le sauver à quelque prix que ce fùl.
Il y avait une heure environ que M. et madame d'Osser étaient ensemble, et leur entretien était loin encore d'être arrivé à sa conclusion, lorsqu'il se fit un bruit inusité dans la galerie vitrée servant de communicaiion entre la chambre bleue et le corps de lot;is de l'hôtel.
Ou entendait les voix de deux valets qui défendaient énergiquement le passage et une troisième vnix, polie, tranquille, mais obstinée, parlementant avec patience et sans élever son diapason le moins du monde.
- — Je vous répète, monsieur, pour la vingtième fois, que M. le baron n'est pas visible! disait l'un des valets.
— Si. fait, mon garçon, si fait, répondait l'entêlé visiteur.
— Mais; monsieur!., reprenait l'autre valet.
— Visible pour moi, mes amis... toujours visible pour moi!..
Armand et Robertine échangèrent un regard. Armand haussa les épaules avec une impuissante colère.
— Il faut ouvrir, dit Robertine, dont la taille gracieuse se redressa comme pour soutenir un assaut.
Le baron se leva et se dirigea vers la porte.
Mais avant qu'il eût fait la moitié du chemin, l'un des battants s'ouvrit et l'on vit paraître le dos du valet de chambre, qui entrait à reculons et continuait ainsi jusque sur la brèche son héro'ique défense.
Derrière le valet se montrait à demi la bonne figure de M. Claude.
— Laissez, dit Armand à son valet de chambre.
— Vous voyez bien. Picard, — ou Comtois, — ou Champagne? — s'écria l'ex-banquier, car mon cousin est un grand seigneur et ses gens ne doivent point s'appeler autrement que les valets de comédie... vous voyez bien que ce cher baron est visible!..
Armand fit un geste.
Les deux valets saluèrent respectueusement et voulurent se retirer.
— Restez, mes gaillards, restez, dit M. Claude en riant.
— Nous n'avons pas fini... Peste 1 il ne me convient pas d'engager comme cela une balaiUe chaque fois que je voudrai me donner le plaisir de voir le cher baron.
11 mit une main sur la hanche, l'autre à son jabot, et poursuivit en contrefaisant l'impertinence convenue dus iiKU'qnis de theàlre :
— Marauds, je vous permets de me regarder des pieds à la télé... mieux que cela! regardez-moi, vousdis-je! n'oubliez rien... Est-ce fait?
Les domestiques, étonnés, s'inclinèrent.
M. Claude se tourna vers le baron.
— Bonjour, mon bon, dit-il en manière d'incident. Puis il ajouta en s'adressant de nouveau aux valets-.
— C'est fait!.. Eh bien! mes gaillards, maintenant, écoulez... écoulez M. le baron, qui va vous dire que le malin comme k midi, le soir comme à minuit, la porte de l'hôtel d'Osser doit m'être toujours ouverte.
— Certainement... à toute heure, s'empressa de répondre Armand.
— Mes bons garçons, reprit Claude, vous l'entndez... Je ne vous empêche plus de vous en aller.
Il ferma la porto sur le nez des deux domestiques et s'avança vers la baronne qui était restée spectatrice muette de cetle petite scène.
— Ma belle cousine, dit-il eu se jetant dans le fauteuil du baron, — c'est encore le cousin de province... Je parie que vous l'aimeriez mieux à Calais... ou à Toulon... ou n'importe où, qu'à l'hôtel d'Osser?
— Vous savez bien, monsieur, répliqua la baronne, que vous ne pouvez pas être importun.
— Assurément, belle cousine, importun n'est pas le mot... et comment cela va-t-il, baron? Tudieu! que vous avez une triste figure !.. On dirait à vous voir que vous yvez pris toutes les fatigues du bal, car madame la baronne est aussi fraîche...
— Je souffre beaucoup, monsieur, interrompit Ar mand.
— Ahl.. fit M. Claude; — eh bien, tant pis, cousin !.. d'autant plus que j'étais venu pour vous parler de notre petite affuire, qui ne nie parait point devoir traîner en longueur.
Rembrès et Robertine étaient assis l'un près de l'autre.
Le baron se promenait de long en large dans la chambre.
— Et si voire indisposition, poursuivit Rembrès, — n'étdit pas assez forte pour vous iincidire quelques instants de conversation sérieuse, je prierais ma belle cousine de m'excuser, et je vous enlèverais jusqu'à l'heure du dîner.
— Je suis prêt à vous entendre ici, dit le baron.
— Ici?., vous n'y pensez pas!
— .Madame la baronne sait tout, monsieur.
— Oh ! oh ! s'écria Rembrès, dont le front se rida. Il jeta sur Robertine un regard inquiet à la dérobée et prononça tout bas :
— Et lui?..
— Rien, murmura Robertine.
Le front de M. Claude se dérida.
— Fou que je suis! gromuiela-t-il en éclatant de rire; la chère bonne amie aurait trois maris au lieu de deux qu'elle saurait encore se tirer d'affaire !.. Eh bien ! cher monsieur, ajonta-t-il tout haut, — je vous avais loyalement gardé votre secret... mais tout est pour le mieux, et je suis bien sûr que madame la baronne n'aura pu vous donner que de bons conseils...
« A quand la noce? »