L'AMI DE LA MAISON
Rembrès avait craint un instant que Robertine, dans un élan du passion, n'eût révélé au baron son propre secret.
C'eût été pour les projets de l'ex-banquier un coup dangereux et diflicile "a parer, car c'était sur Robertine qii'il comptait principalement, et son enipiie sur la jeune femme se serait écroulé par le seul fait de cette révélation.
rNi; prniF-.RF'ïsK.
Mais éiail-il poSbiHc que Robcrtino pût s'y résoudre?...
ArnianJ 'avait époi.sée malgré son dt'faut de fortune et malgié cette position d'artiste h laquelle le monde refuse toute valeur morale et toute garantie. On a beau dire en cfTct que le préjugé tombe; il se peut que les é" ils cl les paroles témoignent en faveur d'un progrès; mais la famille reste prudemment en dehors dû ce mouvement, et, depuis des siècles, les pères et les mères ont à la bouche les mêmes objections, nous dirions presque les mêmes anathèmes.
Cela donnerait à penser que, en définitive, ces objections sont plausibles à tout le moins.
Quoiqu'il en soit, Hobertine, à travers l'atmosphère de triomphes qui environnait sa vie d'artiste, avait vu la barrière élevée entre elle et le sanctuaire où se concentre l'existence privée.
Dans sa science précoce du monde, elle avait découvert que ses succès eux-mêmes la rejetaient hors rang, et qu'elle passait parmi la foule, sans faire partie de la foule.
Kllc brillait, on criait bravo autour d'elle ; mais le ' cercle ami du foyer domestique ne s'ouvrait point pour la recevoir.
C'était Armand qui lui avait fait place au soleil de la vie comuiune.
Armand l'avait couverte de son nom comme d'un nianieau.
Kùbcrtine, qui n'avait plus de mère et souffrait de son isolement, avait conçu pour le baron une reconnaissance égale à son amour.
Certains pourront penser qu'entre un artiste illustre et un homme quel qu'il soit, la gratitude doit se balancer.
Tel n'était point l'avis de Robortine.
Elle se sentait fière d'être la femme d'Armand, à qui sa tendresse prêtait du reste de chinu'riques perfections; elle le remerciait du fond du cœur d'avoir mis un voile sur ces année: vendues au public, sur ces années si pures pourtant, que la calomnie elle-même n'avait point pu les attaquer. Mais encore une fois, Robertine savait le monde. Elle ne pouvait ignorer avec quelle habileté perfide le monde soutient la sagesse boiteuse de ses proverbiales croyances.
Reconnaissante comme elle l'était, c'eût été la mort pour elle que de donner raison à ses axiomes sans portée, qui tombent çà et là de la bouche des sots et qui commencent par : On se repent toujours... Jamais on ne s'applaudit, etc., etc.
Robertine était innocente devant Dieu.
Cela ne lui suffisait point.
Il fallait qu'elle fût irréprochable aux yeux des hommes, exempte de toute faute, exempte aussi de ces malheurs qui souillent comme des crimes.
Il fallait surtout que son mari, reposant sjr elle ses regards, la vît pure et sans tache.
Rembrès n'alla pas chercher si loin les motifs de la discrétion de madame d'Osser.
Il avait sur les femmes des opinions quol(|ue peu gaillardes et déclamait volontiers le fameux couplet de Figaro en méchante luimeur :
0 femme ! créature faible el décevante... Il pensa tout bonnement et de plus en plus que la baronne était, suivant son expression favorite, une mailresse femme.
— A quand la noce? rcpéta-t-il en s'clendant confortablement sur son fauteuil.
— Nous allons traiter cette question-là, monsieur, répondit Robertine avec calme.
Armand s'arrêta dans sa promenade.
La parole tranquille et ferme de Robertine le rassura.
11 éprouva quelque chose de ce sentiment de bienêtre qui prend un pauvre accusé, inhabile à se défendre, lorsqu'il entend derrière lui la voix grave d'un savant avocat.
Le baron sentit qu'il n'était plus seul dans la lutte et qu'un protecteur, plus adroit et pljis fort, allait prendre en main sa cause désespérée.
Rembrès fit peut-être une réflexion analogue; mais il n'en parut rien sur son visage, dont tous les traits étaient en parfait rapport avec sa situation apparente, il avait vraiment lair d'un fiancé campagnard, arrangeant à l'amiable les préliminaires de son contrat de mariage.
— Traitons cette question-là, chère dame et cher monsieur reprit-il; — quoique réellement ce ne soit pas une question... Maintenant que nous avons l'appui de madame la baronne, il me semble que la chose ne doit plus présenter la moindre difficulté.
— Les difficultés qui pourraient se présenter, dit Robertine, — nous tâcherons de les aplanir.
— Evidemment, évidemment, chère dame!... je n'ai pas peur que vous mettiez des bâtons dans mes roues... A propos, pendant que j'y songe, ce petit pavillon a-t-il une sortie sur la rue de Provence?
— Oui, monsieur, répondit la baronne d'u» air qui signifiait : — Pourquoi cela?
— Parce que... commença Rembrès; — mais venez donc vous asseoir près de nous, cher monsieur, interrompit-il en envoyant au baron un cordial sourire ; — nous allons causer là , les pieds au feu , comme trois bons amis que nous sommes.
Il roula son fauteuil de manière à se rapprocher encore de Robertine, qui était à sa droite el fit une place à sa gauche, dans le coin du foyer.
Armand, docile, avança un siège et s'assit.
— A la bonne heure ! s'écria M. Claude ; — je me sens le cœur à l'aise entre vous deux... Ma foi, cousin de province ou non , je me plais avec vous plus que je ne saurais le dire! Chère dame, y a-t-il un second étage à ce petit pavillon ?
— Oui, monsieur.
— A merveille!... j'y pourrai loger mon domestique.
La baronne ne put retenir un mouvement de surprise.
Rembrès se leva, mit le dos au feu et croisa ses deux mains sous la basque de son habit bleu.
— Nous allons revenir au mariage tout à l'heure, dit-il; — pour le moment, je me sens en humeur de vous soumettre un petit projet qui me sourit beaucoup el qui, je l'espère, ne vous sera point désagréable... Savez-vous. chers amis, que vousavezoubliede m'offrir un lit dans votre hôtel I
— Monsieur... balbutia le baron.
— Vous me direz que c'était chose sous-entendue, interrompit M. Claude en copiant au naturel le ion d'un d'un vieil ami, habitué à se regarder comme étant de la maison.
« Car j'ai vu vos charmantes lèvres s'entr'ouvrir, chère dame, el je suis sur que vous alliez me dire cela... L'excuse est obligeante... J'aurais mauvaise gifiec à ne point m'en contenter... et pour vous prouver que je ne garde pas de rancune, j'accepte l'hositaliléolïeile tout franchement et sans façon.»
NE PECHERESSE
Armand tourna la lêle pour cacher son cmbar-
Robertine elle-même demeura sans réponse. L'ex-banquier les regarda l'un et l'autre avec complaisance.
— Point de compliments, reprit-il ; — je sais parfaileinenl que je suis le bienvenu... Aliçà! voyous!... je serais désoléde vousdérangerle moinsdu monde... A coup sûr, il y aurait bien un peu de place pour moi dans votre hôtel... mais vous êtes peut-être jaloux, cher monsieur?
Armand rougit et retint une parole de colère.
—Vous n'êtes pas jaloux? poursuivit l'impiloyahle M. Claude; — taut mieux pour vous, cher monsieur!... recevez-en messincères félicitalioiis... C'est égal, si j'habitais positivement sous le même loit que votre famille, nous nous gênerions niutuellement, et j'aime par-dessus tout la liberté de mes mouvements... en conséquence, je vous propose de m'établir dans ce petit pavillon...
— Monsieur, interrompit Armand , heureux de faire une objection, — je suis fâché -de ne pouvoir me rendre à vos désirs... maiscctl(! chambre est la retraite favorite de madame la baroune.
— En vérité, chôre dame, s'écria Rembrès, — que je.reconnais bien là votre goût sans pareil!... Le faitesl qu'on ne vitjamais rien de pins délicieux... Kh bien! vraiment, je suis tres-éloigué de vouloir vous priver de votre retraite favorile... ou peut arranger cela autrement. Puisque vous tenez au peut pavillon, gardez le petit pavillon... moi, je prendrai l'hôtel.
Le baron ne comprit pas tout de suite.
— Choisissi z dans l'hôtel, rommença-t-il...
Mon choix est fait, cher monsieur... je choisis tout l'hôiel... grande ou petite, il me faut une maison entière.
Armand, qui flochissail et capitulait devant la terrible condition du maringc de sa sœur, était homme à se niiilir conire la prétention nouvelle de Rendirès.
Celui-ci, de son côti', gardant, parmi l'audace de se plans criminels, tout le petit entêtement d'un bourgeois taquin et tatillon, n'aurait pas cédé d'un pouce, au risque de voir ses projets périr de fond en comble.
— Monsieur, s'écria le baron, ce caprice est inconcevable I Louez une maison, je la paierai.
— Fi donc ! riposta Claude avec reproche ; vous ne songez pas, cher monsieur, 'a ce que vos paroles peuvent avoir d'offensant pour un futur beau-lièie ..
— M. Claude a raison, dit Robertine, et je lui céderai la chambre bleueavec un véritable plaisir.
L'e.vban((uier la regarda et eut un de ses bous et fiancs éclats de rire qui sembleraient ne devoir soulever que. la poitrine du juste.
— Ah ! chèro dame, s"écria-t-il, le mot est foit liien dit, et la moquerie porte à son adresse! Vrai, vous avez sujet de me railler... et, au lieu de vous fâcher comme ce cher baron, qui n'entend rien à la diplomatie, vous avez pris le bon moyen... d'un seul cuup, vous m'avez fait sentir tout le ridicule de mes efforts pour jouer comme il faut la comédie, lorsque le oublie est absent... Le fait est que, entre nous, qui nous connaissons parfaitement tous les trois, — Rembrès appuya sur ces mots et piqua Robertine du n gard,— mes précautions oratoires doivent sembler tres-drôles. .Mais, que voulez-vous... c'est plus fort qne moi... je suis la politesse incarnée. Et d'ailleurs, s il faut l'avouer, j'ai pour principe de jouer toujours
mon petit bout do rôle, môme lorsque le public fait défaut... Cela lieni en haleine.... .411ons, chère dauie, soyons nnitucllement charitables'... passez-moi ce léger travers dont je ne puis me corriger... moi, je vous pardonne votre petit coup d'ongle, — et je prends la chambre bleue.
Rembrès s'inclina gracieusement et baisa la main de la baronne.
Armand était sur des épines; cette scène irritait ses nerfs malades, autant et plus que n'élit fait ime attaque sérieuse, et il en arrivait à désirer qu'on entamât le sujet véritable de l'entrevue : le mariage de Florence.
Quant à M. Claude, qui l'épiait de temps en temps du coin de l'œil et paraissait jouir de sa rage contenue, il était fort loin d'avoir exprimé toute sa pensée dans sa réponse à Robertine.
11 avait dit vrai à moitié : son caractère était ainsi fait, et sou habitude de tuer les gens avec tout plein de courtoisie était passé chez lui à l'état de seconde nature.
Mais il y avait encore autre chose.
D'abord, cette courtoisie se mélangeait de sarcasme dans une proportion fort appréciable; d'un autre côté, en présence de cette fejnme si admirablement belle et choisie, qui était la sienne, on définitive, il éprouvait une indicible joie à molester sourdement son successeur.
Ceci était, il ne faut point l'oublier, un cas de guerre sans cesse pendant entre lui et M. d'Osser.
Claude aimait à percer le baron de coups d'épingles, et ce passe-temps lui semblait mille fois plus récréatif sous les yeux de Robertine.
En outre, car eu toutes choses l'ex-banquier avait pour règle de faire dune pierre deux coups, cette petite guerre présentait une utilité réelle.
On dompte un homme comme un cheval sauvage : peu à peu et par petits coups.
Rembrès, qui avait toujours peur d'une révolte, s'était promis de ne pas lâcher la main un seul instant et de serrer incessamment le mors.
Sa conduite n'était que la rigoureuse exécution de son plan.
Pour ce qui est de sa demande en elle-même, point n'est besoin d'expliquer l'intérêt qu'il avait do s'introduire de plus en plus avant dans l'intérieur de M. d'Osser.
— Ainsi, reprit-il, cher monsieur et chère dame, voici une affaire entendue : je suis chez moi... je vous reçois en ce moment, et vous ne sauriez croire toute la joie que me procure votre bonne visite... Voici les changements que je compte faire dans mon petit domaine : cette (lièce, coupée en deux par une cloison, me donnera un salon et une chambre à coucher... J'ouvrirai la princi|iale entrée sur le jardin, du côté de la poite donnant sur la rue de Provence... Chère dame, je vous demanderai les clefs de cetlc poite, qui, désormais, ne servira plus qu'à moi...
— Vins les aurez, monsieur.
— Que de bontés! mon domestique logera ai second; on lui donnera l'ordinaire de vos gens.... comme je partagerai votre table : cela vous convient-il?
— Cela nous convient, répondit Robertine.
— Ah ! baron, sécria Rembrès, sans madame d'Osser, nous aurions eu décidément querelle anjour^ d'hni. Vous êtes maussade, pour ne rien dire déplus... .Mais que ne vouspardonnerais-je donc point en considération de madame la baronne?... Revenons main-
■jM-: I'K<;hi-!{I'Ssio
tenant, s'il vous plaît, h mou prochain mariage... M:)'l(Miiiibe;le d'Osser est-cUo prévenue ?
— l'as encore, monsieur, répliqua Uoberline.
— Il faut la prévenir... je suis bien curieux, je vous le jure, de savoir quel effet celte annonce va faire sur son petit cœur... Ditcs-inoi, chère dame, — car je ne m'adresse plus à ce cher baron, qui a toujours l'air prêt à me dévorer, — combien de temps pensez-vous que doivent durer au plus les préliininaires?
— Ceci dépend de mademoiselle d'Osser, monsieur...
—Comment cela, chère bonne amie!... je veux dire ma chère dame?. ..Baron, veuillez m'excuser... Peutêtre bien, d'ailleurs, que nous pourrons en venir, après mon mariage, à ce pointde douce familiarilô... Comment cela, s'il vous plaî.l?
— Vous n'avez pu espérer, dit froidement Robertine, que M. le baron et moi nous irions au delà de l'influence morale.
— A coup sûr, à coup sûr, chère dame ! interrompit Rembrès, qui jeta sur la baronne un regard de défiance; je sais fort bien que, smis le régime du notre Code, on ne peut forcer une jeune fille à se marier malgré elle... C'est une lacune qu'un législateur sage devra combler quelque jour; mais l'inflenee morale... vous m'entendez bien'?...
— Excusez-moi, monsieur, je ne croyais pas...
— Si fait!... l'iniluence morale.... Baron, venez donc à mon secours!
Il y avait en ce mofrienl réaction chez le baron; sa colère avait fait place à cet abattement inerte, presque slupide, où nous l'avons déjà vu plongé, la nuit du bal, à la suite de la scène entre Rembrès et MM. Vernier et de Pons.
Sa tète affaissée touchait sa poitrine.
Il était immobile, et son regard lourd, relevant ses paupières, s'attachait fixement au foyer.
Il no parut point siVoir entendu l'aposlro|)he de Rembrès.
— I.e cher monsieur, reprit ce dernier, — veut me tenir rigueur... Donc à nous deux, belle dame'... Nous sommes seuls... Je vous disais que l'influenee morale est une alliance de mots de fort bon style et compoitant une certaine élasticité... Me comprenezvous mieux?
— Non monsieur.
— Je suis patient, Dieu merci... et la patience est aisée au professeur qui donne leçon à une aussi charmante écolière... Je veux dire, chère dame, que les conseils... les prières... un petit peu de menace au besoin... et aussi certains artifices oratoires que les sots appellent des mensonges, font partie intégrante de ce tout précieux, baptisé par vous influences morales...
— Je ferai tout ce qu'il est permis de faire, monsieur, dit Robertine avec sa douce fermeté.
— C'est peu de chose, chère d;ime, repartit Rembrès, dont les sourcils se froncèrent légèrement. Il faut me promelire mieux que cela.
Rober'ino garda le silence.
— H faut me dire, reprit l'ex-banquior : — cher monsieur, avant un mois, ma belle-soeur sera votre femiTie...
Un douloureux tremblement agita la paupière de la baronne.
Ses larmes voulaient jaillir.
C'est que le sup|ilice se prolongeait.
Mais son âme forte soutint encore ce dernier assaut de l'angoisse.
Ses yeux demeurèrent secs.
Elle eut le courage de sourire.
— Je conseillerai, monsiear, répondit-elle, — je prierai... au besoin, je menacerai...
— Et s'il faut un petit mensonge?... demanda l'insatiable M. Claude.
— J'ai déjà Mieuti, monsieur, murmura la baronne en courbant celle fois sa noble têle pâlie; — je puis meiilir encore.
M. Claude se frolta les mains tout doucement.
— Voilà qui est parlé! dil-il. —Ah I cher monsieur, c'est une idée de génie que vous avez eue de mettre madame la baronne dans nos petits secrets!... Je vois bien que nous allons désormais nous entendre à merveille et faire la perle des familles.
— Madame la bnronnc est servie, dit un domestique en ouvrant les deux battants de la porte.
Rembrès regarda la lendule.
— Déjà l'heure du dîner! s'6cria-t-il , — en votre compagnie, chère dame, les demi-journées passent comme des minutes... Voulez-vous me faire la grâce de pr ndre ma main?
Robertine, qui s'élall levée, lui donna sa main,
Tous deux se dirigèrent vers la salle à manger par la galerie couverte.
Armand les suivit lentement.
Il mnrehait en chancelant.
On eût dil un homme ivre.
En passiinl devant ime des glaces de la chambre bleu ■, sa figure, répercutée, vint à frapper ses yeux.
Il recula épouvanté.
Puis il ïe rapprocha du miroir, échangeant avec son image rélléchie un regard terne et lourd.
— C'est moi, niurmura-t-il ; — c'est bien moi!... J'aurais dû me tuer quandj'étais encore un homme... maintenant...
Il martela violemment son front de ses deux poings fermés.
— Je suis un homme I dit-il avec un éclat de voix; — je veux être un homme!...
En ce moment, un écho de petit rire sec dt M. Claude arriva jusi|u'à son oreille.
Il tressaillit et sa tête se pencha.
Ses mains décolorées tombèrent le long de ses flancs.
— Un homme!... balhutia-t-il en reprenant maehinalemenl la route du salon; un homme n'a pas peur... et j'ai peur!
— Chère bonne amie, disait pendant cela Rembrès, — il y a bien longU^mps que nous n'avons din ■ de compagnie... cela va vous d nner des souvenirs de Morlay etde notre lune de miel... Ah! chère amie, je ne sais quels mois employer pour vous exprimer mon admiration... Vous supportez avec une aisaui'c qui tient vraiment du mirarle le poids de vos deux maris, el vousé iez digne d'être ma femme!
Le sarc isme glissait toujours, impuissant, sur l'âme à l'épreuve de Robertine.
Mais son pauvre cœur, endolori, meurtri, brisé, avait besoin de s'épancher.
La vue seule de Florence, qui attendait au salon, fit ce que n'avaient pu faire toutes les tortures subies depuis la veille.
Robertine quitta précipitamment la main de Rembrès el se jeia en pleurant au cou de aiademoiselle d'Osser.
UNE PÉCHERESSE
BISSO^'CQTIAAÙ.
Visible pour moi, mes amis. — Page 68, col. 1.
— Ou'avez-vous, ma sœur? demanda Florence avec efforl.
— La joie... dit M. Claude.
— J'ai que je suis folle, bonne petite sœur! interrompit Roberline en se forçant à sourire sous ses larmes; — jo pleure sans savoir pourquoi.
Tout en parlant, elle se sentait faiblir.
Florence la déposa sur un fauteuil, demi-pàniéo, et, s'agenouillant auprès d'elle, la couvrit de caresses.
— Cène sera rien, murmurait Robertine; je ne souffre pas...
Elle souffrait jusqu'à se mourir!...
Rembrès avait tiré ses lunettes de leur étui et contemplait très-attentivement le groupe gracieux et beau formé par les deux jeunes femmes.
— Délicieux! grommela-t-il; — brune et blonde... Ces Musulmans sont des coquins très-spirituels, quoi qu'on en dise, si les femmes de leurs barems sont de moitié aussi jolies que les deux miennes...
Le baron montra sa figure inerte et stupéfiée \ la porte du salon.
Rembrès remit tranquillement ses lunettes dans sa poche.
— Allons, cher monsieur! dit-il gaiement;— allons, belles dames !... la chose importante en ce moment est de no point laisser refroidir le potage...